Hilary Hodge, une Américaine installée à Angers depuis 2017, payait 36 000 dollars par an pour son traitement contre l’asthme sévère aux États-Unis. En France, la même ordonnance lui coûte 3 000 euros annuels. Cette différence vertigineuse n’est pas un cas isolé mais le reflet de deux philosophies de santé radicalement opposées. L’histoire de cette patiente, qui souffre également de la maladie d’Addison, illustre comment le coût des soins peut varier du simple au décuple selon le pays de résidence.

Le parcours de Hilary Hodge : de Chicago à Angers
Hilary Hodge a quitté Chicago en 2017 pour rejoindre son mari français Antoine à Angers, dans le Maine-et-Loire. Ce déménagement n’était pas un simple projet de vie. Il répondait à une urgence médicale.
Un diagnostic lourd et des choix contraints
Avant son départ, Hodge était sous traitement pour un asthme sévère de type allergique. Elle souffre d’une forme particulièrement agressive qui nécessite un médicament biologique — un anticorps monoclonal administré par injection — pour éviter des crises potentiellement mortelles. Aux États-Unis, le coût annuel de ce seul traitement atteignait 36 000 dollars, même avec une assurance maladie privée.
En parallèle, Hodge doit gérer la maladie d’Addison, une insuffisance surrénale qui expose à des crises graves en cas de stress, d’infection ou d’arrêt brutal du traitement. Depuis son arrivée en France, elle a connu trois crises surrénaliennes. Aucune ne lui a valu une facture d’hôpital.
« Aux États-Unis, tu fais le calcul. Tu te demandes : est-ce que je veux payer 500 dollars de franchise pour aller à l’hôpital ? Pour beaucoup de gens, c’est une équation dangereuse. À quel point dois-je être malade pour justifier ces 500 dollars ? Ici, je n’y pense même pas », confie-t-elle à USA Today en février 2026.
Un rôle d’experte au service de la santé publique
Hodge n’est pas une simple patiente. Elle copréside la branche asthme sévère de la Société européenne de respiration et collabore avec l’Organisation mondiale de la santé sur les politiques de santé respiratoire. Elle travaille également comme écrivaine et consultante en éducation. Ce double regard — personnel et professionnel — donne à son témoignage une épaisseur rare.
Comparaison des prix : 36 000 dollars contre 3 000 euros

La différence de prix pour le même médicament biologique contre l’asthme est vertigineuse. En France, le traitement coûte environ 3 000 euros par an. Aux États-Unis, la facture est douze fois supérieure. Plusieurs mécanismes expliquent ce gouffre.
Le prix du médicament biologique
Le médicament concerné est très probablement le Fasenra (benralizumab), un anticorps monoclonal indiqué dans l’asthme éosinophilique sévère. En France, son prix est fixé par l’État après négociation avec le laboratoire. Selon la base de données publique des médicaments, une injection de 30 mg coûte 1 996,42 euros. Le traitement prévoit une injection toutes les quatre semaines pour les trois premières doses, puis toutes les huit semaines. Soit environ sept injections par an, pour un total d’environ 14 000 euros de prix catalogue.
Mais ce prix n’est pas celui que paie le patient. La Sécurité sociale rembourse 65 % du tarif de base. Si le patient est reconnu en Affection Longue Durée (ALD), le remboursement atteint 100 %. Une mutuelle complémentaire peut couvrir le reste à charge. Au final, le patient ne débourse quasiment rien.
Aux États-Unis, le même médicament est facturé au prix fort, sans négociation centralisée. Les laboratoires fixent librement leurs tarifs. Les assurances privées négocient des rabais, mais ceux-ci sont souvent opaques et ne bénéficient pas toujours au patient. Les franchises, les copaiements et les lacunes de couverture (le fameux « donut hole » pour Medicare) font grimper la facture réelle.
Le rôle de l’assurance maladie
La différence fondamentale entre les deux systèmes réside dans la mutualisation des risques. En France, la Protection Universelle Maladie (PUMa) couvre tous les résidents légaux après trois mois de résidence. Le système est financé par les cotisations sociales et la CSG, avec un reste à charge parmi les plus bas de l’OCDE (environ 7,5 % des dépenses de santé).
Aux États-Unis, l’assurance est majoritairement privée et liée à l’emploi. Les personnes sans emploi ou avec un emploi précaire peuvent tomber dans des trous de couverture. Même avec une assurance, les franchises annuelles (déductibles) et les copaiements peuvent représenter plusieurs milliers de dollars. Environ 25 % des dépenses de santé américaines sont consacrées à la gestion administrative, contre une part bien moindre en France.
Accès au système de santé français pour les étrangers
L’expérience de Hodge n’est pas inaccessible à un jeune adulte étranger souhaitant s’installer en France. Mais elle nécessite des démarches administratives et un peu de patience.
Les étapes pour s’affilier à la Sécurité sociale
Tout résident légal en France depuis plus de trois mois peut bénéficier de la PUMa. La procédure passe par la Caisse Primaire d’Assurance Maladie (CPAM) du lieu de résidence. Il faut fournir un formulaire 736, un passeport, un justificatif de domicile et des documents de revenus. Le traitement du dossier peut prendre plusieurs mois, période durant laquelle il est conseillé de souscrire une assurance privée.
Pour les étudiants étrangers, la situation est simplifiée : ils cotisent via le régime étudiant. Les demandeurs d’asile bénéficient de la Protection Universelle Maladie sous conditions de ressources. Les travailleurs détachés ou les conjoints de Français ont des démarches spécifiques mais généralement fluides.
Les pièges à éviter
Le principal écueil est le délai d’attente. Pendant les premiers mois, un étranger n’est pas couvert par la Sécu. Il doit souscrire une assurance privée (souvent exigée pour le visa ou le titre de séjour). Les frais peuvent être élevés, surtout si l’assureur considère l’asthme sévère comme une condition préexistante.
Deuxième piège : la mutuelle. Même avec la Sécu, le remboursement n’est pas total (sauf en ALD). Une mutuelle est fortement recommandée. Pour les personnes à faibles revenus, la Complémentaire Santé Solidaire (CSS) permet d’obtenir une couverture gratuite ou à faible coût.
Troisième piège : la reconnaissance de l’ALD. L’asthme sévère peut être reconnu comme Affection Longue Durée, ce qui donne droit à 100 % de remboursement pour les soins liés à cette pathologie. Mais cette reconnaissance n’est pas automatique. Elle nécessite un dossier médical solide et l’accord du médecin-conseil de la CPAM.
Écart de prix médicaments France États-Unis : les chiffres clés
L’histoire de Hilary Hodge n’est pas un cas isolé. Elle s’inscrit dans une réalité plus large : les prix des médicaments sont en moyenne quatre fois moins élevés en France qu’aux États-Unis, selon une étude de BFM TV publiée en septembre 2025. Depuis 2021, les baisses de prix imposées par l’État français aux laboratoires pharmaceutiques sont passées de 600 millions à plus d’un milliard d’euros par an.
Le modèle français sous tension
La France est souvent présentée comme un modèle d’accès aux soins, mais ce modèle est sous tension. En 2025, le gouvernement a annoncé une réduction de 58 % de sa contribution au Fonds mondial de lutte contre le sida, la tuberculose et le paludisme. Cette décision, critiquée par les ONG, illustre les arbitrages budgétaires auxquels le pays est confronté.
Par ailleurs, le système français repose sur un équilibre fragile entre maîtrise des coûts et innovation. Les laboratoires pharmaceutiques, via leur lobby le Leem, dénoncent régulièrement des prix trop bas qui freineraient l’accès aux médicaments les plus innovants. La France a les prix les plus bas d’Europe pour les médicaments, selon le Leem. Mais ce contrôle strict permet aussi d’éviter les dérives observées outre-Atlantique.
Le système américain en crise
Aux États-Unis, les coûts de santé ont augmenté de 8 à 10 % en 2024, selon le blog Santé Expat. Le système est fragmenté, avec une multitude d’assureurs, de réseaux de soins et de modalités de remboursement. Les patients doivent souvent naviguer entre des franchises élevées, des copaiements et des exclusions de couverture.
Pour un jeune adulte sans emploi stable ou avec un emploi précaire, l’accès à une assurance abordable est un parcours du combattant. L’Affordable Care Act (Obamacare) a amélioré la situation, mais des lacunes persistent. Les personnes atteintes de maladies chroniques comme l’asthme sévère sont particulièrement vulnérables.
Leçons pour les jeunes et les expatriés
Que peut retenir un jeune Français ou un étudiant étranger de cette histoire ? D’abord, que le système de santé français, malgré ses imperfections, offre une protection que beaucoup de pays envient. Ensuite, que la mobilité internationale peut avoir des conséquences financières majeures sur la santé.
Pour les jeunes Français
Si vous souffrez d’asthme ou d’une autre maladie chronique, sachez que la Sécurité sociale et les mutuelles vous couvrent à un coût très inférieur à ce que vous paieriez aux États-Unis. La reconnaissance en ALD est un droit à faire valoir. N’hésitez pas à en parler à votre médecin traitant.
Pour ceux qui envisagent un séjour à l’étranger, l’histoire de Hodge montre l’importance de vérifier les conditions de couverture santé dans le pays d’accueil. Une assurance voyage ou une assurance santé internationale peut être vitale.
Pour les étudiants et jeunes actifs étrangers
La France n’est pas un paradis administratif, mais l’accès aux soins y est un droit, pas un privilège. Les démarches pour obtenir la PUMa sont longues mais aboutissent généralement. La Complémentaire Santé Solidaire est une aide précieuse pour les revenus modestes. Enfin, le réseau des associations de patients (comme l’Association Asthme et Allergies) peut fournir un accompagnement précieux.
Conclusion
L’histoire de Hilary Hodge n’est pas un simple fait divers. C’est une démonstration concrète de ce que signifie vivre avec une maladie chronique dans deux systèmes de santé radicalement différents. Aux États-Unis, 36 000 dollars par an pour un traitement vital, avec des choix douloureux entre santé et finances. En France, 3 000 euros, avec une prise en charge quasi totale et une tranquillité d’esprit inestimable.
Cette différence ne tient pas à la qualité des soins — les médicaments sont les mêmes. Elle tient à une philosophie politique : celle d’un système qui considère la santé comme un bien commun, et non comme une marchandise. Le témoignage de Hodge, relayé par USA Today et Connexion France, rappelle que derrière les statistiques et les débats budgétaires, il y a des vies humaines. Et que le choix d’un système de santé n’est pas anodin : il peut littéralement sauver des vies — ou les mettre en danger.