Dans la vallée norvégienne de Hessdalen, longue de douze kilomètres, des lumières sont signalées depuis au moins les années 1930. Leur origine n'a jamais été pleinement expliquée. Au fil des décennies, la vallée est devenue un laboratoire à ciel ouvert. Les mesures doivent être examinées avec leurs limites.

C'est l'un des rares endroits au monde où des capteurs automatiques ont été installés pour tenter de saisir le phénomène sur le fait. Le résultat est instructif, à condition de lire les rapports plutôt que les gros titres.
Une caméra qui déclenche n'explique rien
Des lumières sont signalées par intermittence depuis les années 1930, mais les signalements connaissent un pic entre décembre 1981 et le milieu de 1984 : quinze à vingt observations rapportées par semaine, et des curieux qui passent la nuit dans la vallée. En 1983, le "Project Hessdalen" est lancé par UFO-Norge et UFO-Sverige, avec des campagnes de terrain jusqu'en 1985. Le "Triangle Project" réunit étudiants, ingénieurs et journalistes en 1997-1998. Puis, en août 1998, une station de mesure automatique est installée : une caméra vidéo grand-angle balaie une zone de la vallée chaque seconde et enregistre toute cible dépassant un seuil de luminosité. Les images sont mises en ligne. Le rapport EMBLA 2000 décrit aussi un magnétomètre à fluxgate capable de relever le champ magnétique local heure par heure.
Dans le rapport de la mission EMBLA 2000, menée avec le concours du Conseil national de la recherche italien, les chercheurs précisent eux-mêmes les limites du dispositif : le système optique ne fournit pas "le nombre réel de lumières". Son champ de vision dépasse à peine 100 degrés ; le capteur ne voit ni les lumières très faibles ni celles qui sont très brèves, et tout ce qui se cache derrière une colline ou de l'autre côté de l'observatoire lui échappe. Les auteurs en tirent une conclusion lucide : leurs statistiques décrivent une distribution relative dans le temps, et les nombres obtenus devraient être multipliés par un facteur d'échelle qu'il n'est pas facile d'évaluer à ce jour.
L'archive de Hessdalen est donc un catalogue de déclenchements automatiques, pas un recensement de phénomènes. Quiconque annonce "X lumières enregistrées" parle en réalité d'images où quelque chose de brillant est apparu.
Ce que le tri nous apprend
Les images sont ensuite triées à la main. Les chercheurs distinguent les objets identifiés - avions, astres, phares de voitures - des cas qualifiés d'anormaux, tout en conservant provisoirement les cas incertains. Ce filtrage a aussi produit des résultats utiles : plusieurs observations humaines ont été reconnues comme des méprises causées par des astres, des aéronefs, des phares ou des mirages.
C'est le premier réflexe face au mystère, et il est sain : avant de chercher une physique exotique, il faut éliminer les explications banales. Avant d'annoncer une découverte, un astronome vérifie que son point lumineux n'est pas Vénus. Les astronomes s'y sont fait piéger de façon mémorable : les "pérytons" détectés à l'observatoire de Parkes, un temps rapprochés des sursauts radio rapides, ont fini par être attribués à des fours à micro-ondes ouverts avant la fin de leur cycle de chauffe.
Le tri a aussi donné un résultat négatif, peut-être le plus intéressant du dossier. En superposant toutes les images vidéo obtenues pendant plus de deux ans, selon le rapport, l'équipe a conclu que, dans cette archive enregistrée, les lumières ne présentaient pas de direction privilégiée et semblaient réparties de façon uniforme et aléatoire dans le ciel. Ce résultat décrit le motif relatif observé dans l'archive, et non la distribution de toutes les lumières dans la vallée : les limites du champ de vision et de détection empêchent d'en tirer une conclusion générale. L'image de lumières "qui longent la vallée" n'est donc pas établie par ces données. Un instrument sérieux sert aussi à écarter des récits séduisants.
Le pari radio : 21 gigaoctets et des pics inexpliqués
Le principal butin instrumental de Hessdalen n'est peut-être pas optique, mais électromagnétique.
Dès 1984, la campagne d'Erling Strand et de son équipe - menée sans interruption pendant une quarantaine de jours, avec radar, magnétomètre et radiomètre - avait, selon le rapport EMBLA 2000, "démontré que le phénomène lumineux est bien mesurable" : échos radar, perturbations magnétiques locales et pics de signaux radio dans la bande HF-VHF. Le mot est à manier avec précaution. "Mesurable" signifie ici qu'un instrument a réagi, pas que l'on sache à quoi.
Le programme EMBLA, lancé en 1998 par l'Istituto di Radioastronomia de Medicina, en Italie, et l'Østfold College de Sarpsborg, poursuit les mesures avec plusieurs instruments radio. Lors de la mission EMBLA 2000, l'équipe utilise un spectromètre magnétique VLF-ELF couvrant 1 à 14 kHz, un récepteur électrique VLF de 1 à 100 kHz, des récepteurs à 1 420 MHz et un analyseur de spectre de 0,1 à 1,8 GHz. L'ensemble enregistre en continu pendant vingt-cinq jours et produit environ 21 gigaoctets de données compressées. Les auteurs signalent la détection de signaux périodiques "anormaux", à morphologie en pics et de type Doppler, surtout dans la bande VLF.
Les chercheurs décrivent donc des signaux périodiques anormaux. La détection d'une anomalie ne suffit pas à en identifier l'origine ni à établir son lien avec les lumières. Les auteurs ne cachent d'ailleurs pas les limites théoriques de leurs explications : ils qualifient eux-mêmes de "spéculatifs" les modèles physiques qu'ils esquissent. Ce qui est enregistré, ce sont des anomalies radio ; leur lien avec les lumières relève de l'interprétation.
Photométrie : 100 kilowatts et une controverse par écrit
En août 2002, une campagne de deux semaines combinant observations optiques et relevés au sol, menée par Teodorani et Nobili, a conduit les auteurs à proposer une estimation photométrique allant jusqu'à 100 kilowatts. Ce calcul contesté ne constitue pas une puissance réelle établie des lumières.
Les auteurs du rapport EMBLA 2002 proposent une interprétation de leurs images selon laquelle la répartition lumineuse ne correspondrait pas à la fonction d'étalement nettement gaussienne qu'ils associent à un plasma canonique. Ils avancent, sans la démontrer, qu'une boule de lumière naturelle de type "boule de foudre" pourrait produire une répartition ressemblant à celle d'un solide uniformément éclairé. Cette piste reste une interprétation de leurs images et ne permet pas d'identifier la cause des lumières. Ils attribuent aussi les "ailes" exponentielles apparentes sur certaines images aux variations de turbulence et de transparence atmosphériques plutôt qu'à des propriétés intrinsèques de la source.
Cette estimation de 100 kW a été contestée. Matteo Leone a publié en 2003 une réfutation du rapport optique EMBLA 2002, suivie de commentaires additionnels la même année et d'une troisième partie en 2004. Teodorani lui a répondu en 2004 par un texte intitulé "notes finales sur le phénomène de la réfutation". Le débat porte sur la méthodologie du relevé optique et l'interprétation des mesures photométriques. La puissance lumineuse n'est pas mesurée directement : les 100 kW sont le résultat d'un calcul photométrique. L'estimation photométrique allant jusqu'à 100 kW doit être distinguée des spéculations autour du mégawatt. Ces chiffres ne constituent pas une plage vérifiée.
Il faut toutefois souligner que le Project Hessdalen héberge sur son site les réfutations de rapports optiques EMBLA. Dans un dossier aussi chargé de passion, cette transparence n'est pas un détail.
Le mystère "résolu" qui ne l'était pas
Une étude a examiné l'hypothèse d'une combustion de poussières atmosphériques liée à l'activité minière de la région. La presse norvégienne a alors proclamé : "le mystère de Hessdalen est résolu". Le dossier, lui, n'a pas été refermé. Il n'existe toujours pas de consensus scientifique sur l'explication du phénomène, et les hypothèses continuent de s'accumuler.
Parmi les pistes figure celle d'un plasma poussiéreux : un essaim de cristaux de Coulomb macroscopiques formés dans un plasma issu de l'ionisation de l'air et des poussières par les particules alpha du radon. Une autre hypothèse invoque la piézoélectricité de quartz soumis à des contraintes tectoniques. S'ajoutent les modèles de Paiva et Taft sur les ondes iono-acoustiques dans les plasmas poussiéreux, la "batterie géologique" proposée par Jader Monari en 2014 - les deux flancs de la vallée servant d'électrodes et la rivière Hesja d'électrolyte -, ou encore, en 2021, une couche d'inversion électriquement active pendant les orages géomagnétiques.
Les auteurs de ces modèles proposent des explications pour certains aspects rapportés : oscillation, structure géométrique, spectre ou couleur verte des boules éjectées. Ces propositions restent des hypothèses. Aucun ne les explique toutes, et aucun consensus ne s'est dégagé. Les observations et leurs limites laissent le problème ouvert.
Ce qu'il faudrait pour conclure
Pourquoi un phénomène aussi peu élucidé fascine-t-il autant ?
Une caméra qui déclenche sur tout objet brillant peut enregistrer des avions, des planètes et des phares. Les cas doivent être examinés et triés. Des méprises dues à des phares ont été identifiées. Une anomalie dans une bande VLF ne suffit pas à établir un lien avec les lumières.
Un protocole particulièrement probant consisterait à obtenir une détection simultanée et fiable : un événement lumineux calibré, capté au même instant par l'optique, le radar, le magnétomètre et le récepteur VLF, avec examen des explications ordinaires pertinentes et des incertitudes chiffrées. Une telle observation permettrait de mieux tester le lien entre les lumières et les signaux instrumentaux.