Marc Éliard, né le 30 juin 1958 à Machecoul en Loire-Atlantique, a 68 ans en ce début octobre 2026. C'est un âge nettement plus à même de ranger sa basse "pour une retraite bien méritée" - et ça change la lecture du départ.

Le samedi 3 octobre 2026, le bassiste d'Indochine a annoncé sur Instagram qu'il quitte le groupe après 34 ans, juste après les dates de l'Accor Arena qui ont clôturé l'Arena Tour.
"Tourner la page" en apothéose
Le texte est classique, et c'est ce qui le rend crédible. Pas de déclaration de guerre, pas de "c'est compliqué", juste un départ voulu :
"Après 34 années passées dans Indochine, pour terminer en apothéose à l'Accor Arena de Bercy au terme de cette fabuleuse tournée Arena Tour, j'ai décidé de tourner la page et ranger ma basse pour profiter d'une retraite bien méritée..."
Le motif vient juste après : se consacrer à sa famille et à ses proches. Il remercie Nicola Sirkis "pour ces 3 incroyables décennies", puis le management, les musiciens, les techniciens, les labels, les producteurs de tournées, les agents de sécurité, et, "surtout", le public. Marco avait rejoint le groupe en 1992, onze ans après sa création, recruté via le batteur Jean-My Truong pour assurer une ligne de basse séquencée - Indochine fonctionnait alors beaucoup avec des machines à la rythmique.
Ce qu'il laisse derrière lui : une tournée de 1,2 million de spectateurs
Il part quand même au sommet. L'Arena Tour a démarré le 28 janvier 2025 à Aix-en-Provence et s'est achevée le 7 mars 2026 à Paris : environ 110 dates et 1,2 million de spectateurs, Indochine premier groupe français à dépasser le million de billets vendus. En février 2026, le groupe reçoit un prix spécial aux Victoires de la Musique ; la captation télé mobilise 24 caméras sur le plateau.
Plus de sept mois avant l'annonce de Marco, Nicola Sirkis lâchait déjà, sur scène, une phrase qui vieillit vite :
"On est un très vieux groupe, c'est beaucoup trop d'honneur. Ça fait 45 ans ! On est bientôt à l'aube de la retraite mais on en est à 108 dates de tournée."

Drôle de séquence : le chanteur plaisantait sur la retraite du groupe ; c'est finalement le bassiste qui annonce la sienne.
Ce qu'il emporte : sa signature de musicien
C'est la vraie question du départ : un bassiste qui quitte un groupe ne perd pas ce qu'il a joué.
En droit français, la qualité d'artiste-interprète ne dépend ni de l'ancienneté, ni de la place sur la pochette, ni de l'appartenance au groupe : elle s'attache à la prestation. Marco a joué sur les albums et sur les scènes, donc il reste l'interprète de tout ça. Ses droits voisins continuent de courir après son départ, pendant des décennies, pas pendant quelques mois.
Concrètement, cela signifie deux choses.
- Les enregistrements continuent de travailler pour lui. Radiodiffusion, mise à disposition en ligne, copie privée : tant que les disques sont exploités, des redevances sont dues. Elles ne dépendent plus de sa présence physique sur scène - c'est justement ce qui les distingue d'un salaire.
- Le film de la tournée, lui, continue aussi. Arena Tour, le Film sort le 20 novembre 2026, avec des captations à l'Accor Arena des 3 et 4 mars 2026 - dates où Marco jouait encore dans le groupe. L'autorisation donnée alors qu'il était membre ne disparaît pas le jour où il part.
Reste la question des chansons : les crédits de composition varient d'un titre à l'autre, il faut regarder pochette par pochette, et le simple fait d'avoir joué ne rend pas auteur d'une chanson.
Ce qui reste au groupe
Le nom Indochine, les marques, les contrats de tournée, la scénographie, le catalogue géré par le groupe et ses structures : tout ça ne part pas avec la basse. C'est la mécanique normale d'un groupe-entreprise. Aucun litige n'est connu à ce jour, et les contrats qui lient Marco au groupe, aux labels ou aux éditeurs ne sont pas publics - c'est donc un raisonnement de droit général, pas un verdict sur son dossier.
Indochine a déjà survécu à ça
Le plus solide argument en faveur de la suite, c'est l'historique du groupe.

- Dimitri Bodiansky, saxophoniste des débuts, "décide de prendre ses distances pour se consacrer davantage à sa famille" fin 1989. Même motif, trente-sept ans plus tôt.
- Dominique Nicolas, guitariste et compositeur des six premiers albums, quitte fin 1994, à la période où les médias traitaient Indochine comme un groupe du passé.
- Marco lui-même arrive en 1992, en pleine traversée du désert, et repart en 2026 sur la plus grosse tournée de l'histoire du groupe.
Indochine fonctionne comme un ferry : les passagers changent, la ligne reste. Reste une différence de taille - Bodiansky et Nicolas partaient dans le creux, Marco part au pic absolu. Quitter au sommet, c'est propre, mais ça ne prouve rien pour la suite.
Ce qu'il a dit vouloir faire ensuite
Aucun projet n'est annoncé avec ce départ. La seule trace publique remonte à 2013, dans une interview au Courrier du Pays de Retz : de retour à Machecoul après des années en région parisienne, il parlait de "pas mal de choses qui dorment dans les tiroirs", de musiciens locaux à découvrir, et d'un équilibre jazz avec le Yann Viet Free Songs Trio. Sur une éventuelle aventure avec Indochine : "Je ne pense pas que ce sera avec Indochine." C'était il y a treize ans, et ça ne dit rien de ce qu'il veut à 68 ans.
La retraite, ce truc qui n'existe pas vraiment chez les rockeurs
Autre signal qui contredit le mot "retraite" : dans le rock, on range rarement l'instrument, on ralentit. Exemple :
C'est ce qui rend la nouvelle d'autant plus nette : Marco n'annonce pas une pause, ni un projet parallèle, ni une tournée acoustique. Il annonce une fin - en précisant que c'est pour la famille et les proches. C'est rare, et c'est probablement pour ça que les réactions des fans se ramènent à trois tons mêlés : merci, tristesse, et "reviens-nous épisodiquement si le coeur t'en dit".
Il aura eu 34 ans de bassiste, deux époques du groupe et une tournée à environ 1,2 million de spectateurs pour finir. Pas mal pour un gamin de Machecoul qui a commencé par l'accordéon à cinq ans.