De l’exil tunisien à l’embarquement à l’Aber-Wrac’h
Sélim Ben Hassen, né le 9 mai 1980, est un réalisateur et militant tunisien passé par le Collège Sadiki, l’université Paris-Panthéon-Assas, Sciences Po Paris et Oxford. Après la révolution de 2011, il s’engage en politique. Candidat aux élections législatives de 2019 face à plusieurs figures majeures de la scène politique tunisienne, il quitte son pays après la victoire du chef des islamistes et trouve refuge en France.

« Je me suis présenté contre le chef des islamistes aux élections législatives. Cela m’a causé des problèmes et j’ai donc quitté mon pays. J’ai vécu quelques années en France par la suite, mais j’étais complètement perdu. Je ne savais pas ce que j’allais faire de ma vie… », raconte-t-il à Ouest-France. Une errance qui le mène, en janvier 2025, à l’Aber-Wrac’h, dans le Finistère, où il embarque à bord du Rara Avis pour une traversée transatlantique de plus de cinquante jours.
Le Rara Avis n’a rien d’un navire ordinaire. Cette goélette à trois mâts de 27 mètres en acier, construite en 1957 au chantier naval de Terneuzen (Pays-Bas), a d’abord été commandée par Laurens Hammond, facteur d’orgues américain. Depuis 1974, elle appartient à l’association AJD (Amis du Jeudi Dimanche), fondée par le père Michel Jaouen, jésuite breton, avec l’idée que la mer pouvait sauver celles et ceux qu’on disait « irrécupérables » : détenus en fin de peine, jeunes en rupture, ex-toxicomanes.
Le site officiel de la série le présente comme « un bateau qui répare les âmes ». Sélim Ben Hassen y a embarqué le 30 janvier 2025, aux côtés d’autres passagers venus chercher un nouveau départ. « On était tous des cabossés », dit-il de ses compagnons de traversée. Une expérience qui marque un tournant personnel et dont il est revenu transformé.

« Mazette ! », un journal de bord audiovisuel entre réel et onirique
De cette traversée est née Mazette !, un « journal de bord audiovisuel » en 24 épisodes courts où « le réel côtoie un monde onirique » : scènes de traversée, images mentales tournées en studio et voix off de Sélim. Les épisodes abordent notamment « Pourquoi on part ? », « Les premières tempêtes », « Et si on se perdait ? » et « La boussole intérieure ».
Autour de Sélim Ben Hassen (réalisateur-narrateur), l’équipe comprend Khadija Costa à la co-écriture et au montage éditorial des 24 épisodes, avec des références à l’Iliade, l’Odyssée et Sinbad le Marin, Éric Krissi à la post-production et Julien Amez, alias Roger Molls, à la musique. À travers les rencontres et les longues journées en mer, la série interroge des thèmes universels : le doute, la reconstruction, l’exil, la quête de sens et la manière de retrouver son cap.
Roger Molls, le beatmaker qui donne à Mazette ! sa couleur d’OVNI musical
La dimension musicale est essentielle dans le positionnement d’« OVNI musical » du projet. Julien Amez, alias Roger Molls, est un beatmaker lillois décrit comme un autodidacte touche-à-tout : vidéaste, musicien, compositeur, arrangeur, producteur, réalisateur et graphiste. Son univers mêle hip-hop/electro, chanson française et samples — un mélange inattendu qui donne à la série sa couleur singulière, entre documentaire marin et songes de studio.

Cette hybridation rappelle d’ailleurs une tendance plus large : celle du made in France qui s’exporte et cartonne sur les réseaux mondiaux, comme le raconte notre article sur Gims, Daft Punk et Theodora. Mazette ! s’inscrit dans cette même dynamique, portée par une voix et une histoire singulières.
La reconnaissance est d’abord institutionnelle. Mazette ! a été sélectionnée parmi plus de 600 candidatures pour une avant-première à la 3e Conférence des Nations Unies sur l’océan (UNOC3, Nice, juin 2025, plus de 30 000 participants). Un avant-goût a été présenté le 4 juin 2025.
Le buzz, lui, est porté par Konbini, qui a diffusé une vidéo SPEECH sur toutes ses plateformes, dont un YouTube Short intitulé « Sélim Ben Hassen joined a transatlantic crossing of over 50 days », repris sur Facebook, TikTok et Instagram avec l’accroche : « Quand on part, on a pas nécessairement l’idée de se réparer. On a plutôt un espoir ».
Le récit de Sélim Ben Hassen, publié le 21 juin 2026 dans Dimanche Ouest-France sous le titre « On était tous des cabossés », a été repris par plusieurs médias locaux. Une trajectoire qui rappelle celle d’autres récits d’exil et de renaissance, comme le roman graphique « Hazar tango » de Sigrid Baffert, où la danse devient un chemin de résilience.
Après avoir été présentée à l’ONU, la série continue de circuler sur les réseaux, portée par l’espoir de ceux qui embarquent. « Quand on part, on a pas nécessairement l’idée de se réparer. On a plutôt un espoir. » Un cap, enfin retrouvé.