Les rebelles houthis ont arrêté des dizaines d'employés de l'ONU et d'ONG. Ils ont saisi leurs bureaux et leur matériel. Cette campagne prive des millions de Yéménites de secours vitaux et force le Programme alimentaire mondial à fermer ses opérations dans le nord du pays.

La campagne d'arrestations contre les travailleurs humanitaires
Les Houthis, autorité de fait dans le nord du Yémen, ont intensifié leurs arrestations depuis 2024. Human Rights Watch a recensé au 4 janvier 2026 au moins 69 employés yéménites des Nations unies détenus arbitrairement, ainsi que des dizaines d'employés d'ONG locales et internationales. Le 25 mars 2026, l'ONU a porté le nombre de ses employés toujours détenus à 73, selon le porte-parole adjoint Farhan Haq.
La vague initiale a commencé le 31 mai 2024. Les Houthis ont arrêté 13 membres du personnel de l'ONU et au moins 50 employés d'organisations de la société civile, selon HRW et Amnesty International. Entre le 23 et le 25 janvier 2025, une nouvelle vague a ajouté huit employés onusiens. Un employé du Programme alimentaire mondial est mort en détention le 11 février 2025, a rapporté HRW.

Ces détentions s'inscrivent dans un modèle de répression des milices armées régionales, comme le décrit l'analyse sur Hezbollah, Houthis, milices irakiennes : le système D de la résilience. Les personnes arrêtées sont souvent privées d'avocat et maintenues sans inculpation, selon HRW.
Saisies de bureaux et de matériel
Le 3 août 2024, les Houthis ont saisi le bureau du Haut-Commissariat aux droits de l'homme à Sanaa. Ils ont forcé le personnel à remettre documents, mobilier et véhicules, a rapporté l'ONU. Par la suite, ils ont mené des raids sur les bureaux du PAM, de l'OMS et de l'UNICEF, détenant du personnel et confisquant des biens.
En octobre 2025, des rebelles ont confisqué tout l'équipement de télécommunications d'une facilité de l'ONU à Sanaa, dont téléphones, serveurs et ordinateurs, selon un responsable onusien cité par AP. Des témoignages recueillis par la BBC auprès d'une ONG locale font état de saisies de générateurs, de serveurs, d'ordinateurs et de documents financiers et de ressources humaines lors du retrait de l'organisation de Sanaa.

Les accusations d'espionnage contestées
Les Houthis justifient ces arrestations en accusant les détenus de faire partie d'un réseau d'espionnage lié à la CIA et à Israël, agissant sous couvert d'organisations humanitaires. L'ONU a rejeté catégoriquement ces accusations, présentées sans preuve.
Le groupe rebelle est soutenu par l'Iran, un contexte abordé dans la stratégie diplomatique décrite dans Iran : Kaja Kallas et la stratégie du dialogue au bord du gouffre. Cette campagne menace l'accès à l'aide humanitaire dans les zones contrôlées par les Houthis, où vit la majorité des Yéménites, dans un contexte de l'une des pires crises humanitaires au monde.
La paralysie des opérations et le retrait du PAM
Le Programme alimentaire mondial (PAM) a mis fin à ses opérations dans le nord du Yémen contrôlé par les Houthis et licencie ses 365 employés d'ici fin mars 2026, suite aux restrictions et au harcèlement. Save the Children et International Rescue Committee ont suspendu leur travail dans les zones houthis en 2025, selon la BBC. Le chef humanitaire de l'ONU Tom Fletcher a déclaré que les détentions ont un impact profond sur les opérations.
Ces actions aggravent une crise déjà critique. L'ONU estime que plus de 18 millions de Yéménites pourraient faire face à une insécurité alimentaire aiguë, avec des poches de famine imminente. Les Houthis détiennent les travailleurs qui apportent l'aide vitale, tandis que la population sous leur contrôle manque du nécessaire.