Un incident survenu fin janvier 2026 a plongé les relations diplomatiques entre les Pays-Bas et l'Iran dans une zone de turbulences inédite. Ce qui aurait pu n'être qu'un banal contrôle de routine à l'aéroport Imam Khomeini s'est mué en une crise internationale majeure, rappelant que les guerres technologiques et les enjeux de souveraineté ne se jouent pas uniquement sur les champs de bataille traditionnels. Au cœur de cette affaire, une valise diplomatique dont le contenu symbolise à lui seul les fractures géopolitiques actuelles : des équipements de communication par satellite dissimulés sous le sceau de l'immunité.

Cet incident dépasse largement le cadre d'un simple différend administratif ; il illustre l'usage stratégique des technologies spatiales et la fragilité des conventions diplomatiques face aux paranoïas sécuritaires des États. Alors que La Haye et Téhéran échangent des convocations et des accusations, le monde entier observe une bataille juridique et politique dont les répercussions pourraient redéfinir les règles de l'immunité diplomatique.
28 janvier 2026 : le refus qui déclenche l'incident à l'aéroport Imam Khomeini
Tout commence le 28 janvier 2026, dans l'enceinte de l'aéroport international Imam Khomeini de Téhéran. Ce jour-là, l'atmosphère y est celle d'une routine aéroportuaire pesante, mais le passage d'un membre du personnel de l'ambassade des Pays-Bas va faire basculer la situation. Le diplomate néerlandais, en partance pour une destination qui n'a pas été révélée, se présente avec des bagages protégés par le statut de « valise diplomatique ». Selon les récits rapportés par la presse internationale, dont DutchNews, la tension monte d'un cran lorsqu'il est invité à soumettre ces bagages aux équipements de sécurité standard.
Le geste du diplomate est ferme : il refuse catégoriquement que ses effets personnels ou officiels passent sous le scanner aux rayons X. Pour le représentant néerlandais, ce n'est pas une simple précaution, c'est une question de principe absolu. L'inviolabilité de la valise diplomatique est un pilier du droit international, une règle d'or qui garantit que les communications d'un État souverain vers son représentant à l'étranger ne peuvent être ni examinées ni retardées. En opposant ce refus, le diplomate ne fait pas seulement valoir un texte de loi, il place immédiatement l'interaction sur le terrain d'un affrontement entre souveraineté nationale iranienne et privilèges diplomatiques occidentaux.
Un diplomate refuse le scanner aux rayons X
Le refus de passer au scanner aux rayons X n'est pas anodin. Dans la majorité des aéroports du monde, les valises diplomatiques font souvent l'objet de mesures de sécurité particulières, bien que la Convention de Vienne interdise formellement de les ouvrir. Cependant, la nature des contrôles à Téhéran laissait craindre au diplomate que ce scanner ne soit qu'une prémice à une fouille plus invasive. En invoquant son immunité, le diplomate tente de poser une limite infranchissable : tant que les agents de sécurité ne garantissent pas que le contenu restera scellé, il n'y a pas de transaction possible.
C'est là que se noue le malentendu fondamental. Pour les gardiens de la révolution et les agents de sécurité présents sur place, ce refus est perçu comme une arrogance, voire comme la preuve tangible que quelque chose d'illicite est dissimulé à l'intérieur. La scène s'ancre alors dans un contexte iranien où la méfiance envers les ingérences étrangères est systémique. Le diplomate néerlandais, de son point de vue, applique le protocole à la lettre, mais pour les autorités de l'aéroport, ce comportement défensif ressemble à celui d'un contrebandier pris en défaut. C'est ce décalage de perception qui transforme une procédure standard en incident de haute volée.
La contrainte exercée par les autorités iraniennes
Face au refus obstiné du diplomate, la réaction des autorités de l'aéroport Imam Khomeini change brutalement de nature. On passe de la négociation à la contrainte physique. Selon le récit rapporté par les médias néerlandais et repris par Reuters, les fonctionnaires iraniens n'ont pas laissé le choix au représentant des Pays-Bas : sous la pression, il a été « forcé de remettre » ses bagages. Le terme employé par La Haye est crucial, car il qualifie l'action d'une violation pure et simple des règles diplomatiques.

D'un autre côté, Téhéran présente une version radicalement différente des faits. Pour le ministère iranien des Affaires étrangères, il ne s'agit nullement d'une contrainte illégale, mais de l'application stricte d'une « procédure légale ». Les Iraniens soutiennent que si un bagage ne respecte pas les normes de sécurité ou si le porteur refuse les contrôles de base, les agents ont le devoir de procéder à une inspection pour garantir la sûreté de l'État, statut diplomatique ou non. Ce conflit de narratifs s'installe dès les premières heures de l'incident : les Pays-Bas y voient une agression et une violation de l'article 27 de la Convention de Vienne, tandis que l'Iran y voit une opération de police légitime sur son propre sol.
Trois modems Starlink et sept téléphones satellites : le contenu explosif
Une fois la valise ouverte, malgré les protestations, le contenu révélé par les autorités iraniennes a transformé l'incident administratif en une affaire d'espionnage présumé. Au lieu de documents classés ou de matériel protocolaire, ce sont des objets technologiques de haute précision qui ont été saisis : trois modems Starlink et sept téléphones satellites. La divulgation de cette information par la presse iranienne et internationale a donné une dimension totalement nouvelle à l'affaire, expliquant soudainement la fermeté de Téhéran et l'embarras de La Haye.
La présence de ces équipements dans une valise officielle soulève une myriade de questions. Starlink, la constellation de satellites d'Elon Musk, est bien plus qu'un simple outil de navigation Internet. Dans un pays comme l'Iran, où l'accès à l'information est strictement contrôlé et filtré, ces terminaux représentent un vecteur de liberté et, potentiellement, de subversion. Pour le régime iranien, posséder un tel matériel n'est pas un acte anodin ; c'est détenir une arme de guerre informationnelle. La découverte de ces objets a donc immédiatement validé, aux yeux des services de renseignement iraniens, la suspicion initiale qui avait motivé le contrôle.
Pourquoi Starlink est considéré comme « équipement d'espionnage » en Iran
Il est essentiel de comprendre le contexte interne iranien pour saisir la gravité de cette saisie. En janvier 2026, l'Iran a traversé une période de troubles majeurs. Des émeutes, qualifiées par le pouvoir de « soutenues par l'étranger », ont secoué plusieurs provinces. Dans ce climat de révolte sociale et de répression sévère, le gouvernement a identifié les terminaux Starlink comme les principaux outils utilisés par les manifestants pour organiser leurs mouvements et contourner le blackout numérique imposé par l'État. Par conséquent, les services de renseignement iraniens ont mené des raids de grande envergure, saisissant massivement ces équipements qu'ils qualifient ouvertement d'outils d'espionnage illégaux.
C'est dans ce contexte paranoïaque et sécuritaire que la valise diplomatique néerlandaise est interceptée. Pour Téhéran, découvrir du matériel Starlink dans les bagages d'un diplomate occidental n'est pas une coïncidence : c'est la preuve d'une tentative d'infiltration et de soutien à la dissidence. Le régime considère que ces modems permettent de contourner la surveillance nationale et de communiquer directement avec des puissances hostiles. En instrumentalisant cette saisie, l'Iran cherche non seulement à justifier sa violation de l'immunité diplomatique, mais aussi à dénoncer ce qu'il perçoit comme une hypocrisie de l'Occident, qui utiliserait les valises protégées pour faire entrer des instruments de déstabilisation politique.

La thèse néerlandaise : du matériel de communication standard
Face à l'accusation de contrebande et d'espionnage, la position des Pays-Bas, bien que plus feutrée, repose sur une logique de fonctionnement des ambassades. Les diplomates et le personnel technique des missions étrangères ont besoin de moyens de communication robustes et sécurisés pour effectuer leur travail. En ce sens, la possession de téléphones satellites et de terminaux Internet haut débit peut être argumentée comme faisant partie du matériel de communication standard d'une représentation diplomatique moderne, surtout dans un pays où l'infrastructure locale peut être défaillante ou manipulée par l'État hôte.
Cependant, la thèse néerlandaise se heurte à un écueil de taille : la logique du camouflage. Si ces équipements étaient réellement destinés à un usage officiel et protocolaire, pourquoi les cacher dans une valise diplomatique plutôt que de les déclarer ou de les utiliser via les canaux officiels douaniers ? Transporter du matériel de contrebande potentielle dans un conteneur qui, par définition, ne devrait pas être inspecté, constitue un pari risqué. La Haye avance probablement l'idée qu'il s'agissait d'une erreur de procédure ou d'une volonté de discrétion pour éviter les regards indiscrets, mais pour les observateurs extérieurs, cela ressemble fort à une tentative d'abus de statut. Cette ambiguïté nourrit le scandale et laisse le champ libre aux interprétations les plus malveillantes.
24 février : La Haye convoque l'ambassadeur iranien — la riposte officielle
Près d'un mois s'est écoulé entre l'incident du 28 janvier et la réaction officielle majeure des Pays-Bas. Ce délai peut s'expliquer par des tentatives de résolution discrète, par des nécessités de vérification des faits, ou encore par la complexité de la coordination politique interne à La Haye. Néanmoins, le 24 février 2026, le ministère néerlandais des Affaires étrangères décide de passer à la vitesse supérieure en convoquant officiellement l'ambassadeur iranien aux Pays-Bas. Ce geste marque la fin de la patience diplomatique et le début d'une confrontation publique.
Cette convocation n'est pas une simple formalité administrative ; dans le langage codifié de la diplomatie, c'est un signal d'alarme. Les Pays-Bas ne cherchent plus à apaiser les choses dans l'ombre mais choisissent de mettre la pression sur Téhéran de manière officielle et visible. La décision intervient également dans un climat politique néerlandais où la fermeté à l'égard de l'Iran est un sujet de débat public, influencé par les précédents sécuritaires et la nécessité de protéger les intérêts nationaux à l'étranger. C'est une réponse mesurée mais ferme, destinée à montrer que l'incident de janvier n'a pas été oublié et ne restera pas impuni.
La déclaration du ministère des Affaires étrangères néerlandais
Le cœur de la réaction néerlandaise se trouve dans la déclaration formelle faite lors de cette rencontre. Le communiqué publié par le ministère des Affaires étrangères est sans équivoque : « L'Iran a provoqué un incident diplomatique le 28 janvier 2026, en forçant un diplomate néerlandais à remettre ses bagages diplomatiques à l'aéroport de Téhéran ». En utilisant le terme « provoqué », La Haye rejette la responsabilité entière de la crise sur Téhéran et dénonce une violation flagrante du droit international.

La déclaration précise également que les Pays-Bas ont demandé à « plusieurs reprises » la libération immédiate des biens saisis, sans obtenir de réponse satisfaisante de la part des Iraniens. Cette insistance sur le caractère répété des demandes et le refus opposé par l'Iran sert à construire un dossier d'accusation : non seulement l'incident initial était une faute, mais l'entêtement à rendre le matériel aggrave la situation. Le ton employé par les Néerlandais est celui de l'offense morale et juridique, cherchant à rallier la communauté internationale à leur cause en se positionnant en victime d'un État qui bafoue les règles qu'il a lui-même signées.
La convocation comme signal politique fort
Au-delà des mots, l'acte de convoquer un ambassadeur est un instrument politique puissant. Cela permet à un État d'exprimer son mécontentement sans aller jusqu'à la rupture des relations diplomatiques, tout en envoyant un message clair à l'autre partie. Pour le gouvernement néerlandais, qui voit sa politique étrangère évoluer, cette affaire est un test de sa capacité à défendre la souveraineté de ses représentants à l'étranger.
Cette convocation sert également d'avertissement aux alliés européens. En publicisant le litige, les Pays-Bas cherchent à sensibiliser l'Union européenne sur la nécessité d'une réponse commune face à ce qui pourrait être perçu comme une nouvelle méthode d'intimidation iranienne. C'est une façon de dire que ce qui est arrivé à un diplomate néerlandais pourrait arriver à n'importe quel diplomate européen présent en Iran. La convocation du 24 février est donc un double geste : une protestation directe contre Téhéran et un appel indirect à la solidarité diplomatique européenne face à une pratique jugée inacceptable.
26 février : Téhéran riposte en convoquant l'ambassadeur Emiel Frederik Dupont
La riposte iranienne ne s'est pas fait attendre. À peine deux jours après la manœuvre néerlandaise, le jeudi 26 février, Téhéran retourne la situation en convoquant à son tour l'ambassadeur des Pays-Bas en Iran, Emiel Frederik Dupont. Cette escalade symétrique montre que ni des deux côtés ne souhaite reculer, et que chaque camp tente de reprendre le narratif de l'incident à son compte. La bataille ne se limite plus au contenu de la valise, elle devient une guerre de déclaration et de positionnement sur la scène internationale.
L'échange de convocations illustre un classique de la diplomatie conflictuelle : l'effet miroir. En agissant de la sorte, l'Iran cherche à nier la légitimité de la plainte néerlandaise et à transformer l'accusé en accusateur. L'ambassadeur Dupont se retrouve donc dans une position délicate, convoqué pour recevoir des remontrances officielles qui renversent totalement la charge des faits tels que présentés par son gouvernement. Ce ballet diplomatique confirme que la crise est installée dans la durée et qu'elle dépasse le simple incident de l'aéroport pour toucher au fondement même des relations bilatérales.
L'accusation iranienne de « tentative de contrebande »
Lors de cette entrevue, les représentants du ministère iranien des Affaires étrangères ne se sont pas contentés de rejeter les accusations des Pays-Bas ; ils ont contre-attaqué avec vigueur en invoquant une « tentative de contrebande ». Selon le narratif officiel diffusé par PressTV, ce n'est plus l'Iran qui a violé la Convention de Vienne en ouvrant une valise, mais le diplomate néerlandais qui a abusé de son statut pour tenter d'introduire des « articles interdits » sur le territoire iranien.
Cette version des faits est habile car elle tente de légitimer a posteriori l'ouverture de la valise. En qualifiant le contenu d'illégal, l'Iran s'appuie sur l'argument de la sécurité nationale pour justifier l'infraction à l'immunité diplomatique. Téhéran présente le diplomate non plus comme une victime, mais comme un délinquant tentant d'utiliser la sacro-sainte valise diplomatique comme un véhicule pour le trafic de matériel sensible. Ce retournement de situation vise à isoler les Pays-Bas moralement, en suggérant qu'ils ont profité de leurs privilèges pour commettre un acte répréhensible, forçant ainsi la main des autorités de sécurité locales.

L'évacuation du personnel diplomatique vers l'Azerbaïdjan
Concomitamment à cette escalade verbale, une action concrète et spectaculaire a été observée sur le terrain : l'évacuation du personnel de l'ambassade des Pays-Bas en Iran. L'ambassadeur Emiel Frederik Dupont et ses collaborateurs ont quitté Téhéran pour se réfugier en Azerbaïdjan voisin. Selon l'agence Azertag, l'ambassadeur et le personnel ont traversé la frontière, marquant une fermeture de facto de la représentation diplomatique néerlandaise en Iran.
Cette évacuation peut être interprétée de plusieurs manières. Elle peut être une mesure de précaution prise par La Haye, craignant pour la sécurité de ses ressortissants face à une potentielle arrestation ou à des pressions supplémentaires de la part des services iraniens. Elle peut aussi être une exigence posée par l'Iran, expulsant les diplomates impliqués dans l'affaire. Quoi qu'il en soit, ce repli vers l'Azerbaïdjan, pays frontalier, marque une rupture concrète dans les relations et rend tout réchauffement des relations difficile à court terme. L'ambassade, qui est normalement le lieu du dialogue et de l'apaisement, devient le point de départ d'une fuite, symbolisant l'échec de la diplomatie classique dans ce dossier.
Article 27 contre article 41 : la bataille juridique de la Convention de Vienne
Au-delà des gesticulations politiques et des accusations d'espionnage, le cœur du conflit repose sur une bataille juridique complexe autour de la Convention de Vienne de 1961 sur les relations diplomatiques. Ce texte, qui régit les interactions entre les États, se retrouve au centre d'un débat contradictoire où chaque camp invoque des articles différents pour justifier sa position. C'est un duel juridique où la lettre de la loi s'affronte à l'esprit de la sécurité nationale.
Les Pays-Bas s'arc-boutent sur la protection absolue des communications, tandis que l'Iran avance l'impératif du respect des lois locales. Cette divergence d'interprétation n'est pas nouvelle, mais son application à un cas concret impliquant des équipements de haute technologie comme Starlink crée un précédent dangereux. Juridiquement, l'affaire est inédite car elle pose la question de savoir si le sceau diplomatique peut servir à protéger des objets que l'État hôte considère comme des menaces existentielles.
L'article 27 : la protection sacro-sainte de la valise diplomatique

Pour les Pays-Bas et la grande majorité des experts en droit international, l'article 27 de la Convention de Vienne est clair et ne souffre aucune exception. Ce texte stipule que la valise diplomatique ne peut être ni ouverte ni retenue. Cette protection est considérée comme la condition sine qua non de la diplomatie ; sans elle, les États ne pourraient plus échanger de correspondances confidentielles, ni sécuriser leurs documents et équipements sensibles lorsqu'ils voyagent.
En refusant de remettre les bagages et en dénonçant leur saisie, La Haye défend ce principe sacro-saint. L'argument est simple : si un État peut décider unilatéralement d'ouvrir une valise diplomatique sous prétexte de suspicion, le système entier s'effondre. Où s'arrête la suspicion ? Qui définit ce qui est « illégal » ? En acceptant l'ouverture iranienne, les Pays-Bas estiment qu'ils accepteraient un précédent qui mettrait en danger la sécurité de toutes les missions diplomatiques à travers le monde. C'est une position de principe, radicale mais nécessaire pour préserver la confiance internationale.
L'article 41 invoqué par l'Iran : les devoirs des diplomates
Face à ce mur juridique, l'Iran a trouvé une brèche dans l'article 41 de la même Convention. Cet article stipule qu'il est du devoir de toute personne jouissant de privilèges et immunités de respecter les lois et règlements de l'État accréditaire. En d'autres termes, l'immunité n'est pas un blanc-seing pour commettre des infractions ou violer la souveraineté de l'hôte.
L'argumentation iranienne est donc la suivante : en introduisant des équipements de communication par satellite interdits, le diplomate néerlandais a violé les lois iraniennes sur la sécurité nationale. En agissant ainsi, il a lui-même brisé le contrat de protection de l'article 41, perdant de fait le droit à l'immunité sur ces objets spécifiques. C'est une lecture du texte qui vise à moraliser l'infraction : l'immunité protège le diplomate dans l'exercice légitime de ses fonctions, pas dans la commission d'actes illégaux comme la contrebande de matériel d'espionnage. Cette interprétation, bien que contestée par de nombreux juristes occidentaux, permet à l'Iran de se présenter comme le défenseur de la légalité face à un abus de pouvoir étranger.
Kolahi, Nissi, et les diplomates expulsés : l'histoire lourde entre La Haye et Téhéran
Il est impossible de comprendre la virulence de la réaction néerlandaise sans replonger dans l'historique tumultueux des relations entre La Haye et Téhéran. Cet incident de la valise diplomatique n'est pas un événement isolé, mais l'épisode le plus récent d'une série de conflits qui ont empoisonné la relation bilatérale depuis près d'une décennie. La confiance est rompue depuis longtemps, et chaque geste est aujourd'hui analysé à travers le prisme de vieilles rancunes.
Pour les Néerlandais, l'Iran n'est plus seulement un partenaire commercial ou un acteur régional complexe, mais une menace directe sur leur sol national. Cette perception a changé la donne diplomatique, transformant chaque incident technique en une affaire d'État majeure. La saisie de la valise Starlink ne doit donc pas être analysée comme un simple problème de douane, mais comme une nouvelle étape dans une guerre froide larvée qui oppose les services secrets iraniens à la sécurité néerlandaise.
Les assassinats de 2015 et 2017 sur le sol néerlandais
Le point de non-retour dans la relation entre les deux pays remonte à la période 2015-2017, marquée par des assassinats ciblés sur le sol néerlandais. Mohammad-Reza Kolahi, un opposant politique iranien naturalisé néerlandais, a été tué en 2015 à Almere, suivi de près par l'assassinat d'Ahmad Mola Nissi en 2017 à La Haye. Ces crimes, qui visaient clairement des figures de l'opposition au régime iranien, ont longtemps été non résolus.
Cependant, en 2019, le gouvernement néerlandais a brisé le silence en accusant officiellement l'Iran d'être impliqué dans ces meurtres. Comme le rapporte Le Monde, cette déclaration publique a été un choc, car elle associait un État souverain à des assassinats ciblés en plein cœur de l'Europe. Pour La Haye, cela a prouvé que Téhéran n'hésitait pas à exporter sa violence sur le territoire de ses alliés commerciaux et politiques. Cette histoire sanglante pèse lourdement sur la gestion de l'incident actuel : lorsque les Néerlandais voient des bagages diplomatiques suspects, ils ne pensent pas uniquement à des infractions douanières, mais à la possible présence d'agents opérationnels ou d'équipements liés à des opérations mortelles.
L'expulsion de deux diplomates iraniens en 2018
Avant même les accusations publiques de 2019 concernant les assassinats, les Pays-Bas avaient déjà commencé à prendre des mesures drastiques. En 2018, le ministre des Affaires étrangères de l'époque avait annoncé l'expulsion de deux diplomates iraniens basés aux Pays-Bas. Cette décision, prise sur la base de renseignements de sécurité, montrait que La Haye avait déjà identifié l'ambassade d'Iran comme un centre de menace potentielle.

Ces expulsions avaient constitué un avertissement sévère, mais elles n'avaient pas suffi à normaliser les relations. Au contraire, elles ont installé un climat de méfiance réciproque où chaque membre du personnel diplomatique est sous haute surveillance. L'incident du 28 janvier 2026 s'inscrit donc dans la continuité de cette logique de défense. Pour La Haye, le fait que l'Iran viole l'immunité d'un diplomate néerlandais est perçu comme une double peine : après avoir envoyé des tueurs sur leur sol, Téhéran s'attaque maintenant au fondement même de la protection de leurs représentants à l'étranger. C'est cette accumulation de griefs qui explique la fermeté actuelle de la position néerlandaise.
Conclusion : quand l'immunité diplomatique devient un champ de bataille
L'affaire de la valise diplomatique contenant les équipements Starlink marque un tournant inquiétant dans la pratique des relations internationales. Ce qui devait être un instrument de protection et de confiance — l'immunité diplomatique — se transforme progressivement en un champ de bataille où les États testent les limites de la tolérance de leurs adversaires. L'incident entre les Pays-Bas et l'Iran n'est probablement que le prémice d'une série de conflits similaires à mesure que la technologie de communication devient un levier stratégique majeur.
La crise révèle une faille structurelle dans le droit international actuel : la Convention de Vienne de 1961 n'a pas été rédigée à l'ère du satellite portable et d'Internet par constellation. Le texte envisageait la protection de documents et de produits de correspondance, pas de terminaux capables de contourner les censures étatiques. Cette obsolescence technologique place les diplomates dans une zone grise juridique, où leur matériel de travail peut être interprété par un État hôte comme une arme de guerre informationnelle.
Le précédent dangereux pour les diplomates européens
Le risque principal de cette affaire réside dans la création d'un précédent. Si la communauté internationale laisse l'Iran justifier l'ouverture d'une valise diplomatique au nom de l'article 41 et de la sécurité nationale, la porte est ouverte à tous les abus. Des régimes autoritaires du monde entier pourraient s'emparer de cet argument pour saisir les communications de diplomates européens, américains ou asiatiques, simplement en qualifiant le contenu de « menace pour la sûreté de l'État ».
Inversement, si l'on considère que les diplomates peuvent tout transporter sous couvert d'immunité, y compris du matériel de guerre ou des outils de subversion, la sécurité interne des États devient illusoire. Les pays européens se retrouvent donc devant un dilemme cornélien : protéger leurs diplomates aveuglément ou accepter que la notion de « contrebande » puisse parfois primer sur l'immunité. L'équilibre est fragile, et l'incident de Téhéran risque de le briser définitivement, exposant les missions diplomatiques à des contrôles de plus en plus agressifs et arbitraires.
L'Europe face au choix de la fermeté ou de l'apaisement
Face à cette escalade, l'Union européenne ne peut pas rester silencieuse. L'évacuation de l'ambassade des Pays-Bas vers l'Azerbaïdjan est un signal fort qui doit interpeller Bruxelles. Plusieurs pays, comme le souligne L'Orient Le Jour, ont déjà décidé de fermer ou de transférer leurs ambassades en Iran suite aux tensions croissantes. L'Europe doit maintenant choisir entre une stratégie de fermeté collective, imposant des sanctions ou des mesures de rétorsion coordonnées contre l'Iran, ou une voie plus diplomatique visant à désamorcer la crise par la négociation.
Le choix qui sera fait enverra un message clair à Téhéran et à d'autres capitales hostiles. Si l'Europe réagit mollement, elle risque d'encourager d'autres violations des immunités diplomatiques. Si elle réagit avec trop de force, elle risque de fermer définitivement les canaux de dialogue dans une région déjà explosive. Quoi qu'il en soit, l'incident de la valise Starlink aura servi de révélateur : l'immunité diplomatique n'est plus un bouclier absolu, et les valises de diplomates seront, à l'avenir, scrutées avec bien plus d'attention, et peut-être de suspicion, par les régimes qui voient partout des complots étrangers.