Le 13 juillet 2026, le Conseil de l'Union européenne a décidé d'interdire l'achat, l'importation ou le transfert d'or en provenance du Soudan. Cette sanction vise à couper un financement clé de la guerre civile qui ravage le pays depuis avril 2023. L'interdiction inclut également le mercure et le cyanure utilisés dans l'exploitation minière, avec des dérogations à des fins humanitaires.

Une mesure politique ciblée
L'or, principale ressource des groupes armés
L'objectif est d'assécher les revenus des groupes armés. Les Forces de soutien rapide (FSR), soutenues par les Émirats arabes unis selon les experts, sont accusées de détourner des milliards de dollars d'or vers les EAU et le Kenya pour acheter des armes et des mercenaires. Le 9 juillet, les députés européens avaient voté une résolution pour inscrire la FSR sur la liste des organisations terroristes. Mais l'UE a refusé de sanctionner directement la milice. L'interdiction de l'or reste donc une mesure indirecte.
L'or, carburant de l'économie de guerre
Au Soudan, l'or représente plus de 58 % de la valeur des exportations. En 2024, la production a atteint un record de 64 tonnes, générant 1,57 milliard de dollars de revenus. Mais cette manne ne profite pas seulement à l'État. Les FSR contrôlent des zones minières riches. L'or finance ainsi l'ensemble de l'écosystème régional des conflits, à la fois les forces armées soudanaises (SAF) et les FSR. Cette ressource alimente la guerre en permettant l'achat d'armes et de mercenaires étrangers.

La contrebande : une plaie ouverte
Le problème est que l'or du Soudan ne transite que marginalement par les circuits officiels contrôlés. En 2025, sur 70 tonnes produites, seulement 14,7 tonnes ont été exportées légalement. Cela signifie que plus de 55 tonnes ont été détournées. Ce trafic bien établi risque de rendre l'interdiction européenne inefficace.
Le rôle pivot des Émirats arabes unis
Les Émirats, plaque tournante de l'or de conflit
Les EAU sont le premier hub pour cet or de conflit. En 2024, elles ont directement importé 29 tonnes d'or du Soudan, en hausse de 70 % par rapport à 2023. Entre 2012 et 2024, au moins 400 tonnes d'or ont été contrebandées hors du Soudan, dont environ la moitié est arrivée aux EAU. Ces flux financent les groupes armés et intègrent le Soudan dans un écosystème régional de conflits. Cette position stratégique s'inscrit dans un contexte géopolitique plus large, comme l'illustre le choix récent des EAU de quitter l'OPEP.
L'Égypte, nouvelle porte de sortie
Face aux pressions, les routes évoluent. En 2025, la part des EAU dans les exportations officielles d'or soudanais est tombée de 99 % à 56 %. En parallèle, les importations d'or égyptiennes depuis le Soudan ont été multipliées par 20, passant de 0,25 à 4,9 tonnes, soit 517 millions de dollars. L'Égypte devient ainsi un intermédiaire clé. Cette évolution montre la capacité des réseaux de trafic à s'adapter. Le contrôle des zones d'exploitation, notamment au Kordofan, reste central pour ces filières.

Impact sur les chaînes d'approvisionnement mondiales
L'interdiction européenne pourrait créer un surcoût et un risque juridique pour les importateurs. Elle expose la difficulté de traçabilité de l'or artisanal, qui représente 80 % de la production soudanaise et échappe largement aux circuits formels. Pour les consommateurs, cela pose la question de l'origine éthique des produits de luxe contenant de l'or. L'efficacité de la mesure dépendra de la capacité à contrôler non pas seulement l'entrée dans l'UE, mais les flux mondiaux, notamment via les hubs comme les EAU et l'Égypte, où l'or est souvent raffiné avant d'être écoulé. Sans coopération internationale élargie pour lutter contre ces réseaux de contrebande, l'interdiction européenne risque de rester un geste symbolique.