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Monde

Royaume-Uni : 136 ans de prison pour des militants climat, la nouvelle race de prisonniers politiques

286 militants écologistes cumulent 136 ans de prison au Royaume-Uni. Plongée dans une répression judiciaire sans précédent, des peines de 5 ans pour une réunion Zoom aux lois qui criminalisent la désobéissance civile climatique.

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Au Royaume-Uni, une transformation silencieuse mais brutale du système judiciaire est en cours. Depuis 2022, plus de 286 militants écologistes et propalestiniens ont été incarcérés, cumulant 136 années de prison. Ces chiffres, issus d’un rapport de l’université Queen Mary de Londres et de l’organisation Defend Our Juries, révèlent l’émergence d’une nouvelle catégorie de prisonniers politiques dans une démocratie occidentale qui se targuait d’être un modèle de liberté d’expression. Des peines de cinq ans pour une simple réunion Zoom, des jeunes de 22 ans envoyés derrière les barreaux pour avoir projeté une action, des ingénieurs condamnés à trois ans pour avoir escaladé un pont : le Royaume-Uni est devenu un laboratoire de la répression climatique dont la France pourrait s’inspirer.

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Roger Hallam et les « Whole Truth Five » : cinq ans de prison pour un appel Zoom

L’affaire qui a fait basculer la perception de la justice britannique est celle des « Whole Truth Five ». En novembre 2022, cinq militants de Just Stop Oil organisent une réunion via Zoom pour coordonner le blocage de l’autoroute M25, l’artère périphérique de Londres. Aucune violence, aucun dégât matériel, juste une conversation en ligne. Pourtant, la justice britannique va requalifier cette simple coordination logistique en « complot en vue de causer un désordre public ». Le verdict tombe comme un couperet : Roger Hallam, 58 ans, cofondateur d’Extinction Rebellion et de Just Stop Oil, écope de cinq ans de prison. Ses quatre coprévenus — Daniel Shaw, Louise Lancaster, Lucia Whittaker De Abreu et Cressida Gethin — sont condamnés à quatre ans chacun.

L’affaire qui a changé la donne : le procès du blocage de l’autoroute M25

Le procès du blocage du M25 a marqué un tournant dans l’histoire judiciaire britannique. Pour la première fois, des militants non violents recevaient des peines comparables à celles des trafiquants de drogue ou des auteurs de violences graves. Le juge a justifié sa décision en invoquant l’impact économique du blocage : des centaines de milliers de personnes avaient été perturbées dans leurs déplacements. Mais la défense a souligné un paradoxe : les militants agissaient par conviction écologique, sans aucune intention de nuire physiquement à quiconque.

En appel, les peines ont été légèrement réduites : Roger Hallam est passé de cinq à quatre ans, les autres de quatre à trois ans et trente mois. Mais le mal était fait. Le message était clair : au Royaume-Uni, organiser une action de désobéissance civile non violente peut vous envoyer en prison pour des années. Le rapporteur spécial de l’ONU pour les défenseurs de l’environnement, Michel Forst, a assisté au procès et déclaré : « Aujourd’hui est un jour sombre pour les manifestations pacifiques en faveur du climat. Ces condamnations devraient choquer les consciences de tous les citoyens. »

Louise Lancaster, 58 ans : son journal de prison depuis HMP Bronzefield

Louise Lancaster avait 58 ans lorsqu’elle a été condamnée à quatre ans de prison, peine réduite à trois en appel. Dans un journal publié par The Guardian le 25 janvier 2025, elle décrit son quotidien à HMP Bronzefield, une prison pour femmes du Surrey. Écrite au crayon bleu sur une enveloppe, sa déclaration dépeint une réalité glaçante : des cellules en béton, des journées interminables, une promiscuité pesante.

« Beaucoup de femmes ici ne devraient pas être en prison », écrit-elle. Elle raconte sa compagne de cellule, Sue, et les longues heures passées dans des salles d’attente en béton avant les audiences. Ce qui frappe dans son récit, c’est l’absurdité de la situation : une femme de 58 ans, sans aucun antécédent judiciaire, militante pacifique, se retrouve derrière les barreaux pour avoir participé à une réunion Zoom. Son journal est un témoignage poignant de la manière dont le système judiciaire britannique traite désormais la dissidence climatique.

4 ans de prison pour une action non violente : l’onde de choc du verdict

Le verdict des « Whole Truth Five » a provoqué une onde de choc bien au-delà des frontières britanniques. Des organisations de défense des droits humains du monde entier ont exprimé leur indignation. Amnesty International a qualifié ces peines de « disproportionnées » et a appelé le gouvernement britannique à revoir sa législation antimanifestation.

Michel Forst, le rapporteur spécial de l’ONU, a été sans équivoque : « Ces condamnations ne sont pas acceptables dans une démocratie. » Il a souligné que ce verdict créait un précédent dangereux, où la simple intention de perturber l’ordre public, sans passage à l’acte violent, pouvait justifier des années de prison. Pour les avocats des militants, ce jugement marque l’entrée dans une nouvelle ère : celle de la criminalisation systématique de la désobéissance civile climatique.

Daniel Knorr et Ella Ward : la jeunesse sacrifiée sur l’autel de l’ordre public

Après les figures historiques du mouvement, le récit se recentre sur les plus jeunes. Daniel Knorr avait 23 ans lorsqu’il a été condamné à 24 mois de prison ferme. Son crime ? Avoir projeté de perturber l’aéroport de Manchester dans le cadre d’une action baptisée « Oil Kills ». Pas de passage à l’acte, pas de violence, pas de dégât matériel. Juste une intention, un projet, une discussion entre militants.

Complot contre l’aéroport de Manchester : 24 mois de prison pour une simple intention

Le 27 mai 2025, la cour criminelle de Manchester a prononcé son verdict : Daniel Knorr, 23 ans, écope de deux ans de prison ferme. Ella Ward, 22 ans, est condamnée à 18 mois. Indigo Rumbelow, 31 ans, prend 30 mois. Margaret Reid, 54 ans, 18 mois. Tous ont été reconnus coupables de « complot en vue de causer un trouble à l’ordre public ».

Ce qui rend cette affaire particulièrement glaçante, c’est l’absence totale de passage à l’acte. Les militants avaient planifié une action de blocage de l’aéroport, mais ne l’avaient jamais exécutée. La justice britannique a considéré que le simple fait de discuter et de préparer une action de désobéissance civile constituait un complot punissable de prison ferme. Daniel Knorr a déclaré depuis sa cellule : « Le monde continue de foncer vers l’enfer comme un somnambule. » Une phrase qui résume l’impuissance et la détermination de toute une génération sacrifiée sur l’autel de l’ordre public.

Morgan Trowland et Marcus Decker : 3 ans de prison pour 37 heures suspendues à un pont

L’affaire Morgan Trowland et Marcus Decker est l’une des plus spectaculaires et des plus emblématiques de cette dérive répressive. En octobre 2022, ces deux militants de Just Stop Oil escaladent le pont Queen Elizabeth II du Dartford Crossing, dans l’est de Londres. Ils restent suspendus 37 heures, bloquant la circulation pendant 41 heures. Leur action est non violente, mais elle perturbe considérablement le trafic.

Morgan Trowland, 40 ans, ingénieur en structure, est condamné à trois ans de prison. Marcus Decker, 34 ans, tuteur privé, écope de deux ans et sept mois. Leur avocat a qualifié ces peines d’« extraordinaires » et de « plus longues jamais prononcées pour une manifestation non violente dans ce pays à l’époque moderne ». Pourtant, les deux hommes n’avaient aucun antécédent judiciaire. Leur seule motivation était d’attirer l’attention sur l’urgence climatique.

Des profils « normaux » dans l’engrenage pénal : le piège de la « nuisance publique »

Ce qui frappe dans tous ces cas, c’est la banalité des profils. Daniel Knorr est un étudiant, Morgan Trowland un ingénieur, Marcus Decker un tuteur privé, Louise Lancaster une femme de 58 ans sans histoire. Ce ne sont pas des criminels endurcis, mais des citoyens ordinaires qui ont choisi la désobéissance civile comme dernier recours face à l’inaction climatique.

L’arme juridique utilisée par la justice britannique est le délit de « public nuisance » (trouble à l’ordre public). Cette infraction, extrêmement large, permet de criminaliser presque tout : une réunion Zoom, un projet d’action, un blocage de pont. Le piège se referme sur des militants qui pensaient agir dans le cadre de la désobéissance civile traditionnelle, mais qui se retrouvent confrontés à un système judiciaire qui a décidé de faire un exemple.

286 militants, 136 ans de prison : la mécanique brutale du système judiciaire britannique

Les cas individuels ne sont pas des aberrations. Ils s’inscrivent dans une mécanique judiciaire brutale et systématique. Le rapport de l’université Queen Mary de Londres et de Defend Our Juries, publié le 23 mai 2026 par The Guardian, dresse un tableau accablant : 286 militants climat et Palestine emprisonnés, totalisant 136 années de prison.

Peine moyenne de 28 semaines : quand la justice britannique frappe vite et fort

Les chiffres donnent le vertige. La peine moyenne pour les militants climatiques est de 28 semaines. Un militant emprisonné sur trois écope de plus de six mois ferme. Un sur cinq prend plus d’un an. La clémence est devenue l’exception, la sévérité la règle.

Ces statistiques montrent que la justice britannique a délibérément choisi de durcir le ton face à la désobéissance civile climatique. Les juges appliquent désormais des peines qui étaient réservées aux crimes violents ou aux délits économiques graves. Le message est clair : manifester pour le climat peut vous coûter des années de liberté.

Détention provisoire systématique : la prison avant même le procès

L’une des pratiques les plus choquantes révélées par le rapport est l’usage systématique de la détention provisoire. Dans 60 % des cas, la peine finale a été finalement moins lourde que le temps passé en détention provisoire. Cela signifie que le système emprisonne d’abord et réfléchit ensuite.

Les militants sont placés en détention provisoire dès leur arrestation, parfois pour des mois, avant même d’être jugés. Cette pratique, que le rapport qualifie de « première ligne d’attaque », permet de briser psychologiquement les militants et de les dissuader de poursuivre leur engagement. Elle contourne également le principe fondamental de la présomption d’innocence.

Les travaillistes gardent les lois des conservateurs : pourquoi le Royaume-Uni durcit encore la répression

Le paradoxe politique est saisissant. Lorsque les travaillistes de Keir Starmer sont arrivés au pouvoir en juillet 2024, beaucoup espéraient un assouplissement des lois antimanifestation héritées des conservateurs. Il n’en a rien été. Non seulement Starmer n’a pas abrogé les lois de ses prédécesseurs, mais il les a renforcées.

De la Police Crime Act (2022) au Crime and Policing Bill (2025) : un arsenal législatif renforcé

La chronologie législative est implacable. En 2022, les conservateurs adoptent la Police Crime Sentencing and Courts Act, qui durcit considérablement les peines pour les manifestations. En 2023, le Public Order Act crée de nouvelles infractions ciblant spécifiquement les militants climatiques. En 2025, le gouvernement travailliste prolonge et renforce cet arsenal avec le Crime and Policing Bill.

Cette continuité transpartisane montre que la criminalisation de la contestation n’est pas une affaire de droite ou de gauche. C’est une dérive autoritaire qui transcende les clivages politiques traditionnels. Les travaillistes, pourtant historiquement proches des syndicats et des mouvements sociaux, n’ont pas hésité à utiliser les outils juridiques hérités des conservateurs pour réprimer la dissidence climatique.

« Silencing the Streets » : le rapport HRW qui accable le gouvernement Starmer

Le rapport de Human Rights Watch, publié en janvier 2026 sous le titre « Silencing the Streets », est un réquisitoire implacable contre le gouvernement Starmer. Lydia Gall, chercheuse à HRW, déclare : « Le Royaume-Uni adopte désormais des tactiques de contrôle des manifestations imposées dans des pays où les garanties démocratiques sont faibles. »

Le rapport souligne que le Royaume-Uni utilise des lois antiterroristes contre des manifestants pacifiques. Des militants climatiques ont été placés sous surveillance, leurs communications interceptées, leurs comptes bancaires gelés. Des techniques qui étaient réservées à la lutte contre le terrorisme sont désormais appliquées à des citoyens qui brandissent des pancartes ou bloquent des routes.

Le nouveau délit d’« interférence avec les infrastructures clés »

Le Crime and Policing Bill de 2025 crée un nouveau délit : l’« interférence avec les infrastructures clés ». Cette infraction cible spécifiquement les « écofanatiques », selon la terminologie utilisée par le gouvernement. Toute action sur les routes, les aéroports, les voies ferrées ou les réseaux énergétiques est passible de lourdes peines.

Ce délit est exactement ce que les militants français redoutent de voir transposé dans la loi française sur le blocage. En France, le durcissement des sanctions contre le blocage routier en 2025 (jusqu’à deux ans de prison ferme) montre que la tentation est là. Le Royaume-Uni sert de laboratoire législatif pour des mesures qui pourraient bientôt être adoptées ailleurs.

France vs Royaume-Uni : le match de la répression climatique vu par Amnesty

Deux manifestants climatiques portant des gilets de sécurité et des masques, debout devant une barrière métallique, un policier en tenue anti-émeute de l'autre côté, ciel gris et ambiance tendue
Deux manifestants climatiques portant des gilets de sécurité et des masques, debout devant une barrière métallique, un policier en tenue anti-émeute de l'autre côté, ciel gris et ambiance tendue

La comparaison entre la France et le Royaume-Uni est éclairante. Les deux pays répriment la contestation climatique, mais pas de la même manière. Amnesty International, dans un rapport relayé par Le Canard Enchaîné en novembre 2025, a comparé les deux méthodes.

« Sévérité délirante » de la justice anglaise contre « violence de la police » française

Le constat d’Amnesty est sans appel. La justice anglaise est d’une « sévérité délirante », avec de longues peines de prison pour des actions non violentes. La France, elle, « brille par la violence de sa police et de sa gendarmerie », sans que le ministère de l’Intérieur n’y trouve à redire.

Cette différence tactique est cruciale. Au Royaume-Uni, la répression est judiciaire : on emprisonne longtemps, on fait des exemples. En France, la répression est policière : on charge, on blesse, on gaz, mais les peines de prison sont généralement plus courtes. Les deux méthodes sont également efficaces pour dissuader la contestation, mais elles frappent différemment.

Loi « séparatisme », blocage autoroutier : les lois françaises qui se rapprochent du modèle britannique

La France n’est pas à l’abri d’une dérive comparable. La loi « séparatisme » du 24 août 2021 (loi confortant le respect des principes de la République) permet déjà la dissolution d’associations et le contrôle des financements étrangers des organisations. Le durcissement des sanctions contre le blocage routier en 2025 va dans le même sens.

Le rapport d’Amnesty France, publié en juillet 2025 sous le titre « Attaqués pour avoir défendu la planète », qualifie la France d’« exemple probant de la vague mondiale de répression des défenseurs de l’environnement ». Margot Jaymond, d’Amnesty France, déclare : « Tout un système existe pour empêcher leur action, les criminaliser et les réprimer. » La question est désormais : jusqu’où la France va-t-elle copier la loi anglaise ?

Peur des militants français : les mêmes causes produiront-elles les mêmes effets ?

Les organisations françaises de défense des droits humains suivent de près l’évolution de la situation britannique. La Ligue des droits de l’Homme (LDH) et Greenpeace France ont exprimé leur inquiétude face à la dérive répressive outre-Manche. Leur crainte est que le modèle britannique serve de précédent pour la France.

Les militants français redoutent que la loi « séparatisme » et le durcissement des sanctions contre le blocage routier ne soient que les premières étapes d’une escalade répressive. Si le Royaume-Uni peut condamner à cinq ans de prison pour une réunion Zoom, pourquoi la France ne ferait-elle pas de même ? La peur viscérale des militants français est que les mêmes causes produisent les mêmes effets.

Just Stop Oil arrête ses actions chocs : la répression a-t-elle atteint son but ?

Le 27 mars 2025, Just Stop Oil a annoncé la fin de ses actions chocs. « La soupe sur les Van Gogh, la fécule de maïs sur Stonehenge et les marches lentes », tout cela est terminé. L’organisation a justifié cette décision en expliquant que « la demande initiale de mettre fin à l’exploitation du pétrole et du gaz est désormais une politique gouvernementale ». Mais derrière cette annonce, c’est tout le bilan de la répression qui se profile.

3 300 arrestations, 180 militants en prison : le bilan comptable de la répression

Les chiffres fournis par Just Stop Oil au moment de l’arrêt des actions chocs sont accablants : 3 300 arrestations, 180 militants en prison, des centaines de procès en cours. L’organisation précise que « ce n’est pas la fin des procès, du placement sous surveillance électronique, des amendes, des mises à l’épreuve et des années de prison ».

Même si l’organisation cède sur la forme (plus de soupe sur les tableaux, plus de blocages spectaculaires), la répression, elle, continue. Les procès se poursuivent, les bracelets électroniques restent en place, les années de prison s’accumulent. La machine judiciaire ne s’arrête pas avec la fin des actions chocs.

« Le monde continue de foncer vers l’enfer » : la dernière déclaration de Daniel Knorr

La déclaration de Daniel Knorr depuis sa cellule résonne comme un avertissement : « Le monde continue de foncer vers l’enfer comme un somnambule. » Cette phrase, prononcée par un jeune homme de 23 ans qui a sacrifié deux ans de sa vie pour une cause qu’il croit juste, résume l’impuissance et la détermination de toute une génération.

La prison n’a pas brisé sa conviction. Au contraire, elle semble l’avoir renforcée. Knorr est devenu un symbole de la résistance climatique malgré la répression. Sa déclaration est à la fois une note d’espoir et de rage, selon la lecture qu’on en fait.

L’arrêt des actions chocs de JSO : renoncement ou adaptation stratégique ?

La question centrale est de savoir si la répression a gagné. D’un côté, oui : les militants sont en prison, les actions spectaculaires ont cessé, l’organisation a renoncé à ses méthodes les plus visibles. De l’autre côté, non : le mouvement s’est transformé, il a gagné en maturité et en résilience.

L’arrêt des actions chocs n’est pas une capitulation, mais une adaptation stratégique. Just Stop Oil a compris que la répression rendait les actions spectaculaires trop coûteuses en vies humaines. Le mouvement se réinvente, explore d’autres formes de contestation, et continue de lutter. Le verdict est ouvert pour la suite de l’histoire.

Et si la France devenait le prochain laboratoire de la répression climatique ?

La conclusion s’impose d’elle-même : le Royaume-Uni n’est plus une exception insulaire. C’est un laboratoire politique dont la France pourrait s’inspirer. Les lois britanniques, les pratiques judiciaires, les peines exemplaires : tout cela pourrait être transposé dans l’Hexagone si la vigilance citoyenne et juridique ne s’exerce pas.

« Un jour sombre pour les manifestations pacifiques » : l’avertissement de Michel Forst, rapporteur de l’ONU

Michel Forst, le rapporteur spécial de l’ONU pour les défenseurs de l’environnement, a assisté au procès des « Whole Truth Five » et a lancé un avertissement solennel : « Ces condamnations devraient choquer les consciences et sonner l’alarme sur l’état de la démocratie au Royaume-Uni et au-delà. »

Son message est clair : la dérive britannique n’est pas un problème local. C’est un signal d’alarme pour toutes les démocraties occidentales. Si le Royaume-Uni, berceau de la Magna Carta et de la tradition des libertés civiles, peut en arriver là, aucun pays n’est à l’abri.

France 2026 : vigilance maximale sur les lois « séparatisme » et « blocage »

En France, plusieurs points de bascule législatifs méritent une attention maximale. La loi « séparatisme » de 2021 a déjà donné au gouvernement des pouvoirs étendus pour dissoudre des associations et contrôler les financements. Le durcissement des sanctions contre le blocage routier en 2025 a créé un précédent.

Les propositions de loi en cours doivent être surveillées de près. Les militants français et les organisations de défense des droits humains doivent rester vigilants face à toute tentative de transposer le modèle britannique dans le droit français. Les clés pour surveiller l’évolution du droit pénal français sont entre les mains des citoyens.

Ce que les militants français peuvent retenir de la dérive britannique

La peur ne doit pas paralyser, mais la stratégie juridique doit évoluer. Les militants français doivent tirer les leçons de l’expérience britannique : la désobéissance civile non violente peut désormais être punie de peines de prison disproportionnées. Il faut donc adapter les modes d’action, renforcer les observatoires des libertés publiques, soutenir les organisations comme la LDH, et choisir avec soin les formes de contestation.

Le Royaume-Uni est un miroir déformant, mais il faut le regarder attentivement. Ce qui s’y passe aujourd’hui pourrait arriver demain en France. La vigilance juridique est maximale, mais elle ne doit pas se transformer en paralysie. La lutte pour le climat continue, et elle doit trouver de nouvelles formes d’expression, plus résilientes face à la répression judiciaire.

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Questions fréquentes

Pourquoi des militants climat sont-ils condamnés à 136 ans de prison au Royaume-Uni ?

Depuis 2022, plus de 286 militants écologistes et pro-palestiniens ont cumulé 136 années de prison au Royaume-Uni. Ces peines visent des actions non-violentes comme des réunions Zoom ou des projets de blocage, qualifiées de complot ou de trouble à l'ordre public. Le rapport de l'université Queen Mary de Londres révèle une criminalisation systématique de la désobéissance civile climatique.

Quelle peine de prison pour une réunion Zoom de militants climat ?

En novembre 2022, cinq militants de Just Stop Oil ont été condamnés pour une simple réunion Zoom coordonnant un blocage de l'autoroute M25. Roger Hallam a écopé de cinq ans de prison (réduits à quatre en appel), et ses quatre co-prévenus de quatre ans chacun (réduits à trois ans et trente mois). La justice a requalifié cette coordination en complot en vue de causer un désordre public.

Qu'est-ce que le délit d'interférence avec les infrastructures clés au Royaume-Uni ?

Le Crime and Policing Bill de 2025 a créé un nouveau délit d'« interférence avec les infrastructures clés », ciblant spécifiquement les militants écologistes. Toute action sur les routes, aéroports, voies ferrées ou réseaux énergétiques est passible de lourdes peines de prison. Cette loi a été adoptée par le gouvernement travailliste de Keir Starmer, renforçant l'arsenal répressif hérité des conservateurs.

Quelle différence entre la répression climatique en France et au Royaume-Uni ?

Selon Amnesty International, la justice anglaise est d'une « sévérité délirante » avec de longues peines de prison pour des actions non-violentes, tandis que la France réprime davantage par la violence policière (charges, gaz) avec des peines généralement plus courtes. La France a toutefois durci ses sanctions contre le blocage routier en 2025, se rapprochant du modèle britannique.

Just Stop Oil a-t-il arrêté ses actions chocs ?

Le 27 mars 2025, Just Stop Oil a annoncé la fin de ses actions chocs comme la soupe sur les tableaux ou les blocages spectaculaires, justifiant que sa demande initiale est devenue politique gouvernementale. Cependant, l'organisation précise que les procès, les bracelets électroniques et les années de prison continuent, avec 3 300 arrestations et 180 militants en prison. Cet arrêt est perçu comme une adaptation stratégique face à la répression.

Sources

  1. Grande-Bretagne : démonstration de force de l’extrême droite - NPA Révolutionnaires · npa-revolutionnaires.org
  2. bbc.com · bbc.com
  3. en.wikipedia.org · en.wikipedia.org
  4. hrw.org · hrw.org
  5. lecanardenchaine.fr · lecanardenchaine.fr
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Sarah Lebot @world-watcher

Journaliste en herbe, je synthétise l'actu mondiale pour ceux qui n'ont pas le temps de tout suivre. Étudiante en journalisme à Sciences Po Lille, je contextualise les événements sans prendre parti. Mon objectif : rendre l'info accessible et compréhensible, surtout pour ma génération. Pas de jargon, pas de sensationnalisme – juste les faits et leur contexte. Parce que comprendre le monde, c'est le premier pas pour le changer.

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