Homme menotté par un policier lors d'une émeute urbaine, rue en feu en arrière-plan, nuit, éclairage aux néons orange et bleu
Monde

20 % des émeutiers de 2024 signalés pour violences conjugales : l'enquête qui secoue le Royaume-Uni

Enquête Guardian : 21 % des émeutiers d'extrême droite de 2024 au Royaume-Uni signalés pour violences conjugales après les faits, tandis que 41 % en avaient déjà commis.

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Le 26 mai 2026, une enquête du Guardian jette une lumière crue sur les émeutes d'extrême droite qui ont secoué le Royaume-Uni à l'été 2024. Sur les 949 personnes arrêtées dans 27 villes anglaises et nord-irlandaises, 21 % ont depuis été signalées pour violences domestiques. Les données, obtenues via des demandes d'accès à l'information (FOI) auprès de 21 forces de police, révèlent un paradoxe dérangeant. Farah Nazeer, directrice de l'association Women's Aid, le résume en une phrase : des manifestants brandissaient des pancartes « Protect our women » tandis qu'une partie d'entre eux commettaient des violences conjugales. Les disparités géographiques sont frappantes : à Cumbria, le taux monte à 54 %, à Hull à 28 %, à Rotherham à 23 %. Deux ans après les faits, ce chiffre relance un débat que le Royaume-Uni pensait avoir clos.

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Plus de 200 émeutiers devenus auteurs de violences intimes : une enquête FOI inédite

L'enquête du Guardian ne s'est pas contentée d'un coup de sonde. Les journalistes ont adressé des demandes FOI à 27 forces de police couvrant l'Angleterre et l'Irlande du Nord. Sur les 949 arrestations liées aux émeutes de l'été 2024, 203 personnes — soit une sur cinq — ont fait l'objet d'un signalement pour violences domestiques après leur interpellation. Les infractions constatées a posteriori sont variées : voies de fait, comportement coercitif ou contrôlant, menaces de mort, coups et blessures, dégradations de biens.

Des disparités géographiques qui interrogent

Les chiffres ville par ville donnent la mesure du phénomène. À Cumbria, 14 des 26 interpellés (54 %) ont été signalés. À Hull, 33 sur 116 (28 %). À Rotherham, 40 sur 171 (23 %). À Bristol, 12 sur 60 (20 %). À Hartlepool et Middlesbrough, 38 sur 182 (21 %). Ces disparités suggèrent des facteurs locaux — précarité, densité des réseaux d'extrême droite, faiblesse des dispositifs de prévention — qui amplifient ou réduisent le phénomène. Dans les zones où les émeutes ont eu lieu, la prévalence des violences domestiques atteignait 39 pour 1 000 habitants, contre 27 ailleurs. La plupart des émeutiers viennent des 20 % de quartiers les plus défavorisés du pays.

Un double tableau statistique qui se complète

Cette enquête n'est pas la première du genre. En juillet 2025, le Guardian avait déjà révélé que 41 % des 899 personnes arrêtées lors des mêmes émeutes avaient des antécédents de violences domestiques. Les infractions antérieures incluaient coups et blessures, harcèlement, violation d'ordonnances de protection et comportement coercitif. Le nouveau chiffre — 21 % de signalements après les faits — complète le tableau : une partie des émeutiers n'était pas connue des services de protection avant l'été 2024, mais a basculé dans la violence intime dans les mois qui ont suivi. Isabella Lowenthal-Isaacs, de Women's Aid, soulignait dès juillet 2025 que ces actes de violence s'inscrivent dans un schéma plus large, enraciné dans les mêmes dynamiques.

Une méthodologie qui a ses limites

Les données FOI ont un point faible : elles ne couvrent que les signalements, pas les condamnations. Moins d'un quart des personnes faisant l'objet d'allégations de violences domestiques ont été inculpées, comme le souligne le Safe & Together Institute. Le chiffre réel pourrait être plus élevé si l'on incluait les victimes qui n'ont pas porté plainte. Le taux de dépôt de plainte pour violences conjugales au Royaume-Uni est comparable à celui de la France : environ 20 % des victimes seulement signalent les faits aux autorités.

« Protect our women » : le cynisme des pancartes face à la réalité des signalements

Farah Nazeer ne mâche pas ses mots. « Depuis 2024, nous avons vu beaucoup de participants aux protestations qui ont dégénéré en émeutes brandir des pancartes avec des slogans comme "Protégez nos femmes" », déclare-t-elle au Guardian. « Il est inquiétant de penser que dans ces mêmes foules se trouvaient des personnes qui avaient elles-mêmes commis, ou étaient accusées d'avoir commis, des violences domestiques. »

Femme assise seule sur le bord d'un lit défait, visage baissé, lumière grise filtrant par une fenêtre, atmosphère tendue et silencieuse
Femme assise seule sur le bord d'un lit défait, visage baissé, lumière grise filtrant par une fenêtre, atmosphère tendue et silencieuse

Un discours de façade qui masque une réalité violente

Le contraste est saisissant. L'extrême droite britannique a construit une partie de son discours sur la protection des femmes — contre l'immigration, contre l'islam, contre « l'idéologie du genre ». Or les données montrent que ce discours de façade masque une réalité violente. Les pancartes « Protect our women » n'étaient pas un engagement, mais un écran de fumée. La question centrale, que pose Nazeer, est la suivante : et si la manifestation de rue n'était que la face visible d'un continuum de violence plus large ?

La rue comme révélateur d'une violence déjà présente

Les hommes qui ont brûlé des voitures, attaqué des mosquées, affronté les forces de l'ordre ne se sont pas transformés en agresseurs conjugaux après les émeutes. Ils l'étaient déjà, ou ils l'étaient potentiellement. La rue n'a fait que révéler une disposition à la violence que le foyer abritait déjà. Le Safe & Together Institute pose une question simple : pourquoi supposer qu'un agresseur qui a démontré sa volonté d'utiliser la violence pour atteindre ses objectifs dans sa vie publique se limiterait à ses relations intimes ? Moins d'un quart des personnes faisant l'objet d'allégations de violences domestiques ont été inculpées, ce qui crée un angle mort systémique.

La mécanique de la radicalisation masculine

Plusieurs études en psychologie sociale montrent que la participation à des violences collectives agit comme un désinhibiteur. L'individu qui a franchi la barrière de la violence dans l'espace public — brûler une voiture, lancer un projectile, frapper un adversaire — abaisse son seuil de tolérance à la violence en général. Ce mécanisme n'est pas spécifique à l'extrême droite. Il a été observé dans des contextes de guerre, de conflits ethniques, mais aussi de violences policières. La rue devient un terrain d'entraînement où s'apprend et se normalise l'usage de la force.

Keenan Sanders : de l'émeute de Manchester à la prison pour violences conjugales

Les statistiques prennent un visage avec l'histoire de Keenan Sanders. En août 2024, ce jeune homme de 22 ans participe aux émeutes de Manchester. Il est arrêté pour possession d'arme et dégradations. Placé en liberté sous enquête, il retourne vivre avec sa compagne. Les mois qui suivent sont un enfer.

22 ans, arrêté pour émeute, condamné pour avoir tenté d'étrangler sa compagne

Les faits sont d'une gravité rare. Keenan Sanders soumet sa compagne à un contrôle coercitif quotidien : il surveille ses déplacements, contrôle ses appels, l'isole de ses proches. L'escalade est rapide. Il la frappe avec un couteau, l'étrangle à plusieurs reprises — la strangulation étant un facteur de risque majeur de féminicide, selon les études criminologiques. Il la pousse dans la circulation, menace de la paralyser. Le juge, en le condamnant à dix ans de prison, parle d'une « terreur imposée au quotidien ».

Un parcours qui illustre une faille systémique

Le parcours judiciaire de Sanders illustre une faille systémique. Son arrestation pour les émeutes n'a pas déclenché d'évaluation des risques de violence intime. Les deux affaires ont été traitées séparément : la justice pénale pour les dégradations et la possession d'arme, la justice familiale — ou plutôt l'absence de justice — pour les violences conjugales. Le « mythe de l'incident isolé », comme le nomme le Safe & Together Institute, a fonctionné à plein. Keenan Sanders n'est pas un cas exceptionnel. Il est, statistiquement, un émeutier typique. Le système judiciaire britannique a traité les deux affaires comme des phénomènes étanches, alors que les données montrent qu'elles relèvent du même terreau.

Des signaux d'alerte ignorés

Avant les émeutes, plusieurs signaux auraient dû alerter. Sanders avait déjà eu des altercations avec des voisins, des comportements agressifs dans l'espace public. Mais personne n'a fait le lien. Les services sociaux, la police de proximité, les travailleurs de rue n'avaient pas de protocole pour croiser les signalements. Le cas Sanders montre que la prévention des violences conjugales ne peut pas être séparée de la prévention des violences de rue. Les deux relèvent du même continuum.

Liz Kelly et le continuum de la violence : une clé de lecture pour la France

Pour comprendre le lien entre émeutes et violences conjugales, un cadre théorique s'impose. La sociologue britannique Liz Kelly a développé dans les années 1980 le concept de « continuum de la violence », traduit en français dans les Cahiers du Genre en 2019. Ce concept offre une grille de lecture directement applicable aux données britanniques.

Un « caractère fondamental commun » aux violences masculines

Kelly définit le continuum comme « un caractère fondamental commun à des événements très différents » et « une série continue d'éléments qui se fondent les uns dans les autres ». Concrètement, les hommes utilisent une variété de formes d'abus, de contrainte et de force pour contrôler les femmes. Ces formes ne sont pas étanches. La violence de rue — émeute, vandalisme, agression — et la violence domestique — coups, étranglement, contrôle coercitif — s'inscrivent dans un même système. Ce cadre permet de dépasser l'opposition artificielle entre « violence politique » et « violence privée ». Les émeutiers de 2024 n'ont pas agi en « citoyens engagés » d'un côté et en « conjoints violents » de l'autre.

Le « mythe de l'incident isolé » qui dessert les victimes

Le Safe & Together Institute pousse l'analyse plus loin. Dans un article publié en 2025, l'institut dénonce le « mythe de l'incident isolé » : la tendance des systèmes judiciaires et de protection à traiter chaque acte violent comme un événement indépendant, sans lien avec les autres. Ce mythe permet aux agresseurs d'échapper à une évaluation globale de leur comportement. Les données britanniques confirment cette analyse. Moins d'un quart des personnes faisant l'objet d'allégations de violences domestiques ont été inculpées. Les signalements pour violences conjugales post-émeutes n'ont pas été systématiquement croisés avec les dossiers des émeutes. Résultat : des agresseurs passent entre les mailles du filet, parce que chaque incident est jugé isolément plutôt que comme un pattern.

Une théorie qui dépasse les frontières

Le concept de continuum n'est pas limité au Royaume-Uni. Il a été appliqué dans de nombreux pays pour analyser les violences faites aux femmes. En France, des chercheuses comme Christelle Hamel ou Maryse Jaspard l'ont utilisé pour étudier les violences conjugales, les violences sexuelles et le harcèlement de rue. L'originalité de l'approche de Kelly est de montrer que ces violences ne sont pas des catégories séparées mais des manifestations d'un même système patriarcal. Les émeutes de 2024 au Royaume-Uni et celles de 2023 en France en sont une illustration.

Émeutes de 2023 en France : des profils similaires, mais un angle mort statistique

La France a connu son propre épisode d'émeutes urbaines à l'été 2023, après la mort de Nahel Merzouk, tué par un tir policier à Nanterre. Les similitudes avec les émeutes britanniques de 2024 sont nombreuses, mais un point les distingue radicalement : l'absence totale de suivi des violences conjugales chez les émeutiers français.

Nahel, juin 2023 : qui étaient les premiers condamnés ?

Le rapport sénatorial sur les émeutes de juin-juillet 2023 dresse un portrait-robot précis des 395 premiers condamnés. 91 % sont des hommes, 71 % de nationalité française, 87 % célibataires sans enfant. L'âge moyen est de 23 ans. 61 % sont en emploi. Parmi les mineurs (28 % du total), 98 % sont des garçons, âge moyen 16 ans, 73 % scolarisés. Un chiffre surprend : 57 % des condamnés n'avaient aucun antécédent judiciaire. Les motivations diffèrent de celles des émeutiers britanniques. En France, il s'agit moins d'une idéologie d'extrême droite que d'opportunisme, d'influence de groupe, de curiosité ou de recherche d'adrénaline. Les rapports du Sénat et du ministère de la Justice notent l'absence de revendication politique forte. Mais le dénominateur commun reste la jeunesse, la masculinité et la précarité territoriale.

Aucune donnée française sur les violences conjugales chez les émeutiers

Le rapport sénatorial s'arrête au casier judiciaire et aux motivations des émeutiers. Il ne croise pas ces données avec les fichiers de violences intrafamiliales. Le rapport du ministère de la Justice, pourtant détaillé, ne fait pas non plus ce lien. Résultat : personne ne sait, en France, combien d'émeutiers de 2023 avaient des antécédents de violences conjugales, ni combien en ont commis après les faits. Ce trou noir statistique est en soi une information. Au Royaume-Uni, 41 % des émeutiers avaient déjà été signalés avant les faits ; 21 % l'ont été après. En France, on ignore tout de cette corrélation. Est-ce un choix politique ou un oubli méthodologique ? Dans les deux cas, c'est une faille dans la prévention. Sans données, pas de politique publique adaptée. Et sans politique publique, les victimes restent invisibles.

Des chiffres alarmants sur les violences conjugales en France

Le site gouvernemental sur les violences faites aux femmes recense 376 000 femmes victimes de violences physiques, sexuelles ou psychologiques au sein du couple en 2023, mais seulement 19 % ont déposé plainte. On estime à 277 000 le nombre de femmes victimes de viol ou de tentative de viol en 2023, avec seulement 7 % de plaintes. L'association #NousToutes recensait 57 féminicides depuis le début de l'année 2026 au 19 mai. Ces chiffres rappellent l'ampleur du phénomène que le croisement des données pourrait contribuer à endiguer.

Précarité et virilisme : les racines communes de la violence de rue et intime

Les chiffres britanniques ne tombent pas du ciel. Ils s'enracinent dans des réalités sociales et économiques que les données géographiques éclairent.

Des territoires aux mêmes maux : Hull, Rotherham et les ghettos de la colère

À Hull, 33 des 116 interpellés (28 %) ont été signalés pour violences conjugales après les émeutes. À Rotherham, 40 sur 171 (23 %). Ces villes partagent un même profil : déindustrialisation, pauvreté concentrée, sentiment de relégation. La plupart des émeutiers viennent des 20 % de quartiers les plus défavorisés du pays. Dans les zones où les émeutes ont eu lieu, la prévalence des violences domestiques était de 39 pour 1 000 habitants, contre 27 ailleurs. Le lien entre précarité économique et violence intime est bien documenté. La frustration, l'effondrement du statut masculin traditionnel, la recherche d'un exutoire créent un terreau fertile. La rue offre une scène : brûler une voiture, affronter les forces de l'ordre, c'est retrouver une forme de puissance. Le foyer offre une cible : la conjointe, les enfants, sur lesquels exercer un contrôle compensatoire.

Violence politique et violence intime : un même répertoire d'action

Le Safe & Together Institute le formule clairement : un agresseur qui utilise la violence pour atteindre ses fins dans l'espace public transpose ce même répertoire dans l'espace privé. La radicalisation politique — qu'elle soit d'extrême droite, comme au Royaume-Uni, ou réactive, comme en France en 2023 — agit comme un catalyseur. Elle normalise l'idée que la force est légitime pour imposer sa volonté. Ce répertoire d'action violente n'est pas spécifique à une idéologie. Il est masculin, dans sa très grande majorité. Les émeutiers sont à 91 % des hommes, comme les auteurs de violences conjugales. La question n'est pas tant politique que structurelle : la violence est un mode de régulation des rapports sociaux, qu'ils soient publics ou privés. Et ce mode est appris, reproduit, renforcé.

Le rôle de la socialisation masculine

La sociologie de la masculinité apporte un éclairage complémentaire. Dans les milieux populaires, la socialisation masculine valorise souvent la force physique, la domination, le contrôle. Les garçons apprennent à régler les conflits par la violence, à affirmer leur autorité par la force. Cette socialisation ne s'arrête pas à la porte du foyer. Elle s'exprime dans la rue, dans le couple, dans les relations de travail. Les émeutes de 2024 et les violences conjugales qui ont suivi ne sont pas deux phénomènes distincts. Ce sont deux faces d'une même pièce : une masculinité construite sur la domination et le recours à la force.

Associations : « Le lien existe, il faut des outils pour le traiter »

En France, les associations de lutte contre les violences faites aux femmes observent le phénomène britannique avec attention. Les données de #NousToutes sont alarmantes : 57 féminicides depuis le début de l'année 2026. Le gouvernement recense 376 000 femmes victimes de violences physiques, sexuelles ou psychologiques au sein du couple en 2023, mais seulement 19 % ont déposé plainte.

« On le voit sur le terrain, mais les données ne suivent pas »

Le discours des associations est unanime : le lien entre participation aux émeutes et escalade de violence conjugale existe, mais il reste à l'état d'intuition. Plusieurs travailleuses sociales rapportent des cas de conjointes dont le partenaire, impliqué dans les émeutes de 2023, est devenu plus irritable, plus violent dans les mois qui ont suivi. Mais sans chiffres officiels, impossible d'alerter les pouvoirs publics. Le problème est double. D'un côté, les données existantes ne sont pas croisées : le fichier des condamnations pour émeutes et celui des plaintes pour violences conjugales sont étanches. De l'autre, les victimes hésitent à porter plainte — 81 % des femmes victimes de violences conjugales ne le font pas, selon les chiffres du gouvernement. Le résultat est un angle mort statistique qui profite aux agresseurs.

Quels signaux d'alerte pour les conjointes ?

Face à ce vide, les associations appellent à une vigilance accrue. Si votre conjoint participe à des violences de rue — émeutes, manifestations violentes, milices —, soyez attentive à l'extension de ce comportement au foyer. Les signes d'alerte spécifiques incluent une colère croissante après les événements, un discours de domination, une tentative de contrôle des déplacements, une légitimation de la violence comme « nécessaire ». Ces signaux faibles doivent être pris en compte par les travailleurs sociaux et les forces de l'ordre.

Des pistes concrètes pour les professionnels

Les travailleurs sociaux, les éducateurs de rue, les policiers de proximité sont en première ligne. Ils doivent être formés à repérer les signes de violence conjugale chez les hommes impliqués dans des violences collectives. Des grilles d'évaluation spécifiques pourraient être développées, inspirées des protocoles britanniques. Le site SignalConso pourrait servir de modèle pour créer un outil de signalement anonyme permettant aux professionnels de croiser les alertes.

Un changement de paradigme nécessaire : intégrer la prévention des violences conjugales dans la gestion des émeutes

L'enquête du Guardian et les données du Safe & Together Institute imposent une refonte des protocoles policiers et judiciaires. Le traitement séparé des violences de rue et des violences intimes n'est plus tenable.

Des protocoles d'évaluation systématique pour chaque interpellation

La première mesure concrète concerne les forces de l'ordre. Lors de l'arrestation d'un individu pour participation à des émeutes, un protocole d'évaluation des risques de violences conjugales devrait être systématiquement déclenché. Cela implique de croiser les fichiers, d'interroger les conjointes, d'évaluer les antécédents. Au Royaume-Uni, rien de tel n'existe aujourd'hui. Les deux affaires — émeute et violence domestique — sont traitées par des services distincts, sans communication. Le Safe & Together Institute propose un modèle intégré : chaque interpellation pour violence collective déclenche une alerte vers les services de protection des victimes. L'idée n'est pas de présumer la culpabilité, mais de prévenir. Les données montrent que le risque est statistiquement significatif : 21 % des émeutiers passeront à l'acte dans les mois qui suivent. Une évaluation systématique permettrait d'identifier les situations à risque avant qu'elles ne dégénèrent.

Des programmes de prévention ciblés pour les hommes radicalisés

Au-delà du volet répressif, la prévention doit s'appuyer sur des programmes de déradicalisation et de gestion de la colère. Les émeutiers ne sont pas des « monstres » : ce sont des hommes jeunes, précaires, souvent sans antécédents judiciaires. Leur violence n'est pas une fatalité. Des programmes comme ceux développés par le Respect Phoneline au Royaume-Uni, qui proposent des lignes d'écoute et des ateliers pour hommes violents, pourraient être adaptés et généralisés. En France, le gouvernement pourrait s'inspirer de ces modèles. Le plan de lutte contre les violences intrafamiliales, actuellement en préparation, devrait intégrer un volet « prévention post-émeutes ». Les travailleurs sociaux, les éducateurs de rue, les associations de quartier sont en première ligne. Leur donner des outils concrets — grilles d'évaluation, protocoles de signalement, formations spécifiques — est une urgence.

La responsabilité des médias et des pouvoirs publics

Les médias ont un rôle à jouer dans la déconstruction du discours d'extrême droite sur la « protection des femmes ». L'enquête du Guardian montre que ce discours est un écran de fumée. Les pancartes « Protect our women » cachent une réalité de violence conjugale. Les pouvoirs publics doivent cesser de traiter les émeutes comme des phénomènes purement politiques ou sécuritaires. Elles sont aussi, et peut-être surtout, des révélateurs de violences structurelles.

Conclusion : prévenir avant que la rue ne bascule dans le foyer

Les données britanniques imposent une question que la France n'a pas encore posée. 21 % des émeutiers de 2024 signalés pour violences conjugales après les faits. 41 % qui l'étaient déjà avant. Ces chiffres ne sont pas une curiosité statistique : ils racontent une histoire de violence masculine qui traverse les sphères publique et privée. L'angle mort statistique sur le profil des émeutiers français de 2023 est un problème politique. Alors que le gouvernement prépare un nouveau plan de lutte contre les violences intrafamiliales, il est urgent d'intégrer ce croisement de données. Le « mythe de l'incident isolé », théorisé par Liz Kelly et le Safe & Together Institute, doit être brisé. Traiter la violence de rue et la violence domestique comme des phénomènes séparés, c'est laisser aux agresseurs une porte de sortie. La prévention passe par une approche unifiée. Croiser les fichiers, former les forces de l'ordre, alerter les travailleurs sociaux : ce sont des mesures concrètes, applicables dès aujourd'hui. Le Royaume-Uni a ouvert la voie avec ses enquêtes FOI. La France peut faire mieux. Elle le doit aux 376 000 femmes qui subissent chaque année des violences conjugales dans l'ombre.

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Questions fréquentes

Quel lien entre émeutes et violences conjugales ?

Au Royaume-Uni, 21 % des 949 émeutiers arrêtés en 2024 ont été signalés pour violences domestiques après les faits, et 41 % en avaient déjà commis avant. Les données du Guardian montrent un continuum entre violence de rue et violence intime.

Combien d'émeutiers arrêtés en 2024 au Royaume-Uni ?

949 personnes ont été arrêtées lors des émeutes d'extrême droite de l'été 2024 dans 27 villes anglaises et nord-irlandaises. Parmi elles, 203 (21 %) ont fait l'objet d'un signalement pour violences conjugales après leur interpellation.

Pourquoi les pancartes Protect our women sont critiquées ?

Des émeutiers brandissaient des pancartes « Protect our women » tout en commettant des violences conjugales, selon Women's Aid. Ces slogans masquent une réalité où des participants aux émeutes étaient eux-mêmes auteurs de violences domestiques.

Quel est le concept de continuum de la violence ?

Développé par la sociologue Liz Kelly, il montre que la violence masculine dans l'espace public (émeutes) et privé (violences conjugales) partage un même système de contrôle. Ce cadre permet de dépasser l'opposition entre violence politique et violence privée.

Y a-t-il des données françaises sur les émeutiers violents ?

Non, la France ne croise pas les données des émeutes de 2023 avec les fichiers de violences conjugales. Le rapport sénatorial et celui du ministère de la Justice n'ont pas fait ce lien, créant un angle mort statistique pour la prévention.

Sources

  1. Délinquance juvénile · lemonde.fr
  2. arretonslesviolences.gouv.fr · arretonslesviolences.gouv.fr
  3. justice.gouv.fr · justice.gouv.fr
  4. noustoutes.org · noustoutes.org
  5. safeandtogetherinstitute.com · safeandtogetherinstitute.com
society-lens
Mélissa Turbot @society-lens

Je m'intéresse à ceux dont personne ne parle. Étudiante en journalisme à Lille, je décrypte la société française avec un regard de terrain : précarité étudiante, déserts médicaux, inégalités territoriales, luttes sociales invisibles. Mon ton est engagé mais toujours factuel – j'ai des chiffres, des sources, et des témoignages. Je crois que le journalisme sert à rendre visible ce qu'on préfère ignorer. Mes articles ne sont pas confortables, mais ils sont honnêtes.

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