Article de La Dépêche sur la campagne de recrutement militaire russe : un homme en manteau et casquette noirs passe devant un poster de soldats avec le texte russe 'Toujours au défens de la Patrie'.
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Le Pérou enquête sur le recrutement présumé de ses ressortissants par la Russie pour combattre en Ukraine

Des Péruviens attirés par de fausses offres d'emploi se retrouvent contraints de combattre en Ukraine : le Pérou enquête pour traite d'êtres humains. 459 engagés, 11 morts, 114 disparus, alors que Moscou affirme qu'ils sont volontaires.

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Le parquet péruvien a ouvert le 1er mai 2026 une enquête pour traite d’êtres humains et traite aggravée. Il vise un réseau transnational qui a recruté des Péruviens via de fausses offres d’emploi en Russie. Les victimes, souvent d’anciens militaires ou policiers, auraient été contraintes de combattre en Ukraine.

Article de La Dépêche sur la campagne de recrutement militaire russe : un homme en manteau et casquette noirs passe devant un poster de soldats avec le texte russe 'Toujours au défens de la Patrie'.
Article de La Dépêche sur la campagne de recrutement militaire russe : un homme en manteau et casquette noirs passe devant un poster de soldats avec le texte russe 'Toujours au défens de la Patrie'. — (source)

Selon Franceinfo et Al Jazeera, le recrutement se fait sur les réseaux sociaux. Les annonces promettent des postes d’agents de sécurité ou autres emplois, avec des salaires de 2 000 à 3 000 dollars par mois. Les personnes recrutées sont transférées en Russie. Là, elles signent des contrats en russe et sont envoyées au front.

De l’espoir d’un emploi à la réalité du combat

CNN a publié le 28 juin 2026 une enquête basée sur des témoignages de familles et d’un combattant. Norma, mère d’un Péruvien de 31 ans, a raconté à CNN que son fils a vu une offre de cuisinier pour l’armée russe sur les réseaux sociaux. Il lui a dit qu’il serait loin de la guerre. « Je voulais l’enfermer dans la maison, mais il avait déjà pris sa décision », a-t-elle déclaré.

Peu après son arrivée, le fils a envoyé des vidéos de lui en tenue de combat, creusant des tranchées. Fin mars, ses appels ont cessé. Norma n’a plus eu de nouvelles.

Un autre témoignage recueilli par CNN décrit un vétéran de 28 ans en Ukraine occupée. À son arrivée, son téléphone a été confisqué et il a signé un contrat en russe sous contrainte.

Soldats et policiers montant la garde à la Plaza San Martín à Lima, au Pérou, le 16 décembre : policier flou en premier plan avec un bouclier, trois soldats en camouflage à l'arrière près d'un taxi jaune et d'un véhicule blindé.
Soldats et policiers montant la garde à la Plaza San Martín à Lima, au Pérou, le 16 décembre : policier flou en premier plan avec un bouclier, trois soldats en camouflage à l'arrière près d'un taxi jaune et d'un véhicule blindé. — (source)

Début août 2026, des familles ont manifesté devant l’ambassade de Russie à Lima. Selon l’agence EFE reprise par Radar BioBío, elles dénonçaient : « la Russie croit qu’ils sont des esclaves » et réclamaient le rapatriement de leurs proches.

Les chiffres officiels et la riposte péruvienne

Le ministère péruvien des Affaires étrangères a publié le 9 août 2026 un communiqué donnant les premiers chiffres officiels. 459 Péruviens sont recensés comme engagés dans les forces armées russes. Parmi eux, 11 sont morts, 114 portés disparus, 3 capturés par l’armée ukrainienne, et 31 évacués, dont 28 rentrés au Pérou.

Ces chiffres sont inférieurs aux estimations des avocats des familles. Percy Salinas, cité par CNN et MercoPress, évoquait en mai plus de 600 recrutés et 13 morts. Le parquet a ouvert son enquête sur la base de 36 plaintes.

Le 11 août, la diplomatie péruvienne a convoqué l’ambassadeur de Russie à Lima, Alexeï Ouchakov. Le chancelier Carlos Espá lui a exprimé la préoccupation du gouvernement et exigé des informations sur les morts, disparus et capturés.

La position de Moscou : un engagement « volontaire »

Moscou rejette l’accusation de contrainte. L’ambassade de Russie à Lima a reconnu en avril la signature de contrats par des Péruviens. Elle a affirmé que ces engagements étaient volontaires. Dans un communiqué cité par CNN, la Russie déclare « respecter profondément la décision des citoyens étrangers de participer à la défense de la souveraineté et de la sécurité » russes.

Cette affirmation officielle constitue le compte rendu de la position russe. Elle ne prouve pas le caractère volontaire des engagements. Les témoignages recueillis par CNN et l’enquête du parquet péruvien décrivent une ruse et une contrainte.

Un réseau latino-américain plus large

Le cas péruvien s’inscrit dans un phénomène régional. Un rapport de la FIDH, Truth Hounds et KIBHR publié le 29 avril 2026 conclut que la Russie a recruté au moins 27 000 étrangers de plus de 130 pays depuis février 2022. Entre 1 000 et 8 000 Latino-Américains serviraient dans l’armée russe.

Le réseau implique des recruteurs péruviens, colombiens et mexicains. Ils proposent des contrats de sécurité, mécanique ou entraînement jusqu’à 4 000 dollars mensuels et 20 000 dollars de prime, selon MercoPress. Après les plaintes, les offres ont été maquillées en bourses d’études ou invitations sportives.

Le Ministère des Affaires étrangères du Pérou, bâtiment colonial de Lima à façade rose ornée de balcones en bois sombre, drapeaux péruviens sur le toit et entrée baroque en pierre.
Le Ministère des Affaires étrangères du Pérou, bâtiment colonial de Lima à façade rose ornée de balcones en bois sombre, drapeaux péruviens sur le toit et entrée baroque en pierre. — (source)

Ce recrutement s’inscrit dans une stratégie militaire russe plus large, comme le détaille cet article sur la corruption russe sacrifiant ses propres soldats (/monde/guerre-ukraine-comment-corruption-russe-sacrifie-propres-soldats/).

Limites juridiques et contraintes de l’enquête

La loi péruvienne exige une autorisation préalable du gouvernement pour servir dans une armée étrangère. Les citoyens partis sans cette autorisation sont dans l’illégalité côté péruvien, tout en pouvant être considérés comme victimes de traite.

Le statut de mercenaire reste flou. Le rapport FIDH note qu’une part des recrues savait rejoindre un conflit armé et s’expose à des poursuites pour mercenariat, tandis que d’autres ont été trompées ou contraintes, relevant de la traite au sens du Protocole de Palerme.

L’enquête péruvienne est préliminaire. Aucun jugement n’a été rendu. Les décès et disparitions sur le front ne peuvent être vérifiés indépendamment. Le ministère russe de la Défense n’a pas répondu aux demandes de CNN.

Le Pérou peut poursuivre les recruteurs sur son sol et exiger le rapatriement de ses citoyens. Les mécanismes internationaux pour sanctionner un recrutement forcé restent limités. Pour aller plus loin sur le fonctionnement du système russe, voir l’analyse de la corruption au sein de l’armée russe (/monde/guerre-ukraine-comment-corruption-russe-sacrifie-propres-soldats/).

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Questions fréquentes

Le Pérou enquête-t-il sur recrutement en Russie ?

Le parquet péruvien a ouvert le 1er mai 2026 une enquête pour traite d’êtres humains et traite aggravée. Elle vise un réseau transnational ayant recruté des Péruviens via de fausses offres d’emploi en Russie.

Comment la Russie recrute-t-elle des Péruviens ?

Le recrutement se fait sur les réseaux sociaux via de fausses offres d’emploi comme agents de sécurité ou cuisiniers. Les personnes recrutées sont transférées en Russie, signent des contrats en russe et sont envoyées au front.

Combien de Péruviens sont dans l'armée russe ?

Selon le ministère péruvien des Affaires étrangères, 459 Péruviens sont recensés comme engagés dans les forces armées russes. Parmi eux, 11 sont morts, 114 disparus, 3 capturés et 31 évacués.

Le recrutement des Péruviens est-il volontaire ?

Moscou affirme que ces engagements sont volontaires, mais le parquet péruvien enquête pour traite et contrainte. Des témoignages décrivent une ruse et une signature de contrats sous contrainte.

Sources

  1. Guerre en Ukraine : des milliers de ressortissant·es étranger·es recruté·es par la Russie en violation du droit international · fidh.org
  2. Peru probes trafficking of citizens to fight for Russia in Ukraine · aljazeera.com
  3. cibercuba.com · cibercuba.com
  4. Peruvians say they were promised jobs in Russia, but landed on the front lines in Ukraine | CNN · edition.cnn.com
  5. Up to 8,000 Latin Americans fight in Ukraine for Russia, many deceived, international report finds · en.mercopress.com
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Hugo Lambot @fact-checker

Étudiant en journalisme à Lille, je passe mes journées à vérifier ce qui circule sur les réseaux avant de le partager. Les fake news, c'est mon ennemi juré : je préfère un fait vérifié à un buzz facile. Mon rêve, c'est de bosser dans une cellule de fact-checking d'un grand média.

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