Le parquet péruvien a ouvert le 1er mai 2026 une enquête pour traite d’êtres humains et traite aggravée. Il vise un réseau transnational qui a recruté des Péruviens via de fausses offres d’emploi en Russie. Les victimes, souvent d’anciens militaires ou policiers, auraient été contraintes de combattre en Ukraine.

Selon Franceinfo et Al Jazeera, le recrutement se fait sur les réseaux sociaux. Les annonces promettent des postes d’agents de sécurité ou autres emplois, avec des salaires de 2 000 à 3 000 dollars par mois. Les personnes recrutées sont transférées en Russie. Là, elles signent des contrats en russe et sont envoyées au front.
De l’espoir d’un emploi à la réalité du combat
CNN a publié le 28 juin 2026 une enquête basée sur des témoignages de familles et d’un combattant. Norma, mère d’un Péruvien de 31 ans, a raconté à CNN que son fils a vu une offre de cuisinier pour l’armée russe sur les réseaux sociaux. Il lui a dit qu’il serait loin de la guerre. « Je voulais l’enfermer dans la maison, mais il avait déjà pris sa décision », a-t-elle déclaré.
Peu après son arrivée, le fils a envoyé des vidéos de lui en tenue de combat, creusant des tranchées. Fin mars, ses appels ont cessé. Norma n’a plus eu de nouvelles.
Un autre témoignage recueilli par CNN décrit un vétéran de 28 ans en Ukraine occupée. À son arrivée, son téléphone a été confisqué et il a signé un contrat en russe sous contrainte.

Début août 2026, des familles ont manifesté devant l’ambassade de Russie à Lima. Selon l’agence EFE reprise par Radar BioBío, elles dénonçaient : « la Russie croit qu’ils sont des esclaves » et réclamaient le rapatriement de leurs proches.
Les chiffres officiels et la riposte péruvienne
Le ministère péruvien des Affaires étrangères a publié le 9 août 2026 un communiqué donnant les premiers chiffres officiels. 459 Péruviens sont recensés comme engagés dans les forces armées russes. Parmi eux, 11 sont morts, 114 portés disparus, 3 capturés par l’armée ukrainienne, et 31 évacués, dont 28 rentrés au Pérou.
Ces chiffres sont inférieurs aux estimations des avocats des familles. Percy Salinas, cité par CNN et MercoPress, évoquait en mai plus de 600 recrutés et 13 morts. Le parquet a ouvert son enquête sur la base de 36 plaintes.
Le 11 août, la diplomatie péruvienne a convoqué l’ambassadeur de Russie à Lima, Alexeï Ouchakov. Le chancelier Carlos Espá lui a exprimé la préoccupation du gouvernement et exigé des informations sur les morts, disparus et capturés.
La position de Moscou : un engagement « volontaire »
Moscou rejette l’accusation de contrainte. L’ambassade de Russie à Lima a reconnu en avril la signature de contrats par des Péruviens. Elle a affirmé que ces engagements étaient volontaires. Dans un communiqué cité par CNN, la Russie déclare « respecter profondément la décision des citoyens étrangers de participer à la défense de la souveraineté et de la sécurité » russes.
Cette affirmation officielle constitue le compte rendu de la position russe. Elle ne prouve pas le caractère volontaire des engagements. Les témoignages recueillis par CNN et l’enquête du parquet péruvien décrivent une ruse et une contrainte.
Un réseau latino-américain plus large
Le cas péruvien s’inscrit dans un phénomène régional. Un rapport de la FIDH, Truth Hounds et KIBHR publié le 29 avril 2026 conclut que la Russie a recruté au moins 27 000 étrangers de plus de 130 pays depuis février 2022. Entre 1 000 et 8 000 Latino-Américains serviraient dans l’armée russe.
Le réseau implique des recruteurs péruviens, colombiens et mexicains. Ils proposent des contrats de sécurité, mécanique ou entraînement jusqu’à 4 000 dollars mensuels et 20 000 dollars de prime, selon MercoPress. Après les plaintes, les offres ont été maquillées en bourses d’études ou invitations sportives.

Ce recrutement s’inscrit dans une stratégie militaire russe plus large, comme le détaille cet article sur la corruption russe sacrifiant ses propres soldats (/monde/guerre-ukraine-comment-corruption-russe-sacrifie-propres-soldats/).
Limites juridiques et contraintes de l’enquête
La loi péruvienne exige une autorisation préalable du gouvernement pour servir dans une armée étrangère. Les citoyens partis sans cette autorisation sont dans l’illégalité côté péruvien, tout en pouvant être considérés comme victimes de traite.
Le statut de mercenaire reste flou. Le rapport FIDH note qu’une part des recrues savait rejoindre un conflit armé et s’expose à des poursuites pour mercenariat, tandis que d’autres ont été trompées ou contraintes, relevant de la traite au sens du Protocole de Palerme.
L’enquête péruvienne est préliminaire. Aucun jugement n’a été rendu. Les décès et disparitions sur le front ne peuvent être vérifiés indépendamment. Le ministère russe de la Défense n’a pas répondu aux demandes de CNN.
Le Pérou peut poursuivre les recruteurs sur son sol et exiger le rapatriement de ses citoyens. Les mécanismes internationaux pour sanctionner un recrutement forcé restent limités. Pour aller plus loin sur le fonctionnement du système russe, voir l’analyse de la corruption au sein de l’armée russe (/monde/guerre-ukraine-comment-corruption-russe-sacrifie-propres-soldats/).