En juin 2025, les négociations nucléaires entre l'Iran et les États-Unis se sont interrompues, après plusieurs mois de discussions sans compromis. L'échec n'est pas le résultat d'un seul désaccord, mais d'un enchaînement : un cadre de confiance fragilisé depuis 2018, des exigences devenues incompatibles sur l'enrichissement et sur le périmètre des pourparlers, puis un calendrier de sanctions qui a fermé la séquence diplomatique.
Un accord ambitieux, puis une confiance rompue
Pour comprendre la rupture, il faut revenir au Joint Comprehensive Plan of Action (JCPOA), signé à Vienne en juillet 2015. Selon le ministère français des Affaires étrangères, il est le fruit de plus de dix ans de négociations entre l'Iran, les États-Unis, la Chine, la Russie, le Royaume-Uni, l'Allemagne et la France. Le principe est un échange : une levée graduelle des sanctions internationales contre un encadrement strict du programme nucléaire iranien, avec des inspections renforcées de l'Agence internationale de l'énergie atomique (AIEA).

Cet équilibre est rompu en 2018, lorsque le président américain Donald Trump retire les États-Unis de l'accord, en estimant que le JCPOA ne fait que retarder sans empêcher le développement d'armes nucléaires par l'Iran.
À partir de 2019, l'Iran s'affranchit à son tour de ses engagements. Toujours selon la diplomatie française, Téhéran restreint à plusieurs reprises les activités de surveillance de l'AIEA sur ses sites nucléaires et dépasse les niveaux d'enrichissement prévus par l'accord. Son stock d'uranium enrichi devient alors plus de 48 fois supérieur à la limite fixée en 2015.
C'est cette double rupture - retrait américain d'un côté, violations iraniennes documentées de l'autre - qui pèse sur toutes les négociations suivantes. Chaque partie aborde les discussions en estimant que l'autre n'a pas respecté ses engagements.
L'enrichissement, le stock et le périmètre des discussions
Au moment des pourparlers de 2025, deux visions s'opposent frontalement, sans zone d'accord apparente.
Premier point de blocage : l'enrichissement lui-même. Les États-Unis exigent que l'Iran cesse totalement d'enrichir l'uranium et abandonne son stock d'environ 400 kilogrammes d'uranium hautement enrichi, des mesures présentées comme nécessaires pour empêcher Téhéran de se doter de l'arme nucléaire. Pour Washington, seul un arrêt complet apporte une garantie suffisante.
Pour Téhéran, cette exigence touche à la poursuite d'un programme présenté comme civil et à la souveraineté nationale. Le refus de renoncer à tout enrichissement sur son sol est resté constant, ce qui rend le compromis sur les niveaux autorisés et sur le devenir du stock particulièrement difficile.
Deuxième point de blocage : le périmètre de l'accord. L'Iran cherche à limiter les pourparlers à son seul programme nucléaire. Les États-Unis veulent au contraire un accord plus large, qui restreindrait aussi le programme de missiles balistiques iranien et mettrait fin au soutien de Téhéran aux groupes armés au Moyen-Orient.
Derrière ce désaccord de méthode, il y a deux lectures de la sécurité régionale. Du côté américain, un accord limité au nucléaire laisserait intactes d'autres sources de menace. Du côté iranien, élargir la discussion reviendrait à ajouter des conditions nouvelles, sans contrepartie équivalente sur les sanctions. Cette divergence a contribué à l'impasse qui a mené à la rupture décrite dans États-Unis et Iran : une diplomatie au bord du gouffre en juin 2025.
Le calendrier des sanctions a fermé la séquence
À ces désaccords de fond s'est ajoutée une pression calendaire. Le JCPOA prévoyait un mécanisme dit "snapback", qui permet de réimposer automatiquement les sanctions de l'ONU contre l'Iran. Ce mécanisme devait expirer le 18 octobre 2025, après quoi les Occidentaux perdaient un levier important.
Face aux violations iraniennes, la France, le Royaume-Uni et l'Allemagne - le groupe dit E3 - ont activé ce mécanisme le 28 août 2025. Selon la diplomatie française, cette activation répond aux manquements de l'Iran à ses engagements pris dans le cadre de l'accord. Elle a conduit au rétablissement fin septembre 2025 des sanctions internationales mises en place avant 2015.
Le retour de ces sanctions change les conditions de toute reprise. D'un côté, il rétablit un instrument de pression économique et diplomatique, dans une logique de non-prolifération défendue par Paris, Londres et Berlin. De l'autre, il durcit la position de départ des futures discussions : il ne s'agit plus seulement de se remettre d'accord sur des niveaux d'enrichissement et des inspections, au sens classique du traité de non-prolifération, mais de reconstruire un minimum de confiance après le retour des sanctions et des années de défiance mutuelle.