Femmes en niqab dans une rue de Londres, avec un policier en arrière-plan.
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Militantes de Nemesis à Londres : niqab retiré sous les huées puis acclamations

Trois Françaises du collectif Nemesis retirent leur niqab sous les acclamations lors d'une manifestation d'extrême droite à Londres, provoquant un vif débat sur l'instrumentalisation du féminisme et le fémonationalisme.

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Samedi 16 mai 2026, alors que des dizaines de milliers de personnes défilaient à Londres à l’appel de l’activiste d’extrême droite Tommy Robinson, trois Françaises du collectif Nemesis ont créé la stupeur. Vêtues d’un niqab intégral, elles sont montées sur scène sous les huées des manifestants, avant de retirer leur voile sous les acclamations. Cette mise en scène, filmée et diffusée sur les réseaux sociaux, a déclenché une vive polémique. Entre dénonciation de l’oppression islamique et instrumentalisation politique, l’action interroge sur les limites du féminisme identitaire et ses conséquences dans un contexte de montée des discours anti-immigration.

Femmes en niqab dans une rue de Londres, avec un policier en arrière-plan.
Femmes en niqab dans une rue de Londres, avec un policier en arrière-plan. — (source)

Le contexte : une manifestation géante à Londres

Un rassemblement sans précédent

Le 16 mai 2026, Londres a été le théâtre d’une mobilisation d’extrême droite d’ampleur inédite. Baptisée « Unite the Kingdom », la marche a réuni plusieurs dizaines de milliers de personnes autour de Parliament Square, à quelques pas du Parlement britannique. L’organisateur, Tommy Robinson — de son vrai nom Stephen Yaxley-Lennon —, est une figure connue outre-Manche pour ses positions islamophobes et ses multiples séjours en prison. Déjà en septembre 2025, il avait rassemblé jusqu’à 150 000 personnes pour défendre la « liberté d’expression », comme le rapporte Le Monde.

Cette nouvelle Marche d'extrême droite à Londres : Tommy Robinson rassemble des dizaines de milliers de personnes a mobilisé des moyens sécuritaires exceptionnels. Près de 4 000 policiers ont été déployés, avec des véhicules blindés, des drones et des caméras de reconnaissance faciale en direct — une première lors d’une manifestation au Royaume-Uni. La police a procédé à 31 arrestations, mais aucun incident majeur n’a été signalé. En parallèle, une contre-manifestation propalestinienne et antiraciste avait lieu dans la capitale britannique.

Des invités triés sur le volet

Sur l’esplanade, une scène avait été installée pour accueillir militants identitaires, prédicateurs chrétiens et musiciens. Parmi les invités figuraient des figures de l’extrême droite européenne, mais aussi trois Françaises du collectif Nemesis. Leur présence n’était pas anodine : le collectif entretient des liens étroits avec la mouvance identitaire européenne et Tommy Robinson lui-même. Une vidéo publiée par Alice Cordier sur X montre les trois femmes voilées posant aux côtés de l’activiste britannique, qui lance ironiquement « You’re sexy » avant leur montée sur scène.

Le Parisien précise que 11 « agitateurs étrangers d’extrême droite » ont été interdits d’entrée au Royaume-Uni par Downing Street, dont l’Américano-Colombienne Valentina Gomez, connue pour ses propos anti-musulmans, l’eurodéputé polonais Dominik Tarczynski et le député flamand Filip Dewinter du Vlaams Belang. Certains participants portaient des tuniques et heaumes de chevaliers, exhortant à « reprendre » le pays.

L’action choc : le niqab comme accessoire de protestation

Une mise en scène soigneusement préparée

Lorsque les trois militantes sont apparues sur scène, vêtues d’un niqab noir ne laissant voir que leurs yeux, la foule a d’abord réagi par des huées et des cris de désapprobation. Puis, après quelques secondes, elles ont arraché leur voile d’un geste théâtral, déclenchant rires et acclamations. Alice Cordier a ensuite pris la parole : « Nous sommes venues de France pour vous soutenir ! » a-t-elle lancé. Avant d’ajouter : « Nous demandons à ne plus être agressées dans la rue, nous subissons des persécutions semblables à celles de grands terroristes : comptes fermés, réseaux censurés, violence des antifascistes… »

Le message était clair : pour Nemesis, le niqab symbolise l’oppression des femmes par l’islam, et son retrait public représenterait une libération. Mais cette lecture a été immédiatement contestée. Le Figaro, qui a couvert l’événement, décrit une scène où « les trois Françaises du collectif ont d’abord été huées par les manifestants britanniques, avant de susciter rires et cris d’approbation ».

Une stratégie de communication rodée

Le collectif Nemesis n’en est pas à son coup d’essai. Depuis 2021, il utilise le niqab comme outil de provocation lors de ses actions, notamment le « NoHijabDay ». Selon une analyse publiée par Slate, le collectif « surfe sur la vague #MeToo pour s’inscrire dans quelque chose de plus large », tout en servant les objectifs de l’extrême droite : sécuritaires, anti-immigration et anti-islam. La chercheuse Florence Rochefort, spécialiste de l’histoire du féminisme au CNRS, résume : « Leurs objectifs sont clairement ceux de l’extrême droite. »

En portant puis retirant le niqab devant une foule acquise à leur cause, les militantes ont cherché à créer une image forte, facilement partageable sur les réseaux sociaux. Le calcul a fonctionné : la vidéo de l’action, massivement relayée sur X, TikTok et Instagram, a suscité des réactions polarisées. Sur TikTok, des jeunes militants ont partagé des vidéos décryptant l’action, pointant le paradoxe entre un discours féministe et une présence aux côtés d’un homme aux propos misogynes.

Les réactions : entre soutien et indignation

Sur les réseaux sociaux, une polémique immédiate

Sur X, Alice Cordier a affirmé s’être exprimée devant « plus de 2 000 000 de personnes », un chiffre largement exagéré au vu des images aériennes qui montraient des dizaines de milliers de participants. Mais au-delà de l’exagération, ce sont les commentaires qui ont enflammé la toile. Les partisans de Nemesis y voient une dénonciation courageuse de l’islamisme. Les détracteurs dénoncent une instrumentalisation raciste et une islamophobie déguisée en féminisme.

Sur TikTok, des vidéos de réaction et d’analyse ont accumulé des centaines de milliers de vues. Certains créateurs de contenu rappellent que le niqab est porté par certaines musulmanes par choix religieux, et que son utilisation comme accessoire de propagande est une forme d’humiliation collective. D’autres soulignent le paradoxe : des femmes se disant féministes choisissent de manifester aux côtés d’un homme comme Tommy Robinson, connu pour ses propos violents et misogynes.

Les associations féministes et musulmanes montent au créneau

Plusieurs associations ont rapidement réagi. Les féministes intersectionnelles dénoncent un « féminisme blanc » qui instrumentalise la cause des femmes musulmanes sans les consulter. Des organisations musulmanes britanniques ont qualifié l’action de « raciste et méprisante ». En France, des voix se sont élevées pour rappeler que Nemesis est régulièrement accusée de xénophobie et d’islamophobie, et que son action à Londres ne fait que confirmer son ancrage à l’extrême droite.

Libération, qui a également couvert l’événement, souligne que cette marche intervient une semaine après le succès électoral de Reform UK, le parti anti-immigration de Nigel Farage, lors de scrutins locaux. Un contexte politique qui donne une résonance particulière à l’action des militantes françaises.

Le collectif Nemesis : un féminisme identitaire

Origines et positionnement

Fondé en octobre 2019, le Collectif Némésis se présente comme un groupe féministe, mais il est largement décrit comme un collectif d’extrême droite identitaire. Ses positions sont clairement anti-islam, anti-immigration et anti-trans. La présidente, Alice Cordier, est passée par l’Action française avant de fonder Nemesis. Le collectif revendique 300 militantes, mais son noyau dur ne compterait que quelques dizaines de personnes.

Le terme de « fémonationalisme » est souvent utilisé par les chercheuses pour qualifier cette mouvance. Il désigne l’instrumentalisation des droits des femmes pour justifier des politiques xénophobes et anti-immigration. En France, Nemesis a mené plusieurs actions médiatiques : collages dans les rues de Paris, manifestations contre le voile, et opérations choc comme le « NoHijabDay ».

Une stratégie de provocation calculée

L’action londonienne s’inscrit dans une stratégie plus large. Nemesis cherche à occuper l’espace médiatique en créant des images choc, facilement reproductibles et virales. Le niqab, symbole fort et clivant, est utilisé comme un outil de communication. Mais cette stratégie comporte des risques. En s’associant à Tommy Robinson, le collectif renforce son image d’extrême droite et s’éloigne du féminisme mainstream. Pour beaucoup, cette action marque une nouvelle étape dans la radicalisation du collectif.

Slate analyse que Nemesis « semble n’être qu’un pion dans la stratégie anti-immigration et anti-islam opérée par les identitaires français ». Une instrumentalisation qui interroge sur la sincérité du discours féministe du collectif.

Les enjeux : féminisme, islamophobie et instrumentalisation

Dénonciation légitime ou racisme déguisé ?

La question centrale est de savoir si cette action est une critique légitime du port du voile imposé ou une forme de racisme déguisé. Pour les partisans de Nemesis, le niqab est un symbole d’oppression patriarcale et religieuse, et son retrait est un acte de libération. Mais pour ses détracteurs, cette lecture est réductrice et ignore la diversité des expériences des femmes musulmanes.

Le niqab est porté par une minorité de musulmanes, souvent par conviction religieuse. En faire un symbole universel de l’oppression islamique revient à nier leur agentivité et à les réduire à des victimes. De plus, en choisissant de manifester aux côtés d’un activiste islamophobe, Nemesis valide implicitement son discours anti-musulman.

Le risque de récupération politique

Dans un contexte de montée des discours anti-immigration, cette action risque d’être récupérée par des forces politiques qui n’ont rien à voir avec le féminisme. Tommy Robinson lui-même a déclaré en marge du rassemblement : « Je mettrais fin à l’islam, je mettrais fin aux financements étrangers dans ce pays, tous les migrants seraient sortis de leurs hôtels et renvoyés chez eux par des militaires. » Ces propos violents montrent bien que l’instrumentalisation du féminisme peut servir un agenda xénophobe.

En France, des débats similaires ont eu lieu autour des Banderoles anti-immigration : relaxe et verdict du tribunal pour les militants. La question de la liberté d’expression face aux discours de haine reste centrale. Et alors que le débat sur Immigration : le virage calculé d'Édouard Philippe pour 2027 s’intensifie, l’action de Nemesis à Londres rappelle que le féminisme peut être instrumentalisé à des fins politiques.

Les limites du féminisme identitaire

Un féminisme qui exclut

Le féminisme porté par Nemesis est un féminisme exclusif, qui ne reconnaît pas la légitimité des revendications des femmes musulmanes. En réduisant le port du voile à un symbole d’oppression, il nie la diversité des expériences et des choix des femmes concernées. Cette approche essentialiste est critiquée par de nombreuses féministes, qui y voient une forme de paternalisme.

Les chercheuses spécialistes du féminisme rappellent que le combat pour les droits des femmes ne peut pas se faire au détriment d’autres groupes opprimés. En ciblant spécifiquement les musulmanes, Nemesis contribue à la stigmatisation d’une communauté déjà marginalisée.

Une stratégie qui divise

L’action de Nemesis à Londres a eu pour effet de polariser encore davantage le débat sur le voile et l’islam en Europe. En créant une image choc, le collectif a attiré l’attention des médias, mais au prix d’une simplification dangereuse. Pour beaucoup, cette action a surtout servi à donner une caution féministe à des discours xénophobes.

Les réactions sur les réseaux sociaux montrent que cette stratégie divise profondément. Si certains y voient un acte de courage, d’autres y voient une manipulation politique. Une chose est sûre : le débat sur le féminisme et l’islam est loin d’être clos.

Conclusion

L’action des militantes de Nemesis à Londres, le 16 mai 2026, a provoqué une onde de choc bien au-delà des frontières britanniques. En utilisant le niqab comme accessoire de protestation, le collectif a réussi à créer une image forte et polarisante. Mais cette provocation soulève des questions profondes sur les limites du féminisme identitaire et le risque de récupération islamophobe. Alors que les discours anti-immigration gagnent du terrain en Europe, il devient urgent de distinguer une critique légitime des pratiques religieuses oppressives d’une instrumentalisation politique qui nourrit la haine. Pour les jeunes générations, en quête de repères sur ces sujets complexes, cette affaire rappelle que le féminisme ne peut être un outil au service de l’exclusion.

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Questions fréquentes

Qui a retiré son niqab à Londres en 2026 ?

Trois militantes françaises du collectif Nemesis ont retiré leur niqab lors d'une manifestation d'extrême droite à Londres le 16 mai 2026. Elles étaient montées sur scène voilées sous les huées, puis ont enlevé leur voile sous les acclamations de la foule.

Que reproche-t-on au collectif Nemesis ?

Le collectif Nemesis est accusé d'instrumentaliser le féminisme pour servir un agenda anti-islam et anti-immigration d'extrême droite. Des chercheuses qualifient sa démarche de « fémonationalisme », et des associations féministes dénoncent un « féminisme blanc » qui exclut les femmes musulmanes.

Qui est Tommy Robinson ?

Tommy Robinson, de son vrai nom Stephen Yaxley-Lennon, est un activiste d'extrême droite britannique connu pour ses positions islamophobes. Il a organisé la manifestation « Unite the Kingdom » à Londres le 16 mai 2026, rassemblant des dizaines de milliers de personnes.

Pourquoi le niqab a-t-il été utilisé lors de cette action ?

Le collectif Nemesis utilise le niqab comme un outil de provocation pour symboliser l'oppression des femmes par l'islam. En le retirant publiquement, les militantes ont voulu créer une image choc de « libération », mais cette mise en scène a été critiquée comme une instrumentalisation raciste.

Sources

  1. Londres : lors d’une mobilisation anti-immigration, des militantes Nemesis apparaissent vêtues d’un niqab, avant de le retirer · lefigaro.fr
  2. fr.wikipedia.org · fr.wikipedia.org
  3. A Londres, des dizaines de milliers de manifestants d’extrême droite ont défilé à l’appel du militant Tommy Robinson · lemonde.fr
  4. leparisien.fr · leparisien.fr
  5. A Londres, l'extrême droite fait à nouveau défiler des dizaines de ... · liberation.fr
world-watcher
Sarah Lebot @world-watcher

Journaliste en herbe, je synthétise l'actu mondiale pour ceux qui n'ont pas le temps de tout suivre. Étudiante en journalisme à Sciences Po Lille, je contextualise les événements sans prendre parti. Mon objectif : rendre l'info accessible et compréhensible, surtout pour ma génération. Pas de jargon, pas de sensationnalisme – juste les faits et leur contexte. Parce que comprendre le monde, c'est le premier pas pour le changer.

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