Des résidents palestiniens observent les décombres après la démolition de logements à Jérusalem-Est.
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À Jérusalem-Est, le piège de l'auto-démolition qui ruine les familles palestiniennes

À Jérusalem-Est, le piège de l'auto-démolition forcée ruine des milliers de familles palestiniennes, contraintes de détruire leurs propres maisons sous la menace de dettes écrasantes et d'une politique d'annexion systématique.

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C’est une scène absurde et cruelle : un homme de 51 ans, debout devant la maison qu’il a construite pierre après pierre, un marteau-piqueur à la main, sommé par les autorités israéliennes de réduire en poussière le toit qui abrite sa famille. À Jérusalem-Est occupée, ce cauchemar est devenu une réalité administrative quotidienne. Derrière les procédures et les statistiques, ce sont des vies brisées, des dettes écrasantes et une humiliation méthodique qui s’abattent sur des milliers de Palestiniens. Plongée dans un système où la destruction est confiée à ses propres victimes.

Des résidents palestiniens observent les décombres après la démolition de logements à Jérusalem-Est.
Des résidents palestiniens observent les décombres après la démolition de logements à Jérusalem-Est. — (source)

« Démolis-toi toi-même » : le chantage économique des autorités israéliennes

Saqr Qunbur se souvient encore du matin du 26 décembre 2025. Dans le quartier de Jabal al-Mukabber, à Jérusalem-Est, un officier israélien s’est tenu devant sa porte. Pas de négociation possible, pas de recours. La consigne était claire : « Démolis ta maison, ou je la détruirai sur ta tête. » Le père de famille a dû choisir entre perdre son toit dans la violence d’un bulldozer ou l’abattre lui-même, pièce par pièce, pour éviter des frais municipaux encore plus lourds.

Démolition de propriétés palestiniennes par Israël, avec présence de personnel armé et d'un drapeau israélien.
Démolition de propriétés palestiniennes par Israël, avec présence de personnel armé et d'un drapeau israélien. — (source)

Ce mécanisme, que les organisations de défense des droits humains qualifient de chantage économique, transforme les propriétaires palestiniens en démolisseurs de leur propre existence. L’administration israélienne a compris que la menace de la destruction mécanisée — facturée entre 80 000 et 120 000 shekels (26 000 à 39 000 dollars) — pèse si lourd sur des familles déjà précaires qu’elles préfèrent accomplir elles-mêmes la sale besogne. Une manière de faire porter le coût matériel et moral de l’occupation sur ceux qui la subissent.

L’histoire de Basema Dabash, 51 ans : un foyer détruit, une dette de 45 000 shekels

Le 12 février 2026 restera gravé dans la mémoire de Basema Dabash et de son mari Raed. Dans le village de Sur Baher, au sud-est de Jérusalem, le couple a reçu l’ordre de démolir leur maison. L’avis datait de 2014. Depuis onze ans, ils vivaient sous la menace, espérant une régularisation qui n’est jamais venue. Ce jour-là, l’attente a pris fin brutalement.

Israël détruit des maisons palestiniennes en territoire occupé : une excavatrice en action avec des véhicules militaires.
Israël détruit des maisons palestiniennes en territoire occupé : une excavatrice en action avec des véhicules militaires. — (source)

Basema, 51 ans, a dû prendre elle-même les outils pour abattre les murs qu’elle avait vus s’élever. Les voisins racontent l’avoir vue pleurer en silence, frappant le béton avec une masse, tandis que son mari démontait la toiture. L’humiliation était totale. Mais le pire restait à venir. Malgré la destruction complète du bâtiment, la municipalité israélienne leur a maintenu une amende de 45 000 shekels (environ 14 600 dollars), payable jusqu’en 2029. Une maison en moins, une dette en plus. Le couple vit aujourd’hui chez des proches, remboursant chaque mois une pénalité pour une infraction que même la démolition n’a pas effacée.

Saqr Qunbur et la menace : « Je la détruirai sur ta tête »

À quelques kilomètres de là, Saqr Qunbur a vécu un scénario similaire, mais avec une violence verbale qui dépasse l’entendement. Quand l’officier israélien s’est présenté devant sa maison de 100 mètres carrés dans le quartier de Jabal al-Mukabber, il ne lui a pas laissé le choix. « Démolis-la toi-même, ou je la détruirai sur ta tête », a-t-il lancé. La menace n’était pas une simple formule : les bulldozers stationnaient déjà à quelques rues de là.

Démolition d'une maison et d'un établissement industriel par l'occupation israélienne à Silwan et Al-Jib, Jérusalem.
Démolition d'une maison et d'un établissement industriel par l'occupation israélienne à Silwan et Al-Jib, Jérusalem. — (source)

Saqr a passé trois jours à démolir son propre foyer. Chaque coup de pioche était un arrachement. Il avait investi toutes ses économies dans cette maison, agrandie au fil des ans pour accueillir ses enfants et ses petits-enfants. Aujourd’hui, il ne reste qu’un tas de gravats. Et pourtant, les factures continuent d’arriver. 80 000 shekels d’amendes municipales, qu’il doit rembourser alors même que la maison n’existe plus. Le piège est parfait : détruire soi-même n’annule pas la dette. Au contraire, cela officialise la reconnaissance de l’infraction, rendant le propriétaire juridiquement responsable des frais.

Le mécanisme financier : une double peine sans échappatoire

L’auto-démolition est présentée par les autorités comme une faveur. En réalité, elle enferme les familles dans un engrenage financier implacable. Les frais municipaux de démolition, qui oscillent entre 80 000 et 120 000 shekels, ne sont pas une simple amende. Ils deviennent une dette qui suit les familles pendant des années, même après la destruction de leur maison. L’auto-démolition ne supprime pas la dette. Elle la transforme en reconnaissance officielle de l’infraction.

Les familles se retrouvent ainsi dans une situation absurde : sans toit, mais avec un crédit à rembourser. Leurs comptes bancaires sont saisis, leurs salaires amputés, leurs biens confisqués. Certains doivent vendre leurs voitures, leurs terres, leurs bijoux de famille pour honorer les mensualités. La double peine est totale : perdre sa maison et se retrouver criblé de dettes pour une construction que l’on n’a jamais eu le droit de bâtir.

Permis de construire introuvables : le maquis bureaucrate qui piège les habitants

Pour comprendre comment des familles entières en arrivent à bâtir sans autorisation, il faut remonter en amont du drame. L’obtention d’un permis de construire à Jérusalem-Est pour un Palestinien relève du parcours du combattant. Les autorités israéliennes, qui administrent cette partie de la ville depuis son annexion en 1980, ont mis en place un système de zonage qui rend la construction palestinienne presque impossible.

Israël démolit un immeuble résidentiel palestinien à Jérusalem-Est, avec présence de forces de sécurité.
Israël démolit un immeuble résidentiel palestinien à Jérusalem-Est, avec présence de forces de sécurité. — (source)

Le plan d’urbanisme israélien réserve la majorité des terrains constructibles aux quartiers juifs. Les zones attribuées aux Palestiniens sont souvent classées en espaces verts ou réserves naturelles, interdisant de facto toute nouvelle construction. Résultat : les familles qui s’agrandissent, qui ont besoin d’un toit, n’ont d’autre choix que de bâtir sans permis. Et c’est là que le piège se referme.

Moins de 2 % de permis accordés : une règle d’apartheid urbanistique

Les chiffres parlent d’eux-mêmes. Selon les organisations de défense des droits humains comme B’Tselem et Human Rights Watch, moins de 2 % des demandes de permis déposées par des Palestiniens à Jérusalem-Est aboutissent. En face, les constructions israéliennes dans les colonies environnantes se multiplient sans entrave. Ce déséquilibre n’a rien d’un hasard : il s’inscrit dans une politique délibérée de limitation de la présence palestinienne dans la ville.

Le résultat est une illégalité permanente. Des quartiers entiers comme Silwan, Jabal al-Mukabber ou Sur Baher sont construits sans autorisation, non par choix mais par nécessité. Chaque nouvelle chambre, chaque étage ajouté pour loger un fils qui se marie devient un motif de démolition. Le nombre d’avis de démolition a explosé après octobre 2023, passant de 25 000 à 35 000. Une augmentation qui ne doit rien à une soudaine vague de constructions illégales, mais tout à un durcissement administratif.

L’ère Ben-Gvir : démolition punitive et accélération de l’occupation

L’arrivée de l’extrême droite au gouvernement israélien, avec des figures comme Itamar Ben-Gvir au poste de ministre de la Sécurité nationale, a changé la donne. Ce qui relevait auparavant d’une logique administrative s’est transformé en politique punitive assumée. Les démolitions ne sont plus seulement un outil de contrôle urbain : elles deviennent une arme idéologique.

Ben-Gvir et ses alliés voient dans Jérusalem-Est un territoire à judaïser par tous les moyens. L’accélération des démolitions s’inscrit dans ce projet. Chaque maison détruite est un pas de plus vers l’effacement de la présence palestinienne. Les ordres sont donnés sans préavis, les recours judiciaires sont bloqués, et les familles se retrouvent à la rue en quelques heures. La machine administrative, déjà impitoyable, tourne désormais à plein régime.

Le rôle des tribunaux et l’absence de recours

Les familles palestiniennes peuvent théoriquement contester les ordres de démolition devant la Cour suprême israélienne. En pratique, cette voie est quasi inaccessible. Les procédures sont longues, coûteuses, et les chances de succès infimes. Entre 2020 et 2025, moins de 5 % des recours contre des ordres de démolition à Jérusalem-Est ont abouti à une annulation. Les juges israéliens considèrent généralement que la construction sans permis est une infraction objective, sans tenir compte du contexte systémique qui rend l’obtention d’un permis impossible.

Escalade historique : 400 démolitions et 1 500 déplacés en une seule année

L’année 2025 marque un tournant. Jamais les démolitions n’avaient atteint un tel niveau à Jérusalem-Est. Les chiffres compilés par les Nations unies donnent le vertige : 400 bâtiments détruits, soit plus du double du précédent record annuel de 180. En conséquence, 1 500 Palestiniens ont été déplacés de force, arrachés à leur quartier, à leur école, à leur travail.

À Jérusalem-Est, des Palestiniens démunis face aux bulldozers israéliens : démolition d'un immeuble résidentiel.
À Jérusalem-Est, des Palestiniens démunis face aux bulldozers israéliens : démolition d'un immeuble résidentiel. — (source)

Il ne s’agit pas de cas isolés, de quelques familles malchanceuses coincées dans les mailles d’une bureaucratie tatillonne. C’est une politique systématique, appliquée à une échelle industrielle. Les quartiers palestiniens de Jérusalem-Est sont quadrillés, surveillés, et chaque construction est repérée par des drones ou des patrouilles municipales avant d’être frappée d’un ordre de démolition.

Un record absolu : le nombre de démolitions plus que double en un an

La progression est vertigineuse. Avant 2023, le nombre de démolitions oscillait entre 100 et 180 par an. En 2025, le cap des 400 a été franchi. Cette hausse massive coïncide avec deux phénomènes : la guerre à Gaza, qui a détourné l’attention internationale, et la consolidation de l’extrême droite au pouvoir en Israël.

Les ONG locales rapportent que les équipes de démolition travaillent désormais sans relâche, y compris pendant les jours fériés et les week-ends. Les ordres sont exécutés dans la précipitation, souvent sans notification préalable. Les familles n’ont parfois que quelques minutes pour évacuer leurs biens avant que les bulldozers n’attaquent les murs. L’objectif est clair : créer un état de choc permanent, dissuader toute nouvelle construction par la terreur.

Le 22 décembre 2025 à Silwan : un immeuble de 100 personnes détruit sans préavis

Parmi les destructions les plus marquantes de l’année, celle du 22 décembre 2025 dans le quartier de Silwan restera dans les mémoires. Un immeuble résidentiel abritant une douzaine de familles — environ 100 personnes — a été rasé par les bulldozers israéliens. La particularité de cette opération : elle a eu lieu le jour même d’une réunion de régularisation que les propriétaires avaient sollicitée auprès de la municipalité.

Démolition d'un immeuble à Jérusalem-Est par des engins de chantier israéliens.
Démolition d'un immeuble à Jérusalem-Est par des engins de chantier israéliens. — (source)

Les familles avaient cru à une ouverture. Elles avaient fourni des documents, payé des frais de dossier, attendu des mois. Le matin du 22 décembre, alors que leurs représentants se rendaient à la mairie, les bulldozers sont arrivés. En quelques heures, l’immeuble n’était plus qu’un amas de béton et de ferraille. Les habitants, incrédules, ont vu leurs meubles, leurs photos, leurs souvenirs disparaître sous les chenilles. Cette opération, décrite comme la plus grande démolition de l’année, a envoyé un signal terrible : aucune démarche administrative, aucune bonne foi ne peut arrêter la machine.

L’impact sur les quartiers : une fragmentation programmée

Au-delà des chiffres, les démolitions ont un effet de fragmentation urbaine. Les quartiers palestiniens perdent leur cohésion. Les familles déplacées sont dispersées, souvent contraintes de louer chez des proches ou dans des logements précaires. Les enfants changent d’école, les parents perdent leur réseau social et professionnel. Chaque démolition crée un vide qui affaiblit la communauté tout entière. Les autorités israéliennes exploitent cette fragmentation : un quartier vidé de ses habitants est plus facile à contrôler, à annexer, à effacer.

« C’est comme détruire une partie de soi » : le traumatisme d’être son propre bourreau

La démolition n’est pas qu’une perte matérielle. C’est une violence psychologique infligée à des hommes et des femmes contraints de devenir les instruments de leur propre destruction. Forcer un père de famille à abattre le toit sous lequel ses enfants ont grandi, c’est briser quelque chose de plus profond que des murs.

Fakhri Abu Diab, un habitant de Jérusalem-Est dont la famille a subi plusieurs démolitions, résume ce sentiment avec une précision glaçante : « L’objectif d’Israël est de briser le moral des Palestiniens et de les laver le cerveau pour qu’ils deviennent les outils de leur propre destruction. Quand nous démolissons nos propres maisons, c’est comme si nous démolissions une partie de notre propre corps. » Une phrase qui dit tout de l’humiliation et de la déshumanisation programmée.

Une génération endettée : l’autre visage de l’auto-démolition

Le piège financier est aussi redoutable que le traumatisme moral. Les frais de démolition municipaux, qui oscillent entre 80 000 et 120 000 shekels, ne sont pas une simple amende. Ils deviennent une dette qui suit les familles pendant des années, même après la destruction de leur maison. L’auto-démolition, présentée comme une faveur pour réduire les coûts, ne supprime pas la dette. Elle la transforme en reconnaissance officielle de l’infraction.

Israël démolit une maison à Jérusalem-Est à l'aide d'une pelleteuse.
Israël démolit une maison à Jérusalem-Est à l'aide d'une pelleteuse. — (source)

Les familles se retrouvent ainsi dans une situation absurde : sans toit, mais avec un crédit à rembourser. Leurs comptes bancaires sont saisis, leurs salaires amputés, leurs biens confisqués. Certains doivent vendre leurs voitures, leurs terres, leurs bijoux de famille pour honorer les mensualités. La double peine est totale : perdre sa maison et se retrouver criblé de dettes pour une construction que l’on n’a jamais eu le droit de bâtir.

De l’angoisse à la honte : le poids psychologique sur les familles

Les enfants sont les premières victimes silencieuses de ce système. Voir ses parents détruire la maison familiale, les entendre pleurer, les sentir impuissants, c’est un choc dont on ne se remet pas. Les psychologues qui travaillent dans les quartiers de Jérusalem-Est rapportent une augmentation massive des troubles anxieux, des insomnies et des dépressions chez les mineurs.

La honte sociale s’ajoute à la douleur. Dans une culture où la maison est le symbole de la réussite et de la stabilité familiale, être contraint de la démolir soi-même est vécu comme une déchéance publique. Les voisins regardent, les enfants à l’école savent. L’auto-démolition devient une marque d’infamie, une blessure narcissique qui s’ajoute à la perte matérielle. C’est cette dimension — faire du propriétaire le bourreau de son propre foyer — qui rend le système israélien particulièrement cruel.

De Jérusalem-Est aux HLM françaises : la peur de perdre son toit nous unit-elle ?

Il serait malhonnête de comparer directement l’occupation israélienne et les difficultés du logement en France. Les contextes politiques, juridiques et historiques n’ont rien de commun. Pourtant, il existe une émotion partagée, universelle : la peur de perdre son toit. Que l’on soit un Palestinien de Jérusalem-Est menacé par les bulldozers ou un locataire français redoutant une expulsion pour impayés, l’angoisse est la même.

Cette peur du délogement, de l’errance, de l’effondrement du foyer, c’est ce qui peut créer un pont d’empathie entre des réalités pourtant très différentes. Comprendre ce que vivent les habitants de Silwan ou de Sur Baher, c’est aussi interroger notre propre rapport à la précarité résidentielle.

Expulsion locative et démolition politique : deux facettes d’une même précarité du chez-soi

En France, les expulsions locatives touchent chaque année des milliers de familles. La pression immobilière, la hausse des loyers, les logements insalubres créent une insécurité permanente. Perdre son logement, c’est perdre ses repères, son ancrage, une partie de son identité. Dans les deux cas, la maison n’est pas qu’un bien : c’est un lieu de vie, de mémoire, de construction familiale.

Mais il faut marquer la différence fondamentale. À Jérusalem-Est, la démolition n’est pas le résultat d’un marché immobilier tendu. C’est une politique délibérée d’annexion et de dépossession. Les maisons sont détruites non parce qu’elles sont inhabitables, mais parce qu’elles sont palestiniennes. L’objectif est de réduire la présence arabe dans la ville, de la rendre invisible, de la repousser hors des limites municipales. C’est ce que les chercheurs appellent la judaïsation de Jérusalem-Est.

Comprendre la justice spatiale pour mieux agir chez soi

Le concept de justice spatiale peut sembler abstrait, mais il éclaire une réalité concrète : la manière dont l’espace est organisé, contrôlé, attribué reflète des rapports de pouvoir. À Jérusalem-Est, la politique du logement est une politique d’occupation. Les permis de construire, les zonages, les démolitions sont autant d’outils pour redessiner la carte démographique de la ville.

En France aussi, l’espace est un enjeu politique : les quartiers populaires relégués en périphérie, les logements sociaux concentrés dans certaines zones, les expulsions qui frappent toujours les plus précaires. Voir les liens entre ces réalités, c’est comprendre que la gestion de l’espace n’est jamais neutre. C’est aussi un appel à la vigilance : chez nous comme ailleurs, le droit au logement est un droit fondamental qu’il faut défendre.

« On ne doit pas céder » : la résistance en ligne et sur le terrain

Face à cette machine de destruction, la résistance s’organise. Elle prend des formes diverses : actions communautaires, documentation citoyenne, mobilisation sur les réseaux sociaux. Dans les décombres, des voix s’élèvent pour refuser l’effacement.

Le week-end dernier, un fil Reddit détaillant les auto-démolitions de Jérusalem-Est a recueilli près de 992 votes positifs en quelques heures. Des internautes du monde entier ont découvert ces histoires, les ont partagées, les ont commentées. La Journée mondiale de la liberté de la presse, ce 3 mai, rappelle aussi l’importance de ces témoignages pour contrer le silence médiatique qui entoure souvent la situation des Palestiniens.

Otayba Odeh à Silwan : le centre communautaire qui renaît de ses cendres

Le 13 novembre 2024, les autorités israéliennes ont détruit le centre communautaire d’Al-Bustan, dans le quartier de Silwan. C’était le seul espace public de ce secteur densément peuplé, où vivent 30 000 Palestiniens. Otayba Odeh, son responsable, a vu les bulldozers réduire en poussière des années de travail. Mais il n’a pas cédé.

Quelques jours après la destruction, les activités ont repris en plein air, sur le tas de gravats. Les scouts continuent leurs défilés, les cours de taekwondo se donnent sur la poussière, les séances de danse traditionnelle animent les ruines. « On ne doit pas céder, pas un seul instant on ne doit renoncer », répète Otayba Odeh. Son centre est devenu un symbole de résilience. Il montre que la destruction matérielle ne peut pas tuer l’esprit d’une communauté.

De TikTok aux rapports d’ONG : la jeune génération face à la guerre de l’information

Les jeunes Palestiniens de Jérusalem-Est ont compris que les réseaux sociaux sont une arme. Ils filment les démolitions, les diffusent en direct, documentent chaque abus. TikTok, Instagram, Twitter deviennent des archives vivantes de l’occupation. Un adolescent de Silwan peut montrer au monde entier, en quelques secondes, ce que les médias traditionnels peinent à couvrir.

Des organisations comme Amnesty International, Human Rights Watch, B’Tselem ou le magazine +972 enquêtent en parallèle, produisant des rapports détaillés qui servent de preuves devant les instances internationales. Mais la tâche est immense. Le nombre de démolitions augmente, et avec lui, la difficulté de tout documenter. Chaque vidéo, chaque photo, chaque témoignage devient un acte de résistance contre l’oubli programmé.

Le rôle de la solidarité internationale

La mobilisation citoyenne ne se limite pas aux réseaux sociaux. Des collectifs de soutien se forment dans plusieurs pays, organisant des campagnes de sensibilisation et des collectes de fonds pour les familles déplacées. Des avocats bénévoles travaillent sur les recours juridiques. Des journalistes indépendants se rendent sur place pour documenter les démolitions. Cette solidarité internationale est un contre-poids nécessaire face à une politique qui repose sur l’invisibilité de ses victimes.

Dérouler le tapis rouge à l’annexion : l’auto-démolition comme politique d’État

Ce qui se joue à Jérusalem-Est dépasse la simple question du logement. L’auto-démolition forcée est le point d’orgue d’un système où l’administration israélienne fait porter aux Palestiniens le coût — financier, moral, psychologique — de leur propre expulsion. Chaque maison détruite par son propriétaire est une victoire pour ceux qui veulent une Jérusalem sans Palestiniens.

Jérusalem-Est, secteur occupé et annexé par Israël depuis 1967, au cœur du conflit israélo-palestinien

Le mécanisme est implacable : rendre les permis impossibles, pousser les familles à construire sans autorisation, les menacer de démolition, leur imposer des amendes insurmontables, et enfin les forcer à détruire eux-mêmes leur foyer pour éviter la ruine totale. Chaque étape est conçue pour briser la résistance, épuiser les ressources, décourager toute velléité de rester.

Derrière les procédures administratives, c’est une politique d’annexion rampante qui se déploie. L’effacement des maisons palestiniennes prépare l’extension des colonies israéliennes. Les quartiers vidés de leurs habitants sont rapidement réattribués, construits, intégrés à la municipalité juive de Jérusalem. La dépossession silencieuse est en marche.

Conclusion

Forcer un père de famille à démolir sa propre maison, c’est bien plus qu’une punition administrative. C’est une humiliation méthodique, une violence psychologique calculée, un piège économique qui ruine des générations entières. Les permis impossibles, les amendes écrasantes, l’auto-démolition : chaque pièce du puzzle s’emboîte pour former une politique cohérente de dépossession des Palestiniens de Jérusalem-Est.

Mais la résistance existe. Elle s’incarne dans des hommes comme Otayba Odeh, qui organise des activités sur les gravats de son centre détruit. Elle se diffuse sur les réseaux sociaux, où des jeunes filment les bulldozers et partagent leurs histoires. Elle s’appuie sur des organisations qui documentent, informent, alertent. La solidarité internationale, la pression diplomatique, la vigilance citoyenne sont les seuls remparts contre cette politique d’effacement. Chaque maison détruite est une pierre arrachée à l’espoir. Mais chaque témoignage, chaque partage, chaque acte de résistance est une pierre remise en place.

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Questions fréquentes

Qu'est-ce que l'auto-démolition à Jérusalem-Est ?

L'auto-démolition est un mécanisme où les autorités israéliennes forcent les propriétaires palestiniens à détruire eux-mêmes leur maison pour éviter des frais de démolition municipaux encore plus lourds (80 000 à 120 000 shekels). Cette pratique est décrite comme un chantage économique qui ruine les familles tout en leur infligeant une humiliation psychologique.

Pourquoi les Palestiniens construisent-ils sans permis à Jérusalem-Est ?

Moins de 2 % des demandes de permis de construire déposées par des Palestiniens à Jérusalem-Est aboutissent, en raison d'un système de zonage discriminatoire. Les autorités israéliennes classent la majorité des terrains palestiniens en espaces verts ou réserves naturelles, rendant la construction légale quasi impossible et poussant les familles à bâtir sans autorisation par nécessité.

Combien de démolitions ont eu lieu à Jérusalem-Est en 2025 ?

En 2025, 400 bâtiments ont été détruits à Jérusalem-Est, soit plus du double du précédent record annuel de 180. Ces démolitions ont déplacé 1 500 Palestiniens, marquant une escalade historique liée à la guerre à Gaza et à la consolidation de l'extrême droite au pouvoir en Israël.

Les familles peuvent-elles contester un ordre de démolition ?

Théoriquement, les familles peuvent contester devant la Cour suprême israélienne, mais les recours sont quasi inaccessibles : entre 2020 et 2025, moins de 5 % des recours ont abouti à une annulation. Les procédures sont longues, coûteuses, et les juges considèrent la construction sans permis comme une infraction objective sans tenir compte du contexte.

Sources

  1. A Jérusalem-Est, un nombre record de maisons détruites pour pousser dehors les habitants palestiniens · lemonde.fr
  2. agent · agent
  3. aljazeera.com · aljazeera.com
  4. [PDF] From: [BCG Jerusalem] Sent: 19 February 2016 11:38 To - GOV.UK · assets.publishing.service.gov.uk
  5. [PDF] ...<{ Tuhfat Alorib .. À l'appui de Habib }>... Le nom de Dieu le ... - CIA · cia.gov
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Sarah Lebot @world-watcher

Journaliste en herbe, je synthétise l'actu mondiale pour ceux qui n'ont pas le temps de tout suivre. Étudiante en journalisme à Sciences Po Lille, je contextualise les événements sans prendre parti. Mon objectif : rendre l'info accessible et compréhensible, surtout pour ma génération. Pas de jargon, pas de sensationnalisme – juste les faits et leur contexte. Parce que comprendre le monde, c'est le premier pas pour le changer.

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