Le 17 mai 2026, le cabinet israélien a approuvé la transformation du siège de l'UNRWA à Jérusalem-Est en complexe militaire. Le site abritera un musée de Tsahal, un bureau de recrutement et un bureau du ministre de la Défense. Cette décision, annoncée le Jour de Jérusalem, marque l'aboutissement d'un processus de 18 mois ayant conduit au démantèlement de l'agence onusienne dans la ville. Derrière le symbole, c'est toute l'architecture humanitaire pour les réfugiés palestiniens qui s'effondre.

« Un complexe de défense » en l'honneur du Jour de Jérusalem : les détails du plan israélien
Dimanche 17 mai 2026, le cabinet israélien a donné son feu vert à un projet qui cristallise la nouvelle doctrine de l'État hébreu à Jérusalem-Est. L'ancien siège de l'UNRWA, situé dans le quartier de Cheikh Jarrah, près de la colline des Munitions (Ammunition Hill), sera reconverti en « complexe de défense ». Le plan prévoit trois composantes principales : un musée de l'armée israélienne (IDF), un bureau de recrutement militaire et un bureau du ministre de la Défense.
Le choix de la date n'a rien d'anodin. L'annonce intervient le Jour de Jérusalem, fête nationale israélienne commémorant la réunification de la ville sous contrôle israélien après la guerre des Six Jours en 1967. Pour le gouvernement Netanyahou, il s'agit d'affirmer une souveraineté totale sur l'ensemble de Jérusalem, y compris les quartiers est annexés.
L'Autorité foncière israélienne (Israel Land Authority) opère déjà sur le site depuis plusieurs mois. Selon les informations rapportées par JNS, le déménagement du bureau de recrutement depuis le quartier de Romema vers Cheikh Jarrah est déjà en cours. Ce transfert rapproche physiquement l'institution militaire d'un secteur hautement symbolique du conflit israélo-palestinien.
Un musée de Tsahal sur le QG d'une agence onusienne : un symbole fort
Transformer le quartier général d'une agence des Nations unies en musée militaire revient à écrire une version officielle de l'histoire sur les ruines d'une autre. L'UNRWA, créée en 1949, gérait depuis ce site des écoles, des centres de santé et des programmes d'aide sociale pour des générations de réfugiés palestiniens. À la place, les visiteurs découvriront un récit narrant l'histoire militaire de l'État hébreu, de sa création à ses opérations les plus récentes.

Le contraste est saisissant. Là où des enfants palestiniens apprenaient à lire et à compter, des soldats israéliens raconteront leurs batailles. Là où des médecins soignaient des patients sans distinction, un musée glorifiera la puissance militaire. Pour les habitants de Cheikh Jarrah, ce changement de vocation transforme un lieu de vie et d'espoir en un symbole d'occupation permanente.
De Romema à Cheikh Jarrah : le recrutement en tenue militaire devant les ruines de l'école
Le déménagement du bureau de recrutement de Tsahal depuis le quartier de Romema jusqu'à l'ancien site de l'UNRWA crée une image forte. Chaque jour, de jeunes Israéliens franchiront les portes de ce qui fut le centre administratif de l'aide aux réfugiés palestiniens pour s'enrôler dans l'armée. Ils passeront devant les vestiges des salles de classe et des dispensaires pour signer leur engagement.

Ce contraste visuel résume à lui seul la politique israélienne à Jérusalem-Est : effacer les institutions palestiniennes et les remplacer par des symboles de souveraineté militaire. Le bureau de recrutement ne sera pas seulement un lieu administratif. Il deviendra une déclaration politique quotidienne, visible par tous les habitants du quartier. Comme le rapporte le Guardian, les employés de l'UNRWA avaient encore leurs dossiers et leurs ordinateurs dans les bureaux quand les bulldozers sont arrivés.
Le bureau du ministre de la Défense : une présence politique permanente
La troisième composante du complexe, un bureau destiné au ministre de la Défense, ajoute une dimension politique directe au projet. Ce n'est pas un simple bâtiment administratif. Il s'agit d'ancrer la présence du gouvernement israélien au cœur d'un quartier palestinien de Jérusalem-Est. Le ministre pourra y tenir des réunions, recevoir des délégations et symboliser l'autorité de l'État sur ce territoire contesté.

Ce choix transforme Cheikh Jarrah en un lieu de pouvoir israélien. Là où l'UNRWA incarnait la présence internationale et la protection des droits des réfugiés, le bureau ministériel affirme une souveraineté unilatérale. Pour les habitants du quartier, c'est un message quotidien de leur exclusion de la décision politique les concernant.
Du vote à la démolition : comment Israël a vidé l'UNRWA de Jérusalem-Est en 18 mois
La décision de mai 2026 n'est pas tombée du ciel. Elle est le fruit d'un processus législatif et administratif méthodique qui a pris exactement 18 mois. Tout commence en octobre 2024, quand la Knesset vote deux lois historiques qui vont sceller le sort de l'agence onusienne sur le territoire israélien.
La première loi interdit purement et simplement les activités de l'UNRWA en Israël, y compris à Jérusalem-Est. La seconde interdit tout contact entre les autorités israéliennes et l'agence. Ces textes entrent en vigueur en janvier 2025, 90 jours après leur adoption. L'UNRWA cesse alors ses opérations depuis son siège de Cheikh Jarrah, mais le bâtiment reste debout.
En décembre 2025, une nouvelle loi renforce l'interdiction en coupant l'accès à l'eau et à l'électricité des bâtiments de l'agence. Le 20 janvier 2026, les bulldozers entrent en action. En quelques heures, le siège historique de l'UNRWA est réduit en poussière, sous l'œil du ministre de la Sécurité nationale Itamar Ben-Gvir. Le terrain est alors saisi par l'Autorité foncière israélienne, qui le revendique comme propriété de l'État.
Octobre 2024 : les deux lois qui ont scellé le sort de l'agence onusienne en Israël
Le 28 octobre 2024 restera une date charnière dans l'histoire des relations entre Israël et les Nations unies. Ce jour-là, la Knesset adopte deux lois sans précédent. La première recueille 92 voix contre 10 : elle interdit toute activité de l'UNRWA sur le territoire israélien. La seconde, votée par 89 députés contre 7, prohibe tout contact entre les autorités israéliennes et l'agence.
Pour la première fois, une agence de l'ONU est officiellement bannie du territoire d'un État membre. Le gouvernement israélien justifie cette décision en accusant l'UNRWA de collusion avec le Hamas et de partialité systématique contre Israël. Les critiques internationales sont immédiates. Le secrétaire général de l'ONU, António Guterres, qualifie ces lois de « violation flagrante du droit international ». Mais rien n'y fait.
Le changement de paradigme juridique est radical. Jusqu'alors, l'UNRWA bénéficiait d'un statut protégé par les accords de 1967 et par les conventions internationales. Désormais, Israël considère que l'agence n'a aucune légitimité sur son territoire, y compris dans les quartiers annexés de Jérusalem-Est. Comme le détaille L'Express, ces votes ont été obtenus avec une large majorité, témoignant d'un consensus politique solide autour de cette mesure.
Janvier 2025 : l'entrée en vigueur et le gel des opérations
Les lois votées en octobre 2024 entrent en vigueur en janvier 2025, soit 90 jours après leur adoption. L'UNRWA cesse immédiatement ses opérations depuis son siège de Cheikh Jarrah. Les employés palestiniens ne peuvent plus accéder au site. Les programmes d'aide, d'éducation et de santé sont suspendus dans la zone.
Le bâtiment reste debout, mais vide. L'agence tente de maintenir ses activités depuis d'autres sites, mais la perte du QG complique gravement la coordination. Les écoles de l'UNRWA en Cisjordanie continuent de fonctionner tant bien que mal, mais sans leur centre nerveux. Les distributions alimentaires et les soins médicaux deviennent erratiques.
20 janvier 2026 : quand Ben-Gvir supervise la démolition du siège de Cheikh Jarrah
Il est 8 heures du matin quand les premiers bulldozers pénètrent dans l'enceinte du siège de l'UNRWA à Cheikh Jarrah. Les employés de l'agence, prévenus quelques heures plus tôt, assistent impuissants à la destruction de leurs bureaux. Certains tentent de récupérer des dossiers et des ordinateurs, mais les engins de chantier ne leur en laissent pas le temps.

Itamar Ben-Gvir, ministre de la Sécurité nationale, est présent sur place. Il qualifie l'événement de « jour historique » et déclare aux caméras : « Nous avons libéré Jérusalem-Est de la présence d'une organisation terroriste déguisée en agence humanitaire. » Les images des bulldozers écrasant les murs du bâtiment font le tour du monde en quelques heures.
Sur place, les réactions des employés de l'UNRWA oscillent entre colère et désespoir. L'un d'eux confie au Guardian : « Nous avons passé des années à aider les réfugiés. Aujourd'hui, on détruit tout. Et demain, on construira un musée de l'armée à la place. » La démolition est achevée en moins de 48 heures. Le site est immédiatement clôturé et placé sous contrôle de l'Autorité foncière israélienne.
350 000 élèves privés d'école ? Ce que la perte du QG de l'UNRWA change concrètement
Au-delà du symbole politique, la destruction du siège de l'UNRWA à Jérusalem-Est a des conséquences concrètes et immédiates pour des centaines de milliers de personnes. Ce complexe n'était pas un simple bureau administratif. Il servait de quartier général pour l'ensemble des opérations de l'agence en Cisjordanie, coordonnant l'éducation, la santé et l'aide sociale pour environ 6 millions de réfugiés palestiniens.
Parmi eux, 2,5 millions vivent en Cisjordanie, à Gaza et à Jérusalem-Est. Les 3,5 millions restants sont répartis entre la Syrie, la Jordanie et le Liban. Le siège de Cheikh Jarrah était le cerveau logistique de cette machine humanitaire. C'est de là que partaient les instructions pour les écoles, les cliniques mobiles et les distributions alimentaires.
Sans ce centre de coordination, la fourniture d'aide devient anarchique. Les 350 000 élèves qui fréquentaient les écoles de l'UNRWA en Cisjordanie se retrouvent dans l'incertitude. Les 50 000 réfugiés de Jérusalem-Est qui dépendaient des services de santé de l'agence n'ont plus de point de chute. Le vide laissé par l'UNRWA est immense, et aucune organisation ne semble capable de le combler à court terme.
Le « cerveau » de l'aide humanitaire en Cisjordanie déconnecté
Le complexe de Cheikh Jarrah abritait les directions régionales de l'éducation, de la santé et des services sociaux pour toute la Cisjordanie. C'est là que les programmes étaient planifiés, les budgets alloués et les équipes coordonnées. Sans ce centre, chaque opération devient un casse-tête logistique.

Les cliniques mobiles qui parcouraient les villages palestiniens dépendaient de ce QG pour leur approvisionnement en médicaments et en matériel. Les écoles recevaient leurs manuels et leurs programmes depuis ce même site. Les distributions alimentaires étaient organisées depuis ces bureaux. En perdant ce centre nerveux, l'UNRWA perd sa capacité à agir de manière coordonnée sur l'ensemble du territoire cisjordanien.
Dans le contexte de la guerre à Gaza et de la répression accrue en Cisjordanie, cette perte est particulièrement grave. Les besoins humanitaires explosent, tandis que les capacités de réponse s'effondrent. Comme le souligne Al Jazeera, des organisations non gouvernementales tentent de prendre le relais, mais aucune n'a la taille ni les ressources de l'UNRWA.
Santé, éducation, survie : les réfugiés de Jérusalem-Est livrés à eux-mêmes ?
Pour les 50 000 réfugiés palestiniens vivant à Jérusalem-Est, la perte du siège de l'UNRWA est un désastre personnel. Ces familles dépendaient de l'agence pour leurs soins médicaux de base, pour la scolarisation de leurs enfants et pour une partie de leur alimentation.
Les centres de santé de l'UNRWA à Jérusalem-Est accueillaient chaque jour des centaines de patients, des nourrissons aux personnes âgées. Les consultations prénatales, les vaccinations et les traitements pour maladies chroniques étaient assurés gratuitement. Aujourd'hui, ces services ont disparu.
Les enfants, eux, se retrouvent sans école. Les établissements de l'UNRWA à Jérusalem-Est scolarisaient des milliers d'élèves palestiniens. Certains ont été transférés dans des écoles publiques palestiniennes, mais beaucoup n'ont pas trouvé de place. D'autres ont simplement arrêté d'aller en classe. Pour les familles les plus pauvres, la cantine scolaire de l'UNRWA représentait parfois le seul repas équilibré de la journée.
Le vide que personne ne peut combler
L'ampleur des dégâts dépasse la simple perte d'un bâtiment. L'UNRWA employait des milliers de personnes en Cisjordanie : enseignants, médecins, infirmiers, travailleurs sociaux. La destruction du QG a désorganisé ces équipes. Certains employés ont été licenciés, d'autres ont été réaffectés à des tâches administratives sans réelle coordination.
Des organisations comme le CICR ou l'UNICEF tentent de pallier les manques, mais leurs mandats sont différents. L'UNRWA avait une mission spécifique : s'occuper exclusivement des réfugiés palestiniens. Les autres agences onusiennes n'ont ni les ressources ni la structure pour reprendre ce travail. Les réfugiés de Jérusalem-Est se retrouvent dans un vide juridique et humanitaire.
Cheikh Jarrah, symbole de l'annexion : et si le site de l'UNRWA devenait une colonie de 1 400 logements ?
Le quartier de Cheikh Jarrah n'a pas été choisi au hasard. Ce secteur de Jérusalem-Est est devenu, ces dernières années, le symbole de la lutte contre les expulsions forcées de familles palestiniennes. Des militants internationaux, des journalistes et des diplomates ont défilé dans ses ruelles pour soutenir les habitants menacés d'éviction. Transformer le siège de l'UNRWA en complexe militaire dans ce quartier précis envoie un message clair.

Mais le projet ne s'arrête pas là. Selon une enquête du journal Haaretz, relayée par Le Monde, le site de l'UNRWA pourrait à terme servir à la construction d'une nouvelle colonie juive de plus de 1 400 logements. L'Autorité foncière israélienne, qui contrôle déjà le terrain, aurait entamé des études de faisabilité.
Ce projet immobilier transformerait radicalement le visage de Cheikh Jarrah. À la place d'une agence onusienne, ce seraient des centaines de familles israéliennes qui s'installeraient, coupant définitivement le quartier de sa population palestinienne historique. La « politique du fait accompli », chère aux gouvernements israéliens successifs, trouverait ici son illustration la plus aboutie.
Le projet secret de colonie dévoilé par Haaretz
Le quotidien israélien Haaretz a révélé en janvier 2026 l'existence d'un plan détaillé pour la construction d'une colonie de 1 400 logements sur le site de l'UNRWA. Le projet prévoit des immeubles de cinq à huit étages, des espaces verts, des écoles et des commerces. Le tout sous loi israélienne, bien sûr.
Ce qui rend ce projet particulièrement controversé, c'est le statut juridique du terrain. L'UNRWA occupait le site depuis 1952, après l'avoir loué au gouvernement jordanien. Israël conteste cette légitimité et affirme que le terrain est propriété de l'État. Les Conventions de Genève, qui protègent les biens des organisations internationales en territoire occupé, sont balayées d'un revers de main.
L'Autorité foncière israélienne, déjà à l'œuvre sur le site, prépare le terrain pour les futurs travaux. Les clôtures ont été posées, les accès sécurisés. Les premiers appels d'offres pourraient être lancés dans les mois à venir. Pour les Palestiniens de Cheikh Jarrah, c'est la confirmation que leur quartier est en train de leur échapper définitivement.
Un terrain au statut juridique contesté
La question foncière est au cœur du conflit. L'UNRWA louait le terrain au gouvernement jordanien depuis 1952. Après la guerre des Six Jours en 1967, Israël a annexé Jérusalem-Est, mais le statut du bail est resté flou. Pour l'agence onusienne, le terrain bénéficie de l'immunité diplomatique. Pour Israël, il s'agit d'une propriété d'État saisissable.
Selon le ministère israélien des Affaires étrangères, la propriété du terrain revient à Israël, et le site « ne bénéficie d'aucune protection diplomatique ». En réaction, Philippe Lazzarini, à la tête de l'UNRWA, a affirmé : « Les déclarations du gouvernement israélien sont inexactes et contraires à la légalité. L'UNRWA occupe ce terrain en vertu d'un bail conclu avec le gouvernement jordanien depuis 1952. Sa confiscation actuelle constitue une violation du droit international. »
Ce conflit juridique n'est pas près d'être résolu. La Cour internationale de justice pourrait être saisie, mais ses décisions sont rarement appliquées. Pendant ce temps, les bulldozers continuent de préparer le terrain pour la future colonie.
Jérusalem-Est 2026 : la politique du fait accompli contre le droit international
Le démantèlement de l'UNRWA n'est qu'une pièce d'un puzzle plus vaste. Depuis des années, Israël mène une politique systématique d'annexion de Jérusalem-Est, par petites touches successives. Démolitions de maisons palestiniennes, expulsions de familles, confiscations de terres, construction de colonies : chaque action rend un peu plus irréversible la prise de contrôle totale de la partie orientale de la ville.
La transformation du siège de l'UNRWA en complexe militaire s'inscrit dans cette logique. En remplaçant une agence onusienne par des institutions israéliennes, l'État hébreu affirme sa souveraineté sur un territoire que le droit international considère toujours comme occupé. La communauté internationale proteste, mais ses condamnations restent sans effet.
Les résolutions de l'ONU, les avis de la Cour internationale de justice, les déclarations des chancelleries européennes : rien n'arrête la machine. Chaque mois, un nouveau projet de colonie est annoncé, une nouvelle famille palestinienne est expulsée, un nouveau pan de Jérusalem-Est passe sous contrôle israélien. Le site de l'UNRWA n'est que le dernier exemple en date de cette politique méthodique.
« Un signal d'alarme » : la France et 10 autres pays condamnent la transformation en base militaire

Le 29 janvier 2026, neuf jours après la démolition du siège de l'UNRWA, les ministres des Affaires étrangères de 11 pays publient une déclaration conjointe. La Belgique, le Canada, le Danemark, l'Espagne, la France, l'Irlande, l'Islande, le Japon, la Norvège, le Portugal et le Royaume-Uni condamnent fermement l'action israélienne.
Le texte rappelle que le site de l'UNRWA est protégé par la Convention sur les privilèges et immunités des Nations unies de 1946. Il appelle Israël à respecter ses obligations internationales et à cesser toute action unilatérale à Jérusalem-Est. Mais ces mots, pour fermes qu'ils soient, n'ont aucun effet concret sur le terrain.
Le chef de l'UNRWA, Philippe Lazzarini, ne cache pas son amertume. Dans une déclaration à Al Jazeera, il prévient : « Ce qui arrive aujourd'hui à l'UNRWA arrivera demain à toute autre organisation internationale. » Une mise en garde qui résonne comme un avertissement pour l'ensemble du système onusien.
Lazzarini : « Ce qui arrive aujourd'hui à l'UNRWA arrivera demain à toute autre organisation »
Philippe Lazzarini, commissaire général de l'UNRWA, assiste depuis deux ans à la lente asphyxie de son agence. Le 20 janvier 2026, jour de la démolition, il déclare : « Ce que nous avons vu aujourd'hui est le point culminant de deux années d'incitation et de mesures contre l'UNRWA à Jérusalem-Est. »
Son avertissement va au-delà du sort de sa propre organisation. En s'attaquant à une agence de l'ONU, Israël crée un précédent extrêmement dangereux. Si un État membre peut, de son propre chef, saisir et détruire les biens d'une organisation internationale, quelle protection reste-t-il pour le CICR, le HCR ou l'UNICEF ?
Lazzarini rappelle que le terrain était loué au gouvernement jordanien depuis 1952 et que la saisie constitue une violation du droit international. Il appelle la communauté internationale à réagir, non pas seulement pour l'UNRWA, mais pour l'ensemble du système multilatéral. Sa prophétie est sombre : si Israël peut le faire, d'autres pays pourraient s'en inspirer.
La France, alliée historique de l'agence, prise au piège de l'impuissance diplomatique ?
La France a toujours été un soutien important de l'UNRWA. Paris verse des contributions régulières à l'agence et défend son mandat dans les instances internationales. La déclaration conjointe du 29 janvier 2026, publiée sur le site du Quai d'Orsay, témoigne de cet engagement.
Mais entre les déclarations et les actes, le fossé se creuse. La France condamne, rappelle le droit international, mais ne dispose d'aucun levier concret pour faire plier Israël. Les sanctions économiques ne sont pas à l'ordre du jour. Les résolutions de l'ONU sont systématiquement bloquées par le veto américain.
Le poids des intérêts stratégiques complique encore la donne. La France entretient des relations diplomatiques, économiques et militaires avec Israël. Les ventes d'armes, les échanges technologiques et la coopération sécuritaire pèsent lourd dans la balance. Face à ces intérêts, la défense de l'UNRWA semble parfois passer au second plan.
La déclaration conjointe du 29 janvier : un texte sans force contraignante
Le texte publié par les 11 pays condamne « fermement la démolition par les autorités israéliennes du siège de l'UNRWA à Jérusalem-Est, le 20 janvier 2026 ». Il qualifie l'acte de « sans précédent commis par un État membre de l'ONU ». Les signataires appellent à la restitution du site et au respect du droit international.
Mais ce texte n'a aucune force contraignante. Il s'agit d'une déclaration politique, pas d'une résolution du Conseil de sécurité. Israël l'a ignorée. Aucune sanction n'a été prise. Les 11 pays n'ont pas non plus évoqué de mesures de rétorsion concrètes, comme le rappel d'ambassadeurs ou la suspension d'accords commerciaux.
Pour les Palestiniens de Cheikh Jarrah, cette impuissance diplomatique est une douleur supplémentaire. Les condamnations internationales, aussi fermes soient-elles, ne stoppent pas les bulldozers. Le droit international semble n'être qu'un vœu pieux face à la réalité du terrain.
Conclusion : UNRWA expulsé, armée installée, quel avenir pour les réfugiés palestiniens ?
La transformation du siège de l'UNRWA en complexe militaire n'est pas un simple changement de locataire. C'est un changement de doctrine à Jérusalem-Est. En remplaçant une agence humanitaire par des institutions militaires, Israël officialise sa ligne dure : l'UNRWA n'a pas sa place dans la « capitale unifiée » de l'État hébreu.
Pour les réfugiés palestiniens, cette décision est un coup terrible. L'UNRWA était bien plus qu'une agence d'aide. Elle représentait une reconnaissance internationale de leur statut de réfugiés, un rappel que la communauté internationale n'avait pas oublié la Nakba de 1948. En détruisant son siège, Israël cherche à effacer cette mémoire.
L'avenir de l'agence est désormais incertain. Sans son QG politique à Jérusalem-Est, sans accès au territoire israélien, l'UNRWA peut-elle survivre ? Ses opérations en Cisjordanie sont gravement compromises. Ses écoles ferment les unes après les autres. Ses cliniques manquent de moyens. La machine humanitaire s'enraye.
Pour les jeunes Palestiniens de Jérusalem-Est, le message est clair : le droit international ne les protège pas. Les condamnations diplomatiques restent lettre morte. Les bulldozers, eux, continuent d'avancer. Dans les ruelles de Cheikh Jarrah, on se demande ce qui restera de la Palestine dans dix ans. Et si l'espoir lui-même n'était pas en train d'être démoli, pierre par pierre, comme le siège de l'UNRWA.