La base militaire américaine Victoria, à l’aéroport international de Bagdad, a été la cible de frappes de drones incendiaires. L’attaque du 2 mars 2026 a été revendiquée par la milice chiite irakienne Saraya Awliya’a al-Dam. Cet épisode n’est pas isolé. Le 17 mars, l’ambassade américaine dans la capitale a subi trois attaques en quelques heures, avec des drones et des roquettes tirés par des milices pro-iraniennes. Des canons anti-aériens US en ont abattu certains. Un drone s’est écrasé sur un hôtel voisin.

Une guerre par procuration qui s’embrase en Irak
Ces attaques sont le résultat direct de la guerre lancée le 28 février 2026 par les États-Unis et Israël contre l’Iran. La mort du Guide suprême Ali Khamenei a déclenché une réaction en chaîne. Le Corps des gardiens de la révolution islamique (IRGC) a lancé 230 drones contre des bases américaines au Moyen-Orient. Les milices irakiennes, alignées sur Téhéran, ont rejoint les hostilités. Elles ont mené au moins 41 attaques contre des intérêts américains en Irak, selon les revendications de groupes comme Kataeb Hezbollah ou Ashab al-Kahf.
Au cœur des frappes : des soldats français et une population terrorisée
Le conflit ne se limite pas aux seules cibles militaires américaines. Le 12 mars, un drone de type Shahed a frappé la base de Mala Qara, près d’Erbil, dans le Kurdistan irakien. Six soldats français ont été blessés. L’adjudant-chef Arnaud Frion, du 7e bataillon de chasseurs alpins, a été tué. Il avait 42 ans. Plus de 600 militaires français sont déployés en Irak et en Syrie dans la lutte contre les groupes résiduels de Daech. Cette attaque prouve que les forces de la coalition internationale sont désormais des cibles directes.

Pour les civils, les conséquences sont multiples. Les attaques à répétition contre l’aéroport de Bagdad et ses alentours perturbent la circulation aérienne. Des espaces aériens ont été fermés. Les vols sont annulés ou détournés, piégeant des voyageurs et coupant des lignes vitales. La peur s’est installée. Les populations civiles sont prises entre des frappes militaires et des ripostes, dans un climat d’insécurité permanent. Amnesty International a lancé un appel pour la protection des civils.
La France face à l’escalade
La mort d’Arnaud Frion a forcé la diplomatie française à réagir. Le président Emmanuel Macron a appelé à « tout faire » pour que l’Irak ne soit pas « entraîné dans l’escalade en cours ». Il a déploré une « recrudescence des attaques contre les institutions irakiennes ». La France a déployé le porte-avions Charles-de-Gaulle en Méditerranée et deux frégates dans le golfe d’Oman. L’engagement français, pourtant orienté contre Daech, se retrouve piégé dans un conflit régional élargi. Le groupe Ashab al-Kahf a menacé explicitement les « intérêts français en Irak ».
L’attaque de la base Victoria résume les nouvelles réalités du combat. Des milices non-étatiques utilisent des drones, comme les Shahed iraniens, bon marché et faciles à dissimuler pour frapper des cibles fortement défendues. Les bases militaires et les ambassades ne sont plus des sanctuaires. Le champ de bataille se déplace désormais dans les espaces partagés avec les civils – les aéroports, les quartiers résidentiels – rendant la distinction entre combattants et population civile de plus en plus difficile. L’Irak devient à nouveau l’un des champs de bataille d’une guerre par procuration dont le prix est payé par les militaires en mission et les habitants piégés entre les feux. Sans désescalade, les risques sont grands : une multiplication des frappes et des ripostes pourrait plonger le pays dans un cycle de violence durable, avec des conséquences humanitaires et sécuritaires à long terme pour une population déjà éprouvée.