La Banque mondiale ramène la croissance mondiale à 2,5 % en 2026, contre 2,9 % en 2025. Elle prévient que si les retombées du conflit au Moyen-Orient gagnent les marchés financiers, la croissance pourrait tomber à 1,3 %.

Le rapport Global Economic Prospects publié le 11 juin 2026 révise les prévisions de deux tiers des économies à la baisse par rapport à janvier 2026. L'institution attribue ce ralentissement au conflit au Moyen-Orient et à la fermeture du détroit d'Ormuz.
Pourquoi le choc part de l'énergie et des engrais
Le détroit d'Ormuz est le couloir par où passe une part majeure du pétrole et des intrants du Golfe. Sa fermeture renchérit l'énergie et les engrais. La Banque mondiale projette un prix du Brent à 94 dollars le baril en moyenne en 2026, en hausse de 36 % par rapport à 2025, et une inflation mondiale à 4,0 %.
Les prix moyens des engrais bondiraient de près de 38 % en 2026 à cause des perturbations d'approvisionnement via le détroit et des pénuries dans le Golfe. Cette hausse alimente directement les prix alimentaires.

Le Guardian, qui a analysé le rapport, identifie trois canaux de transmission du conflit vers la croissance : la hausse des prix des matières premières, l'intensification de l'inflation et de l'insécurité alimentaire, et le déclenchement de tensions financières. Cet enchaînement transforme un choc géopolitique en choc de croissance.
Comme le montre l'article Guerre en Iran : impact sur le CAC 40 et conséquences pour votre épargne, la volatilité des marchés ajoute une couche de stress financier à la hausse des coûts physiques.
Le scénario à 1,3 % : quand la contagion gagne les marchés
La Banque mondiale ne présente pas le chiffre de 1,3 % comme une prévision centrale. Elle le place dans un scénario dégradé : si les perturbations d'approvisionnement énergétique sont plus graves que prévu et s'accompagnent de tensions financières substantielles, la croissance mondiale tomberait à 1,3 % en 2026 et l'inflation atteindrait 4,4 %.
L'hypothèse clé est la combinaison des deux chocs. Une rupture énergétique seule pèse sur l'activité, mais c'est l'ajout d'un stress financier, hausse des primes de risque et retrait des capitaux des marchés émergents, qui fait basculer la croissance vers ce plancher.
Émergents, pays à faible revenu et Golfe : qui porte le coût
Les économies émergentes et en développement devraient croître de 3,6 % en 2026, un plus bas depuis la pandémie, contre 4,4 % en 2025. Cette chute est inégale selon les régions.
Les prévisions régionales 2026 de la Banque mondiale sont de 6,3 % pour l'Asie du Sud, 4,2 % pour l'Asie de l'Est et le Pacifique, 4,0 % pour l'Afrique subsaharienne, 2,2 % pour l'Amérique latine et les Caraïbes, 2,1 % pour l'Europe et l'Asie centrale, et 1,6 % pour la région élargie Moyen-Orient, Afrique du Nord, Afghanistan et Pakistan.
Le Golfe mérite une lecture séparée. La Banque mondiale cite les économies du Golfe directement touchées par le conflit, qui passeraient de 3,9 % en 2025 à près de zéro en 2026. Le Guardian, lui, donne les économies du Golfe au sens large, de 4,5 % à 1,3 % en 2026. Les deux chiffres ne sont pas contradictoires : ils couvrent des périmètres différents.
D'ici 2028, les économies en développement hors Chine et Inde auront connu près d'une décennie sans progrès dans la réduction de l'écart de revenu par habitant avec les économies avancées. Le ralentissement actuel creuse un retard structurel, il n'est pas qu'un repli conjoncturel.
Dette et financements d'urgence : des marges étroites
La capacité des États à amortir le choc est limitée par leur dette. La dette publique agrégée des économies en développement est passée de moins de 40 % du PIB en 2010 à plus de 70 %. Les pays les plus endettés subissent des hausses de coûts d'emprunt plus fortes, ce qui réduit leur marge de réponse budgétaire.
Environ deux tiers des économies en développement et près de 90 % des pays à faible revenu sont des exportateurs de matières premières. Leurs finances publiques sont plus faibles et plus volatiles, et ils tendent à dépenser plutôt qu'à épargner les revenus exceptionnels liés aux matières premières. Selon une recherche de Development Finance International citée par le Guardian, le groupe G77 consacre environ 8 000 milliards de dollars par an au service de la dette, soit 35 % de ses dépenses publiques.
Face à cela, la Banque mondiale mobilise jusqu'à 50 à 60 milliards de dollars disponibles immédiatement, dont 25 milliards pré-positionnés, avec un objectif de 80 à 100 milliards sur quinze mois. Plus de 30 pays sont engagés dans ces dispositifs. Comme le rappelle l'enquête Ajay Banga : la Banque mondiale est-elle le dernier rempart contre le chaos climatique ?, l'institution se pose en filet de sécurité, mais ses moyens restent contraints par la soutenabilité de la dette des emprunteurs.

Dans la préface du rapport, le chef économiste de la Banque mondiale, Indermit Gill, cite le commerce régional, les énergies propres et l'IA comme motifs d'espoir, mais prévient que les bénéfices de l'IA sont concentrés dans les pays riches, moins d'un quart des centres de données étant situés dans les économies en développement.
FMI, OCDE, BAD : des lectures divergentes du même choc
Les autres institutions ne partagent pas le même degré d'alerte. Dans sa mise à jour du 8 juillet 2026, le FMI projette une croissance mondiale de 3,0 % en 2026, contre 3,1 % en avril, et de 3,4 % en 2027. Il juge que l'économie mondiale a mieux absorbé le choc de la guerre au Moyen-Orient que redouté.
L'OCDE, dans ses perspectives de juin 2026, modélise un scénario de perturbation prolongée où la croissance mondiale ralentirait à 2,1 % en 2026 et 1,8 % en 2027. Ce scénario est plus pessimiste que celui de la Banque mondiale sur la durée, mais il repose sur une hypothèse de choc plus long, pas nécessairement plus intense.
La Banque asiatique de développement, dans son édition de juillet 2026, estime que le conflit pèse davantage sur l'Asie en développement et le Pacifique que prévu, avec une croissance régionale ramenée à 4,9 %.
La divergence entre la Banque mondiale (2,5 %) et le FMI (3,0 %) mesure l'incertitude réelle. Le FMI considère le choc mieux absorbé ; la Banque mondiale maintient qu'une combinaison de perturbations énergétiques plus graves et de tensions financières ferait basculer la croissance à 1,3 %. L'issue dépend de la capacité des États endettés et des financements multilatéraux à empêcher cette contagion.