Illustration éditoriale montrant le contraste entre le quartier européen de Bruxelles (bâtiments institutionnels, drapeaux de l'UE) et les quartiers populaires (immeubles de logements sociaux, Molenbeek/Schaerbeek), avec un jeune en premier plan portant un sac à dos, regard pensif. Ambiance urbaine, ciel nuageux, style illustration éditoriale.
Monde

À Bruxelles, la précarité s'accroît dans les poches de pauvreté

Près d’un quart des Bruxellois vivent sous le seuil de pauvreté, avec une extrême pauvreté en hausse de 25 %.

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La capitale de l'Europe affiche un paradoxe saisissant. Les institutions communautaires y côtoient des quartiers entiers où le revenu mensuel ne dépasse pas quelques centaines d'euros. Le baromètre 2025 de l'Observatoire de la santé et du social de Bruxelles, publié le 15 avril 2026 et relayé par Le Monde, dresse un constat alarmant : près d'un quart des Bruxellois vivent sous le seuil de pauvreté, tandis que l'extrême pauvreté bondit de 25 % en deux ans. Cette dégradation touche en premier lieu les jeunes, pris en étau entre un marché du logement saturé et des stages souvent non rémunérés.

Un quart des Bruxellois sous le seuil de pauvreté : le baromètre Vivalis qui contredit la vitrine européenne

Illustration éditoriale montrant le contraste entre le quartier européen de Bruxelles (bâtiments institutionnels, drapeaux de l'UE) et les quartiers populaires (immeubles de logements sociaux, Molenbeek/Schaerbeek), avec un jeune en premier plan portant un sac à dos, regard pensif. Ambiance urbaine, ciel nuageux, style illustration éditoriale.
Illustration éditoriale montrant le contraste entre le quartier européen de Bruxelles (bâtiments institutionnels, drapeaux de l'UE) et les quartiers populaires (immeubles de logements sociaux, Molenbeek/Schaerbeek), avec un jeune en premier plan portant un sac à dos, regard pensif. Ambiance urbaine, ciel nuageux, style illustration éditoriale.

Le 15 avril 2026, l'Observatoire de la santé et du social de Bruxelles, connu sous le nom de Vivalis, a publié son baromètre du bien-être. Les chiffres sont sans appel : 23 % des Bruxellois sont menacés de pauvreté, soit un habitant sur quatre. Le seuil de risque est fixé à environ 1 500 € de revenu disponible par mois pour une personne seule. Derrière cette moyenne se cache une réalité plus dure encore : l'extrême pauvreté, définie comme un revenu inférieur à 60 % du seuil de risque, a progressé de 25 % en deux ans.

La Région bruxelloise cumule les difficultés structurelles. Sa dette atteint environ 16 milliards d'euros en 2026, pour seulement 6 milliards de recettes annuelles. Chaque année, le remboursement de cette dette grève un budget déjà contraint. Les populations invisibles alourdissent encore le tableau : environ 50 000 sans-papiers et près de 10 000 sans-abri vivent dans la capitale, sans que les statistiques officielles ne les comptabilisent pleinement.

Cette réalité contredit l'image d'une ville prospère, siège des principales institutions de l'Union européenne. La présence du Berlaymont, du Parlement européen et des centaines de lobbys ne suffit pas à irriguer l'économie locale. Les retombées fiscales de cette activité institutionnelle restent limitées pour la Région, qui doit pourtant financer les politiques sociales, le logement et l'enseignement pour une population en difficulté croissante.

En Flandre 7 %, à Bruxelles 23 % : l'écart qui fracture la Belgique

Le comparatif régional, relayé par la VRT, révèle une Belgique à deux vitesses. En Flandre, 7 % de la population est menacée de pauvreté. En Wallonie, ce taux atteint 13 %. À Bruxelles, il grimpe à 23 %, soit trois fois plus qu'en Flandre et presque deux fois plus qu'en Wallonie.

La méthodologie mérite une explication. Le seuil de pauvreté est fixé à 60 % du revenu médian national, calculé sur l'ensemble de la Belgique. Comme la Flandre, région la plus riche, tire la médiane vers le haut, le seuil absolu devient plus difficile à atteindre pour les Bruxellois aux revenus modestes. En 2023, le taux bruxellois atteignait 28 %, un chiffre à relativiser compte tenu des marges d'erreur statistiques. Mais la tendance de fond est claire : la dégradation s'accélère, portée par la flambée de l'extrême pauvreté.

Les 47 304 bénéficiaires du revenu d'intégration sociale illustrent la pression qui pèse sur les dispositifs d'aide. Leur nombre ne cesse de croître, signe que le marché du travail ne parvient pas à absorber la demande d'emploi, en particulier parmi les populations les moins qualifiées et les jeunes.

Saint-Josse, Molenbeek, Anderlecht : six communes bruxelloises parmi les plus pauvres de Belgique

La carte de la pauvreté bruxelloise dessine des poches concentrées. Six des dix communes belges aux revenus les plus modestes se trouvent en Région bruxelloise : Saint-Josse-ten-Noode, Molenbeek-Saint-Jean, Anderlecht, Koekelberg, Schaerbeek et la Ville de Bruxelles elle-même.

Ces communes concentrent les difficultés : logements vétustes, populations précarisées, taux de chômage élevés. C'est là que vivent les étudiants et les jeunes actifs dont le quotidien va être détaillé dans les sections suivantes. La géographie de la pauvreté bruxelloise n'est pas uniforme : les quartiers de l'est (Woluwe, Uccle, Watermael-Boitsfort) affichent des revenus parmi les plus élevés du pays, tandis que l'ouest et le centre concentrent les difficultés.

Cette fragmentation spatiale renforce le sentiment d'une ville à deux visages. Les étudiants qui trouvent un logement à Ixelles ou à Saint-Gilles ne vivent pas dans la même Bruxelles que ceux qui se replient sur Molenbeek ou Anderlecht faute de budget. Le logement devient le premier vecteur d'inégalités.

Des kots à 475 € par mois, des loyers en hausse de 26 % : la galère du logement étudiant à Bruxelles

Le logement constitue le premier poste de bascule dans la précarité étudiante. Le Monitoring du logement étudiant de perspective.brussels, publié le 6 janvier 2026, dresse un état des lieux préoccupant. La Région bruxelloise compte plus de 137 000 étudiants, dont au moins 37 000 résident dans un logement spécifiquement dédié à cette population. Le taux de couverture atteint à peine 30 %, ce qui signifie que la grande majorité des étudiants doit se tourner vers le marché locatif classique.

Les chiffres parlent d'eux-mêmes : 11 305 unités de logement étudiant dédié étaient recensées en 2025, pour une population étudiante qui dépasse largement les 100 000 personnes. Plus de 25 000 étudiants se retrouvent contraints de chercher un appartement ou une chambre sur le marché privé, où les loyers n'ont cessé d'augmenter. Le loyer médian des kots a progressé de 26 % en quatre ans, une hausse bien supérieure à l'inflation.

La RTBF, citant les données de Kotkompass, évalue le loyer moyen d'un logement étudiant à 475 € par mois, hors charges. L'enquête de l'Observatoire de la vie étudiante de l'ULB affiche des montants comparables : 496,9 € par mois charges comprises pour les répondants belges, et 649 € pour ceux qui louent un appartement seul. Ces sommes absorbent une part croissante des budgets étudiants, déjà limités.

Peu de kots pour 137 000 étudiants : l'offre qui ne suit pas la demande

La pénurie de logements étudiants n'est pas uniforme sur le territoire bruxellois. L'offre se concentre à Ixelles, autour des campus de l'ULB et de la VUB, avec 2 853 unités recensées, et à Woluwe-Saint-Lambert, près du site de l'UCLouvain, avec 1 865 unités. Les autres communes, pourtant très demandées, disposent d'une offre nettement insuffisante.

Pourquoi le marché privé ne comble-t-il pas ce vide ? La rentabilité locative des petites surfaces reste faible, les coûts de rénovation sont élevés et l'absence d'une politique publique de masse décourage les investisseurs. La question relève d'un arbitrage budgétaire : construire des logements étudiants coûte cher, et la Région, endettée à hauteur de 16 milliards d'euros, doit choisir ses priorités. Ce n'est pas une fatalité, mais un choix collectif.

La hausse de 26 % des loyers en quatre ans transforme le kot en produit de luxe pour une partie des étudiants. Ceux qui ne peuvent pas payer 500 € par mois se tournent vers des solutions précaires : colocations surpeuplées, chambres chez l'habitant, ou logements en périphérie avec des temps de trajet importants. Dans certains cas, des étudiants dorment chez des amis ou dans des foyers d'urgence.

Quand le loyer passe avant l'assiette : les arbitrages impossibles des étudiants bruxellois

Les données de l'ULB et de la RTBF permettent de construire un budget type mensuel. Le loyer représente entre 475 et 650 €, selon le type de logement. S'ajoutent les charges (électricité, eau, internet), l'alimentation, les transports et les soins de santé. L'étude BDO, citée par le PTB, estime que le loyer peut représenter jusqu'à 70 % du budget total d'un étudiant.

La conséquence est directe : les étudiants réduisent leurs dépenses alimentaires, renoncent aux soins médicaux et recourent de plus en plus aux banques alimentaires. Des associations bruxelloises constatent une hausse de la demande parmi les étudiants, un public longtemps épargné par ce type d'aide. Les arbitrages quotidiens deviennent impossibles : payer son loyer ou manger, acheter ses livres ou ses médicaments, se soigner ou rembourser ses dettes.

Ces choix douloureux interviennent dans une ville qui abrite les institutions les plus puissantes du continent. La proximité géographique entre les campus et le quartier européen contraste avec la distance sociale qui sépare les étudiants précaires des fonctionnaires européens aux salaires confortables.

Stages à l'UE : des stagiaires payés 1 340 € au Conseil, d'autres sans aucun revenu au Parlement

La « bulle européenne » bruxelloise n'échappe pas à la précarité. Chaque année, des milliers de jeunes s'y pressent pour décrocher un stage dans les institutions. Les conditions varient considérablement selon l'organisme d'accueil. Le stage « Livre bleu » de la Commission européenne est rémunéré et dure cinq mois, à Bruxelles ou à Luxembourg. Le Secrétariat du Conseil de l'UE offre une centaine de places rémunérées à hauteur de 1 340,47 € par mois.

À l'autre extrémité du spectre, certains stages au Parlement européen ne sont pas rémunérés du tout. Le groupe PPE, par exemple, propose des stages d'une durée maximale de trois mois, avec une simple allocation logement. Dans certains cabinets de députés, les stagiaires ne perçoivent aucun revenu. Cette disparité crée une sélection sociale implicite : seuls les jeunes dont les parents peuvent assumer le coût de la vie à Bruxelles peuvent se permettre de travailler gratuitement.

Le Forum européen de la jeunesse a chiffré le coût de base d'un stage non rémunéré : au moins 1 028 € par mois pour le loyer, la nourriture, les transports et la santé. Une somme que peu d'étudiants peuvent avancer sans soutien familial. Le baromètre européen révèle par ailleurs un biais de genre : 60 % des hommes stagiaires sont rémunérés, contre 49 % des femmes.

Le Parlement européen vote l'interdiction des stages non rémunérés : 404 voix pour, 78 contre

Le 20 avril 2026, le Parlement européen a adopté une résolution historique : 404 députés ont voté pour l'interdiction des stages non rémunérés, 78 contre. Le texte, relayé par la CES, appelle la Commission à proposer une directive garantissant une rémunération au moins égale au salaire minimum, une couverture de sécurité sociale et des objectifs de formation clairs.

Cette résolution n'a pas de valeur contraignante immédiate. Il s'agit d'une invitation à légiférer, adressée à la Commission européenne. Mais le signal politique est fort : les eurodéputés répondent à une mobilisation croissante des jeunes stagiaires, qui dénoncent l'exploitation et la sélection sociale opérées par le système actuel.

La Belgique serait la première concernée par une telle directive. Bruxelles constitue le plus grand bassin de stages du continent, avec des milliers de jeunes qui s'y rendent chaque année. L'interdiction des stages non rémunérés changerait immédiatement leur pouvoir de négociation et ouvrirait l'accès aux institutions à des profils plus diversifiés.

Un stage non rémunéré coûte 1 028 € par mois : le calcul qui a poussé les députés à agir

Le calcul est simple mais implacable. Pour effectuer un stage non rémunéré à Bruxelles, un jeune doit disposer d'au moins 1 028 € par mois : environ 600 € pour le logement, 250 € pour la nourriture, 100 € pour les transports et 80 € pour la santé et les imprévus. Sur trois mois, cela représente plus de 3 000 € à avancer sans aucun revenu en contrepartie.

Les montants réellement versés par les institutions sont très inégaux. Le Conseil de l'UE paie 1 340,47 € par mois, ce qui couvre à peine les besoins de base. Le groupe PPE verse une allocation logement partielle, insuffisante pour vivre décemment. Certains cabinets ne versent rien du tout. Dans tous les cas, le stagiaire doit souvent puiser dans ses économies ou solliciter ses proches.

Ce système rend le stage non rémunéré socialement sélectif. Les jeunes issus de familles modestes ne peuvent pas se permettre de travailler gratuitement pendant plusieurs mois. La question économique est nette : qui bénéficie du travail gratuit des stagiaires ? Qui supporte le coût réel de leur présence ? Les institutions, qui économisent des salaires, et les familles, qui financent indirectement ces stages.

La « bulle européenne » : fonctionnaires aux salaires élevés, stagiaires à la rue

Le quartier européen concentre des revenus parmi les plus élevés de la ville. Les fonctionnaires de l'Union européenne perçoivent des salaires confortables, complétés par des avantages substantiels. Les lobbys et les cabinets de conseil qui gravitent autour des institutions paient des loyers élevés dans des immeubles de standing.

À quelques stations de métro, Molenbeek et Saint-Josse concentrent les revenus les plus faibles de Belgique. La géographie de la précarité bruxelloise épouse les lignes de fracture sociale : l'est riche, l'ouest pauvre, le centre en mutation. Cette ségrégation spatiale nourrit le paradoxe économique de la Région : une ville riche en activités et en emplois qualifiés, mais incapable de financer ses politiques sociales.

La présence des institutions européennes génère de l'activité économique, mais des recettes fiscales limitées pour la Région. Les exemptions dont bénéficient les fonctionnaires et les organisations internationales privent Bruxelles d'une partie des retombées fiscales attendues. La demande sociale, elle, explose, creusant le décalage entre les besoins et les moyens disponibles.

Chômage et CPAS : quand l'aide sociale bruxelloise sature face à la dette de la Région

Les chiffres de l'emploi publiés par Actiris le 7 janvier 2026 confirment la dégradation. Fin décembre 2025, 96 650 chercheurs d'emploi étaient inscrits, soit une hausse de 4,4 % sur un an. Le taux de chômage atteint 15,4 %, en progression de 0,65 point. Parmi ces demandeurs d'emploi, 20 038 personnes, soit 20,7 %, sont inscrites au CPAS, le centre public d'action sociale, un chiffre en hausse de 12,9 %.

Les jeunes sont en première ligne. Les chercheurs d'emploi de moins de 25 ans ont augmenté de 3,4 % sur un an, soit 363 personnes supplémentaires. Le taux de chômage des jeunes à Bruxelles reste structurellement élevé : il atteignait 28,1 % en septembre 2023, représentant 10 530 jeunes chercheurs d'emploi. Le problème est chronique, pas conjoncturel.

Le taux de NEET belge, ces jeunes ni en emploi, ni en formation, ni en éducation, s'établit autour de 10 % pour les 15-29 ans. En Wallonie, il grimpe à 13,1 %. Ces chiffres placent la Belgique dans la moyenne européenne, mais la situation bruxelloise est nettement plus dégradée que la moyenne nationale.

Le chômage à 15,4 % à Bruxelles, un chercheur d'emploi sur cinq au CPAS : des chiffres qui montent

La dégradation du marché du travail bruxellois est rapide. En un an, le nombre de chercheurs d'emploi inscrits a progressé de 4,4 %, et les inscriptions au CPAS de 12,9 %. Cette double hausse révèle une économie qui ne parvient pas à créer suffisamment d'emplois pour absorber la population active, en particulier les jeunes et les moins qualifiés.

Les dispositifs existants fonctionnent comme des amortisseurs. Le CPAS et le revenu d'intégration sociale permettent d'éviter le pire à des milliers de Bruxellois. Mais leur saturation même constitue un signal d'alerte : un filet de sécurité n'est efficace que s'il n'est pas submergé. Quand les demandes explosent et que les budgets stagnent, l'aide sociale devient plus restrictive ou plus lente à se déployer.

Les moins de 25 ans paient un lourd tribut. Leur taux de chômage, déjà très élevé, continue de progresser. Les jeunes diplômés peinent à trouver un premier emploi stable, tandis que les moins qualifiés s'enfoncent dans des emplois précaires ou le chômage de longue durée. La transition de l'école vers l'emploi, déjà difficile, se heurte à un marché du travail saturé.

Une dette régionale de 16 milliards d'euros : la facture qui limite les ambitions sociales

La question économique qui fâche est simple : qui paie, et jusqu'où ? La Région bruxelloise accumule environ 16 milliards d'euros de dette pour 6 milliards de recettes annuelles. Le remboursement de cette dette absorbe une part croissante du budget, limitant mécaniquement les marges de manœuvre pour le logement, l'enseignement et l'aide sociale.

Le paradoxe fiscal bruxellois mérite d'être souligné. La présence des institutions européennes et des grandes entreprises génère de l'activité économique, mais des recettes fiscales limitées pour la Région. Les exemptions dont bénéficient les organisations internationales et leurs fonctionnaires privent Bruxelles d'une partie des retombées attendues. Pendant ce temps, la demande sociale explose, portée par une population en difficulté croissante.

Cet arbitrage contraint n'est pas propre à la Belgique. La France connaît une équation comparable, avec une dette publique élevée et des besoins sociaux qui augmentent. La différence tient à l'échelle : Bruxelles est une petite Région, sans le poids démographique ni économique de la France, mais avec des défis sociaux comparables à ceux des grandes métropoles européennes.

Paris-Bruxelles, miroir de la précarité jeune : un étudiant sur trois mal logé des deux côtés

La comparaison avec la France s'impose naturellement. Les données Eurostat 2023, analysées par l'Observatoire des inégalités, révèlent un contraste saisissant : le taux de pauvreté des 16-24 ans atteint 22,2 % en France, contre 12,6 % en Belgique, pour une moyenne européenne de 21,5 %. La Belgique affiche l'un des taux les plus bas d'Europe, un résultat qui rassure à tort.

Cette moyenne nationale masque des disparités régionales massives. La Flandre, région riche, tire la moyenne belge vers le bas. Bruxelles, avec ses 23 % de population menacée de pauvreté, est bien plus proche de la réalité française que de la moyenne flamande. La comparaison pertinente n'est pas Belgique-France, mais Bruxelles-Paris, deux capitales où la précarité juvénile se concentre.

La situation française, documentée par la FAGE, présente des similitudes frappantes avec le cas bruxellois. Un étudiant sur trois est mal logé, les loyers absorbent 50 % du budget, et le coût de la rentrée atteint un niveau record.

Pauvreté des 16-24 ans : 22,2 % en France, 12,6 % en Belgique, des statistiques qui rassurent à tort

En Europe, les 16-24 ans sont nettement plus pauvres que le reste de la population : 21,5 % vivent sous le seuil de pauvreté, contre environ 17 % pour l'ensemble. Les causes sont structurelles : chômage des jeunes autour de 15 % dans l'Union européenne, emplois précaires, temps partiel subi, difficultés d'accès au logement.

La Belgique fait figure de bon élève avec ses 12,6 %, un taux parmi les plus bas d'Europe. Mais cette moyenne flatteuse cache une réalité contrastée. La Flandre, avec son économie dynamique et son faible taux de chômage, tire la moyenne vers le bas. La Wallonie, avec 13,1 % de NEET, est plus proche de la moyenne européenne. Et Bruxelles, avec ses 23 % de population menacée, est dans une situation comparable à celle de la France.

Les jeunes Bruxellois subissent une double peine : un marché du travail dégradé et un coût de la vie élevé. Le logement, les transports, l'alimentation et les soins de santé absorbent l'essentiel de leurs revenus, souvent limités à des stages ou des emplois précaires. La précarité n'est pas un accident de parcours, mais une condition structurelle pour une partie de la jeunesse bruxelloise.

Cette réalité rejoint celle décrite dans notre article sur la pauvreté record touchant 9,8 millions de Français, avec un rude réveil pour les 18-25 ans. Dans les deux pays, les jeunes paient un lourd tribut à la crise du logement et à la précarisation de l'emploi.

APL gelées, rentrée à 3 227 € : la précarité étudiante française vue de Bruxelles

Le miroir français est éclairant. Selon la FAGE, un étudiant sur trois est mal logé, avec des loyers qui absorbent la moitié de leur budget. Le coût de la rentrée étudiante 2025 a atteint 3 227 €, un record historique. Le gel des APL, décidé dans le budget 2026, et leur suppression envisagée pour les étudiants étrangers, aggravent encore la situation.

L'étude du Figaro révèle que 60 % des bénéficiaires de l'aide alimentaire étudiante sont des étudiants étrangers. Ces jeunes, souvent privés de bourses et d'aides au logement, constituent la frange la plus vulnérable de la population étudiante. Leur situation illustre la sélection sociale opérée par le système : seuls ceux qui disposent d'un soutien familial peuvent poursuivre des études dans des conditions décentes.

La question est devenue politique dans les deux pays. Le groupe PS à l'Assemblée nationale a demandé une commission d'enquête sur la pauvreté en France, tandis que le Parlement européen s'empare du dossier des stages non rémunérés. La précarité juvénile n'est plus un angle mort des politiques publiques, mais un sujet de débat central.

De la directive sur les stages aux kots publics : les leviers pour désamorcer la précarité bruxelloise

La situation bruxelloise constitue un cas d'école des métropoles européennes sous tension. Une capitale institutionnelle riche, une population précaire, des finances publiques contraintes : l'équation est difficile à résoudre. Mais des leviers existent, du local à l'européen.

La directive européenne sur les stages, dont le Parlement a posé le cadre en avril 2026, aurait un effet direct sur Bruxelles. La ville concentre le plus grand bassin de stages du continent, et l'interdiction des stages non rémunérés changerait immédiatement la donne pour des milliers de jeunes. L'investissement public dans le logement étudiant constitue un second levier, plus coûteux mais tout aussi indispensable.

Ces deux pistes supposent un arbitrage budgétaire assumé. La Région bruxelloise, avec ses 16 milliards de dette, devra choisir ses priorités. Aucune politique sociale n'est gratuite : mieux rémunérer les stagiaires, construire des kots publics, soutenir les CPAS, tout cela a un coût.

La directive européenne sur les stages : une promesse à concrétiser

Le vote du Parlement européen du 20 avril 2026 est un signal fort, mais une résolution n'est pas une directive. Il reste à convaincre la Commission de proposer un texte législatif, puis à obtenir l'accord du Conseil. Le chemin est encore long, mais la dynamique est lancée.

Bruxelles serait la première bénéficiaire d'une telle directive. Des milliers de jeunes s'y pressent chaque année pour des stages dans les institutions européennes, les lobbys et les organisations internationales. L'interdiction des stages non rémunérés changerait immédiatement leur pouvoir de négociation et ouvrirait l'accès à des profils plus diversifiés.

L'effet systémique serait considérable. Mieux rémunérer les stagiaires, c'est aussi diversifier socialement l'accès aux institutions européennes. Aujourd'hui, seuls les jeunes issus de familles aisées peuvent se permettre de travailler gratuitement pendant plusieurs mois. Demain, un stage rémunéré au salaire minimum permettrait à des étudiants modestes de tenter leur chance, sans dépendre du soutien familial.

Logement étudiant, APL, filets sociaux : ce que Bruxelles et Paris peuvent s'emprunter

Le système bruxellois offre un dernier filet que la France ne connaît pas à ce niveau local. Le CPAS et le revenu d'intégration sociale permettent d'éviter le pire à des milliers de personnes, y compris des jeunes. Les APL françaises, malgré leurs limites, n'ont pas d'équivalent direct en Belgique : les étudiants bruxellois ne bénéficient d'aucune aide au logement comparable.

Deux philosophies, deux angles morts. Bruxelles mise sur un filet de sécurité universel, mais ne soutient pas spécifiquement le logement étudiant. La France subventionne le logement via les APL, mais laisse les étudiants étrangers de côté et gèle les aides existantes. Chaque système a ses forces et ses faiblesses, et chacun pourrait s'inspirer de l'autre.

Conclusion : une capitale à deux vitesses, des choix à assumer

Le baromètre Vivalis a mis des chiffres sur une réalité que les Bruxellois constatent au quotidien : la précarité progresse, l'extrême pauvreté bondit, et les jeunes paient le prix fort. Le logement étudiant, les stages non rémunérés et le chômage juvénile forment un trio infernal qui enferme une partie de la jeunesse dans une précarité durable.

Les leviers existent pourtant. La directive européenne sur les stages, si elle aboutit, changerait la donne pour des milliers de jeunes. Une politique ambitieuse de logement étudiant, financée par la Région, allégerait le poids des loyers. Un soutien renforcé aux CPAS et aux dispositifs d'aide sociale éviterait que le filet de sécurité ne se déchire.

Ces options supposent des arbitrages douloureux. La Région bruxelloise, avec ses 16 milliards de dette, devra choisir ses priorités. Construire des kots publics, soutenir les CPAS, mieux rémunérer les stagiaires : autant d'options qui supposent des arbitrages douloureux. La question posée au lecteur est celle de l'arbitrage collectif : quelle ville voulons-nous pour les jeunes qui la font vivre ? La réponse déterminera l'avenir de la capitale européenne, entre vitrine institutionnelle et réalité sociale.

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Questions fréquentes

Quel est le taux de pauvreté à Bruxelles ?

Selon le baromètre Vivalis 2025, 23 % des Bruxellois sont menacés de pauvreté, soit un habitant sur quatre. Le seuil de risque est fixé à environ 1 500 € par mois pour une personne seule.

Pourquoi les loyers étudiants augmentent-ils à Bruxelles ?

Le loyer médian des kots a progressé de 26 % en quatre ans, atteignant environ 475 € par mois hors charges. Cette hausse s'explique par une pénurie de logements étudiants : seulement 30 % des 137 000 étudiants trouvent un logement dédié, le reste se tourne vers un marché privé saturé.

Les stages à l'UE sont-ils rémunérés ?

Les conditions varient fortement : le Conseil de l'UE paie 1 340 € par mois, la Commission offre un stage rémunéré de cinq mois, mais certains stages au Parlement européen ne sont pas rémunérés du tout. Le Parlement a voté en avril 2026 une résolution pour interdire ces stages non rémunérés.

Quelles communes bruxelloises sont les plus pauvres ?

Six des dix communes belges aux revenus les plus modestes se trouvent à Bruxelles : Saint-Josse-ten-Noode, Molenbeek-Saint-Jean, Anderlecht, Koekelberg, Schaerbeek et la Ville de Bruxelles. Les quartiers de l'est comme Woluwe ou Uccle affichent les revenus les plus élevés.

Quel est le taux de chômage des jeunes à Bruxelles ?

Le taux de chômage des jeunes atteint 28,1 % à Bruxelles, représentant 10 530 jeunes chercheurs d'emploi. Le chômage global de la Région est de 15,4 %, avec 96 650 demandeurs d'emploi inscrits fin décembre 2025.

Sources

  1. actiris.be · actiris.be
  2. etuc.org · etuc.org
  3. inegalites.fr · inegalites.fr
  4. lefigaro.fr · lefigaro.fr
  5. lemonde.fr · lemonde.fr
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Sarah Lebot @world-watcher

Journaliste en herbe, je synthétise l'actu mondiale pour ceux qui n'ont pas le temps de tout suivre. Étudiante en journalisme à Sciences Po Lille, je contextualise les événements sans prendre parti. Mon objectif : rendre l'info accessible et compréhensible, surtout pour ma génération. Pas de jargon, pas de sensationnalisme – juste les faits et leur contexte. Parce que comprendre le monde, c'est le premier pas pour le changer.

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