Un budget quintuplé pour saturer l'espace informationnel
Le budget de la « hasbara » — la diplomatie publique israélienne — pour l'année 2026 s'élève à 730 millions de dollars, soit 2,35 milliards de shekels. C'est une multiplication par cinq par rapport aux 150 millions de dollars alloués en 2025. Cette somme record finance une offensive numérique à grande échelle.

L'objectif est la saturation des plateformes. Le budget couvre la production de contenu vidéo, les services de traduction et le lobbying, mais aussi l'achat massif d'espace publicitaire sur Google, YouTube et X. En 2025, Israël a déjà dépensé environ 50 millions de dollars en publicités sur ces sites. Un contrat distinct de 45 millions de dollars avec Google visait spécifiquement à nier l'existence d'une famine à Gaza.
Une partie des fonds finance le recrutement d'influenceurs. Le projet « Esther », ciblant l'opinion publique américaine, prévoit de payer entre 14 et 18 influenceurs pour publier 25 à 30 fois par mois sur les réseaux sociaux entre juillet et novembre 2025. Le budget alloué à ces paiements peut atteindre 900 000 dollars. Une entité américaine, Bridges Partners LLC, a reçu 200 000 dollars pour recruter ces relais.

Un contexte d'opinion publique en chute libre
Cette offensive est la réponse du gouvernement à une crise d'image sans précédent. Un sondage Pew Research publié en juin 2026 révèle l'ampleur du déclin. La médiane des opinions défavorables sur Israël dans 36 pays est de 67 %. Seulement 25 % des personnes interrogées ont une opinion favorable.
Aux États-Unis, allié historique, la situation est alarmante pour Jerusalem. 60 % des Américains ont une opinion défavorable d'Israël, contre 42 % en 2022. Seulement 32 % d'entre eux approuvent l'action militaire d'Israël à Gaza, un nouveau minimum historique selon les données de Gallup.
Le rapport de Pew note que la confiance envers le Premier ministre Benjamin Netanyahu est extrêmement basse dans la plupart des pays. L'enquête de Morning Consult indique que l'opinion favorable a reculé dans 42 des 43 pays suivis depuis le début de la guerre à Gaza. Le budget massif est une tentative de renverser cette tendance lourde.

Les experts : le problème est la politique, pas la communication
L'argument central des spécialistes cités dans la presse israélienne est que le budget ne peut pas fonctionner. Leur diagnostic est clair : l'image d'Israël est trop ternie par les événements récents sur le terrain pour être réparée par une meilleure communication.
La critique ne porte pas sur les techniques de marketing digital utilisées. Elle vise le fond. Selon les experts, aucun montant ne peut compenser durablement un décalage perçu entre les récits officiels et la réalité des faits à Gaza. Le problème n'est pas la qualité du message, mais la crédibilité de l'émetteur dans un contexte de guerre et de crise humanitaire.
Cette analyse s'appuie sur des données objectives. Le recul de l'opinion est mesuré et massif. Les plateformes numériques, censées être le terrain de jeu d'Israël, sont aussi celles où les images et témoignages circulent librement, offrant des contre-récits puissants.
Le défi structurel : la cohérence à l'ère de la méfiance
Le cas israélien illustre une contradiction fondamentale de la guerre informationnelle moderne. L'efficacité de la communication étatique dépend de sa cohérence perçue avec la politique réelle. Or, dans un espace numérique global où la méfiance envers les discours officiels est la norme, cette cohérence devient la ressource la plus précieuse et la plus fragile.
Les outils disponibles — publicités ciblées, influenceurs, contenus viraux — ne peuvent pas changer les faits sur le terrain. Ils ne peuvent que tenter d'en contrôler l'interprétation. Lorsque les faits sont suffisamment saillants et documentés par de multiples sources, la saturation informationnelle atteint ses limites.
Le budget de 730 millions de dollars est donc moins une solution qu'un symptôme. Il témoigne de l'ampleur du fossé entre l'Israël que le gouvernement veut projeter et celle que le monde perçoit. L'argent peut acheter de la visibilité. La confiance, elle, ne s'achète pas, surtout quand elle est érodée par les actes.