Vue aérienne de Gaza montrant un désert de débris, de poussière et de tombes, illustrant la dévastation dans la bande de Gaza.
Monde

730 millions de dollars pour la « hasbara » israélienne : vendre un récit contesté à l'ère numérique ?

730 millions de dollars alloués pour la diplomatie publique israélienne visent à saturer les réseaux sociaux, mais les experts et les sondages révèlent un fossé croissant entre cette offensive médiatique et une opinion mondiale en chute libre.

As-tu aimé cet article ?

Un budget quintuplé pour saturer l'espace informationnel

Le budget de la « hasbara » — la diplomatie publique israélienne — pour l'année 2026 s'élève à 730 millions de dollars, soit 2,35 milliards de shekels. C'est une multiplication par cinq par rapport aux 150 millions de dollars alloués en 2025. Cette somme record finance une offensive numérique à grande échelle.

Vue aérienne de Gaza montrant un désert de débris, de poussière et de tombes, illustrant la dévastation dans la bande de Gaza.
Vue aérienne de Gaza montrant un désert de débris, de poussière et de tombes, illustrant la dévastation dans la bande de Gaza. — (source)

L'objectif est la saturation des plateformes. Le budget couvre la production de contenu vidéo, les services de traduction et le lobbying, mais aussi l'achat massif d'espace publicitaire sur Google, YouTube et X. En 2025, Israël a déjà dépensé environ 50 millions de dollars en publicités sur ces sites. Un contrat distinct de 45 millions de dollars avec Google visait spécifiquement à nier l'existence d'une famine à Gaza.

Une partie des fonds finance le recrutement d'influenceurs. Le projet « Esther », ciblant l'opinion publique américaine, prévoit de payer entre 14 et 18 influenceurs pour publier 25 à 30 fois par mois sur les réseaux sociaux entre juillet et novembre 2025. Le budget alloué à ces paiements peut atteindre 900 000 dollars. Une entité américaine, Bridges Partners LLC, a reçu 200 000 dollars pour recruter ces relais.

Un homme en costume sombre et cravate s'adressant à une tribune, devant un grand écran affichant le logo du ministère israélien des Affaires stratégiques et de la diplomatie publique, avec des textes comme 'TERROR IN SUITS' et 'Promoting BDS'.
Un homme en costume sombre et cravate s'adressant à une tribune, devant un grand écran affichant le logo du ministère israélien des Affaires stratégiques et de la diplomatie publique, avec des textes comme 'TERROR IN SUITS' et 'Promoting BDS'. — (source)

Un contexte d'opinion publique en chute libre

Cette offensive est la réponse du gouvernement à une crise d'image sans précédent. Un sondage Pew Research publié en juin 2026 révèle l'ampleur du déclin. La médiane des opinions défavorables sur Israël dans 36 pays est de 67 %. Seulement 25 % des personnes interrogées ont une opinion favorable.

Aux États-Unis, allié historique, la situation est alarmante pour Jerusalem. 60 % des Américains ont une opinion défavorable d'Israël, contre 42 % en 2022. Seulement 32 % d'entre eux approuvent l'action militaire d'Israël à Gaza, un nouveau minimum historique selon les données de Gallup.

Le rapport de Pew note que la confiance envers le Premier ministre Benjamin Netanyahu est extrêmement basse dans la plupart des pays. L'enquête de Morning Consult indique que l'opinion favorable a reculé dans 42 des 43 pays suivis depuis le début de la guerre à Gaza. Le budget massif est une tentative de renverser cette tendance lourde.

Benjamin Netanyahu, Premier ministre d'Israël, s'exprimant lors d'un événement lié à la huitième front de la guerre mondiale des mensonges
Benjamin Netanyahu, Premier ministre d'Israël, s'exprimant lors d'un événement lié à la huitième front de la guerre mondiale des mensonges — (source)

Les experts : le problème est la politique, pas la communication

L'argument central des spécialistes cités dans la presse israélienne est que le budget ne peut pas fonctionner. Leur diagnostic est clair : l'image d'Israël est trop ternie par les événements récents sur le terrain pour être réparée par une meilleure communication.

La critique ne porte pas sur les techniques de marketing digital utilisées. Elle vise le fond. Selon les experts, aucun montant ne peut compenser durablement un décalage perçu entre les récits officiels et la réalité des faits à Gaza. Le problème n'est pas la qualité du message, mais la crédibilité de l'émetteur dans un contexte de guerre et de crise humanitaire.

Cette analyse s'appuie sur des données objectives. Le recul de l'opinion est mesuré et massif. Les plateformes numériques, censées être le terrain de jeu d'Israël, sont aussi celles où les images et témoignages circulent librement, offrant des contre-récits puissants.

Le défi structurel : la cohérence à l'ère de la méfiance

Le cas israélien illustre une contradiction fondamentale de la guerre informationnelle moderne. L'efficacité de la communication étatique dépend de sa cohérence perçue avec la politique réelle. Or, dans un espace numérique global où la méfiance envers les discours officiels est la norme, cette cohérence devient la ressource la plus précieuse et la plus fragile.

Les outils disponibles — publicités ciblées, influenceurs, contenus viraux — ne peuvent pas changer les faits sur le terrain. Ils ne peuvent que tenter d'en contrôler l'interprétation. Lorsque les faits sont suffisamment saillants et documentés par de multiples sources, la saturation informationnelle atteint ses limites.

Le budget de 730 millions de dollars est donc moins une solution qu'un symptôme. Il témoigne de l'ampleur du fossé entre l'Israël que le gouvernement veut projeter et celle que le monde perçoit. L'argent peut acheter de la visibilité. La confiance, elle, ne s'achète pas, surtout quand elle est érodée par les actes.

As-tu aimé cet article ?

Questions fréquentes

Combien Israël dépense-t-il pour sa hasbara ?

Pour 2026, le budget de la hasbara israélienne est de 730 millions de dollars. C'est une multiplication par cinq par rapport aux 150 millions de dollars alloués en 2025.

Quel est l'objectif du budget israélien pour la hasbara ?

L'objectif est de saturer les plateformes numériques. Le budget finance la production de contenu, des publicités massives sur Google et YouTube, ainsi que le recrutement d'influenceurs pour publier du contenu.

Pourquoi Israël augmente-t-il son budget de communication ?

C'est la réponse à une crise d'image sans précédent. Un sondage Pew de 2026 révèle que 67% des personnes interrogées dans 36 pays ont une opinion défavorable d'Israël, dont 60% aux États-Unis.

Les experts approuvent-ils cette stratégie de communication ?

Non, les experts estiment que le budget ne peut pas fonctionner. Selon eux, aucun montant ne peut compenser durablement la perte de crédibilité liée à l'écart perçu entre les récits officiels et la réalité des faits au Gaza.

Peut-on acheter la confiance avec des campagnes numériques ?

L'article conclut que non. L'argent peut acheter de la visibilité, mais la confiance, surtout lorsqu'elle est érodée par les actes, ne s'achète pas. La saturation informationnelle atteint ses limites face aux faits documentés.

Sources

  1. business-humanrights.org · business-humanrights.org
  2. en.wikipedia.org · en.wikipedia.org
  3. linkedin.com · linkedin.com
  4. pewresearch.org · pewresearch.org
  5. timesofisrael.com · timesofisrael.com
geo-decoder
Théo Aubot @geo-decoder

Passionné de géopolitique depuis le lycée, je dévore les cartes, les atlas et les analyses internationales. Étudiant en relations internationales à Lyon, je rêve de comprendre pourquoi le monde tourne comme il tourne. Je collectionne les vieux numéros de revues géopolitiques.

101 articles 0 abonnés

Commentaires (4)

Connexion pour laisser un commentaire.

Chargement des commentaires...

Articles similaires