Un journaliste en gilet bleu dans une pièce ravagée par les tirs.
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129 journalistes tués en 2025 : analyse du record et responsabilités

Avec 129 journalistes tués en 2025, dont les deux tiers par Israël, le CPJ sonne l'alarme sur une violence inédite et l'impunité totale qui menace notre droit à l'information.

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Mercredi 25 février 2026, une date restera gravée en lettres noires dans l'histoire des médias. Ce jour-là, le Comité pour la protection des journalistes (CPJ) a rendu public son rapport annuel, révélant un chiffre qui a agi comme un véritable électrochoc pour la communauté internationale. Cent vingt-neuf journalistes et employés de presse ont perdu la vie en 2025 dans l'exercice de leur fonction. Ce n'est pas seulement une statistique, c'est un record absolu depuis que l'organisation new-yorkaise tient ce décompte morbide, c'est-à-dire depuis 1992. Au-delà du nombre brut, c'est la responsabilité d'un seul État qui a stupéfié les observateurs : Israël est pointé du doigt pour les deux tiers de ces décès. Cette publication marque une rupture historique, signalant une ère où le port de la carte de presse semble désormais équivaloir à une cible dans le dos.

25 février 2026 : le jour où le CPJ a compté 129 morts

L'annonce faite par le CPJ ce mercredi-là a résonné comme un coup de tonnerre dans un ciel déjà assombri. L'organisation, qui fait autorité en matière de défense de la liberté de la presse à travers le monde, a dressé un tableau accablant de l'état de la sécurité pour ceux qui tentent d'informer. Ce rapport ne se contente pas de dresser une liste de noms ; il analyse les causes, les responsables et les tendances d'une violence qui ne cesse de s'intensifier. En quelques heures, la nouvelle a fait le tour des rédactions, occupant les « unes » des journaux et alimentant les débats sur les ondes, témoignant de l'ampleur inédite de cette hécatombe. 

Une dépouille couverte d'un gilet de presse bleue sur le sol.
Un journaliste en gilet bleu dans une pièce ravagée par les tirs. — (source)

Pourquoi 2025 bat-elle tous les records du CPJ depuis 1992 ?

Pour mesurer la gravité de la situation, il faut replacer ce chiffre dans la perspective trentenaire du CPJ. L'année 2025 n'est pas une simple anomalie statistique, mais le point culminant d'une spirale de violence. L'année précédente, 2024, avait déjà battu un triste record avec 124 morts. Jamais, dans les trente-trois années d'existence de ce décompte, le CPJ n'avait enregistré deux années consécutives aussi meurtrières. Cette continuité dans l'horreur suggère un changement de paradigme durable dans les conflits modernes, où les journalistes ne sont plus des victimes collatérales occasionnelles, mais des objectifs stratégiques délibérés. C'est cette dérive qui inquiète les spécialistes : la protection dont bénéficiaient théoriquement les reporters semble s'évaporer.

La réception mondiale du rapport du CPJ

La publication de ce rapport le 25 février 2026 n'est pas passée inaperçue. Des médias prestigieux comme Le Monde, RFI, La Croix ou encore Courrier International ont relayé l'information avec une force inhabituelle. Cette couverture médiatique massive démontre que le sujet dépasse largement le cercle des défenseurs des droits de l'homme pour toucher au cœur du fonctionnement de nos démocraties. Ce n'est pas une ONG isolée qui lance un cri d'alarme, mais une référence mondiale qui documente méthodiquement l'implosion des garanties de sécurité pour la presse. L'onde de choc a traversé les frontières, rappelant à chacun que le droit à l'information est en péril.

Gaza, la bande de terre où 86 journalistes sont tombés

Le cœur du problème se situe à Gaza, une enclave minuscule devenue le cimetière de la presse mondiale. Sur les 129 journalistes tués en 2025, 86 l'ont été dans ce territoire seul, ce qui représente une concentration de violence sans précédent. Le rapport établit une corrélation directe entre ces décès et les frappes de l'armée israélienne. Cette zone, déjà dévastée par la guerre, a vu ses travailleurs de médias être fauchés à un rythme effréné. Il est crucial de comprendre que Gaza ne représentait pas seulement une zone de combat intense, mais aussi un lieu où l'information était devenue une denrée que certains acteurs cherchaient à détruire activement.

Ces 86 morts dont 60 % étaient des journalistes palestiniens

Gaza, étroite bande de terre du Proche-Orient, épicentre de la violence contre les journalistes en 2025

Parmi les 86 victimes imputées aux tirs israéliens, la composition du profil des victimes est révélatrice. Plus de 60 % d'entre elles étaient des journalistes palestiniens qui couvraient l'actualité dans leur propre pays. Ces hommes et ces femmes n'étaient pas des reporters de passage, venus couvrir un conflit pour quelques semaines avant de rentrer au chaud. Ils étaient là, chez eux, vivant sous les bombes tout en essayant de montrer au monde la réalité de leur quotidien. Souvent, lorsque les médias internationaux n'ont plus accès à la zone ou refusent d'y envoyer leurs équipes faute de garanties de sécurité, ce sont ces reporters locaux qui prennent le relais. Ils paient aujourd'hui le prix fort de cette mission d'information, devenant les yeux du monde au péril de leur vie. Cette proportion écrasante de victimes locales souligne la vulnérabilité spécifique de ceux qui n'ont pas « d'exfiltration » possible. 

Un gilet de presse bleu posé au milieu de documents et de peinture rouge.
Casque de presse bleu posé sur des briques lors d'une veillée. — (source)

Israël, principal responsable des assassinats ciblés de presse

Le constat du CPJ est sans appel et d'une sévérité rare : l'armée israélienne a commis davantage d'assassinats ciblés de membres de la presse que n'importe quelle autre armée gouvernementale à ce jour. Cette phrase résonne comme une condamnation morale et historique. Sur les 47 incidents mortels qualifiés de « meurtres » — l'institution a établi cette statistique en excluant les décès accidentels ainsi que ceux survenus lors de fusillades où il est impossible d'identifier la source des tirs —, 38 victimes sont directement imputables à Israël selon ces critères. Il existe une différence fondamentale, tant au niveau éthique que juridique, entre le décès d'un reporter résultant d'un bombardement au milieu d'une bataille urbaine chaotique et un « assassinat ciblé », qui implique une intention délibérée de neutraliser une personne précise en raison de sa fonction de reporter. Ce chiffre de 38 sur 47 place Israël dans une catégorie à part, loin devant tout autre État ou groupe armé en 2025.

Ha'aretz et la « statistique qui fait honte au pays »

Il est important de noter que cette critique ne provient pas uniquement d'organisations internationales perçues comme extérieures ou hostiles. En Israël même, des voix s'élèvent pour dénoncer cette situation. Le quotidien progressiste Ha'aretz, fervent opposant au gouvernement de Benjamin Netanyahu, a parlé d'une « statistique qui fait honte au pays ». Cette réaction interne est cruciale : elle montre qu'une partie de la société israélienne a conscience que la mort de journalistes ne sert pas la cause de la démocratie ou de la sécurité. Lorsque le propre journal d'un pays qualifie le bilan de son armée de honte nationale, cela indique une rupture profonde avec les valeurs qui devraient unir les démocraties, même en temps de guerre. Cela rappelle que la défense de la liberté de la presse est aussi un combat interne. 

Des hommes debout devant une dépouille couverte d'un gilet 'PRESS'.
Une dépouille couverte d'un gilet de presse bleue sur le sol. — (source)

Le gilet « Press » : protection ou cible ?

Face à ce massacre, une question centrale se pose : comment qualifier ces morts et quel statut protégera à l'avenir les reporters ? Le gilet bleu marqué de l'inscription « Press » était traditionnellement considéré comme une protection à la fois symbolique et parfois pratique sur les zones de conflit. Le droit international humanitaire assure une protection spécifique aux civils, et a fortiori aux correspondants qui ne participent pas aux hostilités. Toutefois, l'année 2025 a sévèrement remis en question cette assurance. Une quantité alarmante de professionnels portant cet équipement distinctif ont été tués, ce qui alimente une insoutenable incertitude : le gilet « Press » protège-t-il encore, ou désigne-t-il celui qui le porte comme une cible prioritaire ?

Comment le CPJ distingue-t-il « mort au combat » et « assassinat ciblé » ?

Le travail du CPJ ne se limite pas au comptage des corps ; l'organisation mène des enquêtes approfondies pour comprendre les circonstances de chaque décès. Cette méthodologie rigoureuse permet de distinguer ce que l'on appelle la « mort au combat » d'un « meurtre » ou d'un assassinat. Une mort au combat peut survenir lorsqu'un journaliste se trouve dans une zone de bombardement général, victime de la violence aveugle d'une bataille. En revanche, le CPJ parle de « meurtre » lorsque les preuves suggèrent que le journaliste a été délibérément visé en raison de son travail. Pour parvenir à cette conclusion, les enquêteurs analysent la trajectoire des projectiles, la présence ou non de signes distinctifs, les positions des belligérants et les éventuelles menaces reçues avant la frappe. C'est cette distinction qui rend le chiffre de 38 assassinats ciblés par Israël si terrifiant : il ne s'agit pas d'effets collatéraux, mais d'une politique délibérée.

L'inversion du statut de protégé à celui de cible

Le droit de la guerre est clair : les journalistes sont des civils. Les faire sciemment mourir constitue un crime de guerre. Mais sur le terrain, la réalité semble avoir dérivé vers une inversion inquiétante de ce statut. Porter le gilet « Press », afficher son casque bleu ou brandir une caméra de manière visible sont des gestes qui, en théorie, signalent aux combattants : « Je suis un observateur, je ne porte pas d'arme, ne me tirez pas dessus ». Pourtant, le rapport 2025 suggère que dans certains contextes, ces attributs sont devenus des marqueurs permettant d'identifier et d'éliminer ceux qui cherchent à documenter les faits. C'est un paradoxe terrifiant pour la profession : en cherchant à se rendre visible pour être protégé, le journaliste se rendrait visible pour être tué. Cette dynamique, si elle devait se confirmer, marquerait la fin de la presse indépendante sur les terrains de conflit. 

Un journaliste en gilet bleu dans une pièce ravagée par les tirs.
Un gilet de presse bleu posé au milieu de documents et de peinture rouge. — (source)

Drones : 39 morts en 2025 contre 2 en 2023

L'évolution de la technologie de guerre a un impact direct sur la mortalité des journalistes. L'un des faits marquants du rapport du CPJ concerne l'utilisation massive des drones pour éliminer les reporters. En 2025, 39 cas de journalistes tués par des drones ont été documentés. Ce chiffre est vertigineux si on le compare à celui de 2023, année où le CPJ avait commencé à relever spécifiquement ce type de meurtres, et qui n'avait compté que deux cas. Cette explosion spectaculaire de l'usage des drones armés contre la presse marque un tournant dans la manière dont les guerres sont menées contre l'information. Le drone change la donne : il permet de frapper avec une précision chirurgicale, mais aussi de traquer une cible sur la durée sans risquer la vie de soldats. 

Un appareil photo Canon EOS 6D fortement endommagé tenu par des mains.
Un appareil photo Canon EOS 6D fortement endommagé tenu par des mains. — (source)

L'essor des frappes par drone et leurs implications

La multiplication des frappes par drone transforme radicalement le rapport de force sur le terrain. Contrairement à l'artillerie lourde ou aux tirs de mortier, qui frappent aveuglément sur une zone, le drone permet l'identification visuelle précise de la cible avant le tir. Cela pose la question effrayante de l'intentionnalité. Lorsqu'un drone survole une équipe de reporters, l'opérateur voit les gilets « Press », les caméras et le non-engagement hostiles. Tirer malgré tout signifie que l'ordre a été donné de neutraliser ces témoins spécifiques. De plus, la distance créée par la télécommande — l'opérateur peut être à des milliers de kilomètres — risque de désensibiliser l'exécution. La guerre devient un jeu vidéo éloigné, où le clic d'une souris efface des vies sans que l'odeur de la poudre ni le bruit des cris ne parviennent jusqu'au tireur. Pour les journalistes, cela signifie qu'aucun endroit n'est sûr, car ils peuvent être suivis et frappés à tout moment, du ciel.

La citation de Carlos Martinez de la Serna sur l'usage des drones

Carlos Martinez de la Serna, chef de projet au sein du CPJ, a souligné l'importance de cette évolution technologique dans son analyse du rapport. Il a pointé « la hausse du recours aux drones » comme l'un des faits marquants de l'année 2025. Ce constat va au-delà de la simple statistique ; il sonne l'alarme sur une nouvelle forme de danger. Le drone permet non seulement de tuer, mais de surveiller. Les journalistes sur le terrain savent désormais qu'ils sont non seulement visibles par les combattants au sol, mais aussi scrutés par des yeux dans le ciel qui peuvent décider de leur sort à tout instant. Cette omniprésence de la menace aérienne ajoute une couche de pression psychologique insupportable pour ceux qui tentent de travailler, les obligeant à se cacher pour faire leur métier, ce qui complique encore davantage l'accès à la vérité.

Soudan, Mexique, Ukraine : les autres fronts meurtriers

Si la situation à Gaza attire toute l'attention légitimement en raison de son ampleur, le record de 129 morts en 2025 n'est pas uniquement imputable à ce conflit. D'autres zones géographiques restent extrêmement dangereuses pour la presse, illustrant que la violence contre les journalistes est un phénomène global, multiforme et ancré dans de nombreux contextes distincts. Le rapport du CPJ dresse une carte de la mort qui montre que l'information est sous pression partout, des champs de bataille de l'Europe orientale aux rues violentes de l'Amérique latine. Il ne faut pas oublier ces autres fronts, car chaque mort compte dans le total effrayant de l'année écoulée.

Les 9 morts du Soudan en guerre civile

Le Soudan s'est tragiquement hissé au rang de deuxième zone la plus meurtrière pour la presse en 2025, avec neuf journalistes tués. Ce pays est en proie à une guerre civile dévastatrice depuis des mois, un conflit complexe et souvent ignoré des médias internationaux, malgré son coût humain énorme. Pour les reporters soudanais, travailler dans cet environnement signifie naviguer entre des forces militaires brutales et des milices qui ne tolèrent aucune critique. L'absence de couverture médiatique internationale massive, contrairement à la situation à Gaza, laisse les journalistes locaux encore plus isolés et vulnérables. Ils paient le prix fort pour documenter une guerre que le monde semble avoir oubliée, devenant les seules sources d'information sur les exactions et les crises humanitaires qui ravagent leur nation.

Les 6 journalistes mexicains face aux cartels

En dehors des zones de guerre conventionnelle, le Mexique reste l'un des pays les plus dangereux au monde pour l'exercice du journalisme. En 2025, six journalistes y ont été tués, principalement en raison de liens avec la criminalité organisée. Ce chiffre, bien que plus bas que celui des pays en guerre, est tout aussi alarmant car il témoigne d'une violence systémique visant à faire taire la voix de ceux qui dénoncent la corruption, les trafics et l'influence des cartels. Contrairement aux victimes de bombardements, ces journalistes sont souvent ciblés individuellement, hors de leur lieu de travail, parfois même chez eux. Le message envoyé par les narcos est clair : parler ou écrire sur certaines réalités du pays équivaut à une sentence de mort. Cette violence silencieuse et insidieuse mine le fondement même de la démocratie mexicaine. D'autres cas ont également été documentés en Inde et au Pérou, prouvant que l'intimidation par la mort est une stratégie utilisée par divers acteurs, qu'ils soient politiques ou mafieux. 

Turki Al-Jasser : l'exécution qui rappelle Khashoggi

Parmi les cas individuels qui ont marqué l'année 2025, celui de Turki Al-Jasser résonne avec une force symbolique terrifiante. Ce chroniqueur renommé a été exécuté en Arabie saoudite au mois de juin. Ce drame a provoqué un électrochoc, car il marquait le premier meurtre documenté d'un journaliste dans cet État du Golfe depuis l'affaire Jamal Khashoggi en 2018. Le souvenir de l'assassinat du chroniqueur saoudien au consulat d'Istanbul, qui avait scandalisé la planète entière, est encore vif. L'exécution de Turki Al-Jasser prouve que la méthode n'a pas changé et que la critique, même interne, reste intolérable pour le pouvoir en place.

L'exécution de juin 2025 et l'écho de l'affaire Khashoggi

Turki Al-Jasser avait été condamné pour plusieurs chefs d'accusation que le CPJ a qualifiés d'« allégations fallacieuses », utilisées comme prétexte pour punir un journaliste trop audacieux. Son exécution par l'État en juin 2025 a ravivé les traumatismes de la communauté journalistique internationale. Elle rappelle tristement que dans certaines dictatures, la plume est considérée comme une arme plus dangereuse qu'un fusil, et qu'elle est traitée avec une violence extrême. Le parallèle avec l'affaire Khashoggi est saisissant : sept ans après le meurtre effroyable dans le consulat, l'Arabie saoudite montre par cet acte qu'elle n'a pas changé d'attitude envers la liberté d'expression. C'est un signal d'impunité envoyé à tous les journalistes de la région : la critique du prince peut coûter la vie.

« Personne n'a été tenu responsable » : l'impunité totale

Au-delà de l'horreur des chiffres et des détails des circonstances des décès, le problème fondamental souligné par le CPJ est l'absence quasi totale de conséquences pour les auteurs de ces crimes. Tuer un journaliste est un acte grave, mais laisser son meurtrier libre est ce qui permet à ce cycle de continuer indéfiniment. L'impunité est le carburant de ces violences. Sans justice, il ne peut y avoir de dissuasion. Le rapport de 2025 estime que la situation est critique à cet égard : la plupart des assassins continuent de vaquer à leurs occupations, protégés par des États ou des organisations qui refusent de rendre des comptes.

Le constat accablant du CPJ sur l'absence d'enquêtes

Le CPJ a formulé un constat accablant dans son rapport : « très peu d'enquêtes transparentes ont été menées sur les cas d'assassinats ciblés documentés en 2025 ». Pire encore, l'organisation affirme que « personne n'a été tenu responsable dans aucun de ces cas ». Cette phrase résume l'échec de la communauté internationale à protéger la presse. Qu'il s'agisse de bombardements délibérés ou d'exécutions sommaires, les mécanismes juridiques mis en place pour punir les crimes de guerre ou les assassinats politiques semblent totalement inopérants. Les familles des victimes restent sans réponse, et les tueurs sans crainte. Cette absence d'enquête crédible est une insulte à la mémoire des 129 victimes et une menace directe pour tous les journalistes encore en vie.

Le cercle vicieux de l'absence de sanctions

L'impunité crée un précédent dangereux et installe un cercle vicieux infernal. Si tuer un journaliste n'entraîne aucune sanction, ni politique, ni judiciaire, ni économique, le message envoyé aux belligérants et aux régimes autoritaires est limpide : la vie de ceux qui informent ne vaut rien. Cela encourage implicitement à continuer, voire à intensifier ces pratiques. Pourquoi se priver de bombarder un bâtiment de la presse ou de cibler un reporter gênant si cela ne coûte rien politiquement ? L'absence de sanctions valide la violence. Tant que les États ne subiront pas de pressions suffisantes pour respecter le statut de journaliste, le bilan humain continuera de s'alourdir année après année. L'impunité d'aujourd'hui est la condition sine qua non des crimes de demain.

Quand ceux qui filment disparaissent, que voyons-nous ?

Cette crise de sécurité pour les journalistes ne concerne pas seulement les reporters eux-mêmes, mais touche directement le public. Nous vivons à une époque où l'information visuelle est prépondérante, notamment pour les jeunes générations qui s'informent en continu via les réseaux sociaux. Les vidéos de Gaza, d'Ukraine ou du Soudan qui affluent sur nos écrans ne sont pas le fruit du hasard. Elles sont le produit du travail risqué de femmes et d'hommes qui se mettent en danger pour filmer. Mais que se passe-t-il quand ces témoins disparaissent ? Le risque de voir l'actualité nous parvenir uniquement sous forme de propagande, filtrée par les parties belligérantes, devient imminent.

L'alerte de Jodie Ginsberg sur l'accès à l'information

Jodie Ginsberg, la directrice générale du CPJ, a lancé une alerte cruciale dans les conclusions du rapport. Elle souligne que « Des journalistes sont tués en nombre record à un moment où l'accès à l'information est plus important que jamais ». Pour elle, il existe un lien direct entre les attaques contre les médias et l'atteinte aux autres libertés. « Les attaques contre les médias sont un indicateur majeur d'atteintes à d'autres libertés », insiste-t-elle. Si l'on accepte que l'on puisse tuer impunément ceux qui nous informent, on accepte par extension que d'autres droits fondamentaux soient bafoués. La liberté de la presse est le baromètre de la santé d'une démocratie et d'un conflit. Lorsque ce baromètre tombe à zéro, c'est l'opacité totale qui s'installe. Jodie Ginsberg conclut par un avertissement qui nous concerne tous : « Nous sommes tous en danger lorsque des journalistes sont tués pour avoir couvert l'actualité ». C'est un appel à la prise de conscience collective.

La génération TikTok face aux écrans noirs

Pour toi qui lis cet article, habitué à scroller sur TikTok ou Instagram pour voir des images en direct des conflits, cette réalité a un impact immédiat. Pose-toi la question : qui tient la caméra ? Qui prend le risque de filmer cet immeuble en ruine ou cet exode de civils ? Ce sont ces journalistes et ces reporters locaux. S'ils sont tués, s'ils disparaissent ou s'ils sont trop effrayés pour sortir, ton écran deviendra noir. L'information brute, non filtrée, qui permet de se forger sa propre opinion, sera remplacée par des communiqués de guerre stéréotypés ou par le silence. Nous risquons de perdre la « preuve visuelle ». Sans images, sans témoins sur place, les crimes les plus atroces peuvent être niés, minimisés ou réécrits par les bourreaux. La disparition des journalistes sur le terrain signifie que nous serons tous, spectateurs et citoyens, plongés dans l'aveuglement.

Conclusion : 129 raisons de défendre le droit de savoir

Le rapport publié ce 25 février 2026 par le CPJ doit être lu comme un signal d'alarme majeur. Il ne s'agit pas simplement d'un bilan comptable macabre, mais d'une mise en garde contre l'obscurcissement de notre monde. Les 129 journalistes et employés de presse tués en 2025 ne sont pas que des statistiques ; ce sont 129 histoires interrompues, 129 voix étouffées et 129 paires d'yeux qui ne documenteront plus la réalité. Ce bilan record, avec une responsabilité prépondérante d'Israël dans ces morts, marque un seuil critique dans l'acceptation de la violence contre les médias.

Ce qui se joue au-delà des chiffres

Ce qui se joue à travers ces assassinats, c'est le droit du public à savoir. Chaque journaliste tué est une source d'information qui s'éteint définitivement. Le coût pour la vérité est incalculable. Nous perdons non seulement des êtres humains, mais aussi des morceaux d'histoire qui ne seront jamais racontés correctement. 129 journalistes tués en 2025 : un record alarmant pour la liberté de la presse, comme le souligne notre analyse, c'est un échec collectif qui doit nous pousser à l'action. La défense des journalistes n'est pas une cause corporatiste, c'est une cause citoyenne.

La question qui reste en suspens

Face à cette hécatombe, une interrogation finale demeure en suspens, lourde de sens. Si demain, plus aucun journaliste ne peut entrer dans une zone de conflit sans risquer la mort immédiate, comment saurons-nous ce qui s'y passe vraiment ? Qui nous dira la vérité sur les souffrances des civils, sur les exactions et sur la réalité de la guerre ? Comme le rappelait Jodie Ginsberg, les attaques contre la presse sont un indicateur majeur d'atteintes à toutes les autres libertés. Si nous ne protégeons pas ceux qui filment, qui écrivent et qui témoignent, nous finirons par ne plus voir que ce que l'on voudra bien nous montrer. Le droit de savoir est aussi le vôtre, et il est en train de s'éteindre, une balle à la fois.

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Questions fréquentes

Combien de journalistes tués en 2025 ?

Selon le CPJ, 129 journalistes et employés de presse ont perdu la vie en 2025 dans l'exercice de leur fonction, ce qui constitue un record absolu depuis 1992.

Quel pays est responsable des deux tiers des morts ?

Le rapport désigne Israël comme responsable des deux tiers de ces décès, pointant du doigt l'armée israélienne pour de nombreux assassinats ciblés, particulièrement à Gaza.

Le gilet « Press » protège-t-il les journalistes ?

Le rapport suggère que le port du gilet « Press » est devenu un inconvénient majeur, marquant les journalistes comme des cibles délibérées plutôt que ne leur assurant une protection symbolique.

Quels pays autres que Gaza sont dangereux ?

Le Soudan a enregistré neuf morts, le Mexique six assassinats liés aux cartels, et l'Ukraine reste également une zone meurtrière pour la presse.

Pourquoi l'usage des drones inquiète-t-il ?

L'utilisation de drones pour tuer des journalistes a explosé, passant de 2 cas en 2023 à 39 en 2025, ce qui suggère une intention délibérée de neutraliser des cibles identifiables.

Sources

  1. En 2025, 129 journalistes ont été tués, les deux tiers par Israël · lemonde.fr
  2. En 2025, 129 journalistes tués ont été tués dans le monde, un un ... · 20minutes.fr
  3. Israël serait responsable de la mort des deux tiers des journalistes tués dans le monde en 2025 · courrierinternational.com
  4. Médias : un record de 129 journalistes tués en 2025 d’après le Comité de protection des journalistes · la-croix.com
  5. Un nombre record de 129 journalistes tués en 2025 dans le monde ... · rfi.fr
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Sarah Lebot @world-watcher

Journaliste en herbe, je synthétise l'actu mondiale pour ceux qui n'ont pas le temps de tout suivre. Étudiante en journalisme à Sciences Po Lille, je contextualise les événements sans prendre parti. Mon objectif : rendre l'info accessible et compréhensible, surtout pour ma génération. Pas de jargon, pas de sensationnalisme – juste les faits et leur contexte. Parce que comprendre le monde, c'est le premier pas pour le changer.

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