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Ma vie de boulimique.

Un témoignage bouleversant sur la réalité de la boulimie : une maladie pas seulement liée au poids, mais une véritable descente aux enfers qui isole et détruit progressivement.

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Bonjour à vous qui lisez cet article. Vous devez être curieux de savoir ce qu'est la vie d'une personne boulimique. Laissez-moi vous dire que cette vie n'est pas facile : elle est soumise à des rituels qui doivent être appliqués obligatoirement à des instants précis, et ils ne peuvent jamais être négligés, malheureusement.

Je suis boulimique depuis 5 mois. Au début — et c'est toujours de cette façon que ces maladies commencent — je voulais maigrir. Eh oui, je suis moi aussi victime de cette mode stupide des magazines, des pubs télé, etc. J'étais un peu plus ronde que les filles de mon âge et de ma taille, et à force d'entendre toujours le même genre de remarques comme « arrête de manger, tu vas encore grossir », « ah ben tu vas être belle en maillot de bain ! » ou même « ça va ma grosse ? », eh bien ce n'était pas méchant, mais toujours entendre la même chose sur son poids, ce n'est pas agréable.

Donc début juin, j'ai décidé d'entamer un régime. Bien sûr, tous ceux que j'avais tentés auparavant avaient échoué ! Je surfais sur le net pour trouver des conseils pour maigrir, et je suis tombée sur des photos de stars devenues soudainement très minces (on aura tous reconnu Nicole Richie et Lindsay Lohan). À l'époque, on ne parlait pas encore de leur anorexie/boulimie. En voyant ça, je me suis dit que c'était génial de devenir mince comme elles.

J'entame donc mon régime. La première semaine, j'ai dû perdre 1,5 kg, mais j'ai dû diviser mon alimentation par deux car je mangeais bien avant ! Mais j'ai eu un anniversaire et j'ai malheureusement craqué : j'ai mangé plus que mon régime ne me l'autorisait. Mes 1,5 kg durement perdus, je les ai repris en un seul anniversaire. Quelle déception !

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Comment tout a commencé : ma première crise de boulimie

Ce qui a enclenché ce cercle vicieux, c'est un jour de déprime. Je n'allais pas bien et je regardais une émission stupide à la télé qui montrait de superbes stars minces. Cela m'a bien sûr enfoncée dans ma déprime, et moi quand je suis déprimée, je mange ! Mes parents étant absents, je suis allée chercher les biscuits planqués dans les placards et j'ai tout englouti — deux paquets maximum, car chez moi les gâteaux sont interdits — puis un yaourt. Là, je me suis sentie très mal, j'ai eu super honte d'avoir mangé tout ça.

Je me suis souvenue d'une émission sur une fille boulimique qui avalait une quantité impressionnante de nourriture et qui ensuite allait se faire vomir pour se soulager. C'est ce que j'ai fait. J'ai eu peur de vomir car je détestais ça avant, et j'ai mis au moins un bon quart d'heure avant d'y arriver. Le soir, je n'avais pas faim, forcément ! Le lendemain, en me pesant, j'ai vu que j'avais perdu 1 kg. J'ai trouvé ça incroyable.

Depuis ce jour, je ne faisais que vomir ce que je mangeais, mais sans m'empiffrer. En juillet, j'ai travaillé. Au début, je mangeais normalement le matin et le midi, et je ne vomissais que mon repas du soir. Mais une semaine et demie après, j'ai décidé de ne plus prendre le petit-déjeuner. Ensuite, j'ai commencé à trouver que le repas du midi était de trop dans mon estomac, alors je l'ai éliminé. À ce moment-là, mon entourage n'avait pas encore de doutes.

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La descente aux enfers de la boulimie

En août, j'avais perdu 6 kg. Mes amis me trouvaient bien comme ça et j'étais ravie qu'ils le remarquent tous. Puis j'ai commencé à avoir faim — ce qui est logique puisque je ne mangeais désormais plus que le soir. Alors un soir début août, j'ai emmené quelques yaourts et des chips dans ma chambre, et une fois sortie de table, j'ai continué à manger. Ce n'était pas encore faramineux. Ensuite, une fois tout avalé, j'allais tout vomir.

C'est lorsque j'ai commencé à faire acheter plein de biscuits et tout ce genre de choses à ma mère — sans jamais grossir — qu'elle a commencé à se poser des questions. Plus le temps passait, plus je mangeais. Quand mes parents n'étaient pas là, je me faisais un bon repas du midi, puis j'avalais tous les gâteaux que je pouvais attraper.

Pour vous donner une idée de ce que je peux avaler : 3 steaks + une assiette remplie de pâtes au fromage, plusieurs canettes de cola, 2 menus McDonald's comprenant un Maxi McChicken et un Maxi McNuggets (pour une personne normale, un menu Maxi peut déjà être difficile à finir, alors imaginez que moi je peux en manger deux), puis en dessert un paquet de barres au chocolat et deux ou trois paquets de gâteaux. Une fois toute cette quantité de nourriture avalée, je ne prends pas le temps de débarrasser la table : je cours vomir tout ce qui est dans mon estomac, tellement la culpabilité d'avoir avalé tout ça m'écoeure.

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Les conséquences physiques : quand le poids fond

Au bout de 2 mois réellement boulimique, j'avais perdu 10 kg. Mais le pire, c'est que plus je maigrissais, plus je voulais maigrir. Aujourd'hui, je ne peux pas faire un tour dans la salle de bain sans me peser. Je me pèse au minimum 3 fois par jour, et lorsque je prends ne serait-ce que 100 grammes, je me sens extrêmement mal.

Mes parents se sont rendu compte de cette perte de poids incessante, mais pas par eux-mêmes : ce sont les parents d'amis à moi qui les ont alertés en me voyant avec 10 kg de moins que deux mois auparavant. Ils ont tous été choqués. D'ailleurs, leurs réactions m'ont troublée : j'ai eu l'impression d'avoir une tête d'alien quand ils m'ont vu. C'était assez impressionnant, la façon dont ils me regardaient.

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Vivre avec la boulimie au quotidien

Même si maintenant je devrais regrossir un peu — j'en suis à 15 kg en moins qu'avant — je ne peux plus manger normalement. Je mange le repas du soir normalement, et une fois dans ma chambre, j'engloutis toutes mes provisions. Quelques fois, j'ai peur que mon estomac se rompe, car c'est possible à chaque engloutissement.

Je maigris toujours et maintenant je fais 53 kg pour 1m73. J'ai déjà été obligée d'aller voir le docteur, mais tous les conseils qu'il m'a donnés n'ont servi à rien car je n'en ai appliqué aucun. Ce n'est pas un manque de volonté : c'est simplement que je ne PEUX PAS. Je me trouve ronde en m'observant dans la glace, alors que je sais pertinemment que je ne le suis pas.

Et puis je sens les effets néfastes maintenant. Quelques fois j'ai des vertiges, surtout un jour dans la semaine où j'ai sport les deux premières heures du matin. J'ai des périodes où je suis gelée alors qu'il ne fait pas froid. Puis j'ai des douleurs à l'estomac et souvent des courbatures.

Néanmoins, lorsque je mange, je ressens un bien-être inimaginable. Je peux réellement vous dire que pour moi, la nourriture est une drogue. Je comprends tout à fait le toxicomane qui a absolument besoin de sa dose pour aller mieux, car moi c'est exactement la même chose : si je n'ai pas ma dose quotidienne de nourriture, je vais très mal.

Mais le souci que je me fais le plus, c'est bien à propos des vomissements. J'ai lu beaucoup de sites là-dessus et apparemment, les boulimiques auraient des crises comme les miennes environ deux ou trois fois par semaine, alors que moi je peux vomir jusqu'à trois fois par jour. Je risque surtout un cancer de l'estomac. Je me rends bien compte de tout ça, mais il y a une force qui me retient et qui m'empêche de combattre cette boulimie, cette putain de maladie qui m'empêche de vivre normalement.

Je ne peux plus aller à des fêtes par peur d'être obligée de manger et de ne pas pouvoir vomir. Je suis désagréable et je ne supporte plus la présence des gens autour de moi. Et lorsqu'on s'inquiète pour moi, je peux avoir des crises d'énervement impressionnantes.

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Pourquoi j'ai voulu témoigner

Tout simplement parce que je n'ai pas de moyen de me libérer de ce poids, et d'en parler — même par le biais d'un article — me fait du bien. Puis je voulais que les gens sachent ce qu'est vraiment la boulimie. Ce n'est pas une maladie qui touche des gens stupides qui veulent maigrir : c'est une descente aux enfers qui emmène ses victimes dans une profonde solitude.

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ecila
ecila @ecila
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