Gros plan sur l’aisselle d’un homme torse nu montrant une rougeur et une irritation cutanée, possibles réactions après rasage ou usage de déodorant.
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Peut-on vivre sans déodorant ? Ce qui fait l'odeur et ce qu'il faut laver

On peut renoncer au déodorant à condition de laver chaque jour les zones qui sentent, dont les aisselles, et de sécher et renouveler les textiles : l'odeur vient de la fermentation bactérienne des sécrétions apocrines, pas de la sueur fraîche. Arrêter un déodorant ne détoxifie pas et peut augmenter l'odeur pendant la transition ; l'étude de 2016 sur 17 personnes reste exploratoire.

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L'idée revient chaque fois qu'un été pèse sur les open spaces : et si on arrêtait simplement le déodorant ? Le discours est séduisant - moins de produits, moins de chimie, une peau qui "respire". Il mélange pourtant trois questions très différentes : peut-on renoncer au produit cosmétique, peut-on renoncer à l'antitranspirant, et peut-on renoncer à se laver les aisselles. Les deux premières sont négociables. La troisième, beaucoup moins.

Une femme en débardeur gris et orange se pince le nez tout en tenant un petit flacon de déodorant dans l’autre main, comme gênée par une mauvaise odeur.
Une femme en débardeur gris et orange se pince le nez tout en tenant un petit flacon de déodorant dans l’autre main, comme gênée par une mauvaise odeur. - (source)

L'odeur n'est pas la sueur

C'est le point que la plupart des conversations ratent. La sueur ordinaire, celle des glandes eccrines qui régulent la température et couvrent tout le corps, est faite d'eau et de sels : elle ne sent rien. Ce qui sent, ce sont les sécrétions des glandes apocrines, concentrées sous les bras et au pubis, qui n'apparaissent vraiment qu'à la puberté - d'où l'absence quasi totale d'odeur axillaire chez les enfants prépubères. Ces sécrétions sont elles-mêmes inodores. Elles contiennent des précurseurs (composés soufrés conjugués, stéroïdes) que les bactéries de la peau découpent en molécules volatiles : c'est ce découpage qui produit l'odeur, plusieurs heures après la transpiration, et non la sueur au moment où elle sort.

Autrement dit : une aisselle fraîchement mouillée ne sent rien. Une aisselle mal rincée, mal séchée, ou un tee-shirt porté deux jours, si. La formulation "odeur de transpiration" est donc trompeuse : il faudrait dire "odeur de fermentation bactérienne de sécrétions apocrines". Ce détail change tout le raisonnement pratique, parce qu'il déplace le problème du produit vers le terrain - la peau, le textile, le temps.

Gros plan sur l’épaule, le bras et l’aisselle d’une personne, main posée près de l’épaule, montrant la texture de la peau et une pilosité claire.
Gros plan sur l’épaule, le bras et l’aisselle d’une personne, main posée près de l’épaule, montrant la texture de la peau et une pilosité claire. - (source)

La simplification la plus répandue attribue tout aux corynébactéries. C'est largement vrai, mais pas exclusif : des travaux menés dans le cadre d'un partenariat industriel ont montré que quelques staphylocoques seulement, dont Staphylococcus hominis, produisent les thioalcools les plus caractéristiques de l'odeur axillaire. La frontière "bonnes vs mauvaises bactéries" est donc moins nette qu'on ne le lit souvent.

Arrêter un déodorant ne "détoxifie" rien

L'expérience la plus citée sur le sujet reste celle publiée en 2016 dans PeerJ par l'équipe de Julie Horvath (North Carolina State University, Musée des sciences naturelles de Caroline du Nord et plusieurs universités américaines). Le protocole est simple : 17 volontaires répartis selon leur habitude (antitranspirant, déodorant, aucun produit), un jour de routine normale, puis cinq jours d'arrêt total, puis deux jours d'antitranspirant pour tout le monde, avec des prélèvements sous les bras chaque jour.

Les résultats vont dans deux directions. Sur la quantité, d'abord : l'arrêt ne "nettoie" pas - la charge de bactéries cultivables remonte dès le troisième jour et rejoint, au sixième, celle des personnes qui n'utilisaient aucun produit ; puis, dès que tout le monde applique un antitranspirant, elle s'effondre. Sur la composition, ensuite, et c'est le plus intéressant : elle dépend de l'usage habituel. Chez les non-utilisateurs, les corynébactéries représentaient 62 % de la flore et les staphylococcacées 21 %. Chez les utilisateurs habituels d'antitranspirant, le rapport s'inverse - environ 60 % de staphylococcacées, 14 % de corynébactéries, et plus de 20 % de bactéries diverses.

"Utiliser un antitranspirant ou un déodorant réorganise complètement l'écosystème microbien de la peau", résumait Julie Horvath, avant d'ajouter l'essentiel : "Nous n'avons aucune idée de l'effet que cela peut avoir sur notre peau et notre santé. Est-ce bénéfique ? Est-ce délétère ? Nous ne le savons pas."

Deux conclusions à en tirer, et une limite. La première : arrêter un déodorant n'assainit pas, cela recolonise - et souvent avec davantage de corynébactéries, donc, en pratique, une odeur qui monte pendant la transition. La seconde : l'idée qu'un produit "détruirait" une flore précieuse et qu'il suffirait de l'arrêter pour retrouver un microbiome "sain" ne tient pas. Rob Dunn, coauteur, le formulait ainsi : "l'un des principaux déterminants des bactéries de vos aisselles est votre usage de déodorant et/ou d'antitranspirant." La limite, enfin : 17 personnes, des cultures sur huit jours et un séquençage limité aux jours 3 et 6, en 2016. C'est exploratoire, pas définitif. Des travaux plus larges ont depuis confirmé que les pratiques d'hygiène façonnent durablement la niche axillaire, sans trancher sur le caractère bon ou mauvais de ces communautés.

Le marché du "sans" n'est pas plus scientifique que celui des produits classiques

L'économie du dossier explique une partie du discours. La catégorie déodorant est un marché que Fortune chiffrait à 21,5 milliards de dollars en présentant l'essor des jeunes marques "clean" - et l'un des chercheurs les plus médiatisés du domaine, Chris Callewaert, y figure en bonne place. Ce segment vend souvent l'inverse du produit classique : sans sels d'aluminium, sans antiseptique, avec une rhétorique de microbiome respecté.

Or cette promesse mérite le même examen que les autres. La pierre d'alun, star des substituts "naturels", est elle-même un sel d'aluminium : l'argument "sans aluminium" tient donc à une différence de formulation, pas à l'absence du métal. Le bicarbonate de soude, autre substitut très diffusé, est très alcalin et abrasif, ce qui peut agresser une barrière cutanée dont l'acidité fait partie du fonctionnement normal - un mécanisme plausible, pas un effet mesuré, et qui dépend beaucoup des peaux. Le point solide reste celui-ci : remplacer un produit par un autre ne transforme pas un geste cosmétique en geste d'hygiène, et le consommateur paie souvent une prime pour une incertitude scientifique revendue comme une avancée.

Gros plan sur l’aisselle d’un homme torse nu montrant une rougeur et une irritation cutanée, possibles réactions après rasage ou usage de déodorant.
Gros plan sur l’aisselle d’un homme torse nu montrant une rougeur et une irritation cutanée, possibles réactions après rasage ou usage de déodorant. - (source)

C'est le même mécanisme que dans d'autres rayons : la rhétorique détox promet une purification que les données ne montrent pas (voir, sur un autre terrain, ce qui change vraiment quand on arrête le sucre ajouté).

Trois conditions pour que ça tienne

Trois conditions, dans l'ordre d'importance.

Laver les zones qui sentent, tous les jours. C'est la recommandation que formulaient deux dermatologues françaises, Nina Roos et Claire Geoffroy, dans un article de 20 Minutes repris en 2017. Leur formule est claire : "On peut très bien vivre sans se laver tous les jours", mais il faut "savonner tous les jours les zones génératrices d'odeurs : aisselles, périnée et pieds, les mains et le visage, mais pas le corps entier". Nina Roos ajoutait la contradiction sociale : "Du point de vue médical, une douche un jour sur deux ne pose aucun problème. Mais c'est socialement inacceptable !" Le corps entier peut attendre ; les aisselles, non, parce que c'est là que s'accumulent les sécrétions apocrines et que leur fermentation se joue. À noter aussi le revers : trop laver et trop savonner dissolvent le film lipidique de l'épiderme et favorisent sécheresse, irritations, eczéma ; et espacer excessivement le lavage des pieds expose aux mycoses. L'hygiène ciblée est un dosage, pas une abstinence. Sur la toilette intime, les mêmes principes s'appliquent : peu de produit, bien rincé, les gestes essentiels plutôt que le tout-antiseptique.

Sécher et renouveler le textile. L'odeur se fabrique dans le temps et sur un support. Un tee-shirt synthétique garde les composés lipophiles de la sueur que le coton ou la laine retiennent moins, et bon nombre d'entre eux résistent à un lavage à basse température ; les études sur les vêtements de sport en polyester identifient d'ailleurs Staphylococcus hominis parmi les responsables de l'odeur qui persiste dans le tissu. Aérer, sécher, changer, laver plus chaud quand la fibre le supporte : cela pèse souvent plus lourd que le choix du produit.

Accepter une variabilité individuelle énorme. Certaines personnes vivent sans déodorant avec une odeur perçue comme neutre ; d'autres sentent en trois heures. Ce n'est ni de la volonté ni de la chance : c'est une composition microbienne et une densité de glandes apocrines. Les témoignages contradictoires qu'on lit partout ("moi je ne sens rien" contre "impossible pour moi") décrivent tous deux des situations réelles. La composition microbienne, elle, n'est pas une fatalité : Callewaert a décrit le cas de jumeaux quasi identiques à l'oeil, mais distinguables au nez, et des transplantations de microbiome axillaire entre proches ont fait passer 16 cas sur 18 d'une odeur forte à une odeur jugée acceptable par un panel olfactif de huit personnes, avec un effet de plusieurs semaines à plusieurs mois. Résultats rapportés en 2018, sans essai contrôlé publié : prometteurs, non validés.

Quand l'odeur résiste vraiment

Il existe une situation distincte de la simple odeur forte : la bromhidrose, odeur corporelle anormale et invalidante. Callewaert en parlait en 2018 dans Popular Science : "Cela a un retentissement psychologique très lourd. Des gens quittent leur travail, arrêtent l'école, perdent leurs relations amoureuses ou n'osent plus sortir." Pour ces personnes, le discours "arrêtez votre déodorant, vous verrez" est au mieux inutile. C'est un problème qui relève d'un suivi, pas d'un changement d'habitude cosmétique.

Pour tout le reste, la réponse tient en une phrase : le déodorant n'a jamais été l'hygiène, c'est un produit ajouté par-dessus. On peut le retirer, à condition de garder le lavage ciblé, la gestion du textile et le séchage - et de renoncer à l'idée qu'arrêter purifie quoi que ce soit. Le nez des autres, lui, ne se négocie pas avec une conviction.

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Questions fréquentes

Peut-on vivre sans déodorant ?

Oui, on peut renoncer au déodorant à condition de laver chaque jour les zones qui sentent, en particulier les aisselles, et de sécher et renouveler les textiles. Le déodorant n'est pas l'hygiène : c'est un produit ajouté par-dessus, et l'odeur dépend aussi fortement de la composition microbienne et de la densité de glandes apocrines de chaque personne.

Pourquoi la sueur sent-elle ?

La sueur ordinaire des glandes eccrines, faite d'eau et de sels, ne sent rien. L'odeur vient des sécrétions apocrines, inodores à la sortie, que les bactéries de la peau découpent en molécules volatiles plusieurs heures après la transpiration ; les corynébactéries jouent un rôle majeur, mais des travaux menés dans le cadre d'un partenariat industriel ont montré que certains staphylocoques, dont Staphylococcus hominis, produisent aussi les thioalcools les plus caractéristiques.

Arrêter le déodorant détoxifie-t-il la peau ?

Non. Dans l'étude publiée en 2016 dans PeerJ par l'équipe de Julie Horvath, sur 17 volontaires, l'arrêt des produits n'assainit pas la peau : la charge de bactéries cultivables remonte dès le troisième jour et rejoint celle des non-utilisateurs au sixième. La composition microbienne dépend de l'usage habituel, et les auteurs indiquaient ne pas savoir si ces changements sont bénéfiques ou délétères ; en pratique, l'odeur peut augmenter pendant la transition.

Que faut-il laver si on arrête le déodorant ?

Il faut savonner tous les jours les zones génératrices d'odeurs - aisselles, périnée et pieds - ainsi que les mains et le visage, mais pas nécessairement le corps entier, selon les dermatologues Nina Roos et Claire Geoffroy citées par 20 Minutes en 2017. Trop laver ou trop savonner peut toutefois dissoudre le film lipidique de l'épiderme et favoriser sécheresse, irritations ou eczéma, et espacer excessivement le lavage des pieds expose aux mycoses.

Quand l'odeur relève-t-elle d'une bromhidrose ?

La bromhidrose est une odeur corporelle anormale et invalidante, distincte d'une simple odeur forte. Chris Callewaert en parlait en 2018 dans Popular Science : elle a un retentissement psychologique très lourd, avec des personnes qui quittent leur travail ou l'école, perdent des relations ou n'osent plus sortir. Pour ces personnes, arrêter son déodorant n'est pas une solution : le problème relève d'un suivi, pas d'un changement d'habitude cosmétique.

Sources

  1. «La Grande-Bretagne est une cible privilégiée pour les terroristes» · 20minutes.fr
  2. Selon les dermatologues, voici le nombre de douches EXACTES à ... · bibamagazine.fr
  3. [PDF] Transplantation De Microbiote Fecal TMF optimisation de l activite ... · bibnum.univ-lyon1.fr
  4. L’odeur de la sueur, une affaire de microbes | Institut du Microbiote · biocodexmicrobiotainstitute.com
  5. Deodorant Innovation: Opportunities and emerging technologies - NBIC · biofilms.ac.uk
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Emma Chabot @style-hunter

Mode, beauté, bien-être – je partage mes découvertes avec authenticité. Pas de partenariats cachés ici, que des vraies recommandations. Graphiste freelance à Lyon, je privilégie les marques éthiques et le DIY. Mon dressing est un savant mélange de friperies et de pièces durables. Je crois qu'on peut être stylée sans détruire la planète. Et si je peux t'aider à trouver ton style, c'est encore mieux.

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