La mention "contenu généré par IA" sur une page Steam indique que le développeur a déclaré utiliser l'intelligence artificielle. Elle ne dit pas si le jeu copie une oeuvre, si ses ressources sont correctement licenciées ou si son créateur détient tous les droits nécessaires. Pour se faire une idée, il faut examiner les éléments concrets du jeu - et accepter qu'un joueur ne puisse pas toujours trancher la question juridique.
Ce que la déclaration IA de Steam indique vraiment
Depuis janvier 2024, Steam demande aux développeurs de déclarer certains usages de l'IA générative. La plateforme distingue notamment les contenus préparés pendant le développement puis intégrés au jeu, et ceux créés à la volée pendant que le joueur joue. Une partie des informations déclarées figure sur la page du jeu.

Valve indique examiner les contenus générés par IA comme les autres contenus et vérifier que le jeu respecte les déclarations du développeur. Il s'agit d'un contrôle de la plateforme, pas d'un certificat attestant que chaque image, texte, musique ou modèle 3D est original et autorisé.
L'étiquette ne prouve donc ni qu'un jeu est une copie, ni qu'il ne l'est pas. Un jeu peut employer l'IA sans reprendre d'oeuvre identifiable. À l'inverse, l'absence de mention ne suffit pas à démontrer qu'aucun outil d'IA n'a été utilisé ou qu'aucun élément n'est litigieux.
Comparer les éléments précis, pas seulement le concept
Le mot "clone" est souvent utilisé pour parler d'un jeu qui ressemble à un autre. Mais une même idée générale - résoudre des puzzles, construire une ferme ou explorer un monde ouvert - ne suffit pas à établir une copie. Ce sont les ressemblances entre des éléments concrets qui méritent davantage d'attention : un personnage reconnaissable, des illustrations très proches, des textes repris, une musique identique ou un ensemble de détails distinctifs reproduits.
Un arrêt de la Cour de cassation française rendu en 2005, au sujet des règles d'un concours, rappelle qu'une idée ne se confond pas avec sa forme concrète. Il ne tranche pas les litiges concernant les jeux vidéo ou l'IA ; il aide seulement à comprendre pourquoi une mécanique commune et la reprise d'éléments expressifs précis ne soulèvent pas nécessairement la même question.
Une ressemblance peut justifier une vérification, mais ne constitue pas à elle seule une preuve de contrefaçon. Les codes d'un genre, les contraintes techniques et les choix esthétiques courants peuvent produire des ressemblances sans copie directe. Et l'usage de l'IA ne permet pas de déduire comment une image ou une musique a été créée, ni quelles oeuvres ont éventuellement servi à entraîner un outil.
Vérifier les droits : ce qu'un joueur peut chercher
Commencez par les informations publiées par le studio : crédits, origine des ressources, licences annoncées et règles d'utilisation. Si le développeur indique qu'un élément vient d'une banque d'images ou d'un outil génératif, vérifiez ce que la licence autorise réellement : par exemple, l'usage commercial, la modification et l'intégration dans un jeu. Une déclaration sur une page de boutique reste toutefois une affirmation du développeur, et non une vérification indépendante de chaque droit.
Il faut aussi distinguer deux questions : les oeuvres éventuellement utilisées pour entraîner une IA et les droits sur le contenu produit par l'outil. Une étude commandée par la commission des affaires juridiques du Parlement européen, achevée en juillet 2025, examine séparément ces enjeux et décrit plusieurs incertitudes juridiques. Ses analyses et recommandations ne sont pas, à elles seules, des règles de droit.
En pratique, un joueur peut repérer des indices et consulter les informations disponibles. Il ne peut généralement pas vérifier l'ensemble des contrats, des licences ou des données d'entraînement utilisées. Si une reprise précise vous paraît manifeste, conservez des captures et comparez les éléments concernés. Vous pouvez demander des explications au développeur ou utiliser les outils de signalement de Steam ; mieux vaut décrire les ressemblances observées que présenter une accusation comme un fait établi.
La bonne question n'est donc pas seulement "ce jeu utilise-t-il l'IA ?", mais "quels éléments semblent repris, et quelles informations vérifiables le studio fournit-il sur leur origine ?". L'étiquette Steam aide à comprendre un usage déclaré. Elle ne remplace ni l'examen du jeu ni la vérification des droits.