Trente pour cent. Le chiffre tourne depuis fin juillet dans les rédactions spécialisées et sur les forums. Autant le dire d'emblée : ce n'est pas un prix, ce n'est pas une annonce confirmée par Nvidia, et ce n'est surtout pas le total de la hausse qu'un joueur français a déjà subie depuis un an. C'est un palier de plus dans une hausse qui en compte déjà plusieurs, et la facture finale, elle, se lit en euros, TVA comprise, sur les étiquettes des revendeurs.

Les 30 % portent sur les composants, pas sur l'étiquette
D'après le quotidien taïwanais Economic Daily News et le site BenchLife, repris par BigGo Finance, Nvidia a notifié à ses partenaires une troisième hausse de l'année, de 20 à 30 %, portant cette fois sur des ensembles complets : la puce graphique et la mémoire GDDR qui l'accompagne. La séquence rapportée est simple : +10 à 15 % en janvier 2026, puis une hausse ciblée sur le très haut de gamme en mai, autour de la RTX 5090, et maintenant une vague qui n'épargne presque aucun segment.
Qui paie à ce stade ? Les fabricants de cartes, les partenaires AIB, qui achètent les composants et assemblent les modèles vendus en boutique. Ils paieraient près d'un tiers de plus qu'il y a quelques mois, et la répercussion vers le consommateur ne devrait venir qu'une fois les stocks existants écoulés. Rien n'indique en revanche que Nvidia ait confirmé publiquement ces montants. Il faut donc tenir les deux bouts : l'information est crédible et provient de la presse taïwanaise qui suit de près la chaîne d'approvisionnement, mais sa reprise par plusieurs médias ne constitue pas une confirmation indépendante.
Le deuxième point est arithmétique. "30 %" est le dernier palier en date, pas la hausse subie depuis l'automne 2025. Une carte qui a pris 10 à 15 % en janvier, puis un palier supplémentaire au printemps, puis celui-ci, a cumulé bien davantage. Le chiffre du jour est le moins intéressant du dossier.
En France, on parle en euros TTC
Le suivi français, lui, est daté. Le 22 août 2026, Hardware And Co relevait sur un mois le passage de deux GeForce de 951 à 1 100 euros (+16 %) et de 1 065 à 1 331 euros (+25 %). Le libellé exact des deux modèles n'est pas précisé dans l'article source : ce sont des ordres de grandeur du renchérissement mensuel en France, pas un prix moyen national. Le même article situe le déclenchement de la flambée en octobre-novembre 2025, donc bien avant la vague de juillet 2026. Autrement dit, la troisième hausse arrive sur un marché déjà réévalué de fond en comble.

Attention à un piège de comparaison très répandu. Les prix cités dans la presse étrangère ne sont pas des prix français TTC. Cette Asus TUF RTX 5080 passée de 1 199 à 1 595 dollars sur Amazon est un tarif américain, auquel la taxe locale s'ajoute au moment du paiement. La RTX 5070 Ti 16 Go à 10 700 yuans, contre 7 200 yuans en novembre 2025, est un prix de détail chinois, soumis aux règles fiscales chinoises. Aucun des deux ne se convertit directement en euros TTC : la TVA française de 20 % et la marge du distributeur s'intercalent entre le tarif affiché à l'étranger et l'étiquette d'une boutique française. Sur une carte à 1 000 euros hors taxes, la TVA ajoute 200 euros, et l'État encaisse mécaniquement 20 % de toute hausse de prix hors taxes. Convertir un tarif américain en euros "pour voir" ne produit aucun chiffre utile ; cela produit une inquiétude mal calibrée.
La mémoire décide du prix
La cause n'est pas une passion soudaine des joueurs pour la 4K. Elle est dans les usines de mémoire. Samsung aurait relevé ses prix DRAM d'environ 20 % pour le trimestre en cours. TrendForce estimait le 3 juillet 2026 que les prix contractuels de la DRAM classique progresseraient encore de 13 à 18 % au troisième trimestre, un ralentissement qui ne traduit pas un apaisement mais le plafond de solvabilité des acheteurs de PC et de smartphones. Le 27 juillet, le même cabinet notait que la mémoire graphique, GDDR6 et GDDR7, suivait exactement la même pente, les fondeurs réaffectant leurs galettes de silicium vers les produits à plus forte marge.

Le détail le plus parlant est un écart de tarif : une puce GDDR7 de 2 Go se vendrait autour de 20 dollars, une puce de 3 Go entre 60 et 70 dollars. Trois fois le prix pour 50 % de capacité en plus. À ce niveau, le milieu de gamme devient très difficile à construire à un prix défendable, et c'est précisément le segment où la majorité des joueurs achète. Les projections citées situent la fin de la pénurie au mieux en 2028.
Qui encaisse, qui répercute, qui paie
Il faut nommer les gagnants, sinon le débat se résume à "c'est la faute de Nvidia". Les premiers bénéficiaires sont les fabricants de mémoire : chaque galette de silicium consacrée à de la HBM pour accélérateurs d'IA rapporte plus que la même galette transformée en GDDR pour cartes graphiques. Ce n'est pas un complot contre les joueurs, c'est un coût d'opportunité. Le jeu est simplement l'usage le moins rentable de la galette de silicium, donc celui qu'on fait attendre.
Nvidia répercute pour protéger sa marge ; les assembleurs, qui ne savent plus anticiper leurs prix à quelques semaines, absorbent une partie du choc avant de le répercuter ; les revendeurs arbitrent entre volume et marge ; et le client final paie la note, TVA incluse. Un point désagréable mais important : la demande de jeu n'étant pas le moteur, une baisse de la demande de jeu ne fera pas revenir les prix. Seule une détente de l'allocation mémoire le pourrait, et elle dépend de décisions d'investissement industriel qui se comptent en années.
Et si la bulle IA se dégonflait ? C'est possible, et les prévisionnistes se trompent régulièrement. Mais un retournement de la demande d'accélérateurs ne rendrait pas immédiatement disponibles des capacités de mémoire qui n'existent pas encore. Le scénario d'un retour rapide à des prix de 2024 n'est pas impossible ; il n'est simplement adossé à rien de solide aujourd'hui.
Les alternatives, sans promesse de bon plan
Changer de crèmerie ne fait pas disparaître la facture.
AMD, le moindre mal. La RX 9070 XT, l'alternative la plus citée, s'affichait entre 900 et 950 euros au lancement, en mars 2025, est descendue à environ 619 euros fin 2025, puis est remontée entre 829 et 899 euros sur le catalogue d'octobre 2026 selon un site de suivi des prix. Soit 34 à 45 % de hausse depuis le point bas. Chez les comparateurs de prix, les offres commencent autour de 890,99 euros (Asus) et 909,44 euros (Sapphire), tandis qu'un revendeur traditionnel affiche ses références "à partir de 1 269 euros". Le 12 août, Hardware And Co rapportait par ailleurs un nouveau tarif officiel de 764 euros TTC, au-dessus des 619 euros du point bas de fin 2025 - information rapportée, non confirmée par AMD. Retenez surtout l'écart : même ce tarif officiel annoncé, supérieur au plancher de l'an dernier, reste en dessous des prix réellement pratiqués en boutique. Le créneau à 600-650 euros de la fin 2025 a disparu.
La console, refuge entamé. Le renchérissement de la mémoire a touché tout le monde : nouveau prix PS5 annoncé par Sony le 27 mars 2026 et effectif le 2 avril, hausse de la Switch 2 notifiée le 11 mai pour une entrée en vigueur au 1er septembre, hausse de la Steam Deck le 27 mai. La console reste souvent le meilleur rapport coût par heure de jeu, mais elle n'est plus le plan B intact qu'on imagine parfois.
Le cloud gaming. Il repose sur des parcs de GPU dont le coût d'achat explose et dont le renouvellement se fait à des tarifs qui n'ont rien à voir avec ceux de 2024. En déduire un prix futur relève du raisonnement, pas de la mesure ; mais l'idée que le cloud serait à l'abri du prix de la mémoire ne tient pas debout.
L'occasion. Le marché de la seconde main suit le neuf à la hausse, ce qui réduit l'écart de prix, et il ajoute ses propres risques : carte issue de minage, absence de garantie française, vendeur non professionnel. Une bonne affaire trop belle sur une place de marché est plus souvent un problème qu'une aubaine.
Attendre. C'est rationnel si vous n'avez pas besoin de la machine, absurde si vous passez deux ans sans jouer pour économiser 150 euros. Et aucune source sérieuse ne promet une détente avant 2028.
Ce qu'il reste de raisonnable à faire
Fixez d'abord un budget en euros TTC et un objectif de définition, puis choisissez la carte qui les respecte, pas l'inverse. Comparez la même référence chez plusieurs revendeurs : l'écart entre places de marché et enseignes traditionnelles atteint plusieurs centaines d'euros sur une carte identique. Privilégiez un vendeur professionnel établi en France ou dans l'Union européenne, ne serait-ce que pour la garantie légale de conformité de deux ans, et méfiez-vous des modèles vendus à des prix incompatibles avec le marché actuel. Enfin, regardez la quantité de mémoire vidéo avant la fiche technique brillante : une carte un peu moins rapide mais correctement dotée en VRAM vieillira mieux qu'un modèle bridé acheté pour la bonne affaire du mois.
Reste que la mémoire fixe désormais le prix du matériel de jeu, et que l'alternative coûte presque aussi cher que ce qu'elle était censée remplacer.