La question se pose chaque automne, au même moment : les matinées fraîchissent, on hésite, on allume "par prudence"... ou on attend le 15 octobre comme si c'était une date sacrée. Deux gestes font toute la différence sur la facture : le moment où l'on met le chauffage en route et la température que l'on demande dans chaque pièce. Voici la méthode, chiffres à l'appui.

Oubliez la date calendaire, regardez votre thermomètre
Aucune règle ne dit "allumez le chauffage le 15 octobre". Cette date n'est qu'un repère : la période de chauffe usuelle court généralement du 15 octobre au 15 avril, et elle coïncide avec la période où l'extérieur ne permet plus de garder 18 °C à l'intérieur en journée. Le vrai signal n'est donc pas extérieur : il est intérieur.
- Allumez quand les pièces de vie passent durablement sous 18 à 19 °C, c'est-à-dire sur plusieurs jours consécutifs, pas lors d'un pic nocturne.
- Un repère extérieur revient souvent : environ 15 °C pendant plusieurs jours consécutifs. Il est utile, mais il ne remplace pas votre relevé intérieur, car tout dépend de l'isolation.
- 18 °C est le minimum de chauffe réglementaire dans les logements ; 19 °C est le seuil de confort recommandé dans les pièces à vivre.
Concrètement : posez un thermomètre dans le salon, à hauteur de vie, loin des fenêtres et des radiateurs. Deux relevés par jour pendant une semaine suffisent pour savoir quand votre logement franchit vraiment le seuil.
En copropriété, ce n'est pas vous qui décidez
Si votre immeuble est chauffé collectivement, la date d'allumage relève du syndic, souvent calée entre la mi-octobre et la mi-avril. La réglementation encadre la chauffe à 19 °C en moyenne dans le logement. Votre levier n'est alors pas la date, mais la régulation pièce par pièce : équilibrage des radiateurs, fermeture des vannes dans les chambres, baisse de consigne la nuit. Un radiateur à fond dans une pièce vide, c'est de l'argent dépensé pour rien.
Le tableau pièce par pièce
Plutôt qu'une consigne unique pour tout le logement, plusieurs sources reprennent les valeurs recommandées par l'ADEME :
| Pièce | Température |
|---|---|
| Pièces de vie occupées (salon, bureau) | 19 °C |
| Chambres adultes et enfants | 16 à 17 °C (la nuit et quand la pièce est inoccupée) |
| Couloirs, buanderie, toilettes | ~16 °C |
| Salle de bains | ~22 °C, uniquement pendant l'utilisation |
| Logement vide pour la journée | 16 à 17 °C |
Deux détails souvent oubliés :
- La cuisine et la salle à manger bénéficient de la chaleur dégagée par la cuisson : inutile de les pousser à 20 °C.
- La paroi compte autant que l'air. Une donnée attribuée à l'ADEME - consultée ici par l'intermédiaire d'un prestataire en ligne, et non sur la page de l'agence elle-même - indique que, dans une pièce à 20 °C, une paroi bien isolée donne une température ressentie proche de 19,5 °C, contre seulement 17 °C derrière un mur mal isolé. Deux logements réglés au même thermostat ne sont donc pas équivalents.
La règle "1 °C = 7 %" : à prendre avec des pincettes
C'est le chiffre que vous croisez partout : baisser d'un degré, c'est 7 % d'économie. TotalEnergies, le site gouvernemental, des fournisseurs et des prestataires le répètent, et il est généralement attribué à l'ADEME.
Sauf qu'un bureau d'études thermique, qui étudie des bâtiments depuis près de quinze ans, affirme n'avoir jamais retrouvé de source traçable à ce chiffre : ni référence, ni scénario, ni hypothèse de bâtiment. Et surtout, ses simulations dynamiques donnent 15, 25, voire 30 % d'augmentation des besoins de chauffage par degré de consigne ajouté, avec de fortes variations selon le bâti. Autrement dit, l'erreur sur le chiffre de 7 % va souvent d'un facteur 2 à 4 - et plus le bâtiment est performant, plus la valeur "7 %" s'éloigne de ce que donnent les simulations. Reste que ces 15 à 30 % par degré sont des ordres de grandeur issus de simulations : ils varient d'un logement à l'autre et ne se substituent pas à une mesure de votre consommation.
De son côté, HomeServe reprend 7 % pour un degré supplémentaire, et avance 10 à 15 % d'économie pour un degré en moins dans un logement récent et bien isolé.
Il n'existe donc pas de chiffre universel : le bon ordre de grandeur se situe entre 7 et 30 % selon le logement. Une démarche pragmatique consiste à considérer qu'un degré en moins vaut de l'ordre de 7 % au minimum, souvent plus : dans une maison de 100 m² chauffée à l'électricité avec 1 500 € de dépense annuelle, cela représente environ 105 € par an pour un seul degré. Trois degrés de moins la nuit et pendant vos absences donnent, en appliquant simplement la fourchette citée plus haut, un ordre de grandeur indicatif : de l'ordre d'un cinquième de la facture à l'hypothèse basse (7 % par degré), et bien davantage à l'hypothèse haute (15 à 30 % par degré). C'est un calcul grossier, pas un résultat mesuré : votre bâti, votre climat et vos horaires feront la différence.
Couper ou baisser ? La réponse dépend de votre chauffage
L'argument est connu : l'arrêt complet crée un effet rebond, le logement se refroidit, puis le chauffage doit fournir beaucoup d'énergie pour rattraper le retard. Dans les sources consultées, il revient surtout chez les fabricants et les installateurs de pompes à chaleur, et il est cohérent avec leur fonctionnement : un redémarrage complet coûte de l'énergie. C'est donc chez elles que la consigne est formulée : baisser de 1 à 2 °C, plutôt qu'éteindre.
Pour les autres systèmes - radiateurs électriques, chauffage collectif -, le surcoût d'un redémarrage n'est pas étayé par les sources consultées. Le conseil utile vient alors d'ailleurs : l'ADEME recommande simplement de baisser pendant une absence (16 à 17 °C suffisent) plutôt que de vider le logement de sa chaleur. Le principe commun est donc la consigne réduite pendant les heures creuses ; l'argument du "rebond" est, lui, spécifique aux pompes à chaleur.
Une exception : si vous partez plusieurs jours, descendre à 16 °C reste pertinent, à condition de remonter progressivement la consigne à la reprise.
La méthode en cinq étapes
- Relevez votre température réelle au salon pendant une semaine, matin et soir, avant toute action.
- Déclenchez sur le seuil intérieur, pas sur la date : pièces de vie durablement sous 18 à 19 °C, ou, en pratique, plusieurs jours consécutifs autour de 15 °C à l'extérieur.
- Appliquez le tableau pièce par pièce : 19 °C au salon, 16 à 17 °C dans les chambres, 16 °C au couloir, 22 °C à la salle de bains seulement pendant l'utilisation.
- Programmez une décrue : 1 à 2 °C de moins la nuit, 16 à 17 °C pendant les heures de travail. Un thermostat programmable fait ce travail sans y penser.
- Baissez par paliers (un degré tous les deux ou trois jours) plutôt que d'un coup : le corps s'adapte, et vous évitez d'abandonner la démarche en déclarant "c'était trop froid".
Avant l'hiver, deux gestes gratuits gagnent des degrés : aérer 10 minutes par jour pour évacuer l'humidité (l'air humide se refroidit plus vite et sollicite le chauffage) et fermer les volets dès la tombée de la nuit.
Si le logement est vraiment trop froid
Quand aucune température de consigne ne donne satisfaction, le réglage ne suffit plus : le problème est dans le bâti. Les aides 2026 ont beaucoup bougé. Depuis le 1er septembre 2026, MaPrimeRénov' se concentre sur le chauffage performant et décarboné et refuse l'aide à la rénovation d'ampleur si un équipement fossile est conservé ; le Coup de pouce Chauffage n'est ouvert qu'aux pompes à chaleur agréées (1 588 modèles en agrément standard, 204 en agrément transitoire). Depuis le 18 juillet 2026, certaines climatisations réversibles fixes et performantes, installées par un professionnel, passent de 20 % à 5,5 % de TVA. À vérifier avant de signer un devis : c'est au niveau de l'équipement que se joue l'essentiel de la facture, pas dans le demi-degré du thermostat.