Ce 26 mai 2026, huit départements de l'Ouest sont placés en vigilance orange canicule. Le thermomètre frôle les 36 °C à Nantes, 37 °C à Bordeaux, et Paris suffoque sous 34 °C. Mais dans les appartements mal isolés, la réalité est bien pire. Amaury, 27 ans, locataire d'un studio classé E au DPE dans le 15e arrondissement de Paris, résume le calvaire vécu par des milliers de jeunes : « On se balade en maillot de bain pour survivre. » Derrière cette phrase choc du Figaro se cache un phénomène massif : les logements bouilloires, longtemps ignorés au profit des seules passoires thermiques hivernales, explosent dans l'espace public portés par des témoignages poignants, des chiffres accablants et une proposition de loi transpartisane qui promet de bouleverser le marché locatif.

« Ce sont les journées les plus dures de l'année » : Amaury et les 48 % de jeunes qui crèvent de chaud chez eux
Le 26 mai 2026 restera comme le jour où la France a pris conscience de l'ampleur des bouilloires thermiques. Météo-France a placé huit départements de l'Ouest en vigilance orange, une situation inédite pour un mois de mai. Mais pour des milliers de locataires, l'alerte ne change rien : ils vivent déjà dans une fournaise depuis des semaines.
Amaury, 27 ans : « Je reste en maillot de bain et je ne mange plus »
Amaury a 27 ans. Il loue un appartement classé E au DPE dans le 15e arrondissement de Paris, un quartier pourtant réputé résidentiel. Mais la note énergétique ne dit rien du confort d'été. « Ça fait partie des journées les plus dures de l'année », confie-t-il au Figaro. Son quotidien se résume à une lutte permanente contre la chaleur. « À partir du moment où il fait chaud et qu'il n'y a plus beaucoup d'air, je fonctionne au ralenti. Je n'ai plus faim, j'ai du mal à bouger », explique-t-il. Pour tenir, il a adopté une stratégie radicale : rester en maillot de bain chez lui, limiter ses déplacements au strict minimum et sauter des repas.
Ce témoignage n'est pas isolé. Il s'inscrit dans une vague de chaleur historique qui frappe la France depuis plusieurs jours. Les 35 °C sont dépassés dans une large moitié ouest du pays, et les nuits tropicales (températures nocturnes supérieures à 20 °C) empêchent tout répit. Amaury n'est pas le seul à décrire cette sensation d'étouffement : dans son immeuble, plusieurs voisins ont adopté des stratégies similaires, certains dormant sur leur balcon quand la température dépasse 30 °C à l'intérieur.
Lorette et ses volets de fortune dans le 19e : « 30 °C dans la cuisine »
Dans le 19e arrondissement de Paris, Lorette a depuis longtemps renoncé à l'idée d'un logement confortable. Locataire d'un appartement social de 50 m² au dernier étage, classé F au DPE, elle subit un double calvaire. « L'hiver, on a trop froid. On a déjà atteint des températures baissant à 12 °C. Et en été, on meurt de chaud. Il faisait 30 °C dans la cuisine hier », raconte-t-elle au Monde en juin 2025.
Son témoignage illustre un paradoxe bien connu des spécialistes : les logements les plus mal isolés sont à la fois des passoires thermiques l'hiver et des bouilloires l'été. Pour se protéger du soleil, Lorette et son compagnon ont confectionné des volets de fortune avec du tissu et des baguettes en bois. « On fait avec les moyens du bord », soupire-t-elle. Ces installations artisanales, visibles depuis la rue, sont devenues un marqueur social dans les quartiers populaires de la capitale. Dans son immeuble, au moins cinq autres familles ont bricolé des solutions similaires, faute de moyens pour installer de vrais stores extérieurs.
48 % des 18-24 ans étouffent : une génération sacrifiée aux bouilloires
Les témoignages d'Amaury et de Lorette ne sont pas des cas isolés. Ils illustrent une tendance de fond mise en lumière par l'étude « Chaud dedans ! » de la Fondation pour le logement des défavorisés, publiée le 26 juin 2025 et relayée par la Banque des Territoires. Le chiffre clé donne le vertige : 48 % des 18-24 ans ont souffert de la chaleur dans leur logement en 2024, contre 42 % de la population générale. Un écart de six points qui révèle une fracture générationnelle profonde.
En 2022, année marquée par un été caniculaire, ce taux grimpait à 59 % des Français. Les jeunes sont les premières victimes des bouilloires thermiques parce qu'ils occupent les logements les plus précaires : studios sous les toits, mezzanines surchauffées, appartements mal orientés. Et comme ils disposent de faibles revenus, ils n'ont souvent pas les moyens de négocier un déménagement ou d'investir dans un climatiseur. Julien, un autre jeune locataire interrogé par Franceinfo, a mesuré 38 °C dans son studio parisien classé E. Depuis juin, il dort chez des amis ou chez ses parents trois à quatre nuits par semaine. « J'espère que jamais personne ne récupérera cet appartement », lâche-t-il, amer.
Un logement sur trois est une bouilloire : les chiffres alarmants de l'été 2026
Après avoir posé le décor humain, il faut regarder les chiffres en face. Ils sont implacables. Le phénomène des logements bouilloires n'est pas une exception marginale : c'est la norme pour un tiers du parc immobilier français.
35,5 % du parc immobilier est une « bouilloire thermique »
Selon l'étude « Chaud dedans ! » de la Fondation pour le logement des défavorisés, 35,5 % des logements français sont des « bouilloires thermiques », c'est-à-dire des habitations où la température intérieure dépasse 26 °C pendant au moins 24 heures consécutives en période de canicule. En Île-de-France, le taux monte à 39,9 %. Mais selon l'IGNES (Institut de la gestion déléguée des réseaux d'énergie), le chiffre réel serait bien plus élevé : 53 % des logements franciliens seraient concernés, soit 478 550 DPE considérés comme insuffisants pour le confort d'été.
La notion de « bouilloire thermique » est encore mal connue du grand public, contrairement à celle de « passoire thermique » qui fait référence aux déperditions de chaleur en hiver. Pourtant, le phénomène est symétrique : un logement mal isolé perd la chaleur en hiver et la conserve en été, avec des conséquences tout aussi graves sur la santé. Manuel Domergue, directeur des études de la Fondation pour le logement des défavorisés, insiste : « Il faut aller vite et mettre en place des gestes simples qui ont vraiment un impact. »
DPE : le « confort d'été », grand oublié du diagnostic
Le diagnostic de performance énergétique (DPE), obligatoire pour toute location, évalue la consommation d'énergie et les émissions de gaz à effet de serre. Mais il comporte une faille béante : l'indicateur « confort d'été » n'est qu'une note à trois niveaux (Bon, Moyen, Insuffisant) qui n'entraîne aucune interdiction de louer. Contrairement aux notes F et G qui interdisent la location des passoires thermiques depuis 2025, un logement classé « Insuffisant » pour le confort d'été peut être loué sans restriction.
C'est ce vide juridique que les députés veulent combler. Comme l'explique BFM TV, la proposition de loi portée par Emmanuel Grégoire vise à affiner cet indicateur et à le rendre contraignant. Pour comprendre les subtilités du DPE, notre guide complet sur l'étiquette énergie vous aidera à décrypter les notes et à éviter les pièges. Actuellement, un propriétaire peut louer un logement classé « Insuffisant » pour le confort d'été sans aucune conséquence, ce qui laisse des milliers de locataires sans protection légale.
3 700 décès évitables en 2024 : la chaleur tue aussi à la maison
Le chiffre est glaçant : 3 700 décès liés à la chaleur ont été recensés en 2024, selon Le Parisien. Et contrairement aux idées reçues, la majorité de ces décès ne surviennent pas dans la rue ou lors d'activités sportives, mais bien à domicile. Les personnes âgées, les malades chroniques et les nourrissons sont les plus vulnérables, mais les jeunes adultes ne sont pas épargnés.
L'Anses (Agence nationale de sécurité sanitaire) a mené plusieurs enquêtes sur le sujet, confirmant que l'exposition prolongée à des températures élevées augmente le risque de déshydratation, de coup de chaleur et d'aggravation des pathologies cardiovasculaires et respiratoires. Le problème n'est donc pas seulement un confort, c'est une question de vie ou de mort. En 2024, les canicules ont frappé plus tôt dans l'année et plus longtemps, avec des épisodes de chaleur dès le mois de mai. Les services d'urgence ont enregistré une hausse de 15 % des admissions pour coup de chaleur par rapport à 2023.
Mezzanines et toits en zinc : pourquoi les 18-25 ans sont en première ligne
Les chiffres sont clairs : les jeunes sont les premières victimes des bouilloires thermiques. Mais pourquoi eux ? La réponse tient en trois mots : typologie, précarité, et localisation. Les 18-25 ans occupent massivement des logements situés sous les toits, souvent mal isolés, et leur faible pouvoir de négociation les empêche d'exiger des travaux.
Le piège de la mezzanine : Vahagn, étudiant dans un four au XIXe
Vahagn, étudiant à Paris, a accepté de témoigner dans Capital. Il loue un studio sous les toits dans le XIXe arrondissement, un quartier populaire de l'est parisien. « J'ai parfois l'impression d'être dans un four. Le pire, ce sont les nuits, étant donné que je dors sur une mezzanine, où l'air est encore plus chaud », raconte-t-il.
Le détail de la mezzanine est crucial. Dans les petits studios, la mezzanine permet de gagner de l'espace, mais elle concentre la chaleur au plafond. Résultat : la température peut grimper de 3 à 5 °C supplémentaires par rapport au reste de la pièce. Quand il fait 30 °C dehors, Vahagn dort dans une chambre à 35 °C. Sans ventilateur, sans climatisation, sans possibilité d'ouvrir les fenêtres la nuit à cause du bruit et de l'insécurité. Gaëtan, intermittent du spectacle à Marseille, vit une situation similaire dans son studio du quartier du Panier, classé F. Il dort sur son canapé, le ventilateur collé à moins de 30 centimètres du visage, et redoute de ne jamais trouver mieux avec son salaire.
Loyers modérés, fournaise assurée : le piège des studettes sous les toits
Le mécanisme est pervers mais bien connu des associations de locataires. Les jeunes, avec des budgets limités, se tournent vers les logements les moins chers du marché. Or, ces logements sont souvent situés aux derniers étages des immeubles haussmanniens parisiens, avec des toitures en zinc qui emmagasinent la chaleur et la restituent à l'intérieur.
Le choc thermique est amplifié par la structure même des immeubles parisiens. Les toits en zinc, typiques de l'architecture haussmannienne, sont de véritables radiateurs solaires. En été, ils peuvent atteindre 70 °C en surface, transformant les combles en fournaise. Et comme ces logements sont souvent mal ventilés, l'air chaud stagne et s'accumule. Anthony, interrogé par Le Parisien, a trouvé une solution radicale : « De juin à septembre, j'emménage chez ma copine car c'est invivable chez moi. » Un luxe que tous les jeunes ne peuvent pas s'offrir.
Détecter une bouilloire avant de signer un bail : les indices qui ne trompent pas
Pour éviter de se retrouver dans la situation d'Amaury, de Lorette ou de Vahagn, il existe des signes avant-coureurs à repérer avant de signer un bail. Voici une checklist anti-arnaque pour les jeunes locataires :
- Dernier étage sans ascenseur : c'est souvent le moins cher, mais aussi le plus exposé à la chaleur
- Orientation plein sud sans stores extérieurs : le soleil tape toute la journée sans possibilité de s'en protéger
- Mezzanine sans VMC : l'air chaud stagne et s'accumule en hauteur
- DPE sans mention « confort d'été » satisfaisant : si la note est « Insuffisant », fuyez
- Absence de volets roulants ou de stores extérieurs : les rideaux intérieurs ne suffisent pas à bloquer la chaleur
Ces indices, cumulés, doivent vous alerter. Un logement qui cumule trois de ces critères est très probablement une bouilloire thermique. Mieux vaut passer son chemin, même si le loyer est attractif. Dahlia Stern, psychologue de 35 ans interrogée par Sud Ouest, a appris cette leçon à ses dépens : son appartement sous les toits, orienté sud et sans volets, affichait 46 °C à l'intérieur quand il faisait 42 °C dehors en 2019. Elle a fini par coller des couvertures de survie sur ses vitres, gagnant 4 à 5 °C, mais décrit l'expérience comme « un stress au quotidien ».
La loi Grégoire : 28 °C dans un logement deviendra-t-il illégal ?
Face à l'ampleur du phénomène, le monde politique commence à réagir. Le 24 juin 2025, le député socialiste de Paris Emmanuel Grégoire a déposé une proposition de loi transpartisane visant à interdire la location des logements bouilloires. Signée par 51 députés de 7 groupes politiques, cette proposition représente une avancée historique dans la reconnaissance du droit à un logement frais.
La proposition de loi historique : 51 députés de 7 groupes contre les bouilloires
Le texte est simple dans son principe : à partir de 2030, les logements où la température intérieure dépasse 28-30 °C en période de canicule seraient considérés comme « indécents » et donc interdits à la location. Concrètement, cela signifie que les propriétaires de ces logements devraient engager des travaux d'isolation ou d'installation de protections solaires pour pouvoir continuer à les louer.
L'aspect transpartisan de la proposition est remarquable. Sept groupes politiques — de La France Insoumise aux Républicains, en passant par le Parti Socialiste, les Écologistes, le Modem, Horizons et Renaissance — ont cosigné le texte. Une unité rare qui témoigne de l'urgence du problème et de la difficulté pour les députés de l'ignorer plus longtemps. Le texte prévoit également un affinement du DPE pour intégrer une note « confort d'été » contraignante, avec des seuils précis au-delà desquels la location serait interdite.
En attendant la loi, quels sont mes recours immédiats ?
La proposition de loi n'est pas encore adoptée, et même si elle l'était, son entrée en vigueur est fixée à 2030. En attendant, que peuvent faire les locataires qui étouffent dès maintenant ? Plusieurs recours existent, même s'ils sont encore peu connus.
La première démarche consiste à signaler son logement à l'ADIL (Agence départementale d'information sur le logement). Les conseillers de l'ADIL peuvent évaluer la situation et orienter le locataire vers les bonnes procédures. Ensuite, il est possible d'envoyer une lettre recommandée avec accusé de réception au propriétaire pour lui demander de réaliser des travaux d'isolation ou d'installation de protections solaires. Si le propriétaire refuse, le locataire peut saisir la commission départementale de conciliation.
Le droit à un logement décent, inscrit dans la loi du 6 juillet 1989, pourrait être invoqué. Même si la jurisprudence est encore jeune sur ce point, la chaleur excessive peut être considérée comme un manquement à ce droit. Plusieurs jugements récents ont déjà condamné des propriétaires à installer des stores extérieurs ou à réaliser des travaux d'isolation. En 2024, le tribunal de Paris a ordonné à un propriétaire du 18e arrondissement d'installer un brasseur d'air et des stores extérieurs dans un studio où la température dépassait 32 °C pendant les canicules.
Propriétaires : quelles obligations concrètes pour la fraîcheur ?
L'article de Capital du 24 juin 2025 détaille les deux équipements que les propriétaires pourraient être obligés d'installer si la loi est adoptée : un brasseur d'air (ou ventilateur de plafond) et des protections solaires extérieures (stores, volets). Ces équipements, relativement peu coûteux, peuvent réduire la température intérieure de 3 à 5 °C.
Même si la loi n'est pas encore votée, le juge peut déjà ordonner ces travaux en référé pour cause de logement indécent. Plusieurs associations de locataires, comme la CLCV (Consommation, Logement et Cadre de Vie), aident les locataires à monter ces dossiers. Le message aux propriétaires est clair : mieux vaut anticiper que subir une condamnation. Le coût d'un brasseur d'air plafonnier est d'environ 150 euros, celui de stores extérieurs de 500 à 1 500 euros selon la surface. Des sommes dérisoires comparées aux risques sanitaires et aux loyers perçus.
Sans clim ni frigo : le guide de survie dans un studio qui cuit

En attendant que la loi fasse son effet, des milliers de jeunes doivent survivre dans des logements qui cuisent. Voici un guide de survie low-tech, gratuit ou peu coûteux, pour tenir le coup sans climatiseur.
Le protocole anti-canicule dans un logement mal isolé
La première règle est simple : il faut créer un courant d'air. Ouvrez les fenêtres la nuit, dès que la température extérieure descend en dessous de celle de votre logement. Fermez volets et rideaux occultants dès le matin, avant que le soleil ne tape. Coupez tous les appareils électroniques en veille (ordinateur, télévision, box internet) : ils dégagent de la chaleur inutilement. Éteignez les lumières, surtout les ampoules halogènes qui chauffent énormément.
La ventilation croisée est essentielle : ouvrez deux fenêtres opposées pour créer un courant d'air. Si vous n'avez qu'une seule fenêtre, placez un ventilateur devant pour aspirer l'air chaud vers l'extérieur. Vous pouvez aussi humidifier vos rideaux avec un vaporisateur : l'eau en s'évaporant rafraîchira l'air ambiant. Dahlia Stern a adopté une astuce radicale : elle colle des couvertures de survie sur ses vitres, ce qui lui permet de gagner 4 à 5 °C. Pour des conseils plus détaillés, consultez notre article sur le dôme de chaleur en France qui vous donnera toutes les astuces pour tenir le coup.
Climatiseur mobile : la fausse bonne idée qui fait flamber la facture
Quand la chaleur devient insupportable, la tentation est grande d'acheter un climatiseur mobile. Ces appareils, vendus entre 200 et 600 euros dans les magasins d'électroménager, promettent une fraîcheur immédiate. Mais attention aux illusions.
Un climatiseur mobile consomme en moyenne 1 000 à 1 500 watts par heure, soit l'équivalent d'un radiateur électrique. En fonctionnement continu pendant une canicule, la facture d'électricité peut exploser de 100 à 200 euros par mois. De plus, ces appareils sont peu efficaces : sans bonne évacuation de l'air chaud par une fenêtre, ils créent de la condensation et peuvent aggraver l'inconfort.
L'alternative : un brasseur d'air puissant, qui consomme 20 fois moins (50 à 70 watts) et peut réduire la température perçue de 3 à 4 °C. Placez-le devant vous, ou mieux, devant un bac de glaçons pour un effet rafraîchissant immédiat. Un ventilateur de plafond, moins cher qu'un climatiseur mobile, peut aussi faire une différence significative pour une consommation électrique minimale.
S'adapter sans argent : douches, salles de bain fraîches et lifestyle
Les astuces à coût zéro existent et peuvent faire la différence. Prenez des douches fraîches avant le coucher pour abaisser votre température corporelle. Placez un drap mouillé devant le ventilateur : l'eau en s'évaporant rafraîchira l'air. Congelez des bouteilles d'eau et placez-les dans votre lit avant de vous coucher. Évitez les repas chauds et lourds, préférez les salades et les fruits riches en eau.
Sur le plan hygiène de vie, quelques règles simples : évitez l'alcool et le sport aux heures chaudes (entre 11 h et 17 h). Dormez dans une pièce située au nord, si possible. Et surtout, hydratez-vous régulièrement, même sans sensation de soif. Amaury, lui, a adopté une stratégie plus radicale : il saute des repas, car la chaleur lui coupe l'appétit. Une solution de survie, pas une solution de vie.
Rénovation thermique : comment faire payer le propriétaire pour rafraîchir votre logement ?
Les astuces individuelles ont leurs limites. Pour résoudre durablement le problème des bouilloires thermiques, il faut agir à la racine : la rénovation. Mais pour un jeune locataire, faire réaliser des travaux par son propriétaire relève souvent du parcours du combattant.
MaPrimeRénov' : un casse-tête pour le locataire
MaPrimeRénov', l'aide publique à la rénovation énergétique, est réservée aux propriétaires. Les locataires ne peuvent pas y prétendre directement. Mais ils peuvent utiliser cet argument pour convaincre leur propriétaire d'entreprendre des travaux.
Les arguments à faire valoir sont les suivants : la valeur locative du bien augmentera après rénovation, les aides publiques (MaPrimeRénov', certificats d'économies d'énergie) couvrent une grande partie du coût des travaux, et les nouvelles obligations légales (proposition de loi Grégoire) rendront ces travaux obligatoires à terme. Mieux vaut anticiper que subir une interdiction de location. Un propriétaire qui rénove aujourd'hui bénéficie d'aides pouvant couvrir jusqu'à 90 % du coût des travaux pour les ménages les plus modestes, via MaPrimeRénov' et les certificats d'économies d'énergie.
Le nouveau DPE « confort d'été » : une révolution pour les prochaines locations ?
La proposition de loi Grégoire prévoit d'affiner le DPE pour intégrer une vraie note « confort d'été » qui serait bloquante pour la location. Concrètement, un logement classé « Insuffisant » pour le confort d'été ne pourrait plus être loué à partir de 2030.
Cette mesure, si elle est adoptée, pourrait chasser du marché des milliers de logements aujourd'hui loués. Les propriétaires n'auraient d'autre choix que de rénover pour continuer à percevoir des loyers. Une révolution silencieuse qui pourrait enfin mettre fin au calvaire des locataires des bouilloires thermiques. Selon les estimations de l'IGNES, 478 550 logements franciliens sont concernés. Leur mise aux normes représenterait un chantier colossal, mais aussi une opportunité économique pour le secteur du bâtiment.
Se mobiliser collectivement : de l'association de locataires au signalement de masse
La mobilisation individuelle a ses limites. Pour faire bouger les choses, il faut agir collectivement. Rejoindre ou créer une association de locataires dans son immeuble ou son quartier permet de mutualiser les démarches et de peser plus lourd face aux propriétaires.
Les plateformes de signalement, comme celles mises en place par certaines mairies (Paris, Lyon, Bordeaux), permettent de recenser les logements bouilloires et d'alerter les services d'hygiène. Interpeller les élus locaux, organiser des actions de sensibilisation, utiliser les réseaux sociaux pour témoigner : toutes ces actions contribuent à faire pression sur les pouvoirs publics.
L'exemple de la proposition de loi Grégoire le prouve : la mobilisation paie. Portée par des associations, des syndicats de locataires et des citoyens, cette proposition a réussi à fédérer 51 députés de 7 groupes politiques différents. Un exploit qui montre que le changement est possible. À Paris, un collectif de locataires du 18e arrondissement a réussi à obtenir la rénovation complète de leur immeuble après deux ans de mobilisation, avec l'appui de l'ADIL et d'élus locaux.
Conclusion : « On ne peut plus continuer comme ça »
La phrase d'Amaury, reprise en titre du Figaro, n'est pas qu'un cri de détresse. C'est un constat politique. Le calvaire des jeunes dans les logements bouilloires est devenu un problème de santé publique et de justice sociale. Les trois piliers de cet article — témoignages poignants, chiffres accablants, solutions concrètes — dessinent une feuille de route claire.
D'un côté, des témoignages comme ceux d'Amaury, de Lorette, de Vahagn et d'Anthony donnent une voix à la souffrance silencieuse de milliers de jeunes qui étouffent dans des logements indignes. De l'autre, les chiffres de la Banque des Territoires et de l'IGNES chiffrent l'ampleur du drame : 35 % des logements sont des bouilloires, 48 % des 18-24 ans souffrent de la chaleur chez eux, 3 700 morts évitables en 2024.
Mais il existe aussi des solutions. Des solutions concrètes, comme le protocole anti-canicule et les astuces low-tech, qui permettent de survivre dès maintenant. Des solutions juridiques, comme la proposition de loi Grégoire, qui promet d'interdire la location des bouilloires à partir de 2030. Et des solutions collectives, comme la mobilisation citoyenne et les associations de locataires, qui font bouger les lignes.
« On se balade en maillot de bain pour survivre » ? Non. On arrête de survivre et on agit. Le droit à un logement frais n'est pas un luxe, c'est une nécessité sanitaire et une exigence démocratique. Il est temps que les pouvoirs publics, les propriétaires et les citoyens prennent leurs responsabilités. L'été 2026 sera chaud, mais il ne doit pas être mortel.