La Commission de régulation de l'énergie (CRE) a annoncé ce jeudi 16 juillet une proposition d'augmentation moyenne de 2,5 % des tarifs réglementés de vente de l'électricité (TRVE) pour le 1er août 2026. Concrètement, cela représente environ 26 euros TTC de plus par an sur la facture d’un foyer moyen, qui passerait de 1 046 à 1 072 euros. Derrière ce chiffre global se cachent des réalités très différentes selon ton profil de consommation, et surtout des leviers simples pour ne pas subir cette hausse.

Hausse de l’électricité au 1er août : combien ça va te coûter en plus ?
La CRE propose une augmentation de 2,5 % TTC du tarif réglementé, soit +5,98 euros par mégawattheure (MWh). Pour un ménage consommant 4,5 MWh par an — la moyenne nationale — la facture grimpe donc de 26 euros. Mais cette moyenne cache d’énormes disparités selon la taille du logement et les usages.

Les 19,37 millions de foyers encore au tarif réglementé sont directement concernés. Le dernier mot revient au gouvernement, qui doit valider ou non la proposition transmise au Conseil supérieur de l’énergie pour avis. La hausse entre en vigueur dans quinze jours si l’exécutif donne son feu vert.
7 € pour un studio, 15 € pour une coloc : le vrai coût selon ta consommation
Les analyses de Selectra et JeChange permettent de traduire cette hausse en profils concrets. Un étudiant vivant seul dans un studio tout électrique consomme environ 2,5 MWh par an. Pour lui, l’augmentation représente à peine 7 euros sur l’année. Une colocation de trois personnes tournant autour de 5 MWh annuels verra sa facture augmenter d’environ 15 euros. Un jeune actif en couple, télétravailleur dans un appartement de 70 m² avec chauffage électrique, peut atteindre 8 MWh par an et subir la hausse maximale de 26 euros.
Traduit en dépenses du quotidien : 7 euros par an, c’est l’équivalent d’un café par mois. 26 euros, c’est un peu plus de deux euros par mois. Rien de catastrophique donc, mais suffisamment pour que chaque euro compte sur un petit budget.
Pourquoi la hausse entre en vigueur le 1er août, en plein été ?
Le calendrier peut surprendre. La raison est réglementaire : le TURPE (tarif d’utilisation des réseaux publics d’électricité) s’applique au 1er août chaque année. Cette date n’est pas choisie au hasard. Elle correspond à la reprise de la consommation après des années marquées par la sobriété énergétique et l’inflation, comme le rappelle Le Monde.
Il y a aussi une raison pratique : les jeunes déménagent massivement en été. Avant de signer ton premier abonnement, tu dois avoir cette information en tête. C’est le bon moment pour vérifier que ton contrat colle à tes besoins réels, avant que la hausse ne s’applique.
Le vrai moteur de la facture : le TURPE et le rattrapage de l’hiver 2025

Contrairement à ce qu’on pourrait croire, ce n’est pas le prix de l’électricité en elle-même qui augmente. Le principal responsable de cette hausse est le TURPE, qui grimpe de 3,04 %. Cette composante représente environ 30 % de la facture totale et sert à financer l’entretien et le développement du réseau électrique.
Les deux autres composantes du tarif réglementé — l’approvisionnement en électricité et les taxes — restent stables. C’est donc bien le coût du réseau qui tire la facture vers le haut.
Pourquoi Enedis réclame 231 millions d’euros aux factures pour l’hiver 2025
Le mécanisme est simple, mais rarement expliqué. L’hiver 2025 a été particulièrement doux. Résultat : les Français ont moins chauffé, et la consommation d’électricité a chuté de 3,6 TWh par rapport aux prévisions. Enedis, qui perçoit ses recettes via le TURPE en fonction des volumes consommés, s’est retrouvé avec un manque à gagner de 231,6 millions d’euros.
Un dispositif appelé CRCP (Compte de régularisation des charges et des produits) permet ce qu’on appelle un « rattrapage ». La régulation autorise Enedis à récupérer ces recettes perdues l’année suivante, pour éviter que le gestionnaire de réseau ne soit en déficit. Au total, la somme due à Enedis atteint 494,5 millions d’euros. Le facteur de rattrapage (k) est poussé à son maximum réglementaire de 3 %.
Parallèlement, RTE doit financer des investissements lourds pour la transition énergétique et l’acheminement de l’électricité sur tout le territoire. Ces coûts pèsent aussi sur le TURPE.
Abonnement vs kWh : la partie fixe augmente plus vite que la variable
Un détail important : la hausse ne s’applique pas uniformément. La part fixe de l’abonnement augmente proportionnellement plus que le prix de l’énergie. Pour un petit logement comme un studio, où la part fixe domine la facture, l’augmentation en pourcentage est plus marquée, même si le montant total reste faible.
Cela signifie que les petits consommateurs sont relativement plus impactés par cette hausse que les gros consommateurs. Une raison de plus pour vérifier que tu ne paies pas un abonnement surdimensionné par rapport à tes besoins réels.
L’économie cachée qui dépasse la hausse : vérifie ta puissance de compteur

C’est le levier le plus sous-estimé, et pourtant le plus efficace. L’UFC-Que Choisir le répète dans ses conseils de juillet 2026 : la puissance souscrite sur ton compteur est souvent trop élevée par rapport à tes besoins réels.
Quand tu emménages, l’agence ou le déménageur met par défaut une puissance de 9 kVA. C’est la valeur standard, celle qui évite les appels pour disjonctage. Mais pour un studio ou un petit appartement, c’est souvent trop.
6, 9 ou 12 kVA : comment savoir si tu paies le bon abonnement ?
Les seuils pratiques recommandés par l’UFC-Que Choisir sont clairs : 3 kVA suffisent pour un studio sans chauffage électrique ni gros appareils. 6 kVA sont adaptés pour un logement de moins de 80 m² avec chauffage électrique et équipements standards. 9 kVA deviennent nécessaires au-delà de 100 m² ou pour une maison avec plusieurs gros appareils fonctionnant simultanément. 12 kVA concernent les grandes maisons tout électrique.
Le compteur Linky affiche en temps réel la puissance utilisée. Tu peux vérifier toi-même si ta puissance actuelle est adaptée. Et surtout, les jeunes héritent souvent du contrat de l’ancien locataire, qui n’avait pas les mêmes besoins.
Le changement de puissance gratuit qui te fait économiser 42 € par an
La bonne nouvelle : changer de puissance est gratuit et prend 24 à 48 heures. Il suffit de faire la demande dans ton espace client en ligne. Concrètement, passer de 9 kVA à 6 kVA fait passer l’abonnement de 17,27 euros à 13,72 euros par mois sur le Tarif Bleu d’EDF en option Base. Soit 42,60 euros d’économies par an.
Compare avec le coût maximal de la hausse du 1er août : 26 euros. Faire cette simple demande rembourse la hausse au moins une fois et demie. C’est le geste le plus rentable de l’année, et il ne prend que deux minutes.
Si tu veux un guide complet pour négocier ton premier abonnement sans te faire avoir, consulte notre guide 2026.
Compense la hausse immédiatement : 3 réglages ADEME gratuits

Plutôt que de chercher à payer moins cher le kilowattheure, tu peux réduire ta consommation. L’ADEME propose 20 solutions pour diminuer sa facture d’électricité. En voici trois, gratuites et applicables immédiatement, qui créent un « buffer budget » confortable dépassant largement les 26 euros de hausse.
Le ballon d’eau chaude à 55 °C : le réglage le plus rentable de l’année
La majorité des chauffe-eau sont réglés trop haut, souvent à 65 °C ou plus. Résultat : des pertes calorifiques importantes et une surconsommation inutile. Baisser le thermostat à 55 °C permet d’économiser 5 à 10 % sur la facture d’électricité, sans risque sanitaire. À cette température, les bactéries ne se développent pas.
Le geste est simple : repère le thermostat sur ton ballon d’eau chaude (souvent sous un cache plastique), et tourne-le à 55 °C. Ni plus, ni moins. Si tu as un chauffe-eau électrique, c’est le réglage le plus rentable que tu puisses faire cette année.
19 °C le jour, 17 °C la nuit : l’écart qui compte
L’ADEME recommande 19 °C dans les pièces à vivre, 17 °C dans les chambres, et 16 °C la nuit. Chaque degré de moins réduit la facture de chauffage de 7 %. C’est le poste variable le plus important pour un colocataire ou un télétravailleur.
En télétravail, ne chauffe pas ta chambre vide toute la journée. Travaille dans une pièce commune que tu maintiens à 19 °C. Et la nuit, baisse à 16 °C dans toute la maison. Sur une saison de chauffe de cinq mois, l’économie peut atteindre 50 à 80 euros.
Programmes éco et heures creuses : les bons réflexes
Les programmes « éco » des machines à laver et lave-vaisselle réduisent la consommation de 30 à 45 %. Ils durent plus longtemps, mais consomment beaucoup moins d’eau et d’électricité. Utilise-les systématiquement.
Pour les jeunes avec option heures creuses, lancer les cycles la nuit reste pertinent, mais l’écart tarifaire s’est réduit ces dernières années. Si l’écart entre heures pleines et heures creuses est inférieur à 20 %, le confort prime sur le gain. Vérifie sur ta facture : si l’écart est faible, ne te prends pas la tête avec les horaires.
Faut-il quitter le tarif réglementé pour une offre de marché ?
Face à la hausse du TRVE, la tentation est grande de se tourner vers une offre de marché moins chère. Le calcul semble simple : si le tarif réglementé augmente, pourquoi ne pas aller voir ailleurs ?

La réalité est plus nuancée. Le TRVE est un bouclier de stabilité, mais des offres de marché à prix fixe ou indexé peuvent être moins chères de 5 à 10 %. Encore faut-il savoir les choisir.
Les offres de marché 10 % moins chères que le TRVE : le piège à éviter
Certaines offres affichent des remises alléchantes, parfois jusqu’à 10 % sous le TRVE. Mais attention aux conditions. Les remises sont souvent conditionnelles : prélèvement automatique, facture en ligne, effacement aux heures de pointe. Si tu changes de banque ou si tu oublies de valider un relevé, la remise saute.
Autre piège : les clauses de résiliation. Un étudiant qui part en stage à l’étranger pendant six mois ne pourra pas forcément résilier sans frais. Certains contrats imposent une durée minimale d’un an avec pénalité de départ anticipé.
Pourquoi rester au TRVE est parfois le meilleur calcul pour un petit budget
Le tarif réglementé présente trois avantages majeurs : il est le plus régulé, sans engagement et sans surprise. Il fluctue moins que les offres de marché, et son évolution est encadrée par la CRE.
Selon les chiffres de la CRE, 19,37 millions de foyers font ce choix. Pour un jeune qui veut de la visibilité sur ses 12 mois de location, c’est le choix le plus rationnel et le plus simple. Pas de mauvaise surprise, pas de paperasse à gérer en cas de déménagement.
Si tu veux en savoir plus sur les propositions politiques pour faire baisser la facture, lis notre article sur la proposition LR pour réduire les taxes sur l'électricité.
Conclusion : une hausse modérée, des leviers concrets pour la dépasser
Inutile de paniquer pour 26 euros par an. Cette augmentation est faible et la compréhension des mécanismes — notamment le TURPE et le rattrapage lié à l’hiver doux 2025 — permet de relativiser.
Le vrai levier est ailleurs. La maîtrise technique de ton contrat (puissance souscrite) et les réglages simples (chauffage à 19 °C, eau chaude à 55 °C, programmes éco) te permettent d’économiser bien plus que le coût de la hausse. Changer ta puissance de 9 à 6 kVA te fait économiser 42 euros par an, soit presque le double de l’augmentation.
Tu ne paies pas que l’électron qui sort de ta prise. Tu paies un réseau qui doit être solide, capable d’acheminer l’électricité sur tout le territoire, de résister aux canicules et d’intégrer les énergies renouvelables. Comme le rappelle l’actualité récente avec les 50 000 foyers privés d'électricité pendant la canicule, ces investissements ont une utilité concrète.
Profite des outils gratuits à ta disposition pour ne pas payer pour du vide. Vérifie ta puissance, règle ton chauffe-eau, ajuste ton chauffage. Ces gestes simples te feront gagner plus que ce que la hausse te coûte. Et si le réseau électrique français montre des signes de saturation face au boom du solaire, comme l’explique notre carte des zones saturées, chaque geste d’économie compte aussi pour la collectivité.