Sécheresse en Isère : un éleveur en chemise noire et short tenant un seau jaune dans un pâturage grillé, avec des vaches et une ferme en pierre en arrière-plan sous un ciel bleu clair, illustrant la sécheresse et la pénurie de fourrage.
Environnement

Salers et Cantal : quand la canicule met les fromages AOP au bord de la rupture

Les canicules fréquentes perturbent la production des fromages AOP Salers et Cantal, avec une baisse de la production laitière de 10 à 15 % et des interruptions de fabrication. La filière demande des ajustements des cahiers des charges à l'INAO.

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Trois canicules par an, des stocks de fourrage à sec, une production laitière en berne. Les fromages AOP Salers et Cantal, attachés à des méthodes d'élevage séculaires, font face à une réalité climatique qui a basculé. La filière, qui compte environ 750 exploitations en Auvergne, cherche désormais à réinventer ses règles pour survivre.

Sécheresse en Isère : un éleveur en chemise noire et short tenant un seau jaune dans un pâturage grillé, avec des vaches et une ferme en pierre en arrière-plan sous un ciel bleu clair, illustrant la sécheresse et la pénurie de fourrage.
Sécheresse en Isère : un éleveur en chemise noire et short tenant un seau jaune dans un pâturage grillé, avec des vaches et une ferme en pierre en arrière-plan sous un ciel bleu clair, illustrant la sécheresse et la pénurie de fourrage. - (source)

Un climat qui n'a plus rien à voir avec 2007

La comparaison est saisissante. Avant les années 2010, une sécheresse touchait la région une fois tous les trois ou quatre ans. Désormais, c'est presque un épisode tous les deux ans. En 2022 comme en 2025, plusieurs producteurs de Salers ont été contraints d'interrompre la fabrication de leur fromage en pleine saison, entre mai et septembre. Sans pâturages suffisants, ils n'avaient simplement plus les moyens de maintenir une production laitière conforme au cahier des charges.

Le Cantal, département auvergnat où sont produits les fromages AOP Salers et Cantal

Pire : certains ont dû basculer vers le Cantal fermier, un fromage nettement moins rémunérateur. La production laitière est en baisse de 10 à 15 % par rapport aux niveaux historiques, selon les constats partagés par les acteurs de la filière.

Or, le cahier des charges du Cantal AOP n'a pas été révisé depuis 2007. Les règles qui encadrent la surface d'herbe par vache, l'alimentation animale et les conditions de production figent un modèle conçu pour un climat qui n'existe plus. Comme le souligne Laurent Lours, producteur : "Le contexte actuel n'a plus rien à voir avec celui d'il y a près de deux décennies."

Ce que l'interprofession demande à l'INAO

Face à l'urgence, l'interprofession des producteurs de Cantal a saisi l'Institut national de l'origine et de la qualité (INAO) pour demander des ajustements concrets. Trois axes sont envisagés :

  1. Élargir la surface d'herbe allouée à chaque vache, afin de compenser la baisse de rendement des prairies en période de sécheresse.
  2. Autoriser une part de foin dans l'alimentation pendant les périodes sèches, là où le cahier des charges impose normalement une alimentation essentiellement pastorale.
  3. Permettre l'achat ponctuel de fourrage hors zone géographique, dans des proportions limitées, pour éviter les ruptures d'approvisionnement locales.

Ces propositions visent à maintenir la viabilité économique des exploitations sans renoncer aux fondamentaux du fromage - un lait de races locales, élevé en pâturage, transformé selon des procédés traditionnels.

La difficulté d'une réécriture des règles

Le problème est chronologique. La réécriture complète d'un cahier des charges AOP peut prendre deux à trois ans, entre études, consultations et validation par l'INAO. Or, les sécheresses ne patientent pas. Les dérogations temporaires - autorisations ponctuelles de déroger aux règles en cas d'aléa climatique extrême - constituent une réponse d'urgence, mais elles ne règlent pas la question de fond.

La filière se trouve ainsi coincée entre deux impératifs : préserver l'authenticité d'un fromage vieux de plusieurs siècles, et adapter ses conditions de production à un environnement qui échappe de plus en plus aux agriculteurs.

Le Salers, premier touché

Le Salers, fromage au lait cru de vache de la race de même nom, affiné pendant au moins trois mois, est la production la plus exigeante en pâturage. Les règles imposent une alimentation essentiellement à l'herbe, sur des terroirs précis. Quand l'herbe manque, c'est toute la chaîne de valeur qui se grippe : le lait se raréfie, la transformation s'arrête, et les producteurs perdent des revenus sur une saison entière.

Image promotionnelle de l'AOP Salers montrant une femme en tablier regardant un paysage vert, avec des meules de fromage et une cuve de lait au premier plan, et le texte 'AOP SALERS LE FROMAGE FERMIER' superposé, représentant le fromage fermier Salers.
Image promotionnelle de l'AOP Salers montrant une femme en tablier regardant un paysage vert, avec des meules de fromage et une cuve de lait au premier plan, et le texte 'AOP SALERS LE FROMAGE FERMIER' superposé, représentant le fromage fermier Salers. - (source)

Le Cantal fermier, bien que moins contraignant, reste tributaire des mêmes conditions climatiques. La différence réside surtout dans le prix de vente, bien inférieur à celui du Salers, ce qui rend la substitution économiquement douloureuse.

Quel avenir pour ces fromages d'Auvergne ?

L'enjeu dépasse la survie individuelle des exploitations. Il concerne un patrimoine alimentaire inscrit dans le territoire auvergnat depuis des siècles. Les races laitières locales, les savoir-faire de transformation, l'économie rurale qui en dépend - tout est lié.

La solution ne viendra probablement pas d'une révolution, mais d'une évolution pragmatique des cahiers des charges. Autoriser le foin en période de sécheresse, ajuster les surfaces pastorales, prévoir des mécanismes d'approvisionnement de secours : autant de mesures qui, sans trahir l'esprit des AOP, permettraient aux producteurs de traverser des étés de plus en plus rudes.

Le changement climatique ne demande pas la permission aux traditions. La question n'est plus de savoir si les règles doivent évoluer, mais à quelle vitesse la filière peut le faire sans perdre son identité.

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Questions fréquentes

Pourquoi la canicule menace-t-elle les fromages Salers et Cantal ?

Les sécheresses récurrentes réduisent les pâturages et la production laitière de 10 à 15 %, rendant difficile le respect du cahier des charges AOP qui impose une alimentation essentiellement à l'herbe.

Que demande l'interprofession des producteurs à l'INAO ?

Trois ajustements : élargir la surface d'herbe par vache, autoriser une part de foin en période sèche, et permettre l'achat ponctuel de fourrage hors zone géographique.

Depuis quand le cahier des charges du Cantal AOP n'a-t-il pas été révisé ?

Il n'a pas été révisé depuis 2007.

Quelle est la différence entre le Salers et le Cantal fermier en cas de sécheresse ?

Le Salers exige davantage de pâturage, ce qui le rend plus vulnérable au manque d'herbe. Le Cantal fermier est moins contraignant, mais son prix de vente est bien inférieur, rendant la substitution économiquement douloureuse.

Combien de temps faut-il pour réécrire un cahier des charges AOP ?

La réécriture complète peut prendre deux à trois ans, entre études, consultations et validation par l'INAO.

Sources

  1. Sécheresse en Finistère : les agriculteurs demandent des réponses à la hauteur de l’épreuve · actu.fr
  2. Loire-Atlantique : un éleveur laitier face à une récolte de maïs divisée par deux et à des charges en hausse · actu.fr
  3. L'État assouplit ses règles d'AOP, ce que cela change pour ces trois fromages français : Actualités - Orange · actu.orange.fr
  4. [PDF] Valorisation multifonctionnelle des prairies dans le cadre des ... - AFPF · afpf-asso.fr
  5. La Salers : Guide complet sur la race - Le Comptoir des éleveurs · comptoir-des-eleveurs.com
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Nathan Curbot @cyber-watch

Je suis le pote relou qui vérifie si tes mots de passe sont dans une base de données piratée. Étudiant en cybersécurité à Rennes, je passe mes nuits sur des CTF et à lire des rapports de failles. Ma paranoïa est légendaire : j'ai un gestionnaire de mots de passe, une YubiKey, et je refuse de me connecter au WiFi public. Mon mantra : si c'est gratuit, c'est toi le produit. Et non, je ne vais pas « hacker le compte Insta de ton ex ».

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