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Éducation

Triche par IA à Princeton : 29,9 % des seniors avouent, presque aucun signalement

En 2025, 29,9 % des seniors de Princeton admettent avoir triché au moins une fois à un devoir ou un examen, selon l'enquête du Daily Princetonian. 28 % déclarent avoir utilisé ChatGPT malgré une interdiction explicite, tandis que 45 % disent avoir eu connaissance d'une violation du code d'honneur sans la signaler, contre 0,4 % qui l'ont signalée. Face à la hausse des sanctions disciplinaires, Princeton impose la surveillance des examens en classe et réduit fortement les examens à la maison.

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À Princeton, le système qui reposait sur la confiance depuis 1893 vient de craquer. L'enquête menée en 2025 par le Daily Princetonian auprès des seniors indique que 29,9 % des étudiants admettent avoir triché au moins une fois à un devoir ou à un examen. Et autour d'eux, un silence massif.

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Le chiffre varie selon la filière : 40,8 % des étudiants en ingénierie reconnaissent avoir triché, contre 26,4 % en lettres et sciences humaines. Mais le vrai signal d'alerte n'est pas seulement le niveau de fraude. C'est la réaction de la communauté : personne ou presque ne dénonce.

Un code d'honneur qui ne fait plus peur

Le principe était simple et radical. En vertu d'un pacte remontant à 1893, les professeurs de Princeton ne surveillaient pas les examens en classe. Les étudiants devaient écrire en tête de copie : "I pledge my honor that I have not violated the Honor Code during this examination". Et ils s'engageaient à signaler tout camarade vu en train de tricher.

Ce modèle supposait deux choses : une triche visible et un groupe prêt à la sanctionner. L'IA générative a fait disparaître les deux.

En 2025, 28 % des seniors déclarent avoir utilisé ChatGPT pour un devoir qui l'interdisait explicitement, soit plus du double du taux de 2024. Pas d'antisèche qui dépasse, pas de regard qui louche. Juste un téléphone, un onglet, une réponse propre. Une fraude furtive, indétectable à l'oeil nu dans un amphi non surveillé.

Résultat : 44,6 % des seniors disent avoir vu une triche sans la signaler. Autre mesure de la même enquête : 45 % des diplômés savaient qu'un pair avait violé le code d'honneur et ont choisi de ne pas le signaler, contre seulement 0,4 % qui l'ont signalé.

Pourquoi les étudiants se taisent

Ce n'est pas de l'indifférence, c'est de l'autodéfense sociale. Beaucoup de signalements qui arrivent au comité d'honneur sont désormais anonymes, parce que les étudiants craignent le doxxing ou la honte publique sur les réseaux sociaux s'ils dénoncent ouvertement.

Comme le rapporte Rose Horowitch, cette omertà affichée entretient la spirale. Sur l'application anonyme Fizz, la triche s'exhibe. Les étudiants qui respectent les règles se sentent alors comme des "dindons". "There's an air of people cheating on take-homes and people just using ChatGPT", témoigne un étudiant cité dans l'enquête. "As long as people think there is more cheating, it encourages more cheating."

Quand la fraude devient le bruit de fond, l'honnêteté ressemble à une vulnérabilité. En cybersécurité comme à l'université, un système où être honnête vous pénalise est un système déjà compromis.

Pour comprendre l'escalade des sanctions, il faut relire les règles du jeu : Triche aux examens : méthodes, sanctions et raisons de ne jamais tenter le coup

Des sanctions en forte hausse

Les chiffres disciplinaires confirment la bascule. Le Comité de discipline, compétent pour les devoirs à la maison, a sanctionné 82 étudiants pour fraude académique en 2024-2025, contre 50 en 2021-2022.

On est loin d'une simple panique morale autour de ChatGPT. C'est une courbe mesurable, année après année, au moment exact où l'IA générative devient grand public et gratuite.

Le retour des surveillants, réclamé par les étudiants

Le plus étonnant, c'est qui a demandé le tour de vis. Une grande partie de cette pression est venue des étudiants eux-mêmes, qui estimaient qu'il y avait trop de triche et qu'ils ne pouvaient plus faire respecter le code d'honneur.

La faculté a donc voté l'obligation de surveillance pour tous les examens en classe à partir du 1er juillet. Un seul professeur s'y est opposé.

Princeton n'invente rien. Dès 2023, Stanford avait introduit la surveillance pour certains examens en présentiel. La confiance ne suffit plus quand l'outil de triche tient dans la poche.

Attention au malentendu : les surveillants ne seront pas des vigiles d'examen. Leur consigne tient en une phrase : "serve as a witness to what happens but will not interfere with the students taking examinations", puis ils transmettront leurs observations au comité d'honneur. Autrement dit, de la journalisation humaine, pas de l'intervention en temps réel. En termes de sécurité, on passe d'un modèle préventif basé sur l'honneur à un modèle de détection avec témoin.

Fini les examens à la maison ?

En parallèle, Princeton reconfigure ses évaluations. En un an, le nombre d'examens à la maison a chuté de plus des deux tiers. L'année prochaine, le département d'économie exigera de ses étudiants une soutenance orale de leurs projets de recherche.

La logique est paranoïaque, donc saine : ne plus évaluer seulement un fichier final, facilement générable par IA, mais vérifier la chaîne de production. Soutenance, examen surveillé, travail suivi : on contrôle l'humain derrière le document, pas seulement le document.

Princeton n'est pas un cas isolé

La plus grande étude disponible, citée par Maya L. Kapoor et menée auprès de 95 000 répondants dans 20 universités, montre qu'environ deux tiers des étudiants disent utiliser l'IA générative, et que près de 40 % l'utilisent mensuellement ou plus. Surtout, au moins 9 % de ces utilisateurs déclarent l'utiliser pour tricher.

La leçon pour les universités n'est donc pas de diaboliser un outil, ni de croire qu'un détecteur d'IA règlera le problème. Les détecteurs se contournent, se trompent, créent des faux positifs. La vraie faille révélée par Princeton est sociale : quand signaler coûte plus cher que tricher, le code, même vieux de 130 ans, ne s'exécute plus.

Reste à reconstruire deux couches : une pédagogie qui rend l'IA visible et traçable dans les devoirs, et une confiance collective où dénoncer ne signifie pas s'exposer. Sans ça, la surveillance ne fera que déplacer la triche, pas l'éteindre.

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Questions fréquentes

Combien d'étudiants de Princeton avouent tricher ?

29,9 % des seniors admettent avoir triché au moins une fois à un devoir ou à un examen, selon l'enquête 2025 du Daily Princetonian. Le taux atteint 40,8 % en ingénierie contre 26,4 % en lettres et sciences humaines.

Pourquoi les étudiants ne dénoncent pas la triche ?

Par autodéfense sociale : ils craignent le doxxing ou la honte publique sur les réseaux sociaux, donc les signalements au comité d'honneur sont désormais souvent anonymes.

Combien de sanctions pour fraude à Princeton en 2025 ?

Le Comité de discipline, compétent pour les devoirs à la maison, a sanctionné 82 étudiants pour fraude académique en 2024-2025, contre 50 en 2021-2022.

Princeton surveille-t-il les examens en classe ?

Oui, la faculté a voté l'obligation de surveillance pour tous les examens en classe à partir du 1er juillet, à la demande des étudiants eux-mêmes. Les surveillants servent de témoins sans intervenir.

Sources

  1. Research-Practice Webinar | Bugs, Bots, and Algorithmic Bias · 21cslacenter.berkeley.edu
  2. Princeton AI Cheating: Mandatory Proctoring | AcademicJobs · academicjobs.com
  3. GenAI : le nombre d'étudiants britanniques utilisant l'IA pour tricher ... · actuia.com
  4. AI invades Princeton, where 30% of students cheat—but peers won't snitch · arstechnica.com
  5. 94 % des étudiants français ont déjà utilisé l’IA : entre usage massif et dérives inquiétantes · blogdumoderateur.com
cyber-watch
Nathan Curbot @cyber-watch

Je suis le pote relou qui vérifie si tes mots de passe sont dans une base de données piratée. Étudiant en cybersécurité à Rennes, je passe mes nuits sur des CTF et à lire des rapports de failles. Ma paranoïa est légendaire : j'ai un gestionnaire de mots de passe, une YubiKey, et je refuse de me connecter au WiFi public. Mon mantra : si c'est gratuit, c'est toi le produit. Et non, je ne vais pas « hacker le compte Insta de ton ex ».

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