Chaque année, les masters de droit et de psychologie subissent une forte pression sur Mon Master. Ces deux disciplines sont, selon le président du Comité éthique et scientifique de Parcoursup et Mon Master (CESPM), Gilles Roussel, "des points de passage obligés vers des professions réglementées attractives". La manière dont les dossiers y sont réellement départagés échappe en revanche largement au public.

Dans son huitième rapport annuel, remis le 13 avril 2026 au Parlement et à Philippe Baptiste, ministre de l'Enseignement supérieur, le CESPM consacre un long développement à ces deux filières, qui représentent à elles seules la moitié des saisines du recteur. Son constat central : sous une même étiquette de "masters sous tension", le droit et la psychologie ne posent pas le même problème.
Ce que la plateforme dit et ce qu'elle tait
La procédure est décrite noir sur blanc sur Mon Master. Dans chaque formation, une commission composée d'enseignants examine les candidatures "en fonction des critères qu'elle a définis". Ces critères figurent sur la fiche de présentation de la formation. Une fois l'analyse terminée, la formation dépose son classement sur la plateforme. Selon les cas, des épreuves écrites ou des oraux peuvent s'y ajouter.
Le cadre juridique laisse une marge aux établissements. L'article L612-6 du Code de l'éducation prévoit que les établissements peuvent fixer des capacités d'accueil, l'admission étant alors "subordonnée au succès à un concours ou à l'examen du dossier du candidat". Autrement dit, la sélection sur dossier est légale dès lors que les places sont limitées.
Reste la question de fond : comment une commission passe-t-elle de plusieurs milliers de dossiers à quelques dizaines d'admis ? C'est là que la description officielle s'arrête.
À l'université Paris-Est-Créteil, quatre enseignants - Luc Pellissier et Pierre Valarcher en informatique, Noé Wagener et Laurie Marguet en droit public - ont choisi de rendre publique leur propre procédure de sélection, celle du parcours informatique et droit du master de droit du numérique : 725 candidatures pour 17 places. Leur constat de départ, rapporté par Le Monde : les dossiers sont examinés "dans la plus grande opacité" par des "jurys souverains". Leur méthode inverse le réflexe habituel : tout publier, tout justifier, tout rendre contestable.
C'est la transparence que le CESPM réclame depuis huit ans. Il recommande de publier le code - ou au minimum une spécification - de la partie des plateformes en charge du classement des résultats, et d'obliger chaque formation à publier un rapport sur ses critères de refus de l'année précédente, en pénalisant celles qui ne le feraient pas. À ce jour, ces publications restent recommandées, pas imposées.
Psychologie : 28 candidatures pour une place
En psychologie, le problème est celui d'une pénurie. Les masters de la discipline reçoivent en moyenne 28 candidatures par place, contre 13 pour l'ensemble des masters. "À peine la moitié (49,4 % en 2025) des néo-licenciés en psychologie reçoivent une proposition d'affectation dans un de ces masters", relève le rapport. Les capacités d'accueil ont pourtant été augmentées d'environ 20 % depuis 2017, contre 7 % en moyenne ailleurs ; le droit, de son côté, a fait progresser les siennes de quelque 15 %.
Selon l'Association des enseignants-chercheurs de psychologie d'université, citée dans le rapport, cette difficulté à intégrer un master pousse des étudiants à redoubler volontairement pour améliorer leurs notes. Le Monde a recueilli des témoignages de candidats "lessivés", à l'estime de soi "en chute libre". Le phénomène n'a rien de marginal : une formation de psychologie a reçu près de 4 000 candidatures pour 140 places, rapporte L'Étudiant.
Droit : assez de places, mais mal réparties
En droit, la mécanique s'inverse. Les masters reçoivent 20 candidatures par place, mais l'offre suit mieux la demande : 82 places sont proposées pour 100 néo-licenciés, contre 75 en moyenne tous secteurs confondus. Le taux de remplissage atteint environ 95 %, soit treize points de plus que dans le reste des filières, et les 5 % de places non pourvues représentent environ 1 000 places. "En droit, la pression de la demande provient donc davantage de l'attractivité de la filière que du manque de places", conclut le comité.
Cette moyenne masque des goulets d'étranglement locaux. À Paris 1 et Paris 2, ainsi que dans certaines mentions comme le droit privé, le droit des affaires ou le droit pénal, les formations doivent traiter "des milliers de candidatures, vingt à cinquante fois plus nombreuses que le nombre de places". Le problème du droit tient donc moins à un déficit global de places qu'à leur répartition inégale entre établissements et spécialités.
Ce que le comité éthique propose de changer
Pour la psychologie, le comité suggère de s'inspirer d'un dispositif déjà en place en licence de droit sur Parcoursup : un questionnaire commun d'autoévaluation, obligatoire avant de formuler un voeu, destiné à mieux cerner les compétences attendues et l'adéquation du profil. Il invite aussi à valoriser les débouchés accessibles à bac+3, encore majoritairement choisis "par défaut", en prenant exemple sur les assistants en psychologie en Belgique, afin de sortir de cette logique : "un master pour être psychologue ou rien".
Pour le droit, la recommandation est plus technique : que les 30 % de formations qui recrutent en phase complémentaire appellent davantage de candidats dès la phase principale, en anticipant les désistements des années précédentes, pour ne pas laisser de places vacantes.
À ces deux volets s'ajoutent des mesures transversales : un référentiel commun de compétences entre enseignants de licence et de master, et l'élargissement du nombre de voeux, de 15 à 20, ciblés au niveau des parcours et non des mentions.
La saisine du recteur, un filet de sécurité défaillant
Le comité s'attaque aussi au dispositif censé garantir le droit à la poursuite d'études : la saisine du recteur, ouverte aux titulaires d'une licence qui, malgré plusieurs candidatures, n'ont été admis nulle part. Ce droit crée pour l'État une obligation de proposer une inscription en deuxième cycle, mais son efficacité est en cause. Fin octobre 2025, 5 300 saisines recevables avaient généré près de 98 000 demandes d'admission auprès des établissements. Seules 14 % avaient abouti à une proposition acceptée par l'étudiant. Le nombre de saisines a été multiplié par 2,25 entre 2017 et 2025 selon L'Étudiant, par 2,5 selon Le Parisien.
Le rapport avance une explication : beaucoup d'étudiants qui reçoivent une proposition par ce biais n'y donnent pas suite lorsque la formation est loin de chez eux ou qu'ils risquent d'y échouer. Il pointe aussi la lourdeur administrative pour les rectorats. D'où sa proposition de confier l'examen des saisines non plus aux services rectoraux, mais à des commissions mixtes réunissant universités et rectorats, sur le modèle des commissions d'accès à l'enseignement supérieur de Parcoursup, avec un calendrier resserré entre fin août et début septembre.
Ce qu'un refus permet encore d'exiger
Le droit ne laisse pas les candidats totalement démunis, mais il oblige à agir vite. Le Code de l'éducation prévoit que les motifs d'un refus sont communiqués par le chef d'établissement au candidat qui en fait la demande dans le mois suivant la notification du refus. Encore faut-il les réclamer : ils ne sont pas envoyés d'office. Pour un candidat, c'est souvent la seule fenêtre pour comprendre pourquoi son dossier a été écarté, et pour vérifier que les critères appliqués correspondent à ceux affichés sur la fiche de la formation. L'expérience de Créteil montre une voie : rendre les critères consultables et discutables, pour pouvoir contester, dossier par dossier, les refus restés inexpliqués.
Les critères sont affichés par chaque formation et les contraintes de places sont publiques et chiffrées, mais l'arbitrage final, dossier par dossier, relève de commissions dont les délibérations et les algorithmes locaux restent, pour l'essentiel, hors de portée du public - ce que le CESPM demande de changer.
Ce qui distingue le droit de la psychologie n'est donc pas la méthode de tri, largement commune, mais la nature de la contrainte : en psychologie, il manque des places ; en droit, il en manque surtout là où la demande se concentre.