Bâtiment en brique rouge de la faculté d'architecture de l'Université de Mons, avec passerelle vitrée reliant deux structures, entrée grillagée et piétons sur le trottoir
Éducation

En architecture, la Belgique accueille les étudiants recalés par Parcoursup

Près d'un millier d'étudiants français partent chaque année étudier l'architecture en Belgique après un voeu refusé sur Parcoursup. L'admission se fait sur dossier, sans numerus clausus national, et le diplôme est reconnu en France par la voie européenne, sous réserve qu'il soit complet. Mais un débat belge sur le financement des non-résidents pourrait restreindre cet accès.

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À Tournai, la faculté d'architecture, d'ingénierie architecturale et d'urbanisme accueille des étudiants que l'on n'attend pas forcément dans une petite ville belge de 70 000 habitants, perchée à 26 kilomètres de la métropole lilloise. Le Monde y a interviewé quatre d'entre eux : Jade Roy, venue de Cannes, Margaux Israel, du Massif central, Astrid Miserole, de Dunkerque, et Célestin Perruffel, un Lillois pour qui la Belgique est un voisinage plutôt qu'un exil. Leurs histoires se ressemblent : quatre, cinq, six candidatures à des écoles nationales d'architecture, autant de refus - même avec mention au bac, une orientation maths-physique, des stages et des journées portes ouvertes inscrites au dossier.

Bâtiment en brique rouge de la faculté d'architecture de l'Université de Mons, avec passerelle vitrée reliant deux structures, entrée grillagée et piétons sur le trottoir
Bâtiment en brique rouge de la faculté d'architecture de l'Université de Mons, avec passerelle vitrée reliant deux structures, entrée grillagée et piétons sur le trottoir - (source)

Pour ces étudiants, la frontière n'est pas une originalité géographique : c'est une porte de sortie. Reste à savoir si elle restera ouverte.

Un phénomène mesuré, pas seulement anecdotique

Les ordres de grandeur circulent depuis plusieurs mois et se recoupent sans vraiment s'aligner, ce qui est normal : les chiffres ne mesurent pas la même chose.

  • TF1 avance 17 000 étudiants français accueillis chaque année dans les écoles et universités belges.
  • Moustique parle d'environ 20 000 étudiants français en Belgique, et précise que les Français représentent la moitié des étudiants étrangers de la Fédération Wallonie-Bruxelles (FWB) - face à des Camerounais, Marocains ou Italiens également nombreux.
  • Le Parisien cible la filière qui nous intéresse ici : près d'un millier d'étudiants français partent chaque année étudier l'architecture en Belgique après un voeu refusé sur Parcoursup.

Ce dernier chiffre est le plus parlant pour un recalé : un millier d'étudiants par an, ce n'est plus une exception, c'est un itinéraire balisé. Et il ne date pas d'hier : dès octobre 2024, un billet de Chroniques d'architecture décrivait déjà des écoles belges formant des architectes français recalés par Parcoursup, en les accueillant sans barguigner.

La mécanique, en clair

Pourquoi ça marche ? Parce que l'accès belge ne ressemble pas au concours de fin de première année français. Trois points concrets, à vérifier école par école :

Le calendrier belge ne vous attend pas. Pour un bachelier, une équivalence de votre diplôme d'études secondaires est obligatoire, même pour un diplôme européen, et doit être demandée au service des équivalences de la FWB avant le 15 juillet (jusqu'au 14 septembre si le bac a été proclamé après le 10 juillet, comme l'explique l'ULB). Les résultats de Parcoursup tombent donc à un moment où le dossier belge est déjà, en grande partie, déposé.

Vous êtes traité comme un étudiant européen. Seuls les ressortissants hors UE passent par une commission d'admission en première année, avec 200 € de frais non remboursables. Un Français échappe à cette procédure : les conditions d'accès figurent simplement dans l'offre de formation de l'établissement, et elles varient d'un programme à l'autre.

Pas de numerus clausus national, mais une porte qui claque. L'inscription dans l'enseignement supérieur se clôture généralement le 30 septembre, date rappelée par Bruxelles-J, qui recommande d'ailleurs de déposer toute demande de visa étudiant au plus tard le 30 juin. Autre élément à connaître, propre aux ressortissants d'un pays hors UE : depuis l'année académique 2021-22, une année préparatoire n'ouvre droit à un titre de séjour que si elle est organisée par un établissement d'enseignement supérieur - configuration que Bruxelles-J juge "très rare en Communauté française", et pour laquelle il ne connaît aucun établissement bruxellois. Le "plan B" belge suppose donc de s'y prendre tôt, avant le 30 septembre, plutôt que d'y courir en août.

Le diplôme est-il reconnu en France ?

C'est la question qui tue, et la réponse est plutôt rassurante - sous réserve de deux points.

L'Ordre des architectes français distingue deux régimes. Les ressortissants UE, EEE et suisses titulaires d'un diplôme en architecture complet et reconnu relèvent de l'inscription "directe" au tableau de l'Ordre, présentée par l'Ordre comme le mode le plus simple et le plus courant. Un Français diplômé d'une faculté belge entre dans cette catégorie.

La preuve se lit même à l'envers sur le site du ministère de la Culture : la procédure lourde - dossier au Conseil régional, avis du Conseil national, puis décision du préfet de région en deux mois, silence valant rejet - est explicitement réservée aux ressortissants d'États non membres de l'UE ou de l'EEE. Elle ne concerne donc pas un étudiant français.

Deux réserves, toutefois. Le diplôme belge doit être complet (le grade de burgerlijk bouwmeester, équivalent d'un master). Et exercer en nom propre en France exige en plus la qualification de maîtrise d'oeuvre en nom propre, dont il faut vérifier l'équivalence concrète, cas par cas, auprès de l'Ordre. La reconnaissance du diplôme n'est donc pas le verrou ; l'accès à l'autonomie professionnelle, lui, mérite une vérification individuelle.

La Belgique ne voit pas cela d'un très bon oeil

Cette solution individuelle ne se lit pas de la même façon côté belge : ce qui est un refus, une frontière et une inscription pour le lycéen français y est un sujet de politique universitaire ouvertement conflictuel.

Dans la Fédération Wallonie-Bruxelles, l'enseignement supérieur fonctionne en enveloppe fermée : le budget global n'a pas suivi le nombre d'inscriptions, et le financement par étudiant baisse donc depuis 2006, selon Moustique. Face à ce mécanisme, la ministre de l'Enseignement supérieur Élisabeth Degryse et le Conseil des recteurs discutent ouvertement de deux pistes : faire davantage contribuer les non-résidents, ou refondre le système via un "droit individuel à l'enseignement supérieur".

Autrement dit : la même porte de sortie qui vous évite un refus pourrait être taxée, plafonnée, ou les deux. Un débat politique n'est pas une fermeture immédiate : il indique dans quelle direction le curseur se déplace, et rappelle que cet accès facile n'est pas un droit acquis, mais le produit d'un financement que les Belges trouvent désormais déséquilibré.

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Questions fréquentes

Pourquoi la Belgique attire-t-elle les étudiants en architecture recalés par Parcoursup ?

L'admission belge repose sur le dossier, sans numerus clausus national, et un Français y est traité comme un étudiant européen : les conditions d'accès figurent dans l'offre de formation de l'établissement, sans passer par la commission d'admission réservée aux ressortissants hors UE. Près d'un millier d'étudiants français partent ainsi chaque année étudier l'architecture en Belgique après un voeu refusé sur Parcoursup, selon Le Parisien.

Quelles démarches administratives un étudiant français doit-il faire pour s'inscrire en Belgique ?

Une équivalence du diplôme d'études secondaires est obligatoire, même pour un diplôme européen, et doit être demandée au service des équivalences de la Fédération Wallonie-Bruxelles avant le 15 juillet (jusqu'au 14 septembre si le bac a été proclamé après le 10 juillet, selon l'ULB). L'inscription dans l'enseignement supérieur se clôt généralement le 30 septembre.

Le diplôme d'architecture obtenu en Belgique est-il reconnu en France ?

Oui, sous réserve que le diplôme soit complet (grade de burgerlijk bouwmeester, équivalent master). Un Français, ressortissant de l'UE, relève de l'inscription "directe" au tableau de l'Ordre des architectes, présentée par l'Ordre comme le mode le plus simple et le plus courant. La procédure lourde préfectorale du ministère de la Culture est explicitement réservée aux ressortissants d'États non membres de l'UE ou de l'EEE.

Existe-t-il un risque que la Belgique ferme cette porte aux étudiants français ?

Un débat politique est ouvert en Fédération Wallonie-Bruxelles : le financement par étudiant baisse depuis 2006 dans une enveloppe fermée, et la ministre de l'Enseignement supérieur Élisabeth Degryse ainsi que le Conseil des recteurs discutent de faire davantage contribuer les non-résidents ou de refondre le système via un "droit individuel à l'enseignement supérieur". Rien ne garantit donc que l'accès d'aujourd'hui soit celui de demain.

Peut-on rattraper une année perdue en Belgique après un refus en France ?

C'est difficile : Bruxelles-J précise que depuis l'année académique 2021-22, une année préparatoire ne donne droit à un titre de séjour que si elle est organisée par un établissement d'enseignement supérieur, une formule qu'il juge "très rare en Communauté française" et pour laquelle il ne connaît aucun établissement bruxellois. Cette règle concerne les ressortissants hors UE, mais elle illustre le calendrier serré : il faut s'y prendre avant la clôture des inscriptions, le 30 septembre.

Sources

  1. L'inscription à l'Ordre | Ordre des architectes · architectes.org
  2. Étudier en Belgique pour les étrangers hors UE - Bruxelles-J · bruxelles-j.be
  3. Vocation architecte après ParcourSup ? Bienvenue chez les Belges | Chroniques d‘architecture · chroniques-architecture.com
  4. Autorisation d'exercer la profession d'architecte en France, avec inscription au tableau de l'Ordre des architectes (ressortissants hors UE et EEE) | Ministère de la Culture · culture.gouv.fr
  5. Droits d'inscription | Étudiant.gouv · etudiant.gouv.fr
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Inès Colbot @campus-echo

Étudiante en sociologie à Toulouse, je m'intéresse à tout ce qui agite ma génération : précarité étudiante, santé mentale, engagement, façons de vivre. J'anime un petit podcast sur la vie de campus le week-end.

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