Illustration d’un lycéen professionnel en tenue d’atelier, une feuille de présence à la main, vers qui une flèche achemine une enveloppe marquée d’un signe euro depuis un bâtiment public, tandis que l’atelier de l’entreprise d’accueil reste en arrière-plan.
Éducation

Allocation de stage en lycée pro : l'État paie, pas l'entreprise

Depuis la rentrée 2023, les périodes de formation en milieu professionnel des lycéens professionnels sont indemnisées par l'État, pas par l'entreprise d'accueil. Le montant dépend du forfait journalier et des jours attestés : les grilles relayées par les académies indiquent 10, 15 ou 20 € par jour, mais l'arrêté du 22 avril 2026 a révisé les montants. Le tarif applicable doit être vérifié auprès du lycée.

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Depuis la rentrée 2023, les périodes de formation en milieu professionnel (PFMP) des lycéens professionnels sont indemnisées. Mais l'argent ne vient pas de l'entreprise d'accueil : il vient du budget de l'État, transite par une application, un bureau des entreprises et une agence de paiement. Le mot "gratification", employé dans le débat public, entretient la confusion.

Illustration d’un lycéen professionnel en tenue d’atelier, une feuille de présence à la main, vers qui une flèche achemine une enveloppe marquée d’un signe euro depuis un bâtiment public, tandis que l’atelier de l’entreprise d’accueil reste en arrière-plan.
Illustration d’un lycéen professionnel en tenue d’atelier, une feuille de présence à la main, vers qui une flèche achemine une enveloppe marquée d’un signe euro depuis un bâtiment public, tandis que l’atelier de l’entreprise d’accueil reste en arrière-plan.

Une allocation publique, pas un salaire versé par l'employeur

Le cadre est fixé par le décret n° 2023-765 du 11 août 2023, complété par un arrêté du même jour, lui-même modifié par l'arrêté du 22 avril 2026 pour réviser les montants et les conditions de versement. Sur sa page mise à jour fin septembre 2026, le ministère de l'Éducation nationale présente le dispositif comme une mesure de valorisation de la voie professionnelle, "souhaitée par le président de la République". Ce n'est donc pas une contrepartie contractuelle liée à un travail fourni, mais un transfert public.

Le public visé est large : tous les lycéens préparant un diplôme professionnel de niveau secondaire - CAP, baccalauréat professionnel, mention complémentaire, brevet des métiers d'art, brevet national des métiers d'art - ainsi que ceux engagés dans une formation complémentaire d'initiative locale après un diplôme de niveau 3 ou 4, à condition d'être en cours de formation et inscrits dans un établissement public ou privé sous contrat. Les apprentis sont exclus : ils relèvent d'un autre régime, calculé en pourcentage du SMIC.

Deux précisions juridiques disent la nature du dispositif. L'allocation est "incessible et insaisissable" : ce n'est pas un salaire ; elle ne peut être ni cédée ni saisie. Elle n'est pas non plus cumulable avec la gratification prévue aux articles L. 124-6 et D. 124-8 du code de l'éducation - celle que doit verser une entreprise qui accueille un stagiaire au-delà de 308 heures, soit deux mois, au cours de l'année, avec un minimum de 4,50 € par heure depuis le 1er janvier 2026. Pour un lycéen professionnel sous statut scolaire, c'est donc l'allocation de l'État qui s'applique, et non la gratification versée par l'entreprise.

Combien, et pourquoi le montant varie

Le calcul repose sur un forfait journalier qui progresse avec le niveau de formation et s'applique au nombre de jours de PFMP réellement effectués et attestés par l'entreprise, dans la limite d'un plafond annuel. Les grilles relayées par les académies sont établies à 10, 15 et 20 € par jour selon l'année de formation - soit 50, 75 et 100 € pour une semaine de cinq jours. Plusieurs pages d'établissements et d'académies affichent encore ces montants, même après la révision d'avril 2026 : mieux vaut vérifier le tarif applicable auprès du lycée que se fier à un chiffre trouvé en ligne. Les totaux annoncés varient d'ailleurs d'un site à l'autre, entre 1 700 et 2 100 € sur l'ensemble d'un cycle de trois ans.

Deux conséquences pratiques en découlent. D'abord, l'assiduité devient un enjeu financier : tout jour d'absence, même justifié, réduit le montant versé. Pour un élève de milieu modeste, une semaine d'absence pour grippe se traduit par une perte sèche. Ensuite, l'allocation est non imposable et sans incidence sur les allocations familiales ou les APL du foyer, ce qui évite les effets de seuil qui pénalisent habituellement les ménages modestes. À la différence de la bourse de lycée, dont le montant reste figé pour l'année, elle est variable par construction. Les boursiers de première année de formation professionnelle peuvent en outre percevoir une prime d'équipement de 341,71 €, distincte de l'allocation.

Le circuit : le lycée constate, l'ASP paie

La famille n'a qu'une seule démarche à faire : signer une autorisation de versement lorsque l'élève est mineur, les mineurs représentant une large part des effectifs de la voie professionnelle. Le lycée saisit les périodes dans l'application ApLyPro via son bureau des entreprises - créé dans chaque lycée professionnel à la rentrée 2023 -, valide les jours attestés, puis transmet le dossier à l'Agence de services et de paiement, qui exécute le virement.

Un détail du décret explique une bonne part des critiques : le montant est fixé "à l'issue de chaque période de formation en milieu professionnel". Le paiement intervient donc après le stage, par construction. À ce décalage structurel s'ajoutent des retards signalés depuis le lancement du dispositif, dus à des dossiers incomplets ou à des délais de traitement ; les témoignages collectés sur la plateforme Services Publics + font état d'élèves n'ayant rien reçu pour des stages déjà achevés. Pour une famille qui doit avancer des tickets de transport pendant huit semaines, quelques centaines d'euros versés en fin d'année scolaire n'ont pas le même sens qu'un versement en cours de période.

Pour l'entreprise, un coût non monétaire

L'entreprise d'accueil ne paie ni salaire, ni cotisations, ni gratification au titre de ce dispositif. Elle engage autre chose : signer une convention tripartite avec l'élève et l'établissement, désigner un tuteur, attester les jours effectués en fin de période, encadrer des mineurs, parfois assumer des contraintes de sécurité ou d'assurance. Cette charge est réelle, mais elle n'apparaît sur aucune ligne comptable ; elle explique une partie des refus.

Le SNALC, l'un des syndicats d'enseignants de la voie professionnelle, identifie deux motifs récurrents de refus dans les remontées de terrain : les entreprises qui ne prennent pas de stagiaires mineurs, et celles qui accueillent déjà un ou plusieurs apprentis et ne s'estiment pas en mesure d'encadrer davantage. Le syndicat avance une explication plus large : le soutien public massif à l'apprentissage, avec des contrats ouverts jusqu'à 30 ans et des aides non conditionnées, aurait détourné la capacité d'accueil des entreprises vers l'alternance au détriment des stages sous statut scolaire. C'est une hypothèse cohérente, portée par une organisation opposée à la réforme, et elle n'est pas chiffrée dans les documents disponibles. Elle mérite d'être prise au sérieux précisément parce que le mécanisme est plausible : à capacité d'accueil constante, une entreprise qui choisit l'apprenti ne prend pas le stagiaire, et la subvention oriente ce choix.

Ce que l'allocation ne règle pas

Le premier obstacle, avant l'argent, reste de trouver le terrain de stage. La CGT Éduc'action souligne que la réforme a allongé les PFMP, jusqu'à seize semaines en terminale bac pro selon elle - soit un semestre hors du lycée, et autant de jours à trouver puis à certifier. Payer les élèves ne crée pas une place d'accueil.

Le deuxième est la charge administrative. Elle pèse sur les professeurs et les responsables des bureaux des entreprises : démarchage, conventions, suivi des absences, saisie dans ApLyPro, relances. Aucune source publique chiffrée ne permet de la mesurer ; les critiques syndicales la décrivent sans la quantifier.

Le troisième est un angle mort : l'allocation est un forfait journalier, pas un remboursement. Les frais de transport et de restauration pendant les périodes en entreprise restent à la charge des familles, sauf dispositif académique particulier. Sur un stage éloigné du lycée, la note peut absorber une partie du versement.

Le verrou a changé de place

Le dispositif fait ce qu'il annonce : il garantit un revenu à des élèves qui travaillaient jusque-là gratuitement, et il le fait sans ponctionner les employeurs. C'est un choix assumé, financé par l'impôt, et il faut le mesurer pour ce qu'il est : un transfert de quelques centaines d'euros par an et par élève, non un salaire différé. Sa faiblesse n'est pas son principe mais son point d'application. En réglant la question "qui paie ?", la réforme a laissé intacte la seule qui détermine réellement l'accès aux stages : qui accueille ? Tant que la réponse dépendra du bon vouloir des entreprises et de la capacité des lycées à démarcher, l'allocation financera des stages qui existent déjà plus qu'elle n'en fera naître.

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Questions fréquentes

Qui paie l'allocation de stage en lycée professionnel ?

L'État, via l'Agence de services et de paiement, après validation par le lycée. L'entreprise d'accueil ne verse ni salaire, ni cotisations, ni gratification au titre de ce dispositif.

Qui peut bénéficier de l'allocation PFMP ?

Les lycéens qui préparent un diplôme professionnel de niveau secondaire (CAP, baccalauréat professionnel, mention complémentaire, brevet des métiers d'art, brevet national des métiers d'art) ou une formation complémentaire d'initiative locale (FCIL) après un diplôme de niveau 3 ou 4, à condition d'être en cours de formation et inscrits dans un établissement public ou privé sous contrat. Les apprentis sont exclus.

Quel est le montant de l'allocation de stage ?

Le montant repose sur un forfait journalier qui progresse avec l'année de formation et s'applique aux jours de PFMP effectués et attestés, dans la limite d'un plafond annuel. Les grilles relayées par les académies indiquent 10, 15 et 20 € par jour, soit 50, 75 et 100 € par semaine de cinq jours, mais l'arrêté du 22 avril 2026 a révisé les montants. Le tarif applicable doit être vérifié auprès du lycée.

L'allocation est-elle cumulable avec la gratification de stage versée par l'entreprise ?

Non. Elle n'est pas cumulable avec la gratification prévue aux articles L. 124-6 et D. 124-8 du code de l'éducation, due par l'entreprise au-delà de 308 heures de stage dans l'année, avec un minimum de 4,50 € par heure depuis le 1er janvier 2026. Pour un lycéen professionnel sous statut scolaire, c'est l'allocation de l'État qui s'applique.

Quand l'allocation de stage est-elle versée ?

Le montant est fixé à l'issue de chaque période de formation en milieu professionnel : le versement intervient donc après le stage. Le lycée saisit les périodes dans ApLyPro, valide les jours attestés, puis l'Agence de services et de paiement exécute le virement. Des retards ont été signalés depuis le lancement, liés à des dossiers incomplets ou à des délais de traitement.

Sources

  1. Décret n° 2023-765 du 11 août 2023 relatif au versement d'une allocation en faveur des lycéens de la voie professionnelle dans le cadre de la valorisation des périodes de formation en milieu professionnel · affaires-publiques.org
  2. Rémunération stage lycée professionnel : montants 2025-2026 · aide-sociale.fr
  3. https://aides-territoires.beta.gouv.fr/aides/remun... · aides-territoires.beta.gouv.fr
  4. Allocation en faveur des lycéens professionnels dans le cadre de la valori… | asp.gouv.fr · asp.gouv.fr
  5. 4 · bulletins-officiels.social.gouv.fr
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Mélissa Turbot @society-lens

Je m'intéresse à ceux dont personne ne parle. Étudiante en journalisme à Lille, je décrypte la société française avec un regard de terrain : précarité étudiante, déserts médicaux, inégalités territoriales, luttes sociales invisibles. Mon ton est engagé mais toujours factuel – j'ai des chiffres, des sources, et des témoignages. Je crois que le journalisme sert à rendre visible ce qu'on préfère ignorer. Mes articles ne sont pas confortables, mais ils sont honnêtes.

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