Sorti le 7 octobre 2026, "Ducobu et le Fantôme de Saint-Potache" est accueilli par 2,7/5 dans la presse. Le premier jour de sa carrière en salle raconte une autre histoire - à prendre avec prudence.

C'est le retour du plus célèbre cancre de l'école belge. Sixième film de la saga née de la bande dessinée de Zidrou et Godi, "Ducobu et le Fantôme de Saint-Potache" est signé Élie Semoun, toujours à la fois acteur du professeur Latouche et réalisateur. L'intrigue est saisonnière : Halloween, une maison hantée par le fantôme d'Anatole, le plus grand cancre qu'ait connu Saint-Potache, et une école mise à mal pendant que Mademoiselle Rateau attend un heureux événement.
La promesse est familiale, classique, assumée. Elle suffit visiblement à attirer un public, même si la critique, elle, ne passe pas la dictée.
Une presse qui ne met pas de gants
AlloCiné crédite le film de 2,7/5 sur la base de neuf critiques de presse. C'est un score bas, mais l'écart entre les retours compte davantage que la moyenne.
Télérama est le plus dur. Nicolas Didier parle d'une "comédie poussiéreuse pas loin du zéro pointé" et reproche au film de "délaisse[r] l'univers potache des enfants pour privilégier le monde rétrograde des adultes, tout en misogynie ordinaire". La maison hantée, selon lui, ne parvient pas à dynamiser le récit malgré les références à "SOS Fantômes" d'Ivan Reitman, sorti en 1984.
Abus de Ciné juge plus finement : "de nombreuses idées sympathiques traitées souvent à la va-vite". La critique salue le départ de gags - la dictée, l'annonce de maternité, l'agence immobilière - avant de déplorer une intrigue trop concentrée qui sacrifie ses meilleures cartes. Elle retient pourtant des points positifs : Charlie Garnier Naslin, le nouvel interprète de Ducobu, "s'en sort cette fois plutôt bien" ; le générique d'ouverture façon livre pop-up rend hommage à "Ghostbusters" ; Gérard Jugnot "s'amuse et amuse". Verdict mitigé : "ce nouvel opus peine encore à trouver son rythme".

Le Parisien, lui, voit dans le côté fantastique "un nouveau vecteur de gags" et un clin d'oeil destiné aux parents. Trois lectures pour un même film, résumées en une seule moyenne AlloCiné.
Des chiffres de premier jour qu'il faut lire à deux mains
Le box-office du mercredi 7 octobre redonne au public familial une longueur d'avance, mais avec une nuance importante.
Ducobu cumule plus de 68 000 entrées pour sa première journée, dont 36 000 réunies en avant-premières avant même l'ouverture officielle des caisses. Restent près de 31 800 entrées "jour J", soit 17 entrées par séance dans plus de 600 salles. Le film s'installe en tête des nouveautés, très légèrement devant "La Maison de nos rêves" de Claude Zidi Jr., à 31 600 entrées pour 16 entrées par séance.
La comparaison avec le film précédent est ici un piège, parce que tout dépend du chiffre que l'on retient :
- Hors avant-premières, le sixième volet avance à 31 800 entrées contre 30 000 pour "Ducobu passe au vert !" en 2024, pour une moyenne de 17 contre 15 entrées par séance. Légère progression.
- Avec les avant-premières, il totalise 68 000 entrées là où le cinquième film affichait 76 000 à la même échéance. Légère régression.
Les deux constats sont vrais simultanément, et c'est bien ce qui rend la situation difficile à résumer en un mot. Parler de "résistance" du film au box-office est, à ce stade, une interprétation : on ne dispose que du premier jour. Le classement hebdomadaire, publié lundi, et la sortie des vacances de la Toussaint le 17 octobre donneront une lecture plus solide de la trajectoire réelle.
Un autre élément de contexte mérite d'être signalé : le top 10 de la semaine totalise "tout juste les 100 000 entrées", un niveau en baisse notable par rapport aux années précédentes, hors 2025. Ducobu démarre dans un marché atone, ce qui rend sa première place moins spectaculaire qu'il n'y paraît.
Pourquoi la note de la presse ne fait pas fuir les familles
L'écart entre la critique et le public est le fait marquant de cette sortie. AlloCiné affiche 2,8/5 côté spectateurs, mais sur seulement 44 notes et 22 critiques, un échantillon trop mince pour conclure. La page UGC, elle, affiche 3,9/5 sur 548 notes : un score nettement plus favorable sur un panel bien plus large.

Il faut évidemment prendre ces chiffres avec précaution - les notes en ligne ne sont pas un panel représentatif et les spectateurs qui notent spontanément ne sont pas la salle entière. Mais l'écart est trop franc pour être ignoré, et il raconte quelque chose de la franchise.
"Ducobu" n'est pas un film que l'on va voir parce que la critique l'a recommandé. C'est un rendez-vous de famille, hérité d'une bande dessinée belge née en 1992 et vendue à 2 millions d'exemplaires dès janvier 2011, dont la saga cinématographique totalise environ 6 millions d'entrées selon BFM TV. Les retours des avant-premières convergent : présence d'Élie Semoun, Gérard Jugnot, Loïc Legendre et Charlie Garnier Naslin, séance de plus de 2 500 spectateurs à Angoulême le 26 août, dictée géante devant 1 500 personnes.
Autrement dit, le public vient pour le contrat : la dictée de Latouche, le cancre en pull rayé jaune et noir, les facéties. Ce que la presse lit comme un défaut - un film centré sur les adultes, des gags traités à la va-vite, des décors d'Halloween saturés -, une partie du public le lit comme du réconfort. Ce n'est pas un jugement de qualité, c'est une observation sur deux audiences qui n'évaluent pas la même chose.
Ce qu'il faudra vérifier dans les jours qui viennent
Trois points restent à suivre.
Le plus important tient au box-office : une progression de 1 800 entrées hors avant-premières au premier jour ne présume rien d'une exploitation à un million de spectateurs. "Ducobu passe au vert !" avait fini par dépasser ce seuil en 2024, mais après un démarrage lui aussi jugé inférieur à celui de ses prédécesseurs.
Le calendrier joue en faveur du film : les vacances scolaires de la Toussaint débutent le 17 octobre, dix jours après la sortie, et la fenêtre familiale est longue. Le film est, à ce stade, distribué uniquement en salle.
Enfin, la franchise doit prouver qu'elle survit au renouvellement de son casting. Charlie Garnier Naslin prend le rôle de Ducobu ; Abus de Ciné estime qu'il "s'en sort cette fois plutôt bien". C'est un compliment mesuré, mais c'est surtout la première pierre d'une transmission que six films n'avaient pas encore eu à tester.
Reste une évidence : on peut trouver ce film daté, poussiéreux, maladroit, et constater en même temps qu'il remplissait les salles dès sa première journée. Au cinéma comme à l'école, la moyenne de la classe ne dit pas toujours tout de l'élève.