Pizza slice dissolving into digital code with glitch effects
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Pizzagate : décryptage d'une théorie du complot virale

Si l'internet est une gigantesque zone libre (et parfois un peu sauvage) où l'information circule à la vitesse de la lumière, Pizzagate reste l'un des plus gros "glitchs" de son histoire. Imaginez une rumeur de campus qui part en vrille, mais à...

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Si l'internet est une gigantesque zone libre (et parfois un peu sauvage) où l'information circule à la vitesse de la lumière, Pizzagate reste l'un des plus gros "glitchs" de son histoire. Imaginez une rumeur de campus qui part en vrille, mais à l'échelle planétaire, avec des conséquences bien réelles et dangereuses. Ce n'est pas juste une fake news comme les autres, c'est le moment où l'humour noir, la politique et la paranoïa ont explosé en plein vol, créant un phénomène qui a dépassé ses créateurs. On va plonger dans ce rabbit hole, non pas pour valider ces élucubrations, mais pour comprendre comment une simple pizza a failli devenir le centre d'un réseau criminel mondial.

Les origines troubles d'une rumeur absurde

Pizza slice dissolving into digital code with glitch effects

Tout commence, comme souvent dans les meilleures histoires d'horreur modernes, par un hack informatique. En mars 2016, la boîte mail de John Podesta, le directeur de campagne d'Hillary Clinton, se fait piratée via une attaque de type "spear-phishing". C'est un peu comme cliquer sur un lien douteux dans un spam promettant des diamants gratuits dans un jeu mobile : une erreur fondamentale qui ouvre la porte à tout le reste. WikiLeaks se charge ensuite de publier ces emails en plein cœur de la campagne présidentielle américaine, transformant la vie privée en repas public pour des millions d'internautes en quête de scandales.

Le piratage des emails de John Podesta

Le contenu de ces milliers d'e-mails était, pour la grande majorité, terriblement ennuyeux. On y parlait de stratégie politique, d'opinions sur des articles de presse ou de réunions interminables. Mais pour une communauté d'utilisateurs d'Internet déjà suspicieuse à l'égard des démocrates, l'ennui n'est pas une option. Il fallait trouver du sensationnel, caché entre les lignes. C'est là que des utilisateurs de forums comme 4chan et Reddit commencent à passer ces messages au peigne fin avec une minutie d'archiviste fou. L'idée n'était pas de lire ce qui était écrit, mais d'imaginer ce qui aurait pu être écrit si on utilisait une clé de décodage secrète.

L'interprétation délirante du code "pizza"

C'est à ce moment-là qu'est née l'idée farfelue que des mots banals comme "pizza", "hot dog", "sauce" ou "walnuts" étaient en réalité des termes codés utilisés par des pédocriminels pour parler de trafic d'enfants. Pourquoi ? Parce que dans la logique débridée des théoriciens, personne ne parle autant de pizza que dans ces emails. C'est le coup classique du "too perfect", sauf qu'ici, c'est juste des gens qui ont faim. Ils ont pris des conversations anodines sur l'organisation de dîners ou d'événements de collecte de fonds et les ont transformées en preuves d'un réseau satanique. C'est comme si je disais "j'ai la rage en ce moment" après une partie de League of Legends perdue et que quelqu'un en déduisait que je suis un meurtrier en série. C'est sauter du coq à l'âne sans passer par la case logique.

Comet Ping Pong : la cible désignée

Au cœur de cette toile d'araignée imaginaire se trouve un vrai endroit : le Comet Ping Pong. C'est une pizzeria branchée de Washington D.C., un endroit où l'on va pour manger une bonne pizza, jouer au ping-pong et écouter des groupes de musique locaux. Pour les conspirationnistes, c'est devenu le QG du mal. Ce restaurant a été choisi arbitrairement parce qu'il est fréquenté par des figures du Parti Démocrate et que son propriétaire, James Alefantis, est un contributeur de la campagne d'Hillary Clinton. Dans l'esprit simpliste de Pizzagate, proche = coupable.

Un restaurant familial sous les projecteurs

L'ironie cruelle, c'est que Comet Ping Pong est littéralement un endroit familial. Des enfants y vont pour fêter leurs anniversaires. Mais à partir de novembre 2016, cet établissement a cessé d'être un restaurant pour devenir un symbole vivant de la haine en ligne. Les propriétaires et le personnel ont commencé à recevoir des centaines d'appels menaçants, des messages de mort et des insultes d'une violence inouïe. Des gens qui n'ont jamais mis les pieds à Washington ont soudainement décidé que ce petit resto était l'antre du diable. C'est fascinant et terrifiant de voir à quel point une foule en ligne peut se focaliser sur une cible physique avec autant de lâcheté et d'acharnement.

L'art incompris comme "preuve" satanique

Pour étayer leurs accusations, les chasseurs de complot se sont accrochés aux photos publiées sur les réseaux sociaux du restaurant ou des amis du propriétaire. On y voyait des œuvres d'art contemporain, parfois étranges, avec des thèmes comme le corps, la mythologie ou des images un peu dérangeantes pour le grand public. Pour n'importe quel amateur d'art ou gamer habitué aux esthétiques gore ou surréalistes, ces images sont banales. Mais pour les adeptes de Pizzagate, c'était la preuve ultime d'un culte. Ils ont analysé des posters de concert comme s'il s'agissait de preuves forensiques dans un episode de NCIS, voyant des symboles pédophiles là où il n'y avait que du design graphique. C'est le drame de l'interprétation de mauvaise foi : quand on cherche désespérément des monstres, on finit par les voir partout, même dans une affiche de concert punk.

La mécanique de propagation sur le web

Exterior of Comet Ping Pong pizzeria in Washington DC

La propagation de Pizzagate est un cas d'école sur la viralité toxique. Ce n'est pas arrivé par hasard, c'est le résultat d'une alchimie parfaite entre des plateformes sociales qui privilégient l'engagement à la vérité, et une base d'utilisateurs prête à croire le pire. C'est comme si un bug de gameplay permettait de dupliquer des objets rares dans un MMO : une fois la méthode découverte, impossible de l'arrêter avant que le serveur ne plante. Ici, le "serveur", c'est la sphère médiatique occidentale.

Le rôle de Reddit et des forums

Quelques jours avant l'élection présidentielle de 2016, un utilisateur de Reddit compile toutes ces "preuves" disparates dans un document unique et le poste sur le sous-forum r/The_Donald, un bastion de supporteurs de Trump. Le post est une "bible" de la désinformation, mélangeant faits réels, vérités à moitié fausses et inventions pures et dures. Bien que Reddit ait fini par supprimer le sous-forum dédié à Pizzagate pour harcèlement, le mal était fait. L'information avait déjà sauté les barrières pour se répandre sur Twitter, Facebook et YouTube. Ces plateformes, avec leurs algorithmes qui adorent le clivage et l'émotion, ont boosté le contenu "Pizzagate" parce qu'il générait énormément de clics et de partages. C'est le business modèle classique du web : le scandale paie.

L'effet d'écho des chambres de confirmation

Le pire, c'est que cette théorie a prospéré dans des chambres de résonance imprenables. Quand vous entrez dans la bulle Pizzagate, tout semble cohérent. Les internautes se renvoient l'ascenseur, interprètent les "indices" les uns des autres et excluent quiconque ose poser une question rationnelle. C'est le mécanisme classique des communautés de conspirationnistes : plus c'est absurde, plus ils se sentent intelligents d'avoir "compris". C'est un jeu intellectuel pervers où le score se mesure en "révélations" cachées. Si vous sortez de la narration en disant "Attendez, c'est juste une pizza", on vous traite de mouton ou de complice. C'est un système étanche à la réalité, comme une communauté de hardcore gamers qui refuseraient d'admettre que leur jeu favori est bugué, même s'il plante toutes les cinq minutes.

Quand la théorie franchit le cap de la violence

Jusqu'ici, on pourrait penser que c'est juste une histoire de gens qui délirent sur leur clavier. Le problème majeur, c'est que derrière chaque écran, il y a une personne réelle, et certaines personnes sont beaucoup plus instables que d'autres. Pizzagate a cessé d'être un "jeu" en ligne le jour où quelqu'un a décidé de jouer le héros dans la vraie vie, avec une arme chargée. C'est le moment où le virtuel a percuté la réalité avec une violence brutale, rappelant tristement que les mots ont des conséquences.

L'attaque armée du 4 décembre 2016

Le 4 décembre 2016, un homme du nom de Edgar Maddison Welch entre dans le Comet Ping Pong, un fusil d'assaut à l'épaule. Il ne vient pas manger une quatre fromages. Il vient "enquêter", libérer les enfants qu'il pense être cachés dans les sous-sols et faire justice. Il tire plusieurs coups de feu, heureusement sans faire de victimes physiques, avant de se rendre aux policiers en réalisant qu'il n'y a aucun réseau pédophile caché, juste un stock de sauce tomate et de farine. Welch avait agi sous l'emprise des fausses informations lues sur YouTube et Reddit, persuadé d'être dans un film d'action où il serait le sauveur. C'est l'aboutissement logique d'un discours de haine non filtré : quand on répète assez fort que des gens sont des monstres qui torturent des enfants, quelqu'un finira par vouloir les tuer.

Les conséquences humaines et psychologiques

Au-delà de l'acte lui-même, l'impact psychologique a été dévastateur. Le propriétaire du restaurant et les employés ont vécu dans la terreur pendant des mois, changeant leurs habitudes, ayant peur de sortir de chez eux. Des familles innocentes ont été harcelées, traquées, menacées de viols et de mort simplement parce que leur nom avait été mentionné dans un email ou qu'elles aimaient aller manger une pizza un vendredi soir.

Si l'internet est une gigantesque zone libre (et parfois un peu sauvage) où l'information circule à la vitesse de la lumière, Pizzagate reste l'un des plus gros "glitchs" de son histoire. Imaginez une rumeur de campus qui part en vrille, mais à l'échelle planétaire, avec des conséquences bien réelles et dangereuses. Ce n'est pas juste une fake news comme les autres, c'est le moment où l'humour noir, la politique et la paranoïa ont explosé en plein vol, créant un phénomène qui a dépassé ses créateurs. On va plonger dans ce rabbit hole, non pas pour valider ces élucubrations, mais pour comprendre comment une simple pizza a failli devenir le centre d'un réseau criminel mondial.

Les origines troubles d'une rumeur absurde

Movie poster for The Pizzagate Massacre (2020)

Tout commence, comme souvent dans les meilleures histoires d'horreur modernes, par un hack informatique. En mars 2016, la boîte mail de John Podesta, le directeur de campagne d'Hillary Clinton, se fait piratée via une attaque de type "spear-phishing". C'est un peu comme cliquer sur un lien douteux dans un spam promettant des diamants gratuits dans un jeu mobile : une erreur fondamentale qui ouvre la porte à tout le reste. WikiLeaks se charge ensuite de publier ces emails en plein cœur de la campagne présidentielle américaine, transformant la vie privée en repas public pour des millions d'internautes en quête de scandales.

Le piratage des emails de John Podesta

Le contenu de ces milliers d'e-mails était, pour la grande majorité, terriblement ennuyeux. On y parlait de stratégie politique, d'opinions sur des articles de presse ou de réunions interminables. Mais pour une communauté d'utilisateurs d'Internet déjà suspicieuse à l'égard des démocrates, l'ennui n'est pas une option. Il fallait trouver du sensationnel, caché entre les lignes. C'est là que des utilisateurs de forums comme 4chan et Reddit commencent à passer ces messages au peigne fin avec une minutie d'archiviste fou. L'idée n'était pas de lire ce qui était écrit, mais d'imaginer ce qui aurait pu être écrit si on utilisait une clé de décodage secrète.

Ce qui est fascinant, c'est la méthode : c'est du data mining sauvage, sans outil, sans script, juste à l'instinct. Ils cherchaient des patterns là où il n'y en avait pas, comme un joueur qui essaierait de trouver une zone secrète en collisionnant contre chaque mur d'un niveau linéaire. Et quand on cherche désespérément quelque chose, on finit par trouver des coïncidences qui ressemblent à des preuves.

L'interprétation délirante du code "pizza"

C'est à ce moment-là qu'est née l'idée farfelue que des mots banals comme "pizza", "hot dog", "sauce" ou "walnuts" étaient en réalité des termes codés utilisés par des pédocriminels pour parler de trafic d'enfants. Pourquoi ? Parce que dans la logique débridée des théoriciens, personne ne parle autant de pizza que dans ces emails. C'est le coup classique du "too perfect", sauf qu'ici, c'est juste des gens qui ont faim.

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Maxime Aubot @game-master

Je joue à tout, je critique tout, je n'épargne personne. Gamer depuis la GameBoy de mon grand frère, j'ai aujourd'hui une collection qui ferait pâlir un musée. AAA, indés, mobile, retrogaming : si ça a des pixels ou des polygones, j'y ai touché. Mon avis ? Toujours honnête, parfois salé. Je défends les consommateurs contre les DLC abusifs et les microtransactions prédatrices. Si t'aimes les critiques complaisantes, passe ton chemin.

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