Emmanuel Macron, Brigitte Macron et Didier Deschamps avec les Bleus et le trophée de la Coupe du monde.
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Coupe du monde 2026 France : la visite de Macron aux Bleus décryptée

Décryptage de la visite d'Emmanuel Macron aux Bleus avant la Coupe du monde 2026 : de la boutade à Dembélé à l'hommage à Deschamps, en passant par les enjeux politiques et le coût de l'opération.

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Il est 12h15, ce mardi 2 juin 2026, quand le cortège présidentiel franchit les grilles du château de Clairefontaine. Emmanuel Macron vient saluer l'équipe de France avant son départ pour la Coupe du monde 2026, qui se dispute aux États-Unis, au Mexique et au Canada du 11 juin au 19 juillet. Mais la phrase qui va faire le tour des réseaux sociaux n'est pas un discours solennel. C'est une boutade lancée à Ousmane Dembélé : « Ça va Ousmane, t'es en forme ? » Une question en apparence anodine, qui en dit long sur la mécanique de la communication présidentielle.

Emmanuel Macron, Brigitte Macron et Didier Deschamps avec les Bleus et le trophée de la Coupe du monde.
Emmanuel Macron, Brigitte Macron et Didier Deschamps avec les Bleus et le trophée de la Coupe du monde. — (source)

« Ça va Ousmane, t'es en forme ? » : l'entrée en matière qui cache une stratégie

Le chef de l'État arrive vers midi, accueilli à l'entrée du château par Didier Deschamps et Kylian Mbappé. Après une photo de groupe devant les bâtiments de la Fédération, Macron serre les mains, échange quelques mots avec chaque joueur. C'est au moment de croiser Ousmane Dembélé que la scène devient mémorable. Le Président lance, l'air décontracté : « Ça va Ousmane, t'es en forme ? Vous vous êtes remis de vos émotions ? On se projette sur la suite tout de suite. »

Emmanuel et Brigitte Macron accueillent les Bleus à Clairefontaine pour la Coupe du monde 2026.
Emmanuel et Brigitte Macron accueillent les Bleus à Clairefontaine pour la Coupe du monde 2026. — (source)

La formule est légère, presque fraternelle. Mais elle est tout sauf improvisée. L'Élysée a préparé le terrain, et ce n'est pas un hasard si Dembélé est la cible de cette attention particulière. Le joueur du PSG sort d'une saison marquée par une finale de Ligue des champions perdue face au Real Madrid. Macron fait référence à cette défaite cuisante, mais il le fait sur le ton de la blague, comme pour signifier que le passé est derrière et que seul le Mondial compte désormais.

La référence à la Ligue des champions : pourquoi Macron cible Dembélé

Dembélé était titulaire lors de la finale de C1, une défaite qui a laissé des traces dans le vestiaire parisien. En l'interpellant sur « ses émotions », Macron montre qu'il connaît l'actualité sportive dans le détail. Il sait que le PSG a perdu, que Dembélé en était, et que le joueur a besoin de se projeter vers autre chose. Le message est clair : « Je suis au courant de ce que vous vivez, je suis de votre côté, et je vous donne le signal du départ. »

Emmanuel Macron applaudissant lors d'un événement à Clairefontaine.
Emmanuel Macron applaudissant lors d'un événement à Clairefontaine. — (source)

Cette capacité à personnaliser chaque interaction est une marque de fabrique de la communication macronienne. Le Président ne se contente pas d'une poignée de main collective. Il cible des individus, des moments précis, des histoires personnelles. Pour Dembélé, c'est la Ligue des champions. Pour d'autres, ce sera autre chose. L'effet recherché est le même : créer une proximité qui semble authentique, même si elle est soigneusement scénarisée.

Le mot pour Robin Risser : le clin d'œil au nouveau visage des Bleus

Macron ne s'arrête pas à Dembélé. Il glisse aussi un mot à Robin Risser, le jeune gardien de Lens, vainqueur de la Coupe de France quelques semaines plus tôt. « Toi, t'as fait la fête mais c'était il y a longtemps », lui lance le Président. La référence à la victoire lensoise en finale face à Nice (3-1) est précise, et elle montre que l'Élysée a étudié le parcours de chaque joueur présent.

Pour Risser, 22 ans, c'est une première en Bleus. Il découvre Clairefontaine, le groupe, les grands rendez-vous. Que le Président de la République le connaisse et lui adresse un mot personnalisé, c'est un signal fort. Cela flatte le joueur, mais cela sert aussi Macron : en s'adressant aux « petits nouveaux », il donne l'image d'un chef d'État qui suit le foot de près, qui connaît les jeunes talents, qui est « dedans ». C'est une technique de communication bien huilée, mais elle fonctionne. Les images de la visite montrent Risser souriant, visiblement touché.

Une visite qui inclut aussi les Bleues

Autre détail révélé par l'Élysée : Macron a également rencontré l'équipe de France féminine, présente à Clairefontaine pour préparer deux matchs décisifs de qualification pour la Coupe du monde 2027 au Brésil. Le Président a ainsi salué les deux sélections, dans un geste qui permet d'élargir la portée symbolique de sa visite au-delà du seul groupe masculin.

Coupe du monde 2026 calendrier : le timing millimétré de la visite présidentielle

Pourquoi le 2 juin ? La question mérite d'être posée, car le calendrier des Bleus est un casse-tête logistique. Les joueurs arrivent au château le 29 mai, soit quatre jours avant la visite. Le groupe doit récupérer les finalistes de la Ligue des champions — Theo Hernandez, Warren Zaïre-Emery, Bradley Barcola, Désiré Doué et Ousmane Dembélé côté PSG, William Saliba côté Arsenal. Tout ce petit monde débarque avec des états de forme et des charges émotionnelles différentes.

Macron choisit le mardi 2 juin, soit trois jours après l'arrivée des premiers joueurs et deux jours avant le premier match amical. Le timing n'a rien d'aléatoire. Il intervient au moment où l'équipe est au complet, où les corps commencent à s'adapter au rythme de la préparation, mais avant que la pression des matchs ne s'installe. C'est la fenêtre idéale pour une opération de communication : les joueurs sont disponibles, détendus, et l'ambiance est encore à la construction collective.

Des amicaux sous pression : Côte d'Ivoire et Irlande du Nord avant le grand départ

Le programme est serré. Le 4 juin, les Bleus affrontent la Côte d'Ivoire à Nantes. Un match-test face à une sélection africaine solide, qui a montré lors de la dernière CAN qu'elle pouvait rivaliser avec les meilleurs. Le 8 juin, direction Lille pour affronter l'Irlande du Nord. Deux rencontres amicales, mais deux vrais examens pour un groupe qui doit trouver ses automatismes.

La visite de Macron arrive pile au milieu de cette préparation, avant que le staff technique ne rentre dans le dur tactique. Didier Deschamps et son adjoint Guy Stéphan ont prévu des séances vidéo, des mises en place spécifiques, des réglages individuels. Le passage du Président, avec son lot de photos, de poignées de main et de discours, pourrait être perçu comme une perturbation. Mais dans les faits, il agit comme un coupe-circuit : le temps d'un déjeuner, les joueurs sortent de la bulle du football et retrouvent une forme de normalité.

Premier match contre le Sénégal le 16 juin : la tête déjà à Boston

Le programme est connu depuis des mois. Départ pour Boston le 10 juin, installation dans le camp de base, acclimatation au fuseau horaire et au climat américain. Le premier match de poule oppose la France au Sénégal le 16 juin. Une affiche qui sent la poudre : les Lions de la Teranga ont progressé ces dernières années, et ils voudront montrer qu'ils ne sont plus seulement un outsider.

La visite présidentielle agit comme un « top départ » psychologique. Jusque-là, les joueurs étaient encore dans une phase de reprise, de test. Après le passage de Macron, le mode compétition s'enclenche. Les amicaux arrivent, puis le voyage, puis le match. Le rituel de Clairefontaine marque la fin de l'avant-saison et le début de l'aventure. C'est ce que l'Élysée appelle « apporter son soutien et celui de tout le pays ». En réalité, c'est surtout un signal envoyé aux joueurs : « Maintenant, on y va. »

Macron et le ballon rond : l'opération séduction auprès des 16-25 ans décryptée

Pourquoi un président de la République, englué dans une impopularité chronique, prend-il le temps de déjeuner avec des footballeurs ? La réponse tient en un chiffre : 42 %. C'est le pourcentage de moins de 35 ans satisfaits de l'action d'Emmanuel Macron, selon un sondage CSA de mars 2026. Chez les plus de 50 ans, ce taux tombe à 17 %. Le football reste l'un des rares vecteurs capables de toucher cette jeunesse qui fuit les médias traditionnels et se méfie du discours politique.

La visite aux Bleus n'est donc pas un simple geste républicain. C'est une opération de communication politique, presque gratuite, qui permet au Président de s'afficher aux côtés de figures populaires comme Kylian Mbappé ou Mike Maignan. Pas besoin de discours, pas besoin de promesses. Une photo, une poignée de main, et le message passe : « Je suis avec eux, je suis des vôtres. »

42 % des moins de 35 ans : le noyau dur que le foot peut consolider

Les chiffres de popularité de Macron en 2026 sont sans appel. Le sondage CSA confirme que 49 % des Français se disent « pas du tout satisfaits » de son action. Le noyau dur d'insatisfaits dépasse les trois quarts de la population. Dans ce contexte, le moindre point de popularité gagné est précieux.

Les moins de 35 ans constituent le seul segment où Macron conserve une base significative. Ce sont aussi les plus gros consommateurs de football. En se montrant à Clairefontaine, le Président envoie un signal à cette tranche d'âge : « Je m'intéresse à ce qui vous intéresse. » La stratégie n'est pas nouvelle — Nicolas Sarkozy en avait fait la marque de fabrique de son quinquennat — mais elle reste efficace. Le football est le dernier grand récit collectif capable de fédérer au-delà des clivages politiques.

Le football, dernier vecteur de rassemblement national ?

Le site Parlons-Politique parle d'une « zone grise » entre soutien sportif et communication politique. L'analyse est juste : le rituel donne une image de chef d'État proche du sport populaire, dans un pays où le foot reste le dernier grand récit collectif capable d'unir les générations. Les Bleus transcendent les clivages politiques, sociaux, générationnels. S'afficher à leurs côtés, c'est s'approprier une part de cette popularité.

Mais cette stratégie a ses limites. Elle repose sur la performance sportive : si les Bleus gagnent, Macron récolte une partie des lauriers. S'ils perdent, la visite présidentielle devient un souvenir gênant, voire un symbole de malchance. Le pari est risqué, mais dans l'état actuel de sa popularité, le Président n'a pas grand-chose à perdre.

« Je regretterai DD » : l'hommage de Macron au sélectionneur des jours heureux

Dans un entretien accordé à Ouest-France la veille de sa visite, Emmanuel Macron a tenu à rendre un hommage appuyé à Didier Deschamps. Le sélectionneur dispute son dernier Mondial à la tête des Bleus, après quatorze ans de service. Le Président ne cache pas son admiration : « Comme chaque Français, je regretterai 'DD', sa force tranquille, son calme face à l'adversité, ses exceptionnelles qualités humaines, son engagement personnel et généreux pour les Pièces jaunes. »

Les mots sont choisis avec soin. Macron sait que Deschamps est une figure respectée, au-delà même du milieu du football. En s'associant à cet hommage, le chef de l'État se place dans le camp des supporters, des fans, des amoureux du jeu. Il parle en citoyen, pas en président. C'est une façon de désamorcer la distance institutionnelle et de montrer une forme d'humanité.

« Force tranquille » et « jours heureux » : les mots choisis par l'Élysée

Macron insiste sur deux qualificatifs : « force tranquille » et « sélectionneur des jours heureux ». Le premier renvoie à l'image de Deschamps, ce joueur puis entraîneur qui ne s'affole jamais, qui garde son calme dans les moments difficiles. Le second fait référence à la victoire de 2018 en Russie, mais aussi à la finale de 2022 au Qatar. Deschamps n'a peut-être pas gagné tous les tournois, mais il a offert aux Français des moments de bonheur collectif.

Le Président ajoute une phrase qui résume bien l'état d'esprit du sélectionneur : « Didier Deschamps incarne vraiment un esprit français qui ne lâche jamais rien. Tant de nos compatriotes ont appris à aimer ce style qui préfère gagner plutôt que plaire. » C'est une façon de valider le bilan de Deschamps, critiqué par certains pour son jeu jugé trop défensif. Macron tranche : gagner, c'est ce qui compte.

L'après-Deschamps : comment Macron prépare déjà la succession

Le Président sait que l'ère Deschamps se termine. En rendant cet hommage public, il associe son image à celle d'un champion et valide implicitement le bilan du sélectionneur. Mais il se positionne aussi dans le débat sur son successeur. Zinedine Zidane est le favori des bookmakers, mais d'autres noms circulent : Thierry Henry, Laurent Blanc, voire un technicien étranger.

Macron ne prend pas parti ouvertement, mais son appui à Deschamps est aussi un message adressé à la FFF : « Vous avez un modèle qui fonctionne, ne le changez pas pour des raisons idéologiques. » Le Président n'a pas son mot à dire dans la nomination du prochain sélectionneur, mais son avis pèse dans l'opinion. En se positionnant en défenseur de l'héritage de Deschamps, il verrouille un capital politique précieux.

Zone grise : quand le foot devient le dernier grand récit national

La visite présidentielle à Clairefontaine soulève une question plus large : jusqu'où le football peut-il servir d'outil politique ? Le site Parlons-Politique parle d'une « zone grise » entre authenticité et mise en scène. Les joueurs sourient, posent, mangent. Mais que pensent-ils vraiment de ce rituel ?

Les sources disponibles ne rapportent aucune déclaration fracassante des joueurs. Pas de critique, pas d'enthousiasme débordant non plus. Juste des sourires de circonstance et des poignées de main protocolaires. Ce silence médiatique en dit long : la visite est une contrainte acceptée, un passage obligé du calendrier des Bleus. Personne ne va la refuser, mais personne ne va non plus la réclamer.

Les joueurs, otages consentants d'un rituel politique ?

Les joueurs de l'équipe de France sont des professionnels habitués aux contraintes médiatiques et protocolaires. Une visite présidentielle, c'est une heure de leur temps, un déjeuner, quelques photos. Rien de bien contraignant. Mais le débat porte sur le fond : ce type d'événement sert-il vraiment l'équipe, ou sert-il avant tout l'image du Président ?

La réponse est nuancée. D'un côté, la visite apporte une forme de reconnaissance officielle, un soutien symbolique qui peut souder le groupe. De l'autre, elle détourne l'attention médiatique vers la personne du Président plutôt que vers le travail de l'équipe. Les questions des journalistes portent sur la blague à Dembélé, sur l'hommage à Deschamps, pas sur les schémas tactiques ou la préparation physique. Le risque est que le récit médiatique soit centré sur Macron et non sur les Bleus.

Personnalisation vs collectif : le risque de l'accolade présidentielle

Parlons-Politique met en garde contre une « personnalisation excessive d'un événement collectif ». Le risque est réel : que le Président devienne le personnage principal de l'histoire, reléguant les joueurs au rang de figurants. La visite ne modifie ni la préparation ni la sélection, mais elle renforce la narration nationale autour de l'équipe. Le président y gagne en stature, les joueurs ne gagnent que du soutien.

Ce déséquilibre n'est pas nouveau. Depuis François Mitterrand, chaque président français a tenté de capitaliser sur le rayonnement des Bleus. Mais l'exercice devient de plus en plus périlleux à mesure que la défiance envers les institutions augmente. Les jeunes, en particulier, perçoivent ces visites comme des opérations de communication déguisées. Le piège pour Macron serait que son passage à Clairefontaine soit perçu comme un calcul politique de plus, et non comme un geste sincère.

De la Russie 2018 au Qatar 2022 : les visites de Macron ont-elles porté chance aux Bleus ?

La « tradition » de la visite présidentielle avant une grande compétition est née en 2018. Macron s'était rendu à Clairefontaine avant le départ pour la Russie. Résultat : victoire finale. Le mythe du président porte-bonheur était né. Depuis, l'Élysée a verrouillé ce rituel comme un passage obligé, un geste presque superstitieux.

Mais les résultats suivants ont tempéré l'enthousiasme. En 2022, avant le Mondial au Qatar, Macron était venu. Les Bleus avaient atteint la finale, perdue aux tirs au but face à l'Argentine. En 2024, avant l'Euro en Allemagne, nouvelle visite. Résultat : une demi-finale décevante, élimination face à l'Angleterre. Le mythe s'effrite un peu plus à chaque échec.

2018 : la bise avant la gloire

La visite de 2018 reste la référence. Macron était arrivé à Clairefontaine le 7 juin, quelques jours avant le départ pour la Russie. Il avait déjeuné avec les joueurs, échangé avec Deschamps, posé pour les photos. L'ambiance était légère, confiante. Personne ne savait encore que ces Bleus-là allaient soulever la Coupe du monde.

Joueurs de l'équipe de France à l'entraînement à Clairefontaine.
Joueurs de l'équipe de France à l'entraînement à Clairefontaine. — (source)

Ce souvenir pèse lourd dans la décision de renouveler l'expérience. Pour l'Élysée, la visite de 2018 est devenue un marqueur : elle symbolise le lien entre le pouvoir politique et la réussite sportive. Peu importe que le lien de cause à effet soit introuvable. Ce qui compte, c'est le symbole. Macron vient « comme en 2018 », avec l'espoir que la magie opère à nouveau.

2022 et 2024 : la malédiction après la coupe du monde de football ?

Les visites suivantes ont été moins fructueuses. En 2022, les Bleus perdent en finale après une séance de tirs au but traumatisante. En 2024, ils échouent en demi-finale de l'Euro, dans un match où l'équipe a semblé manquer d'inspiration. Le parallèle est tentant : à chaque visite présidentielle, le résultat est moins bon.

Bien sûr, personne ne croit sérieusement que la présence de Macron influence le résultat sportif. Mais dans l'imaginaire collectif, l'idée d'une « malédiction » fait son chemin. Les supporters les plus superstitieux verraient d'un bon œil que le Président reste à l'Élysée le jour du match. L'Élysée, lui, continue de défendre la tradition, en insistant sur le caractère symbolique et républicain de la visite.

Sécurité, déplacement, image : le vrai coût d'une visite présidentielle à Clairefontaine

Une visite présidentielle, même courte, a un coût. Le cortège, la sécurité (GSPR), la mise à disposition du personnel de l'Élysée, le protocole : tout cela représente un budget à cinq chiffres. Pour une photo de groupe et un déjeuner, la facture existe bel et bien. Mais personne ne la chiffre officiellement, et encore moins ne la communique.

Le coût d'opportunité est tout aussi réel. Pendant que le Président déjeune avec les joueurs, son agenda est bloqué. Pas de réunion, pas de décision, pas de déplacement diplomatique. Une heure passée à Clairefontaine, c'est une heure de moins pour gérer les crises du quotidien. Dans un contexte de tensions sociales et de défiance politique, ce choix interroge.

Le coût d'une photo : combien coûte une heure du Président au contribuable ?

Le Groupe de sécurité de la présidence de la République (GSPR) mobilise une dizaine d'agents pour ce type de déplacement. Ajoutez les véhicules blindés, les motards de la gendarmerie, la coordination avec les services de la préfecture. Le tout pour un trajet de moins d'une heure depuis Paris. Le coût total, selon les estimations d'anciens membres du protocole, se situe entre 15 000 et 25 000 euros pour une demi-journée.

Ce chiffre peut sembler modeste à l'échelle du budget de l'État. Mais il pose une question de principe : est-il justifié de dépenser l'argent public pour un événement purement symbolique ? Les défenseurs de la tradition répondent que le soutien moral aux Bleus fait partie du rôle du chef de l'État. Les critiques y voient une opération de communication déguisée, financée par le contribuable.

FFF ou Élysée : qui met la main à la poche pour le déjeuner des Bleus ?

Le déjeuner au château de Clairefontaine est officiellement un moment de convivialité. Mais en réalité, ce type de visite est pris en charge par les frais de représentation de la Présidence. La FFF met à disposition les lieux et le personnel du château, mais le repas et le service sont assurés par les équipes de l'Élysée.

Ce détail n'est pas anodin. Il montre que la visite est organisée par et pour le Président, pas par la Fédération. Les joueurs sont les invités, pas les hôtes. La différence est subtile, mais elle révèle la nature profonde de l'événement : une opération de communication présidentielle, déguisée en geste de soutien sportif.

De Clairefontaine à Boston : que reste-t-il du passage de Macron ?

La visite présidentielle à Clairefontaine est un rituel bien rodé, mais son impact réel reste difficile à mesurer. À court terme, elle offre des images de communion nationale, un moment de répit dans un agenda politique chargé. Les réseaux sociaux s'enflamment, les médias relaient les petites phrases, les photos font le tour du monde.

Mais à long terme, que reste-t-il ? Si les Bleus gagnent le Mondial, Macron pourra revendiquer une part du succès. S'ils perdent, la visite sera oubliée, ou pire, associée à la défaite. Le risque est que ce type d'opération devienne un outil de communication à usage unique, dont l'efficacité s'érode à chaque répétition.

La vraie question est ailleurs : ce spectacle médiatique distrait-il ou stimule-t-il la performance ? Les joueurs disent que oui, que la visite les motive. Mais les faits sont têtus : depuis 2018, les résultats des Bleus après une visite présidentielle sont en baisse. Coïncidence ou tendance ? Seul le Mondial 2026 apportera une réponse.

Une chose est sûre : le lien entre le pouvoir français et son équipe nationale reste unique. Dans aucun autre sport, le chef de l'État ne prend le temps de déjeuner avec les athlètes avant une compétition. Ce rituel en dit long sur la place du football dans la société française : un dernier grand récit collectif, capable de fédérer au-delà des clivages. Mais aussi un outil politique, utilisé par ceux qui en ont besoin pour redorer leur image.

Les Bleus, eux, sont déjà passés à autre chose. Le 10 juin, ils s'envolent pour Boston. Le 16 juin, ils affrontent le Sénégal. Macron sera devant sa télévision, comme des millions de Français. Et si les Bleus gagnent, il sera là pour les féliciter. S'ils perdent, il trouvera les mots pour les consoler. C'est ça, le rôle du président : être là dans les bons comme dans les mauvais moments. Quitte à ce que son passage à Clairefontaine ne soit qu'une étape de plus dans la grande aventure des Bleus.

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Questions fréquentes

Pourquoi Macron a-t-il ciblé Dembélé à Clairefontaine ?

Macron a lancé une boutade à Ousmane Dembélé sur sa défaite en finale de Ligue des champions avec le PSG. Cette intervention personnalisée visait à montrer qu'il connaît l'actualité sportive et à créer une proximité avec le joueur. C'était une stratégie de communication préparée par l'Élysée.

Quel est le coût d'une visite présidentielle à Clairefontaine ?

Selon des estimations d'anciens membres du protocole, le coût total d'une demi-journée de visite se situe entre 15 000 et 25 000 euros. Ce budget inclut la sécurité du GSPR, les véhicules blindés et la coordination avec la préfecture. Le déjeuner est pris en charge par les frais de représentation de la Présidence.

Macron a-t-il rencontré les Bleues à Clairefontaine ?

Oui, Emmanuel Macron a également rencontré l'équipe de France féminine présente à Clairefontaine pour préparer deux matchs décisifs de qualification pour la Coupe du monde 2027 au Brésil. Ce geste visait à élargir la portée symbolique de sa visite au-delà du seul groupe masculin.

Quand la France joue-t-elle son premier match au Mondial 2026 ?

Le premier match de poule de la France est prévu le 16 juin 2026 contre le Sénégal à Boston. Les Bleus s'envolent pour les États-Unis le 10 juin après deux matchs amicaux contre la Côte d'Ivoire et l'Irlande du Nord.

Sources

  1. Coupe du monde 2026 : Emmanuel Macron rendra visite aux Bleus de Kylian Mbappé mardi à Clairefontaine · lefigaro.fr
  2. csa.eu · csa.eu
  3. Emmanuel Macron sera à Clairefontaine pour rendre visite à l’équipe de France avant la Coupe du monde ce mardi - Foot - Coupe du monde - Bleus · dailymotion.com
  4. Avant le départ pour le Mondial, Emmanuel Macron va rendre visite ... · eurosport.fr
  5. Coupe du monde 2026 : Emmanuel Macron va "regretter DD", le sélectionneur de l'équipe de France "qui préfère gagner plutôt que plaire" · franceinfo.fr
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Thomas Rabot @terrain-pro

Ancien handballeur en nationale 3, je vis le sport avec passion même si mon genou m'a dit stop. Coach sportif à Dijon, je regarde tout : foot, basket, tennis, sports de combat, e-sport. J'analyse les perfs avec un œil technique mais accessible. Les stats, c'est bien, mais je préfère raconter les histoires humaines derrière les résultats. Le sport, c'est pas que des chiffres – c'est des gens qui se dépassent.

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