Le 17 février 2026, l'ambiance à la station de RER Val de Fontenay était inhabituelle pour un mardi matin. Au lieu de se précipiter vers les trains, une petite foule suivait les pas de Xavier Piechaczyk, tout nouveau patron de la RATP. Pour sa première véritable sortie médiatique depuis sa prise de fonction le 5 février, ce dernier n'avait pas choisi d'annoncer une nouvelle ligne ou des travaux pharaoniques, mais de se confronter à une réalité qui tache le réseau francilien : l'insécurité des femmes. Accompagné de Christophe Fanichet, son homologue de la SNCF, et de Valérie Pécresse, la présidente d'Île-de-France Mobilités, il arpentait les quais, les escaliers et les couloirs pour une « marche exploratoire ».
L'exercice, loin d'être une simple communication de façade, avait un but précis : comprendre par le corps ce que les statistiques ne disent pas tout à fait. En déclarant sans détour que les statistiques sur les agressions sexuelles dans les transports en Île-de-France sont « pas du tout satisfaisantes », Xavier Piechaczyk brisait le plafond de verre du silence administratif. Plus question de minimiser le ressenti ou d'opposer la réalité chiffrée à la peur vécue. Le message était clair et sans appel : la situation actuelle, où la moitié de l'humanité appréhende de prendre le métro le soir, constitue un échec collectif qui nécessite une action immédiate et sans précédent.
Une marche exploratoire pour voir le réseau autrement

L'organisation de cette marche exploratoire à Val de Fontenay marque un tournant dans la méthode de gestion de la sécurité à la RATP. Jusqu'à présent, la sécurité était souvent pensée depuis des salles de contrôle, face à des écrans de vidéosurveillance ou des tableaux de bord statistiques. En descendant sur le terrain aux côtés d'une douzaine d'usagères, Xavier Piechaczyk a choisi de changer de perspective pour adopter celui de la vulnérabilité. Ce qu'il a vu l'a conforté dans l'idée que l'environnement physique joue un rôle majeur dans le sentiment d'insécurité.
Le dirigeant a détaillé les observations faites pendant cette visite : des couloirs mal éclairés qui créent des zones d'ombre propices à l'anxiété, un manque de propreté qui donne un sentiment d'abandon, et surtout la présence de multiples recoins où un agresseur potentiel pourrait se dissimuler. Pour le PDG, c'est un véritable « travail de fourmi » qui s'annonce. L'objectif n'est plus de gérer la sécurité de manière globale, mais de procéder station par station, rame après rame, pour « lever tout ce que l'on peut lever ». Cette approche urbanistique, qui vise à repenser l'espace public pour le rendre moins hostile aux femmes, est essentielle pour restaurer la confiance.
« Ce n'est quand même pas normal » : la fin des diplômes rassurants
Cette prise de parole marque aussi une rupture symbolique avec les communications passées. Pendant longtemps, la réponse institutionnelle face à la montée des inquiétudes consistait à rappeler que le métro restait statistiquement l'un des endroits les plus sûrs, ou à opposer le ressenti subjectif à une réalité objective jugée moins noire. En admettant que les chiffres actuels ne sont « pas du tout satisfaisants », Xavier Piechaczyk valide la parole des victimes et reconnaît que le sentiment d'insécurité est, en soi, un problème de sécurité publique majeur qui mérite une réponse pragmatique.
Sa citation, « Ce n'est quand même pas normal que la moitié de l'humanité ait des appréhensions à prendre les transports publics », résonne comme un aveu d'impuissance face à un système qui a échoué à protéger ses usagères. Pour espérer inverser la tendance et convaincre les Français de privilégier les transports en commun, la RATP doit désormais garantir une protection réelle et effective. Xavier Piechaczyk a d'ailleurs évoqué la possibilité de permettre de porter plainte en ligne pour simplifier les démarches des victimes, une mesure qui va dans le sens d'une simplification indispensable. Toutefois, la fin des « diplômes rassurants » impose désormais des résultats concrets et visibles sur le terrain.
90 % des jeunes femmes victimes : le chiffre qui éclate le silence
Si les propos du PDG sont aussi sévères, c'est qu'ils s'appuient sur une réalité chiffrée glaçante que les institutions ne peuvent plus ignorer. Il ne s'agit plus de quelques faits divers isolés, mais d'un phénomène de masse qui touche la grande majorité des femmes franciliennes. Pour comprendre pourquoi les statistiques officielles étaient jugées « pas du tout satisfaisantes », il faut regarder au-delà des simples registres de police et découvrir l'ampleur invisible de ce que les sociologues appellent la « zone grise » des violences.
L'étude ENOV : sept femmes sur dix concernées
L'étude ENOV, réalisée en juin 2022 pour la RATP via un questionnaire en ligne auprès de 2 010 personnes en Île-de-France, apporte un éclairage terrifiant sur l'ampleur du phénomène. Elle révèle que sept femmes sur dix ont déjà été victime de violence sexiste ou sexuelle dans les transports franciliens au cours de leur vie. Mais c'est chez les plus jeunes que le chiffre devient véritablement alarmant et témoigne d'une dégradation rapide de la situation : cette proportion atteint 80 % chez les femmes de 15 à 18 ans et culmine à 90 % chez les 19-25 ans.

Pour ces jeunes générations, qui constituent le cœur de cible des politiques de mobilité, prendre le métro ou le RER n'est jamais un acte anodin. C'est une expérience potentiellement traumatisante qui s'inscrit dans le quotidien. La nature de ces violences est d'ailleurs extrêmement variée, allant bien au-delà du simple « dérapage ». Selon les données détaillées de l'étude, on recoure 39 % d'outrages sexistes et sexuels, 19 % de harcèlement sexuel, 15 % d'agressions sexuelles, 13 % d'exhibitions sexuelles et 6 % de viols ou tentatives de viol. Dans 99 % des cas, les agresseurs sont des hommes, soulignant la dimension structurellement genrée de cette violence.
L'iceberg des chiffres : pourquoi seules 7 % des victimes portent plainte ?
Face à cette masse de violences, comment expliquer que les bilans officiels de la délinquance semblent encore minimiser le phénomène ? La réponse réside dans un fossé immense entre le nombre de faits subis et le nombre de plaintes enregistrées. En 2023, on estime que seulement 7 % des victimes ont franchi le pas des commissariats ou des gendarmeries. Ce silence massif n'est pas un aveu de tolérance, mais la conséquence de barrières psychologiques et sociales infranchissables pour beaucoup.
Selon les enquêtes menées auprès des victimes, 34 % évoquent la honte comme motif principal de leur silence, un sentiment qui retourne la culpabilité sur celle qui a subi l'agression. D'autres mentionnent la peur de ne pas être crues ou le manque de confiance dans l'efficacité de la justice, exprimé par l'idée que « ça ne sert à rien ». Ce taux de signalement extrêmement faible crée un cercle vicieux dangereux : moins il y a de plaintes, moins les forces de l'ordre allouent de moyens spécifiques à ces types de délinquance, ce qui renforce le sentiment d'impunité des agresseurs. Pourtant, les chiffres des atteintes signalées sont en hausse constante, avec une augmentation de plus de 15 % en 2023 par rapport à 2022, soit 4 091 atteintes sur l'ensemble des réseaux, selon une question écrite à l'Assemblée nationale.

Midi, pas minuit : la réalité méconnue des agressions en journée
L'une des représentations les plus tenaces concernant la sécurité dans les transports lie l'insécurité à l'obscurité, à l'alcool et aux heures tardives du retour de fête. L'imaginaire collectif associe souvent le danger à la fin de soirée, dans des rames quasi vides où règne une ambiance malsaine. Cependant, les statistiques récentes viennent bousculer cette vision simpliste, démontrant que le danger guette les usagères à tout moment de la journée, même aux heures de pointe, transformant chaque trajet en une potentielle source d'angoisse.
Le mythe du « retour tardif » : plus d'agressions entre 12h et 19h
Les données recueillies par l'Observatoire national des violences faites aux femmes sont sans appel : contrairement aux idées reçues, il y a plus d'agressions sexuelles entre 12h et 19h qu'entre 19h et 7h. Cette réalité oblige à repenser intégralement les stratégies de sécurisation déployées jusqu'ici. Se concentrer uniquement sur le « métro de nuit » revient à manquer l'essentiel du problème. La journée, les rames sont bondées, les quais noirs de monde, c'est l'heure de pointe ou de la pause déjeuner.
C'est précisément cette densité humaine qui joue parfois en défaveur des victimes. L'anonymat de la foule permet aux agresseurs de se fondre dans la masse après un coup de main rapide, et le brouhaha ambiant couvre souvent les remarques déplacées ou les appels à l'aide étouffés. Le profil type des victimes confirme cette tendance diurne : la majorité des femmes agressées a moins de 30 ans. Ce sont des étudiantes ou des jeunes actives qui se déplacent aux heures de bureau ou de cours. L'agression ne prend donc pas la forme d'un guet-apens nocturne dans une rame vide, mais survient souvent au milieu d'une foule indifférente.
Témoignage d'Ambre-Léa : l'insoutenable à 11 heures du matin
Le récit d'Ambre-Léa, rapporté par nos confrères du Parisien, illustre parfaitement cette violence en plein jour, banale et insupportable. Agée de 23 ans, elle a été victime d'une exhibition sexuelle un matin de semaine, à 11 heures, sur la ligne 6 du métro parisien. Elle décrit le moment où elle sent le regard d'un homme peser sur elle, avant de voir sa main glisser dans son pantalon. L'homme se tourne ensuite vers la paroi de la rame et commence des mouvements d'allers-retours, se masturbant sous les yeux d'Ambre-Léa et des autres passagers.
Ce qui choque autant que l'agression elle-même dans ce témoignage, c'est l'absence totale de réaction de l'entourage. « Aucun voyageur n'a réagi », raconte-t-elle. Ce sentiment d'isolement au cœur de la foule est l'une des composantes les plus difficiles à vivre pour les victimes. À 11 heures du matin, dans une rame remplie de gens allant au travail ou en cours, personne n'a bougé. Ce témoignage montre que l'agression n'est pas liée à une ambiance nocturne malfaisante, mais s'invite insidieusement dans le quotidien banal. Il interroge aussi la responsabilité collective : face à l'impudeur délibérée d'un agresseur, le silence des autres voyageurs agit comme une forme de complicité par défaut.

Le « parcours du combattant » des victimes : de la honte à la colère
Au-delà des chiffres bruts et des faits divers, il est essentiel de comprendre l'impact psychologique et comportemental profond de ces violences sur les femmes. Ce ne sont pas simplement des incidents malheureux qui s'effacent avec le temps ; elles laissent des traces indélébiles et modifient durablement la manière dont les femmes s'insèrent dans l'espace urbain. Les témoignages recueillis auprès de nombreuses usagères révèlent un véritable « parcours du combattant » quotidien, où chaque trajet nécessite une vigilance constante et l'adoption de stratégies d'évitement épuisantes.
Audrey et Marie : quand le refus vaut des insultes
Les violences sexuelles dans les transports ne se limitent pas aux attouchements physiques ou aux exhibitions ; elles englobent toute une gamme de comportements harcelants qui visent à intimider, déstabiliser et dévaloriser. Audrey, dont le témoignage a été recueilli par Radio France, explique comment une interaction banale peut virer au cauchemar en quelques secondes. Lorsqu'elle refuse de céder aux avances d'un homme insistant qui lui demande son numéro de téléphone, la réaction est immédiate et violente. « Quand on ne donne pas notre numéro, tout de suite, on se fait insulter », témoigne-t-elle.
Elle raconte avoir reçu des messages d'une rare violence après sa tentative de repousser l'harceleur,诸如 « tu vas voir ce que je vais te faire, petite salope ». Ce passage à l'acte verbal et menaçant suite à un refus illustre la misogynie structurelle qui sous-tend ces agressions : le corps et l'attention des femmes sont considérés comme disponibles par défaut. Marie, étudiante, témoigne elle aussi de ce harcèlement constant qui pollue ses trajets : « Je me suis déjà fait peloter dans le RER B en allant en cours, il y a déjà quelqu'un qui s'est masturbé devant moi, des insultes aussi très souvent ». Ces récits montrent que la violence s'invite même dans les trajets les plus anodins, transformant le simple fait d'aller en cours en une épreuve.
93 % des femmes adaptent leur tenue ou leur trajet
Face à cette menace latente et omniprésente, les femmes développent des stratégies d'auto-censure qui ont un impact direct et concret sur leur liberté de mouvement. Selon les enquêtes récentes, 93 % des femmes adoptent des techniques d'évitement pour se protéger dans les transports. Ces chiffres, qui reflètent une adaptation forcée à un environnement hostile, sont édifiants : 68 % des femmes déclarent s'habiller différemment pour éviter l'attention, choisissant souvent des vêtements larges ou sombres pour passer inaperçues.
De plus, 60 % d'entre elles évitent certaines lignes ou stations selon leur tenue ou l'heure. Sur les quais, le comportement change radicalement : 83 % des femmes se positionnent stratégiquement, dos au mur ou aux portes, pour contrôler leur environnement visuel et éviter d'être prises au dépourvu. Ce qui devrait être un moment de pause ou de transition dans la journée devient un moment de gestion du stress permanent. Victoire, une usagère régulière du RER, résume cette situation d'acceptation forcée : « Toutes les semaines, ça fait partie de mon quotidien, j'ai appris à ignorer ». Cette résilience n'est pas une force, c'est une survie qui restreint l'espace vital des femmes.

La riposte de la RATP et de l'État : caméras, Taser et marches exploratoires
Face à l'ampleur du phénomène et à la prise de conscience politique récente, une réponse plus musclée et coordonnée commence à se mettre en place. Les autorités ne se contentent plus de condamner moralement les actes ou de lancer des campagnes de sensibilisation ; elles déploient désormais des moyens juridiques, technologiques et humains importants pour tenter d'inverser la tendance. De la nouvelle loi sur la sûreté à l'expérimentation de nouvelles armes de défense, la riposte s'organise sur plusieurs fronts pour tenter de rendre les transports plus sûrs.
La loi du 28 avril 2025 : donner des pouvoirs étendus
Une avancée législative majeure a été la promulgation, le 28 avril 2025, de la loi sur la sûreté dans les transports. Ce texte historique répond à une demande ancienne et pressante des forces de sécurité interne de la RATP et de la SNCF. Jusqu'alors, les agents de la SUGE (Surveillance Générale de la SNCF) et de la GPSR (Groupe de Protection et de Sécurité des Réseaux de la RATP) disposaient de prérogatives limitées qui pouvaient paralyser leur intervention face à des agresseurs déterminés ou violents.
La nouvelle loi étend désormais leurs pouvoirs de manière significative, leur permettant notamment d'interpeller des individus dangereux et de mener des contrôles plus efficaces, en attendant l'arrivée des forces de l'ordre. Ce cadre juridique renforcé est essentiel pour que les agents présents sur le terrain ne soient plus de simples témoins impuissants, mais deviennent des acteurs réels et immédiats de la sécurité des voyageuses. Cela permet aussi une meilleure coordination avec la police nationale et la gendarmerie, assurant une chaîne de réaction plus rapide. Le but est de réduire le délai entre l'agression et l'interpellation, maximisant ainsi les chances d'identifier et de punir les agresseurs.
Taser, caméras et éclairage : le plan de bataille station par station
Au-delà du cadre légal, la riposte est aussi technique et matérielle. Xavier Piechaczyk a confirmé sa volonté de travailler sans relâche sur l'aménagement physique des stations. Cela passe par un audit minutieux de l'éclairage pour éliminer les zones d'ombre anxiogènes, la lutte contre la saleté qui donne un sentiment de délaissement, et la suppression des recoins où un agresseur pourrait se dissimuler. C'est ce « travail de fourmi », station après station, qui doit redonner aux usagères la confiance en leur environnement.
Parallèlement, l'arsenal des agents s'étoffe de manière notable. Une expérimentation majeure concernant l'utilisation des Tasers est en cours. Comme nous le détaillions dans notre article sur Taser dans le métro : ce que change l'expérimentation pour 300 agents SNCF et RATP, cette initiative vise à doter 300 agents de pistolets à impulsion électrique pour faire face aux situations critiques où leur sécurité ou celle d'un usager est menacée. Enfin, la vidéosurveillance continue d'être déployée massivement, non seulement pour constater les faits après coup, mais aussi pour permettre une surveillance en temps réel et une intervention rapide des patrouilles. La technologie est au service de la sécurité, à condition qu'elle soit accompagnée d'une présence humaine formée et réactive.

Passants au secours : comment le taux d'intervention est passé de 10 à 23 %
Si les mesures institutionnelles et technologiques sont indispensables, la sécurité dans les transports repose aussi, et peut-être surtout, sur la mobilisation des usagers eux-mêmes. Les mentalités évoluent, et l'indifférence, longtemps considérée comme la norme face au harcèlement dans l'espace public, recule peu à peu au profit d'une solidarité retrouvée. Ce changement de comportement est l'un des facteurs les plus encourageants dans la lutte contre les violences sexistes et sexuelles, car il signifie que la société civile reprend le pouvoir sur son propre environnement.
Un sursaut de solidarité en 10 ans
Les statistiques récentes illustrent un mouvement profond et positif de la société francilienne. En 2016, seulement 10 % des victimes de violences dans les transports avaient reçu l'aide d'une tierce personne lors de l'agression. En 2025, ce chiffre a plus que doublé pour atteindre 23 %. Bien que ce taux reste encore insuffisant, cette progression spectaculaire en moins d'une décennie prouve que les campagnes de sensibilisation et le débat public ont un impact concret sur le comportement des voyageurs. Le message « L'indifférence a des agresseurs » semble avoir été entendu par une frange croissante de la population.
Ce sursaut de solidarité est vital car il brise l'isolement de la victime et peut souvent suffire à faire cesser l'agression sans avoir besoin d'une intervention physique directe ou risquée. Le simple fait de s'asseoir à côté d'une personne harcelée, de lui demander si elle va bien ou de détourner l'attention de l'agresseur sont des gestes qui changent radicalement la donne. Ce passage de la passivité à l'attention est une clé essentielle pour restaurer la confiance des femmes dans l'espace public. Savoir que l'on n'est pas seule, que l'on sera peut-être secourue par un inconnu, change l'expérience du voyage de fond en comble.

Les agents RATP : une prise en charge jugée efficace
Pour encourager ce recours à l'aide extérieure, il est crucial que les victimes sachent qu'elles seront bien reçues et écoutées. À cet égard, les efforts de formation des agents de la RATP portent leurs fruits. Selon les enquêtes de victimation récentes, 4 victimes sur 5 ayant sollicité l'aide d'un agent RATP se sont senties bien prises en charge. Ce taux élevé de satisfaction est un signal fort pour les usagères : les présents dans les guichets ou sur les quais ne sont pas là uniquement pour valider les titres de transport ou gérer les flux de voyageurs.
Ils sont de plus en plus formés pour gérer les situations de détresse et de violence sexuelle avec empathie et professionnalisme. Cette confiance renversée encourage le signalement. Savoir que l'on ne sera pas jugée, minimisée ou renvoyée à son propre ressenti est essentiel pour briser le silence qui protège les agresseurs. La RATP et la SNCF continuent d'ailleurs de former leur personnel pour que chaque agent puisse être un relai efficace vers les forces de police et les structures d'aide aux victimes. La présence humaine reste le maillon le plus fort de la chaîne de sécurité : une technologie peut filmer, mais seul un être humain peut écouter, comprendre et agir avec discernement.
Que faire si ça vous arrive ? Les bons réflexes pour les usagères du RER et du métro
Face à l'ampleur des violences et la difficulté de les éradiquer totalement, il est crucial que chaque usagère se sente armée et informée pour réagir. La connaissance des dispositifs de sécurité et des bons réflexes peut faire la différence entre une situation subie dans la honte et une situation gérée qui permet de se protéger et de sanctionner l'agresseur. Cette section pratique vise à transformer l'angoisse en capacité d'action, en fournissant des clés concrètes pour réagir efficacement en cas d'agression ou de harcèlement.
Contacter un agent ou utiliser les bornes d'alerte : les gestes qui sauvent
En cas d'agression, de harcèlement ou même de simple sentiment de danger, la première règle d'or est de ne pas rester isolée. Il est primordial de faire appel à la présence humaine sur le réseau. Les agents de la RATP et de la SNCF sont formés pour intervenir, sécuriser la victime et déclencher les procédures adéquates. N'hésitez jamais à vous rapprocher d'un agent en uniforme, que ce soit sur un quai, dans une salle de contrôle ou à un guichet. Leur présence est là pour ça.
Si aucun agent n'est visible à proximité immédiate, il existe d'autres moyens d'alerter les secours. Les bornes d'alerte présentes sur les quais et dans les couloirs permettent de joindre directement le poste de contrôle de la station en un simple geste. Il est également possible de signaler des faits via les applications officielles des transporteurs. Bien que le dépôt de plainte reste indispensable pour une suite judiciaire, le signalement à la RATP ou à la SNCF permet d'alimenter les statistiques réelles, de localiser les points noirs de l'insécurité et d'augmenter la présence des patrouilles aux endroits stratégiques.
Le rôle crucial du témoin : intervenir sans s'exposer
La sécurité dans les transports est une affaire collective, et le rôle du témoin est déterminant pour changer la culture de l'indifférence. Si vous êtes témoin d'une agression ou d'une situation de harcèlement, il est important de réagir, mais toujours en mettant votre propre sécurité en premier. L'objectif n'est pas de jouer le héros en confrontant physiquement l'agresseur, ce qui pourrait aggraver la situation et vous mettre en danger, mais de briser l'isolement de la victime et de faire cesser l'agression par des moyens intelligents et non violents.
Plusieurs techniques simples et efficaces, recommandées par les associations de lutte contre les violences sexistes et sexuelles, existent :
1. L'approche directe : S'adresser directement à la victime pour lui demander si elle va bien ou si elle connaît l'agresseur. Cela montre à l'agresseur que la victime n'est pas seule et que la situation est observée par d'autres.
2. La diversion : Créer un incident banal pour détourner l'attention, comme faire tomber un objet, demander l'heure ou une information, ce qui permet à la victime de s'éloigner ou de briser la tension.
3. L'appel à l'aide : Aller chercher un agent de sécurité ou appeler la police si la situation l'exige impérativement.
Intervenir, même de manière minimale, envoie un message fort aux agresseurs potentiels : l'espace public n'est pas un territoire de non-droit. Chaque geste compte pour faire reculer la tolérance aux violences et redonner aux femmes leur droit à circuler librement et sans peur.
Conclusion
La déclaration sans filtre de Xavier Piechaczyk marque indéniablement un tournant dans la gestion de la sécurité dans les transports franciliens. En admettant que les statistiques sont « pas du tout satisfaisantes », la RATP passe d'une posture de déni ou de minimisation à une stratégie de confrontation lucide avec la réalité. Cependant, cette reconnaissance officielle du problème n'est que la première étape d'un long chemin. Les chiffres effrayants de l'étude ENOV, l'omniprésence des agressions en journée et l'impact comportemental sur 93 % des femmes montrent l'ampleur colossale des travaux à accomplir pour rétablir la confiance.
La mobilisation des pouvoirs publics, avec des lois plus dures comme celle d'avril 2025 et des moyens accrus pour les agents de sécurité, est nécessaire, mais elle ne suffira pas à elle seule à changer la donne. C'est une mobilisation collective qui est désormais attendue. Entre les agents formés pour écouter et protéger, les technologies de surveillance de plus en plus performantes et, surtout, la prise de conscience croissante des usagers qui n'hésitent plus à intervenir, une dynamique positive est enclenchée. Pour que le transport redevienne un droit et non une épreuve, chaque signalement, chaque regard porté sur l'autre, chaque refus de l'indifférence compte. La bataille pour la sécurité dans le métro se joue aussi à l'échelle du comportement individuel, et c'est ensemble que nous parviendrons à faire reculer le fléau des violences sexistes et sexuelles.