Vue aérienne d'un vignoble français au crépuscule
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Vin français : pourquoi les exportations sont au plus bas depuis 25 ans

Les exportations de vin français ont chuté à leur plus bas niveau depuis 25 ans. Entre droits de douane américains à 200%, sanctions chinoises et baisse de consommation des jeunes, la filière traverse une crise historique. L'État débloque 130...

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Imaginons un instant 42 000 terrains de football. C'est la surface de vignes que la France s'apprête à arracher dans les mois qui viennent. Une image sidérante qui résume à elle seule l'ampleur de la crise qui frappe l'un des fleurons de l'économie tricolore. Le secteur du vin et des spiritueux, longtemps caisse de résonance de l'excellence française à l'international, traverse une tempête sans précédent. Les chiffres tombés début février 2026 sont sans appel : les exportations ont atteint leur plus bas niveau en volume depuis au moins un quart de siècle. Une secousse tellurique dont les répercussions se font sentir des caves de Bordeaux jusqu'aux bureaux de l'Élysée.

Vue aérienne d'un vignoble français au crépuscule
Avignon - Montée des Moulins - View NW on Côtes du Rhône vineyard, ramparts, Pont St-Bénézet, Île de la Barthelasse, Villeneuve-lès-Avignon & Fort Saint-André — Txllxt TxllxT / CC BY-SA 4.0 / (source)

Quarante-deux mille terrains de foot : l'image qui résume la crise du vin français

Le monde du vin français vit un moment historique, et non des plus joyeux. L'équivalent de 42 000 terrains de football en vignes va être arraché dans le cadre d'un plan de sauvetage sans précédent. Cette image frappante donne la mesure d'une crise profonde, structurelle, qui touche au cœur même de l'identité viticole de l'Hexagone. Ce n'est pas simplement une récolte difficile ou une mauvaise année : c'est un modèle entier qui vacille sous les coups conjugués d'une géopolitique hostile et d'une évolution des modes de consommation.

Un plan de sauvetage soutenu par l'État

Le 9 février 2026, Emmanuel Macron s'est déplacé au salon Wine Paris, la grande messe internationale des professionnels du secteur. Un geste fort, surtout lorsqu'on sait qu'aucun chef de l'État n'avait fait le déplacement depuis François Hollande en 2015. Le message était clair : le vin et les spiritueux font partie intégrante de l'art de vivre à la française, et le gouvernement compte bien défendre ce patrimoine menacé. Mais les sourires de circonstance ne pouvaient masquer la gravité de la situation.

Le gouvernement a mis la main au portefeuille avec un fonds de 130 millions d'euros dédié à l'arrachage des vignes non rentables. Une mesure radicale qui vise à réduire l'offre excédentaire pour restaurer les prix. Cette intervention témoigne de l'urgence de la situation et de la volonté politique de préserver un secteur stratégique pour l'économie française.

Cent soixante-huit millions de caisses : le niveau le plus bas du siècle

La Fédération des Exportateurs de Vins et Spiritueux de France (FEVS) a publié ses chiffres annuels ce mardi 10 février, et le constat est implacable. En 2025, la France n'a exporté que 168 millions de caisses de vins et spiritueux. Un chiffre qui représente le niveau le plus bas depuis au moins le début du siècle, selon un porte-parole de la fédération. En valeur, la chute est tout aussi impressionnante : 14,3 milliards d'euros, soit une baisse de 8% par rapport à l'année précédente et le plus bas niveau depuis cinq ans.

Pour comprendre ce que ces chiffres signifient concrètement, il faut réaliser que le secteur du vin et des spiritueux emploie directement 600 000 personnes en France et génère environ 32 milliards d'euros de chiffre d'affaires annuel. La moitié de ce montant provient des exportations. Quand les ventes à l'international s'effondrent, ce sont des milliers de familles, des territoires entiers, qui se retrouvent en danger. Les vignobles ne sont pas seulement des paysages pittoresques : ce sont des écosystèmes économiques fragiles.

French wine bottles and spirits on display for export, representing declining international trade volumes
(source)

De la deuxième à la troisième place : le glissement silencieux

Il y a encore quelques années, le vin et les spiritueux trônaient fièrement à la deuxième place des exportations françaises, juste derrière l'aéronautique. Aujourd'hui, le secteur a glissé à la troisième place, dépassé par l'industrie cosmétique. Une rétrogradation silencieuse mais lourde de sens. Elle signifie que la crise n'est pas simplement conjoncturelle, liée à une mauvaise passe diplomatique ou à un hiver rigoureux. Elle est structurelle.

Ce recul dans le classement des exportations françaises traduit une réalité incontournable : le modèle qui a fait la fortune des vignerons français pendant des décennies ne fonctionne plus comme avant. Les marchés traditionnels se contractent, la concurrence s'intensifie, et les nouvelles générations consomment différemment. C'est tout un écosystème qui doit se réinventer, et les défis sont immenses.

Droits de douane à deux cents pour cent : quand Trump déclare la guerre au champagne

Si la crise du vin français a des causes multiples, l'une d'entre elles se distingue par son caractère spectaculaire : les tensions commerciales avec les États-Unis. Depuis le retour de Donald Trump au pouvoir en 2025, le secteur des vins et spiritueux est devenu une cible privilégiée dans la guerre commerciale qui oppose Washington à l'Union européenne. Une situation ubuesque où une bouteille de bordeaux ou de cognac devient un enjeu géopolitique.

Une escalade tarifaire sans précédent

Le président américain a multiplié les menaces ces derniers mois, n'hésitant pas à brandir la possibilité de droits de douane de 200% sur les vins et champagnes français. Une sanction dissuasive qui rendrait les produits français inabordables pour le consommateur américain moyen. La raison de cette hostilité ? Le refus d'Emmanuel Macron de rejoindre le « Conseil de la paix » proposé par Trump pour le conflit Gaza. Le vin français paie ainsi les pots cassés de dissensions diplomatiques qui le dépassent entièrement.

Cette escalade a commencé par une hausse de 10% des droits de douane, puis 15%, imposée sur les boissons alcoolisées européennes. Les négociations sur les exemptions ont traîné, et l'accord commercial UE-États-Unis de l'été dernier a fini par être remis en question après que Trump a renouvelé ses menaces sur d'autres dossiers brûlants.

États-Unis : moins vingt et un pour cent de ventes en un an

Les conséquences de cette guerre commerciale ne se font pas attendre. Les États-Unis, qui représentent pourtant 21% des exportations françaises de vins et spiritueux, ont drastiquement réduit leurs achats en 2025. La baisse atteint 21% en valeur, soit trois milliards d'euros qui se sont évaporés. En volume, les expéditions sont tombées sous la barre des 30 millions de caisses, un seuil symbolique franchi vers le bas.

Les droits de douane de 15% actuellement en vigueur, combinés à la menace d'une hausse à 200%, ont littéralement « refroidi la demande », selon les termes de Gabriel Picard, président de la FEVS. Les importateurs américains hésitent à s'engager, les distributeurs réduisent leurs stocks, et les consommateurs se tournent vers des alternatives moins onéreuses. Le marché américain, longtemps moteur de la croissance du secteur, est devenu un gouffre.

Questions géopolitiques : quand le vin devient une monnaie d'échange

Face à cette situation, les producteurs français se sentent impuissants. « Il s'agit de questions géopolitiques qui dépassent les enjeux sectoriels des vins et spiritueux », a déclaré la FEVS dans un communiqué. Une formule diplomatique pour dire ce que tout le monde pense : les vignerons sont pris en otage dans des négociations auxquelles ils ne participent même pas.

La politique commerciale étant une compétence exclusive de l'Union européenne, la France ne peut pas négocier seule avec Washington. Tout doit passer par Bruxelles, avec la nécessité de parler d'une seule voix. Or, les intérêts des vingt-sept États membres ne sont pas toujours alignés. Certains pays, peu producteurs de vin, pourraient être tentés de sacrifier cette filière sur l'autel d'autres concessions commerciales. C'est toute la difficulté pour les producteurs français, qui doivent faire entendre leur voix dans un chœur européen parfois dissonant.

Chine : moins vingt pour cent et des sanctions qui n'en finissent plus

Si le front américain concentre l'attention médiatique, le front chinois n'est guère plus rassurant. La Chine, deuxième destination des exportations françaises de spiritueux, a elle aussi déclaré une forme de guerre commerciale au vin français. Une offensive moins bruyante que celle de Trump, mais tout aussi dévastatrice dans ses effets.

L'enquête anti-dumping qui vise le cognac

Pékin a répondu aux sanctions européennes sur ses véhicules électriques par une enquête anti-dumping ciblant les spiritueux européens. Une riposte chirurgicale qui touche de plein fouet le cognac français, véritable locomotive des exportations hexagonales. Les trois grands groupes français du secteur — Hennessy, Pernod Ricard et Rémy Cointreau — ont été sommés d'augmenter leurs prix, sous peine de se voir infliger plus de 34% de droits de douane. Une alternative cornélienne qui a plongé toute la filière dans l'incertitude.

Cette mesure s'inscrit dans un contexte plus large de tensions entre la Chine et l'Union européenne, où chaque partie cherche à protéger ses intérêts économiques tout en évitant une escalation incontrôlable. Le cognac, symbole du luxe français, est devenu une monnaie d'échange dans ce bras de fer géopolitique.

Sept cent soixante-sept millions d'euros perdus : le cognac pris en étau

Les chiffres parlent d'eux-mêmes : les ventes vers la Chine ont chuté de 20% en 2025, représentant une perte de 767 millions d'euros. Le cognac, fleuron de l'industrie française des spiritueux, a payé un lourd tribut avec une baisse de 15% en volume et 24% en valeur. Une hécatombe qui met en péril des décennies d'investissements sur ce marché stratégique.

« Les tensions géopolitiques entre la France et la Chine ont marqué la fin du cognac en Chine. Maintenant, arrêter quelque chose ne prend pas longtemps, mais reconstruire prend du temps », analyse Gabriel Picard avec une lucidité désarmante. Florent Morillon, président du Bureau National Interprofessionnel du Cognac (BNIC), abonde dans le même sens : reconstruire un marché peut prendre une décennie, si ce n'est plus.

La vignette de vin chinois offerte à Macron : un symbole inquiétant

Au salon Wine Paris, une anecdote a cristallisé les inquiétudes des producteurs français. Lors de sa visite, Emmanuel Macron s'est vu offrir un magnum de vin... chinois. Sa réaction — « La Chine sait aussi produire » — a fait sourire, mais elle pointe une réalité nouvelle et dérangeante : la France ne fait plus seulement face à des barrières commerciales, elle fait face à des concurrents.

La Chine développe sa propre production viticole, avec des qualités croissantes. D'autres pays émergents font de même, investissant massivement dans leurs vignobles pour répondre à une demande locale en pleine croissance. Le monopole culturel et qualitatif de la France sur le vin n'est plus ce qu'il était. Une prise de conscience douloureuse pour un secteur habitué à dominer les palmarès internationaux.

Sober curiosity : pourquoi les dix-huit-trente ans ne boivent plus comme leurs parents

Après les causes externes de la crise — taxes américaines, sanctions chinoises — il faut regarder en face une cause interne tout aussi fondamentale : l'évolution profonde des habitudes de consommation. Et particulièrement chez les jeunes générations. C'est ici que la question devient personnelle, car elle nous concerne tous directement. La génération des dix-huit-trente ans est-elle en train de tuer le vin traditionnel ?

Une tendance venue des États-Unis

Le phénomène de « sober curiosity » — qu'on pourrait traduire par « curiosité pour la sobriété » — fait florès depuis plusieurs années aux États-Unis et commence à s'implanter en Europe. L'idée est simple : boire moins, mais mieux. S'interroger sur sa relation à l'alcool, sans pour autant devenir abstème. Expérimenter les soirées sans alcool, découvrir les mocktails — ces cocktails sans éthanol — et privilégier la qualité à la quantité.

Cette évolution n'est pas uniquement une question de santé, même si les mises en garde contre les dangers de l'alcool ont sûrement joué un rôle. Elle reflète une transformation plus large des valeurs. Les jeunes générations recherchent des expériences authentiques, des produits qui ont du sens, des histoires à raconter. Une bouteille de vin de table anonyme, produite de manière industrielle, ne répond plus à cette attente.

Moins d'alcool, plus de sens : la révolution du « mieux boire »

Le vin rouge bon marché, pilier des repas familiaux pendant des décennies, devient une espèce en voie de disparition. C'est d'ailleurs ce segment qui est le plus touché par la crise : les vins rouges d'entrée de gamme du Sud-Ouest, Bordelais et Languedoc en tête, s'accumulent dans les chais sans trouver preneur. La demande s'est effondrée, et l'offre peine à s'adapter.

Les jeunes qui boivent du vin aujourd'hui ne le font plus par habitude ou par tradition. Ils le font par choix conscient, pour accompagner un repas élaboré, pour découvrir un terroir, pour soutenir un vigneron engagé dans une démarche bio ou biodynamique. Le vin est devenu un produit de dégustation, pas de consommation courante. Une révolution culturelle dont les effets se mesurent désormais en milliards d'euros perdus.

Mocktails et vins sans alcool : la filière peut-elle surfer sur la vague ?

Face à cette évolution, certains acteurs du secteur ont choisi de s'adapter plutôt que de subir. Le salon Wine Paris a d'ailleurs ouvert pour la première fois un espace dédié aux vins et spiritueux sans alcool ou à faible teneur en alcool. Un signe des temps qui témoigne de l'importance croissante de ce segment de marché.

Les mocktails connaissent un engouement spectaculaire, portés par les réseaux sociaux et les influenceurs bien-être. Des bars spécialisés ouvrent dans les grandes villes, proposant des créations sophistiquées qui n'ont rien à envier aux cocktails traditionnels. Certains domaines viticoles ont senti le vent tourner et développent leurs propres gammes de vins désalcoolisés, conservant les arômes du terroir sans les effets de l'alcool.

La question qui taraude les professionnels est de savoir si ces nouveaux débouchés pourront compenser les pertes subies sur les marchés traditionnels. Rien n'est moins sûr. Le marché du sans alcool croît, mais il part de très loin. Et les marges y sont généralement plus faibles que sur les vins classiques. C'est néanmoins une voie d'avenir que la filière ne peut ignorer, sous peine de se couper d'une génération de consommateurs potentiels.

Cent trente millions d'euros pour arracher des vignes : le pari risqué d'Emmanuel Macron

Face à l'ampleur de la crise, le gouvernement français a sorti le chéquier. Un fonds de 130 millions d'euros a été créé pour subventionner l'arrachage des vignes non rentables. Une mesure radicale, paradoxale même : payer les vignerons pour détruire ce qu'ils ont mis des décennies à construire. Mais selon Emmanuel Macron, c'est une nécessité absolue pour sauver le reste.

Il faut le faire : la phrase de Macron qui valide l'arrachage

« Il faut le faire... pour que les autres gardent leur valeur. » Cette phrase prononcée par Emmanuel Macron au salon Wine Paris résume la philosophie du plan. L'arrachage n'est pas une punition, c'est une stratégie de survie collective. En éliminant les vignes les moins rentables, on préserve la valeur des exploitations viables. C'est une forme d'amputation nécessaire pour sauver le patient.

Selon les estimations du CNAOC, l'organisation qui fédère les producteurs, la France compte environ 100 000 hectares de vigne en surplus. Déjà, 50 000 hectares ont été arrachés ces dernières années. Le nouveau programme prévoit d'en couvrir 30 000 supplémentaires. Au total, c'est l'équivalent de 42 000 terrains de football qui auront disparu du paysage viticole français d'ici quelques années.

Vigneron en train d'arracher un pied de vigne
Arrachage d'une parcelle de vigne, Bourgogne — Olivier Lemoine (https://Photo-Terroir.fr) / CC BY-SA 4.0 / (source)

Bordeaux et Languedoc : les rouges bon marché dans le viseur

L'effort d'arrachage se concentre sur les zones produisant des vins rouges bon marché, particulièrement dans le Sud-Ouest. Le Bordelais, prestigieux pour ses grands crus, compte aussi d'immenses surfaces de vins d'entrée de gamme qui ne trouvent plus preneur. Le Languedoc, autrement appelé le « vignoble du monde » pour son étendue, fait face au même problème.

Ces régions sont doublement touchées : par l'effondrement de la demande intérieure et par la fermeture des marchés d'exportation. Les vins rouges de cépage, qui inondaient les supermarchés européens et américains, ne correspondent plus aux attentes des consommateurs. Trop standardisés, pas assez valorisants, ils sont victimes de l'évolution des goûts et de la concurrence des vins du Nouveau Monde, souvent plus compétitifs sur ce segment.

Du vin transformé en éthanol : quand la bouteille devient carburant

L'arrachage n'est pas la seule solution envisagée pour gérer les surplus. La France a aussi subventionné ces dernières années la conversion du vin excédentaire en éthanol industriel. Une image frappante, presque surréaliste : ce qui aurait dû être bu dans les verres du monde entier finit transformé en carburant ou en solvant pour l'industrie chimique.

Cette mesure d'urgence permet d'éviter le gaspillage total et d'offrir un débouché minimal aux producteurs en détresse. Mais elle n'est évidemment pas satisfaisante sur le long terme. Transformer du vin en éthanol, c'est reconnaître que le produit n'a plus de valeur marchande. C'est un aveu d'échec commercial, même si c'est un échec que la filière subit plus qu'elle ne provoque.

L'Inde, le Mercosur et les nouveaux horizons : la réinvention en marche

Si les perspectives à court terme sont sombres, la filière ne reste pas les bras croisés. De nouveaux accords commerciaux négociés par l'Union européenne ouvrent des portes vers des marchés jusqu'alors inaccessibles. L'Inde, le Canada, le Brésil, les pays du Mercosur : autant d'eldorados potentiels qui pourraient compenser les pertes américaines et chinoises. Mais la route sera longue.

Zéro virgule douze pour cent aujourd'hui, demain un géant ?

L'accord de libre-échange entre l'Union européenne et l'Inde, officialisé fin janvier, fait tomber les droits de douane sur les vins et spiritueux de 120% à 75% dans un premier temps. Une baisse spectaculaire qui devrait se poursuivre progressivement sur sept ans, jusqu'à atteindre 20% pour les vins haut de gamme. De quoi rêver d'un marché d'un milliard quatre cents millions de consommateurs.

La réalité est cependant plus nuancée. En 2025, l'Inde n'était que le 55e marché d'exportation des vins et spiritueux français, représentant un chiffre d'affaires de seulement 16,8 millions d'euros. Soit 0,12% du total des exportations. Un chiffre dérisoire qui montre combien le chemin à parcourir est long.

Dix ans minimum : le temps long de la reconstruction

« C'est une superbe perspective, mais sur le très long terme, au moins une décennie », résume Florent Morillon du BNIC. Gabriel Picard renchérit : « Dix ans, c'est même optimiste. À court terme, soyons honnêtes, ça ne va pas changer la face du marché. »

Le Mercosur, ce marché commun d'Amérique du Sud qui regroupe notamment le Brésil et l'Argentine, fait aussi partie des nouvelles perspectives. Mais là encore, les délais sont longs et les résultats incertains. La stratégie est clairement de jouer sur plusieurs tableaux, de diversifier les risques, de ne plus dépendre des États-Unis et de la Chine. Mais cette diversification prendra du temps, et la transition sera douloureuse.

L'Europe comme refuge : le Royaume-Uni résiste

Dans ce paysage sombre, une lueur d'espoir vient d'Europe. Les exportations de vins et spiritueux vers le Vieux Continent sont restées globalement stables à 4,1 milliards d'euros. Le Royaume-Uni, malgré les pressions fiscales post-Brexit, a même vu ses volumes importer augmenter de 3%. Une résistance inattendue qui prouve que les marchés de proximité restent des atouts précieux.

Le champagne, qui représente à lui seul 35% de la valeur des exportations de vins français, a légèrement progressé en volume même s'il a reculé de 4,5% en valeur. Une baisse due à la hausse brutale de l'euro face au dollar intervenue début 2025, qui a rendu les bouteilles plus chères pour les acheteurs étrangers. Les producteurs espèrent un rebond en 2026, sans toutefois se faire d'illusions sur son ampleur.

Conclusion : le vin français face à son destin

La crise que traverse le vin français est sans précédent dans l'histoire récente. Les exportations au plus bas depuis un quart de siècle, l'arrachage massif de vignes, les guerres commerciales avec les deux premiers débouchés mondiaux : tous les indicateurs sont au rouge. Pourtant, ce secteur millénaire a déjà survécu à bien des tempêtes, du phylloxéra aux crises de surproduction successives.

L'heure est à la réinvention. L'arrachage des vignes excédentaires, aussi douloureux soit-il, participera d'une rationalisation nécessaire. Moins de volume, plus de valeur : c'est le pari que font de nombreux producteurs. Les vins sans alcool répondent à une demande croissante de modération, tandis que les nouveaux marchés comme l'Inde ou le Mercosur offrent des perspectives de croissance à long terme.

Les prochaines années seront difficiles, c'est une certitude. Il y aura des faillites, des abandons, des drames humains. Mais la viticulture française dispose d'atouts incomparables : des terroirs uniques au monde, un savoir-faire ancestral, une image de prestige qui reste intacte malgré les turbulences. À condition de savoir adapter ce patrimoine aux nouvelles réalités du marché, le vin français peut espérer sortir renforcé de cette épreuve. L'avenir se jouera aussi dans les choix de consommation de chacun d'entre nous.

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Sarah Lebot @world-watcher

Journaliste en herbe, je synthétise l'actu mondiale pour ceux qui n'ont pas le temps de tout suivre. Étudiante en journalisme à Sciences Po Lille, je contextualise les événements sans prendre parti. Mon objectif : rendre l'info accessible et compréhensible, surtout pour ma génération. Pas de jargon, pas de sensationnalisme – juste les faits et leur contexte. Parce que comprendre le monde, c'est le premier pas pour le changer.

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