Montagne de colis en carton entassés dans un entrepôt logistique, lumière blafarde d'un néon au plafond, vue plongeante
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Temu, Amazon, AliExpress : des produits interdits en Australie vendus aux Français impunément

Des briquets-jouets aux couteaux papillons, l’enquête australienne CHOICE révèle que Temu, Amazon et AliExpress vendent des produits interdits, et la France est tout aussi exposée.

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Le 2 juin 2026, l'organisation de consommateurs australienne CHOICE a déposé une « super plainte » officielle auprès du régulateur de la concurrence et de la consommation (ACCC). Son constat est accablant : des briquets en forme de jouet, des couteaux papillons, des pistolets à gel et des faux piercings de langue — tous des produits interdits de façon permanente en Australie — étaient librement en vente sur eBay, Amazon et AliExpress. Cette alerte ne concerne pas seulement les consommateurs australiens. Temu, Amazon et AliExpress utilisent des chaînes logistiques et des entrepôts globalisés. Ce qui est disponible à Sydney l'est presque certainement aussi à Paris, Lyon ou Marseille.

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Montagne de colis en carton entassés dans un entrepôt logistique, lumière blafarde d'un néon au plafond, vue plongeante

Ce que l'enquête australienne révèle sur vos achats Temu, AliExpress et Amazon

L'enquête menée outre-Pacifique a mis au jour des pratiques qui dépassent largement les frontières australiennes. Les mêmes plateformes, les mêmes fournisseurs et les mêmes circuits logistiques approvisionnent les marchés du monde entier. Les résultats des tests australiens sont donc un signal d'alarme direct pour les consommateurs français.

77 % des jouets testés hors la loi : le constat qui a poussé CHOICE à saisir le régulateur

En décembre 2025, CHOICE a mené une enquête de terrain. Vingt-deux jouets ont été achetés sur Temu, AliExpress, Amazon et eBay, puis testés contre les normes de sécurité australiennes, parmi les plus strictes au monde. Résultat : 17 jouets sur 22, soit 77 %, étaient non conformes. Parmi eux, six présentaient des défaillances graves : risques d'étouffement par petites pièces détachables, absence totale d'avertissements de sécurité, matériaux inflammables. « Ce sont des défaillances significatives qui mettent directement en danger les enfants », a déclaré un porte-parole de CHOICE. L'enquête a également révélé que 6 % des Australiens ayant acheté en ligne ont subi une blessure ou un dommage matériel lié à un produit défectueux.

Les tests de CHOICE ne se sont pas arrêtés aux jouets. Des achats ultérieurs ont permis de découvrir que des briquets en forme de jouet, des pistolets à gel, des couteaux papillons et de faux piercings de langue — tous prohibés en Australie — étaient disponibles sur les mêmes plateformes. Cette enquête a servi de base à la « super plainte » déposée le 2 juin 2026.

Des briquets en forme de jouet aux couteaux papillons : l'inventaire des produits bannis

La « super plainte » déposée le 2 juin 2026 ne se limite pas aux jouets. CHOICE a documenté la présence de plusieurs catégories de produits interdits de façon permanente en Australie : les briquets en forme de jouet (qui attirent les enfants et peuvent provoquer des brûlures graves), les lampions volants (risques d'incendie), les aimants haute puissance (dangereux en cas d'ingestion), les couteaux papillons et à cran d'arrêt, ainsi que les pistolets à gel ou gel blasters. Tous ces articles étaient disponibles sur eBay, Amazon et AliExpress. L'enquête intervient alors que les autorités australiennes durcissent leur discours sur la sécurité des produits importés, et que le gouvernement fédéral examine un renforcement des lois sur la sécurité des biens de consommation.

Le groupe CHOICE a souligné que les normes de sécurité australiennes sont parmi les plus strictes au monde, mais que les plateformes en ligne contournent ces règles en s'appuyant sur des vendeurs tiers basés à l'étranger. La « super plainte » demande à l'ACCC d'enquêter sur les pratiques de ces marketplaces et de recommander des sanctions.

Pourquoi ce test concerne directement les acheteurs français

Le lien avec la France est direct. Les plateformes incriminées — Temu, Amazon, AliExpress — utilisent les mêmes entrepôts, les mêmes fournisseurs et les mêmes chaînes logistiques pour approvisionner les marchés australien et européen. Si un briquet en forme de jouet est en vente sur AliExpress en Australie, le même produit, issu du même fabricant chinois, est presque certainement référencé sur le site français de la plateforme. La différence ? En Australie, ces produits sont interdits et leur vente expose le vendeur à des sanctions. En France, ils peuvent encore passer entre les mailles du filet douanier. Mais pour combien de temps ?

Les données de la DGCCRF confirment cette inquiétude : plus de 60 % des jouets contrôlés sur des plateformes étrangères en 2024 présentaient un risque majeur, contre seulement 8 % chez les acteurs traditionnels.

Des échantillons dangereux par milliers : la frappe de la DGCCRF et le baromètre Safety Gate

Si l'Australie a donné l'alerte, l'Europe n'est pas en reste. Les chiffres officiels publiés en 2025 et 2026 par la Commission européenne et la DGCCRF montrent une explosion des signalements de produits dangereux en ligne. Le phénomène n'est pas une exception australienne — c'est un symptôme global d'un commerce électronique qui a massivement externalisé le contrôle qualité.

2025, année record : 4 671 alertes Safety Gate et 53 % de risques chimiques

Le rapport Safety Gate 2025 de la Commission européenne dresse un tableau préoccupant. Avec 4 671 alertes de produits dangereux recensées, l'année 2025 marque une hausse de 13 % par rapport à 2024 et un doublement depuis 2022. Les actions de suivi — retraits, rappels, interdictions — ont bondi de 35 %, atteignant 5 794 interventions. Les trois catégories les plus dangereuses sont les cosmétiques (36 % des alertes), les jouets (16 %) et les appareils électriques (11 %). Près de 53 % des risques signalés concernent des substances chimiques dangereuses. Le BMHCA, un parfum synthétique interdit dans les cosmétiques depuis 2022, est à l'origine de près de 80 % des alertes cosmétiques. La Chine reste la principale source de ces produits non conformes, avec 2 006 notifications, loin devant tout autre pays.

Le rapport souligne également que le nombre d'actions de suivi a augmenté plus vite que le nombre d'alertes, signe que les autorités européennes améliorent leur réactivité. Mais le volume reste colossal.

DGCCRF : 650 références testées, 46 % de produits dangereux

L'enquête de la direction générale de la concurrence, de la consommation et de la répression des fraudes (DGCCRF), publiée en avril 2026, est encore plus frappante. Sur 650 références testées depuis avril 2025 sur sept plateformes étrangères — Temu, Shein, AliExpress, Wish, Joom, eBay et Amazon —, 75 % étaient non conformes aux normes européennes. Pire : 46 % étaient carrément dangereuses. Le chiffre le plus marquant concerne les appareils de coiffure : 73 % des sèche-cheveux, lisseurs et autres fers à friser testés présentaient un risque pour l'utilisateur. Les dangers concrets relevés par les enquêteurs incluent la présence de cadmium dans les bijoux, des piles bouton accessibles dans des jouets pour bébés, des risques d'étouffement et d'incendie.

La DGCCRF appelle les consommateurs « à la vigilance ». Le gouvernement a annoncé la création d'une cellule dédiée, VigE-commerce, composée de 30 agents pour surveiller ces plateformes.

Jouets de bain, bouilloires, lasers : les 257 références qui ont dû être retirées

Entre septembre 2025 et mars 2026, la DGCCRF a obtenu le retrait de 257 références de produits dangereux des places de marché en ligne. En avril 2026, 52 retraits supplémentaires ont été effectués. La liste officielle publiée par la DGCCRF est longue et variée : guirlandes électriques aux normes de sécurité inexistantes, bouilloires qui surchauffent, machines de gravure laser sans protection oculaire, sièges vélo pour enfants mal fixés, détecteurs de fumée qui ne détectent rien, jouets de bain contenant des substances toxiques, peluches aux yeux détachables, déguisements non ignifugés, ballons libérant des composés chimiques, puzzles aux pièces trop petites. Presque tous ces produits sont fabriqués en Chine. Les plateformes concernées incluent Shein, Temu, AliExpress, eBay et Amazon.

En octobre 2025, une opération conjointe avec les autorités européennes avait déjà permis de retirer 28 références, dont des ballons Yiran contenant des substances chimiques dangereuses et des piles à boutons Whitecrane présentant un risque d'étouffement et d'intoxication.

Le maillon faible des douanes : que deviennent les 12 millions de colis quotidiens de Temu et Shein ?

Comment expliquer qu'autant de produits dangereux parviennent jusqu'aux consommateurs ? La réponse tient en un mot : le volume. Les douanes européennes sont submergées par un déluge de colis que les infrastructures actuelles ne peuvent pas traiter. Le système, conçu pour un commerce transfrontalier raisonnable, s'effondre sous le poids des 12 millions de petits paquets qui arrivent chaque jour.

4,6 milliards de colis importés en 2024 : le déluge que l'Europe n'a pas vu venir

En 2024, 4,6 milliards de petits colis d'une valeur inférieure à 150 euros ont été importés dans l'Union européenne. 91 % provenaient de Chine. Pour donner une mesure de l'explosion : en 2022, ce chiffre était de 1,4 milliard. La multiplication par plus de trois en deux ans est directement liée à l'essor des plateformes chinoises comme Temu, Shein et AliExpress, qui fractionnent leurs envois pour rester sous le seuil de franchise douanière. Les douanes européennes, avec leurs effectifs et leurs budgets, sont incapables de contrôler physiquement ne serait-ce qu'une fraction de ces colis. Le coût d'un contrôle peut dépasser la valeur du produit lui-même — une faille économique que les plateformes exploitent sans complexe. Une enquête de la DGCCRF réalisée en 2024 montrait déjà que plus de 60 % des jouets contrôlés sur des plateformes étrangères présentaient un risque majeur, contre seulement 8 % chez les acteurs traditionnels.

L'eurodéputé Dirk Gotink a résumé la situation : « Les douaniers sont littéralement débordés par les volumes à traiter. » Incapables de faire face, ils laissent entrer des produits en tout genre, qui ne respectent pas forcément les standards européens.

L'amende de 200 millions d'euros contre Temu : un simple coût d'exploitation ?

Le 28 mai 2026, la Commission européenne a infligé une amende de 200 millions d'euros à Temu pour infraction au Digital Services Act (DSA). La plateforme est sanctionnée pour ne pas avoir correctement évalué les risques liés au commerce de produits illégaux. L'enquête a inclus un « mystery shopping » mené par un organisme de test indépendant : une grande partie des chargeurs USB achetés sur Temu a échoué aux tests de sécurité électrique les plus basiques, et une proportion élevée de jouets pour bébés contenait des produits chimiques au-dessus des limites légales ou comportait des petites pièces détachables présentant des risques d'étouffement.

L'eurodéputé Dirk Gotink a jugé que « 200 millions d'euros, soit seulement 0,22 % du chiffre d'affaires mondial estimé de Temu, reste modeste et témoigne d'une certaine prudence ». Le DSA prévoit pourtant des amendes pouvant atteindre 6 % du chiffre d'affaires annuel global. Temu a qualifié l'amende de « disproportionnée » et a annoncé examiner ses options. La question se pose : une amende de 200 millions est-elle dissuasive pour une entreprise qui traite des milliards de transactions ?

La Commission a donné à Temu jusqu'au 28 août 2026 pour présenter un plan d'action correctif. L'UE dispose ensuite de deux mois pour décider si les mesures sont suffisantes.

Signaux faibles et enquêtes en cours : AliExpress sous pression, Amazon auditionné

Temu n'est pas la seule plateforme dans le viseur des régulateurs. AliExpress fait l'objet d'une procédure formelle depuis mars 2024. En juin 2025, la plateforme a accepté des engagements — création d'un portail de réclamations, renforcement de la modération, plus de transparence — mais reste sous surveillance. Le 2 juin 2026, le Parlement européen, via sa commission IMCO, a auditionné Amazon sur les produits dangereux vendus sur sa place de marché. Temu, Shein et AliExpress avaient déjà été auditionnés séparément. Les eurodéputés réclament un renforcement de l'application des règles et une meilleure coopération douanière. Mais pendant que les auditions se succèdent à Bruxelles, les 12 millions de colis continuent d'affluer chaque jour.

Sèche-cheveux qui explosent, cadmium dans les bijoux : les risques concrets pour l'acheteur français

Derrière les chiffres et les rapports officiels, il y a des accidents réels. Les produits dangereux vendus sur ces plateformes ne sont pas des anomalies statistiques — ce sont des objets qui peuvent blesser, brûler, intoxiquer ou tuer. Les listes de retraits publiées par la DGCCRF et Safety Gate donnent une idée précise des risques auxquels s'expose l'acheteur français.

73 % des appareils de coiffure dangereux : chargeurs défectueux et risques d'incendie

Le chiffre est saisissant : 73 % des appareils de coiffure testés par la DGCCRF sont dangereux. Sèche-cheveux, lisseurs, fers à friser — ces produits, parmi les plus vendus sur Temu, Shein et AliExpress, présentent des défauts de conception graves. Les chargeurs USB vendus séparément ou inclus avec les appareils échouent régulièrement aux tests de sécurité électrique de base. Le risque est concret : court-circuit, surchauffe, incendie. Pour un jeune adulte qui laisse son lisseur branché toute la nuit ou charge son sèche-cheveux près de son lit, le danger est immédiat. La Commission européenne a documenté le cas de chargeurs Temu dont l'isolation électrique était si mauvaise qu'ils présentaient un risque d'électrocution.

Sèche-cheveux noir calciné et fondu sur une table en bois, fils électriques dénudés, traces de brûlure sur la surface, éclairage cru de laboratoire
Sèche-cheveux noir calciné et fondu sur une table en bois, fils électriques dénudés, traces de brûlure sur la surface, éclairage cru de laboratoire

Le mystery shopping mené par un organisme indépendant pour le compte de la Commission a révélé qu'une grande partie des chargeurs achetés sur Temu échouaient aux tests de sécurité électrique les plus basiques. Ces chargeurs, vendus à quelques euros, peuvent provoquer des courts-circuits et des incendies domestiques.

Cosmétiques et bijoux fantaisie : plomb, cadmium et parfums interdits

Les cosmétiques bon marché sont la première catégorie de produits dangereux signalés sur Safety Gate, avec 36 % des alertes. Le BMHCA, un parfum synthétique interdit dans l'Union européenne depuis 2022, est responsable de près de 80 % de ces signalements. Mais les risques ne s'arrêtent pas aux parfums. Les bijoux fantaisie vendus à quelques euros sur ces plateformes contiennent régulièrement du cadmium et du plomb — des métaux lourds qui s'accumulent dans l'organisme et peuvent provoquer des perturbations endocriniennes, des allergies et, à long terme, des dommages rénaux ou neurologiques. En octobre 2025, la DGCCRF a fait retirer des « ballons Yiran » qui libéraient des substances chimiques dangereuses. Le problème est d'autant plus insidieux que ces produits ne portent aucun étiquetage conforme.

La dangerosité est invisible : un collier à 2 euros peut contenir du plomb à des concentrations dépassant de plusieurs fois les limites légales européennes. L'utilisateur ne le saura jamais, sauf en cas d'allergie ou d'intoxication.

Jouets et déguisements : le danger invisible des petites pièces et des piles bouton

Les jouets pour bébés et jeunes enfants représentent 16 % des alertes Safety Gate. Les risques mécaniques sont les plus fréquents : petites pièces qui se détachent et peuvent provoquer un étouffement, piles bouton accessibles qui, en cas d'ingestion, causent des brûlures internes mortelles en moins de deux heures. Les déguisements vendus sur ces plateformes posent un autre problème : beaucoup ne portent aucune certification ignifuge, alors que les normes européennes imposent des tests de résistance au feu stricts. Un déguisement de princesse Frozen a été retiré en octobre 2025 pour risque de brûlures. Ce sont précisément ces produits que les jeunes parents achètent pour leurs enfants, attirés par des prix défiant toute concurrence.

Les piles à boutons Whitecrane, retirées en octobre 2025, présentaient un risque d'étouffement et d'intoxication. Une lampe UV Beautylus HH a été retirée pour risque de choc électrique. Chaque retrait correspond à un danger réel, documenté, qui a failli blesser un consommateur.

Paris, Bruxelles, Canberra : la riposte judiciaire et réglementaire s'accélère

Face à l'ampleur du phénomène, les autorités françaises, européennes et australiennes multiplient les initiatives. Mais ces ripostes, pour nécessaires qu'elles soient, se heurtent à la vitesse et à l'agilité des plateformes.

Novembre 2025 : la France brise le tabou et signale six plateformes à la justice

Le 14 novembre 2025, le ministre du commerce Serge Papin a annoncé une décision sans précédent : six plateformes — AliExpress, Joom, eBay, Temu, Wish et Amazon — ont été signalées au procureur de la République. Les motifs sont accablants. La DGCCRF a découvert qu'AliExpress et Joom vendaient des poupées pédopornographiques. Wish, Temu, AliExpress et eBay commercialisaient des armes de catégorie A : poings américains, machettes, couteaux prohibés. Wish, Temu et Amazon ne respectaient pas leurs obligations de filtrage des mineurs face aux images pornographiques. « Toute plateforme qui aura commercialisé des articles illicites aura le même traitement », a prévenu Serge Papin. Le signalement à la justice ouvre la voie à des poursuites pénales et, potentiellement, à une suspension des services en France.

Selon une professeure de droit européen interrogée par RTL, ces plateformes « pourraient être obligées de suspendre leurs services en France » comme mesure de protection immédiate des consommateurs. Le gouvernement a également convoqué une réunion des ministres du commerce des États membres de l'UE le 27 novembre 2025 pour examiner l'impact de ces plateformes.

Taxe de 2 € par colis et réforme douanière : le grand nettoyage de printemps de l'UE

Le 26 mars 2026, le Parlement européen et les États membres se sont accordés sur une réforme douanière majeure. Objectif : traiter les 12 millions de petits colis qui arrivent chaque jour des plateformes chinoises. L'accord prévoit trois mesures clés. Une taxe forfaitaire de 2 euros par colis, destinée à financer les contrôles douaniers. L'obligation pour les plateformes de fournir des données détaillées sur chaque envoi (origine, contenu, valeur). Et surtout, la fin de la franchise de 150 euros qui encourageait le fractionnement des envois. L'eurodéputé Dirk Gotink, rapporteur du texte, a déclaré : « Nous mettons en place un marché intérieur qui ne laisse plus des plateformes comme Temu, Shein ou AliExpress impunies alors qu'elles écoulent massivement sur le marché européen des biens non conformes. »

La réforme vise à créer un système où chaque colis est traçable et où les plateformes sont financièrement responsables des contrôles. Le coût de la sécurité serait ainsi répercuté sur les vendeurs, et non plus supporté par la collectivité.

La cellule VigE-commerce : une brigade de 30 personnes pour traquer les produits illicites

En avril 2026, le gouvernement français a annoncé la création de la cellule VigE-commerce, une brigade de 30 agents dédiée à la surveillance des places de marché en ligne. Rattachée à la DGCCRF, cette cellule a pour mission de coordonner les contrôles avec le système Safety Gate européen, d'obtenir des retraits rapides de produits dangereux et de centraliser les signalements des consommateurs. Les premiers résultats sont tangibles : 257 retraits entre septembre 2025 et mars 2026, puis 52 supplémentaires en avril. Mais la question des moyens reste posée. Face aux millions de nouvelles références qui apparaissent chaque jour sur ces plateformes, 30 personnes suffiront-elles ?

La cellule bénéficie d'une collaboration avec les autorités douanières et les homologues européens. Les opérations conjointes, comme celle d'octobre 2025 qui a permis de retirer 28 références dangereuses d'Amazon, Shein, Temu et AliExpress, montrent l'efficacité de la coordination. Mais le rythme des retraits doit encore s'accélérer.

Guide pratique : les 13 réflexes de la douane pour éviter une fausse bonne affaire

En attendant que les réformes portent leurs fruits, le consommateur reste la dernière ligne de défense. La douane française et la DGCCRF ont élaboré des conseils simples mais efficaces pour éviter d'acheter un produit dangereux. Les voici, adaptés au contexte des marketplaces chinoises.

Vérifier le vendeur, le pays d'expédition et le marquage CE (même s'il est souvent faux)

La douane française recommande de se poser 13 questions avant chaque achat en ligne. Les plus importantes concernent l'origine du colis : s'il est expédié depuis un pays hors Union européenne, il s'agit d'une importation soumise à des formalités douanières et à une taxation (TVA et droits de douane). Le marquage CE, censé garantir la conformité aux normes européennes, est un indicateur, mais il faut savoir qu'il est massivement contrefait sur ces plateformes. Un vrai marquage CE est proportionné, accompagné du nom et de l'adresse du fabricant européen, et souvent suivi d'un numéro à quatre chiffres (l'organisme notifié). Si le produit ne porte qu'un vague sigle « CE » sans aucune information sur le fabricant, c'est un signal d'alarme.

Le transporteur (La Poste, Chronopost, FedEx, TNT) se charge des formalités douanières et peut facturer des frais de dossier. Le consommateur doit donc s'attendre à des frais supplémentaires pour tout colis venant de l'extérieur de l'UE.

Safety Gate et Rappel Conso : les outils gratuits pour vérifier un produit avant ou après achat

Avant d'acheter, un geste simple peut éviter bien des déconvenues : consulter le portail Safety Gate de la Commission européenne, accessible au public. Il suffit de taper le nom du produit ou de la marque pour savoir s'il a fait l'objet d'une alerte. L'application Rappel Conso développée par la DGCCRF fait la même chose en version mobile et permet de scanner les codes-barres des produits. Ces outils sont gratuits, mis à jour en temps réel, et couvrent l'ensemble des signalements effectués par les autorités nationales européennes. Les utiliser systématiquement, surtout pour les jouets, les appareils électriques et les cosmétiques, peut littéralement sauver des vies.

Le portail Safety Gate recense l'ensemble des alertes depuis 2025. Une recherche rapide avant un achat sur Temu ou AliExpress peut révéler si le produit a déjà été signalé comme dangereux.

Produit dangereux reçu : comment obtenir un remboursement et signaler un vendeur

Si vous avez reçu un produit dangereux, la loi européenne vous protège. Depuis décembre 2024, le Règlement sur la Sécurité Générale des Produits (RSGP, ou GPSR en anglais) impose aux plateformes de garantir la sécurité des biens vendus par des vendeurs tiers. En cas de problème, vous avez droit au remboursement intégral. La marche à suivre : contactez le service client de la plateforme, conservez les preuves (photos, captures d'écran, numéro de commande), et si la plateforme ne réagit pas, faites un signalement sur SignalConso, le service de la DGCCRF. La plateforme est solidairement responsable en tant qu'importateur si le vendeur est établi hors de l'UE — ce qui est le cas dans la quasi-totalité des achats sur Temu, Shein ou AliExpress.

Le RSGP impose également aux plateformes de s'enregistrer sur le portail Safety Gate et de fournir leur point de contact pour les autorités. En cas de non-respect, elles s'exposent à des sanctions.

Le vrai prix de la livraison gratuite : consommer sans risque à l'ère des marketplaces chinoises

Le modèle économique des marketplaces chinoises repose sur un transfert massif des coûts de contrôle vers le consommateur et la collectivité. Les prix défiant toute concurrence ne sont pas le résultat d'une efficacité miraculeuse, mais d'une externalisation systématique : absence de contrôles qualité, certification ignorée, responsabilité diluée entre des centaines de vendeurs tiers. Le coût de cette externalisation, ce sont les douanes surchargées qui laissent passer des produits dangereux, les systèmes de santé qui prennent en charge les accidents, et le consommateur lui-même quand il reçoit un sèche-cheveux qui prend feu.

La réforme douanière de 2026 — avec sa taxe de 2 euros par colis —, les amendes DSA qui commencent à tomber et la pression citoyenne croissante pourraient infléchir la balance. Mais le chemin est long. Le futur du e-commerce se joue entre la promesse du prix cassé et le coût réel de la sécurité. En attendant, la vigilance individuelle reste la dernière barrière. Elle ne remplacera jamais un cadre réglementaire correctement financé et appliqué, mais elle peut, à son échelle, faire la différence entre une bonne affaire et un accident.

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Questions fréquentes

Quels produits interdits vendent Temu et Amazon ?

L'enquête australienne CHOICE a révélé la vente de briquets en forme de jouet, couteaux papillons, pistolets à gel et faux piercings de langue sur Temu, Amazon et AliExpress. Ces articles sont interdits de façon permanente en Australie mais restent accessibles aux acheteurs français via les mêmes plateformes.

Pourquoi les douanes laissent-elles passer ces colis ?

Les douanes européennes sont submergées par 4,6 milliards de petits colis importés en 2024, dont 91 % en provenance de Chine. Les infrastructures actuelles ne permettent pas de contrôler physiquement plus d'une fraction de ces envois, ce que les plateformes exploitent en fractionnant leurs livraisons.

Quelle amende a reçue Temu en 2026 ?

Le 28 mai 2026, la Commission européenne a infligé une amende de 200 millions d'euros à Temu pour infraction au Digital Services Act. La sanction concerne le défaut d'évaluation des risques liés aux produits illégaux, mais ne représente que 0,22 % du chiffre d'affaires mondial estimé de la plateforme.

Comment signaler un produit dangereux reçu ?

En cas de produit dangereux, contactez le service client de la plateforme pour obtenir un remboursement intégral. Si la plateforme ne réagit pas, effectuez un signalement sur SignalConso, le service de la DGCCRF, en conservant photos, captures d'écran et numéro de commande.

Qu'est-ce que la cellule VigE-commerce ?

Créée en avril 2026, VigE-commerce est une brigade de 30 agents rattachée à la DGCCRF chargée de surveiller les places de marché en ligne. Elle coordonne les contrôles avec le système Safety Gate européen et a déjà obtenu le retrait de 257 références dangereuses entre septembre 2025 et mars 2026.

Sources

  1. Temu : la Commission européenne met à l’amende le groupe chinois en raison d’une déficience de « l’évaluation des risques » des produits vendus · lemonde.fr
  2. EU fines Temu €200m for allowing sale of illegal products · bbc.com
  3. clubic.com · clubic.com
  4. Nos conseils avant d'acheter sur internet · douane.gouv.fr
  5. economie.gouv.fr · economie.gouv.fr
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Sarah Lebot @world-watcher

Journaliste en herbe, je synthétise l'actu mondiale pour ceux qui n'ont pas le temps de tout suivre. Étudiante en journalisme à Sciences Po Lille, je contextualise les événements sans prendre parti. Mon objectif : rendre l'info accessible et compréhensible, surtout pour ma génération. Pas de jargon, pas de sensationnalisme – juste les faits et leur contexte. Parce que comprendre le monde, c'est le premier pas pour le changer.

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