Carte du Mozambique en Afrique australe montrant la province de Cabo Delgado au nord avec les localités de Palma et Mocimboa da Praia marquées, ainsi que la capitale Maputo au sud
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Team Musul : des jeunes Français jugés pour un projet de départ vers l'État islamique au Mozambique

Six jeunes Français, cinq mineurs et un majeur, ont été condamnés à Paris entre mars et avril 2025 pour avoir préparé un départ collectif vers le Mozambique afin de rejoindre l'État islamique. Leur projet avait germé dans une boucle Telegram nommée "Team Musul".

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En mars et avril 2025, six jeunes Français - cinq mineurs et un majeur - ont été condamnés à Paris pour "participation à une association de malfaiteurs en vue de la préparation d'un acte de terrorisme". Leur projet : une hijra - un départ collectif - vers le Mozambique, où s'est implantée une insurrection djihadiste affiliée à l'État islamique. Le Monde présente cette affaire comme un cas unique en France ; elle illustre les mécanismes contemporains de la radicalisation en ligne et l'éloignement de ces projets par rapport aux théâtres classiques que sont la Syrie ou l'Irak.

Carte du Mozambique en Afrique australe montrant la province de Cabo Delgado au nord avec les localités de Palma et Mocimboa da Praia marquées, ainsi que la capitale Maputo au sud
Carte du Mozambique en Afrique australe montrant la province de Cabo Delgado au nord avec les localités de Palma et Mocimboa da Praia marquées, ainsi que la capitale Maputo au sud - (source)

Une radicalisation par Internet, destination inattendue

Le projet a germé dans une boucle Telegram baptisée "Team Musul", active depuis janvier 2024. Lors de son audition, l'un des prévenus a déclaré : "Vous ne vous trompez pas... J'ai de la propagande djihadiste et je voulais aller au Mozambique." La phrase traduit à la fois l'engagement et l'étrangeté du choix : pourquoi le Mozambique, quand la plupart des personnes radicalisées en France visent la Syrie ou l'Irak ?

Sur les ressorts de cette radicalisation, une étude du Centre de prévention contre les dérives sectaires liées à l'islam (CPDSI), publiée en 2014, est souvent citée. Elle indiquait que, dans 91 % des cas qu'elle avait examinés, la radicalisation s'était effectuée via Internet. Les réseaux sociaux, Telegram en tête, servent d'espaces de recrutement où l'on parle de "chevalier héroïque" ou de "cause humanitaire" pour toucher des profils variés. Chez les jeunes concernés, 80 % venaient de familles se disant athées, 67 % de classes moyennes et 40 % avaient connu un épisode dépressif. Ces chiffres portent sur un échantillon précis : 160 familles ayant elles-mêmes contacté le centre, ce qui interdit d'en faire une photographie de la radicalisation en France. Rien ne permet non plus de les appliquer aux prévenus de Team Musul, qu'aucune source ne relie à cette étude. Le rapprochement tient à un air de famille - des adolescents isolés, approchés en ligne - et non à une correspondance documentée.

Le Mozambique, un théâtre stratégique pour l'État islamique

Depuis 2017, la province de Cabo Delgado, dans le nord du Mozambique, connaît une insurrection djihadiste menée par Al-Shabab, un groupe affilié à l'État islamique depuis 2019. Cette région, parmi les plus pauvres du pays, renferme d'importants gisements de gaz naturel offshore, les plus importants d'Afrique de l'Est, sur lesquels interviennent TotalEnergies, Eni et ExxonMobil. Selon Courrier international, qui relayait en octobre 2026 une analyse du think tank ISS Africa à l'occasion du neuvième anniversaire de l'insurrection, la multinationale française prévoit d'y produire du gaz naturel liquéfié (GNL) à partir de 2029. Il s'agit d'un objectif de production, non d'une exploitation déjà en cours.

La province de Cabo Delgado, dans le nord du Mozambique, théâtre d'une insurrection djihadiste depuis 2017.

Les causes de l'insurrection sont nombreuses et imbriquées ; leur hiérarchie fait débat. Parmi les facteurs avancés figurent le sentiment de marginalisation ancien de certaines populations, notamment les Mwani, et les impacts - redoutés ou déjà réels - des investissements gaziers, à commencer par les déplacements de populations qu'ils entraînent. D'autres analyses mettent l'accent sur une radicalisation de l'islam local, sous l'influence de prêcheurs étrangers ou de jeunes revenus d'Arabie saoudite, d'Égypte ou du Soudan. Le débat reste ouvert entre ces explications.

Dans un rapport publié le 25 juin 2025, Human Rights Watch indiquait qu'Al-Shabab intensifiait les enlèvements d'enfants et que, dans les jours précédant cette enquête, plus de 120 d'entre eux avaient été enlevés pour transporter des biens pillés, travailler de force, être mariés de force ou combattre. L'organisation signalait aussi que les groupes armés attaquent les écoles, tandis que l'armée mozambicaine les utilise comme bases militaires. C'est le conflit que les jeunes Français auraient trouvé sur place : meurtrier et marqué par l'exploitation des populations locales.

Photographie d'un camion-citerne brûlé et rouillé stationné sur une route de terre, un soldat en tenue tactique, arme à l'épaule, passant à côté
Photographie d'un camion-citerne brûlé et rouillé stationné sur une route de terre, un soldat en tenue tactique, arme à l'épaule, passant à côté - (source)

Des motivations personnelles plus qu'idéologiques

Une étude clinique menée sur 90 détenus incarcérés en Île-de-France pour des faits de terrorisme djihadiste, dont sept recruteurs, montre que les motivations individuelles dominent souvent l'engagement. Chez les recruteurs, elles renvoient d'abord à une histoire personnelle : venger un proche agressé, rompre avec la délinquance, protéger des civils ou donner un sens à sa vie. Leur connaissance de l'islam est parfois rudimentaire, et l'adhésion au projet repose davantage sur des liens émotionnels que sur une conviction idéologique profonde.

Dans le cas de Team Musul, aucun des condamnés n'a fait appel. Punis de deux à dix ans de prison, ces jeunes ont échappé à une trajectoire plus grave encore, celle du départ et de l'engagement sur le terrain. Leur histoire montre qu'une radicalisation en ligne peut mener à un projet de départ concret, élaboré et jugé avant même d'être mis en oeuvre, y compris vers des destinations inattendues.

Une leçon pour la prévention

L'affaire Team Musul met en lumière la nécessité d'une prévention ciblée sur les réseaux sociaux, où des recruteurs diffusent des discours radicalisants au sein de communautés virtuelles. Elle montre aussi que la radicalisation ne suit pas toujours les sentiers battus : elle peut mener vers des régions lointaines, où des populations marginalisées subissent le conflit et où l'armée peine à contenir les insurgés.

La lutte contre le djihadisme ne se limite pas à la répression : elle suppose aussi une éducation aux risques en ligne, un soutien psychosocial aux jeunes vulnérables et une coopération internationale contre les filières terroristes.

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Questions fréquentes

Qui a été condamné dans l'affaire "Team Musul" et pour quoi ?

Six jeunes Français - cinq mineurs et un majeur - ont été condamnés à Paris en mars et avril 2025 pour "participation à une association de malfaiteurs en vue de la préparation d'un acte de terrorisme". Ils projetaient un départ collectif, une hijra, vers le Mozambique.

Pourquoi le Mozambique plutôt que la Syrie ou l'Irak ?

Le Mozambique ne fait pas partie des destinations habituelles des personnes radicalisées en France. Depuis 2017, la province de Cabo Delgado, dans le nord du pays, est le théâtre d'une insurrection djihadiste menée par Al-Shabab, un groupe affilié à l'État islamique depuis 2019. Le Monde présente ce projet comme un cas unique en France.

Comment le projet a-t-il été élaboré ?

Il a été discuté dans une boucle Telegram baptisée "Team Musul", active depuis janvier 2024. Selon une étude du CPDSI publiée en 2014, la radicalisation s'est effectuée via Internet dans 91 % des cas étudiés ; cette étude ne repose toutefois que sur les témoignages de 160 familles, et rien ne permet de l'appliquer aux prévenus de Team Musul.

Quelles peines ont été prononcées ?

Des peines de deux à dix ans de prison. Aucun des condamnés n'a fait appel.

Que se passe-t-il dans la province de Cabo Delgado ?

Depuis 2017, le nord du Mozambique connaît une insurrection djihadiste menée par Al-Shabab, un groupe affilié à l'État islamique depuis 2019. Selon Human Rights Watch, dans un rapport publié le 25 juin 2025, Al-Shabab intensifiait les enlèvements d'enfants : plus de 120 avaient été enlevés dans les jours précédant cette enquête, pour transporter des biens pillés, travailler de force, être mariés de force ou combattre. Les groupes armés attaquent les écoles, tandis que l'armée mozambicaine les utilise comme bases militaires.

Sources

  1. Désignations par le département d'État de terroristes affiliés à ... · 2021-2025.state.gov
  2. Islamogram: les djihadistes recrutent sur les réseaux sociaux · 24heures.ch
  3. Alors que la SAMIM met fin à ses activités, la Tanzanie reste au ... · adf-magazine.com
  4. L'insurrection djihadiste au Cabo Delgado se propage à d'autres ... · afrique.lalibre.be
  5. Mozambique : craintes à Cabo Delgado pour la nouvelle base ... · agenzianova.com
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Manon Gerbot @debat-live

Étudiante en droit à Nantes, j'adore suivre les grands débats de société et la vie politique française. Je participe au club d'éloquence de ma fac et je peux défendre une idée comme son contraire pour mieux la comprendre.

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