Starbucks dans un hanok centenaire en Corée du Sud, mêlant architecture traditionnelle et enseigne moderne.
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« Tank Day » de Starbucks en Corée : la polémique Gwangju qui a fait plier Shinsegae

En 2026, Starbucks Corée a lancé des gobelets « tank » le 18 mai, ravivant le traumatisme du soulèvement de Gwangju.

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Le 18 mai 2026, alors que la Corée du Sud commémore le 46e anniversaire du soulèvement de Gwangju, Starbucks Corée lance une gamme de grands gobelets baptisés « tank » avec un motif de fleurs de coton. En quelques heures, l'indignation explose sur les réseaux sociaux. La branche sud-coréenne de l'enseigne américaine, exploitée par le groupe Shinsegae, vient de marcher sur une ligne rouge nationale. Le slogan de la campagne, l'onomatopée « tak », et le choix de la date elle-même constituent un cocktail explosif qui va plonger la marque dans la pire crise de son histoire en Asie.

Starbucks dans un hanok centenaire en Corée du Sud, mêlant architecture traditionnelle et enseigne moderne.
Starbucks dans un hanok centenaire en Corée du Sud, mêlant architecture traditionnelle et enseigne moderne. — (source)

Le « Tank Day » de Starbucks : le 18 mai 2026, une date qui ravive le pire traumatisme de la Corée

Ce lundi de mai, les baristas des 1 800 cafés Starbucks de la péninsule déballent une nouvelle promotion. Des gobelets réutilisables de grande contenance, baptisés « tank » en référence à leur taille imposante. Le motif ? Une fleur de coton blanche, discrète mais reconnaissable. La date ? Le 18 mai. Pour tout Coréen, ce trio de symboles sonne comme une provocation directe. Le 18 mai 1980 marque le début du soulèvement de Gwangju, écrasé dans le sang par les chars de l'armée — les fameux « tanks » — dépêchés par le dictateur Chun Doo-hwan. La fleur de coton, elle, est devenue l'emblème du deuil et du souvenir des centaines de victimes.

Le président sud-coréen Lee Jae-myung réagit immédiatement. Il dénonce une campagne « tournant en dérision » les militants prodémocratie et se dit « révolté par cette conduite inhumaine et honteuse, manœuvre lucrative qui bafoue les droits humains fondamentaux et la démocratie ». Le Parti démocrate au pouvoir, les syndicats, les associations de victimes : tout le monde monte au créneau. Des vidéos de consommateurs brisant leurs mugs Starbucks envahissent Instagram et KakaoTalk.

Manifestation devant un Starbucks à Séoul : pancartes 'STARBUCKS OUT!'.
Manifestation devant un Starbucks à Séoul : pancartes 'STARBUCKS OUT!'. — (source)

« Tak sur la table » : le slogan qui a mis le feu aux poudres

Pour un public non coréen, le slogan « Tak sur la table ! » peut sembler anodin. Une onomatopée banale pour inviter les clients à poser leur gobelet. Mais dans la mémoire collective du pays, ce « tak » est tout sauf innocent. En 1987, le militant étudiant Park Jong-chol meurt sous la torture dans un commissariat de Séoul. Pour justifier sa mort, les policiers avaient inventé une version absurde : « On a donné un coup sur la table, ça a fait “tak”. Il a poussé un gémissement avant de mourir. » Cette phrase est devenue le symbole du cynisme du régime autoritaire et de la brutalité policière. La mort de Park Jong-chol a déclenché le vaste mouvement de juin 1987 qui a forcé Chun Doo-hwan à accepter des élections démocratiques directes. En reprenant ce « tak » dans une campagne commerciale, Starbucks a touché un nerf à vif. Le frère de Park Jong-chol a exigé des poursuites pénales contre les responsables de Shinsegae.

Une fleur de coton sur le gobelet : le deuil transformé en motif commercial

La fleur de coton n'est pas un simple ornement floral. Après le massacre de Gwangju, les familles des victimes en ont fait le marqueur visuel du deuil. Elle ornait les funérailles, les commémorations, les mémoriaux improvisés dans les rues de la ville. En l'imprimant sur un gobelet promotionnel vendu au même titre qu'un latte au caramel, la marque a été accusée de marchandiser la mort. Les associations de victimes ont parlé de « profanation ». La fleur de coton, c'est le bleuet français ou le coquelicot britannique : un symbole sacré, pas un élément de design pour une campagne marketing.

Affiche controversée de Starbucks : portrait d'homme et logo, avec carte 'OUT!'.
Affiche controversée de Starbucks : portrait d'homme et logo, avec carte 'OUT!'. — (source)

Le 18 mai, un anniversaire national transformé en opération commerciale

Le troisième niveau de l'offense est le plus évident. Le 18 mai est un jour férié en Corée du Sud, dédié à la mémoire du soulèvement. Les Coréens appellent cette date « o il pal » (5-1-8), un code qui résume à lui seul la tragédie nationale. En choisissant ce jour pour lancer une gamme de gobelets « tank », Starbucks a donné l'impression de célébrer l'anniversaire du massacre avec une vente promotionnelle. Les critiques ont immédiatement parlé de « marketing de la mort ».

Gwangju 1980 : la révolte des citoyens contre la dictature de Chun Doo-hwan

Pour comprendre l'ampleur de l'émotion, il faut mesurer ce que représente Gwangju dans l'histoire sud-coréenne. Le 17 mai 1980, le général Chun Doo-hwan prend le pouvoir par un coup d'État militaire. Le lendemain, les étudiants et les citoyens de Gwangju, fief de l'opposant Kim Dae-jung, descendent dans la rue. Ce qui commence comme une manifestation contre la loi martiale se transforme en insurrection populaire. Pendant dix jours, les habitants prennent le contrôle du centre-ville, distribuent des armes, organisent des convois de ravitaillement. Ils tiennent tête à l'armée.

Le 27 mai, les parachutistes donnent l'assaut final. Les chars écrasent les barricades. Les soldats tirent sur tout ce qui bouge. La ville est reprise au prix d'un bain de sang. Pendant près de vingt ans, le régime de Chun Doo-hwan présente l'événement comme une « révolte de sympathisants communistes ». Les médias officiels mentent, les archives sont falsifiées, les familles des victimes sont réduites au silence.

Mémorial du soulèvement de Gwangju : mur de portraits et autel floral.
Mémorial du soulèvement de Gwangju : mur de portraits et autel floral. — (source)

Des milliers de morts pour la démocratie : le bilan officiel sous-estimé

Le gouvernement sud-coréen a officiellement reconnu 165 morts. Mais les associations de victimes et les historiens indépendants estiment le nombre réel entre 600 et plus de 2 000 morts. Beaucoup de corps n'ont jamais été rendus aux familles. Des charniers ont été découverts des années plus tard. Ce déni d'État a ajouté une couche de traumatisme : non seulement les citoyens de Gwangju ont été massacrés, mais on leur a refusé le droit de faire leur deuil. Les anciens présidents Chun Doo-hwan et Roh Tae-woo ont été jugés en 1997 pour leur rôle dans la répression, avant d'être graciés. Le traumatisme de Gwangju est une blessure que quarante-six ans n'ont pas refermée.

Une reconnaissance tardive mais vivante

La réhabilitation a été lente. En 2002, le gouvernement crée un cimetière national à Gwangju et institue le 18 mai comme journée commémorative nationale. Le site est devenu un lieu de pèlerinage civique. Le président actuel, Lee Jae-myung, a proposé d'inscrire le soulèvement de Gwangju dans le préambule de la Constitution comme fondement des valeurs démocratiques du pays. Cette mémoire est transmise de génération en génération. Elle n'est pas un vestige du passé : elle est un socle identitaire actif. C'est précisément pour cela qu'un simple gobelet Starbucks a pu déclencher une tempête nationale.

Le rôle de Kim Dae-jung et la répression politique

Kim Dae-jung, figure de l'opposition démocrate, était originaire de la région de Gwangju. Après le soulèvement, il est arrêté, condamné à mort, puis gracié sous pression internationale. Il deviendra président de la Corée du Sud en 1998 et obtiendra le prix Nobel de la paix en 2000. Son parcours illustre le lien entre la tragédie de Gwangju et l'avènement de la démocratie coréenne. Pour les habitants de Gwangju, la lutte de Kim Dae-jung est indissociable de leur propre sacrifice.

L'onde de choc : -26 % de ventes, un PDG limogé, une facture à 400 milliards de wons

Les conséquences commerciales ne se sont pas fait attendre. Une semaine après le lancement du « Tank Day », les paiements par carte dans les Starbucks sud-coréens chutent de 26 %. Les consommateurs ne se contentent pas de boycotter : ils exigent le remboursement des cartes prépayées. Le montant total des soldes non utilisés est estimé à 400 milliards de wons, soit environ 260 millions de dollars. La perspective de ce remboursement massif met Shinsegae sous pression financière immédiate.

Passante devant un Starbucks à Séoul, regardant son téléphone.
Passante devant un Starbucks à Séoul, regardant son téléphone. — (source)

Le jour même de l'explosion de la polémique, le PDG de Starbucks Corée, Son Jeong-hyun, est limogé. Le groupe tente d'endiguer les dégâts en sacrifiant son dirigeant, mais la colère ne retombe pas. Des ministères annoncent le boycott des produits Starbucks lors de leurs événements. Le ministère de la Défense suspend un projet de partenariat avec l'enseigne. Un syndicat de livreurs refuse toute livraison liée à l'entreprise.

L'humiliation publique de Chung Yong-jin à la télévision

Le 26 mai, le président controversé du groupe Shinsegae, Chung Yong-jin, se présente devant les caméras pour une conférence de presse. Il se prosterne trois fois au sol, geste d'excuse suprême dans la culture coréenne. Il promet de rembourser les cartes prépayées, de fermer les magasins pour former le personnel, de suivre lui-même une formation historique. Rien n'y fait. Les familles des victimes de Gwangju rejettent ses excuses. Le frère de Park Jong-chol exige des poursuites pénales. La police convoque Chung Yong-jin et l'ancien PDG Son Jeong-hyun. Tous deux sont placés sur la liste des suspects criminels. Le rapport de force entre les chaebols — ces conglomérats familiaux tout-puissants — et la société civile vient de basculer.

Les stars aussi rendent des comptes

La pression sociale ne s'exerce pas que sur la marque. Jung Min-chan, star de comédie musicale, poste une photo de son gobelet Starbucks sur les réseaux sociaux. En quelques heures, la polémique le rattrape. Il est contraint de démissionner de son rôle. L'acteur apprend à ses dépens que, dans la Corée de 2026, montrer son latte du matin peut vous coûter votre carrière. La mémoire de Gwangju est devenue un test d'intégrité publique.

Le coût total de la crise pour Shinsegae

Au-delà des 400 milliards de wons de cartes prépayées, la crise a des répercussions financières plus larges. Les ventes de Starbucks Corée représentent une part significative du chiffre d'affaires de Shinsegae. La fermeture des magasins pour une demi-journée de formation coûte plusieurs millions de dollars en pertes d'exploitation. L'action du groupe Shinsegae a chuté de 12 % dans la semaine suivant la polémique. Les analystes estiment le coût total de la crise entre 500 et 700 milliards de wons, incluant les pertes de revenus, les remboursements, les frais juridiques et les dépenses de communication de crise.

Nés après Gwangju, ils imposent le boycott : la génération Z sud-coréenne au cœur de la tourmente

Ce qui frappe dans cette affaire, c'est le profil démographique des boycotters. Ce ne sont pas seulement les survivants du massacre ou leurs enfants qui sont descendus dans la rue numérique. Ce sont aussi — et surtout — des jeunes nés dans les années 2000 et 2010. La génération Z sud-coréenne n'a pas connu la dictature, n'a pas vécu la transition démocratique, n'a pas pleuré les morts de Gwangju. Pourtant, ce sont eux qui ont lancé et amplifié la vague de boycott sur Instagram, X et KakaoTalk.

Employé nettoyant un Starbucks vide à Séoul, fermeture anticipée annoncée.
Employé nettoyant un Starbucks vide à Séoul, fermeture anticipée annoncée. — (source)

L'affaire du lycée Pai Chai de Séoul, survenue quelques semaines plus tard, confirme cette tendance. Le 29 juin, lors d'un match de base-ball à Gwangju, des lycéens scandent des slogans tournant en dérision le soulèvement. L'équipe est suspendue six mois de toutes compétitions. Le lycée dépose un recours le 8 juillet pour tenter d'annuler la sanction. Le Parti démocrate fustige une « distorsion de l'histoire ». La mémoire de Gwangju est devenue un réflexe générationnel, un marqueur d'identité politique.

La mémoire comme identité : un paradoxe générationnel

Le paradoxe est frappant. Ces jeunes n'ont jamais connu la peur de la police politique, n'ont jamais été privés de liberté d'expression. Mais la démocratie coréenne est un acquis récent et fragile, transmis comme un héritage sacré. Les parents et grands-parents qui ont manifesté dans les rues de Séoul en 1987 ont raconté leurs histoires. Le cinéma coréen — avec des films comme « Taxi Driver » ou « A Taxi Driver » — a popularisé le récit de Gwangju auprès du grand public. La mémoire est devenue un logiciel culturel installé en profondeur. Pour la génération Z, insulter Gwangju, c'est insulter leur propre légitimité démocratique.

L'arme du boycott numérique : comment la toile a fait plier la multinationale

La mécanique du boycott a été implacable. Dès le 18 mai, les premiers posts sur Instagram signalent le caractère problématique de la campagne. En quelques heures, le hashtag se propage sur KakaoTalk, l'application de messagerie omniprésente en Corée. Les influenceurs relaient l'indignation. Les vidéos de gobelets brisés deviennent virales. Le boycott n'est pas resté un cri de colère abstrait : il s'est transformé en acte économique massif et coordonné. Les consommateurs ont désactivé leurs cartes prépayées, partagé des tutoriels pour obtenir un remboursement, publié les coordonnées des responsables de Shinsegae. La toile a fait plier la multinationale en moins d'une semaine.

Le rôle des plateformes locales dans la mobilisation

KakaoTalk a joué un rôle central dans l'organisation du boycott. Les groupes de discussion sur cette application ont permis une coordination rapide : partage d'informations sur les procédures de remboursement, listes des magasins à éviter, témoignages de clients ayant obtenu satisfaction. Instagram a servi de caisse de résonance visuelle, avec des milliers de photos de gobelets brisés. X (anciennement Twitter) a été le lieu des débats politiques et des interpellations directes des dirigeants de Shinsegae. Cette combinaison de plateformes a créé un écosystème numérique de pression que la marque n'a pas pu contenir.

Du sweat « Paris 1961 » au « Tank Day » : les marques face au piège mémoriel

Le cas Starbucks Corée n'est pas un accident isolé. Partout dans le monde, les marques tombent dans le même piège : utiliser des symboles historiques sans en mesurer la charge émotionnelle. En France, une marque de vêtements a commercialisé un sweat arborant la mention « Paris 1961 », référence directe à la répression du 17 octobre 1961, lorsque la police parisienne a tué des dizaines de manifestants algériens. Un créateur a repris le logo de la Milice de Vichy sur une ligne de vêtements. Une marque de soda a utilisé des symboles de la Commune de Paris dans une publicité jugée indécente. Les mêmes causes produisent les mêmes effets : indignation, boycott, excuses tardives.

Les mêmes causes, les mêmes effets : ignorance ou cynisme ?

Dans le cas français comme dans l'affaire Starbucks, la défense des marques oscille entre deux postures. La première est l'ignorance : « Nous ne savions pas. » La seconde est la banalisation : « Ce n'est qu'un motif, qu'un slogan, qu'une date. » L'enquête interne de Shinsegae a révélé que les sept responsables ayant approuvé la campagne l'avaient validée « par simple formalité, sans ouvrir la pièce jointe ». Le service juridique avait été court-circuité pour accélérer le processus. Ce n'est pas du cynisme délibéré, c'est une négligence lourde, une absence totale de vigilance historique.

La spécificité coréenne : un boycott organisé et redouté

La Corée du Sud a toutefois une particularité qui distingue sa réaction des polémiques françaises. Le pays entretient une culture du « gapjil » — l'abus de pouvoir des puissants — qui rend la société extrêmement sensible aux dérives des grandes entreprises. Les chaebols comme Samsung, Hyundai ou Shinsegae sont perçus comme des entités quasi étatiques, et leurs erreurs sont jugées avec une sévérité particulière. Le boycott y est une arme socialement acceptée et redoutablement efficace. En France, les polémiques mémorielles ont souvent un cycle de vie court : l'indignation monte, la marque s'excuse, et l'opinion passe à autre chose. En Corée, le boycott a eu des conséquences économiques réelles et durables.

Le parallèle avec les autres scandales de marques en Asie

L'Asie de l'Est compte plusieurs précédents de polémiques mémorielles impliquant des marques internationales. En 2019, une marque de vêtements italienne avait dû retirer une campagne jugée insultante pour la mémoire des travailleurs chinois. Au Japon, une chaîne de restauration rapide avait provoqué un tollé en utilisant l'image d'Hiroshima dans une publicité. Ces incidents montrent que le piège mémoriel est universel, mais que chaque société a ses propres lignes rouges. En Corée, Gwangju est la ligne rouge absolue.

« C'est l'IA qui a fait le boulot » : l'enquête interne de Shinsegae

Le 26 mai, le groupe Shinsegae rend publiques les conclusions de son enquête interne. Le résultat est accablant. La campagne « Tank Day » a été élaborée après consultation d'une intelligence artificielle générative. Sept cadres l'ont validée sans vérification. Le service juridique a été court-circuité. Personne n'a ouvert la pièce jointe présentant le projet final. « Les employés concernés ont déclaré avoir demandé des suggestions à l'IA et la date anniversaire ne leur a jamais effleuré l'esprit », explique Jeon Sang-jin, cadre chez Shinsegae, lors d'une conférence de presse. Il ajoute que le groupe n'a pas pu déterminer si l'IA avait spécifiquement proposé l'expression « Tank Day ».

Sept responsables, un mail, zéro contrôle

Les détails de l'enquête sont glaçants. Les sept responsables ont approuvé la campagne « par simple formalité », sans lire le dossier. Pour accélérer le processus, la procédure d'examen juridique a été négligée. Les employés concernés « assurent n'avoir réalisé le caractère potentiellement problématique de la campagne qu'après la vive réaction du public ». En d'autres termes, personne n'a pris le temps de se demander si le 18 mai, les chars, la fleur de coton et le « tak » pouvaient poser problème. Le manque de contrôle humain est total. L'IA a proposé, les humains ont signé sans lire.

L'IA comme bouc-émissaire : une défense crédible ?

Rejeter la faute sur l'IA est un argument pratique, mais il soulève une question plus profonde. Si une entreprise peut déléguer sa sensibilité culturelle et historique à un algorithme sans filet de sécurité humain, alors l'incident n'était pas une question de temps : il était inévitable. L'IA n'a pas de mémoire collective, pas de conscience historique, pas de capacité à comprendre que le « tak » est un mot qui tue. C'est aux humains de poser les garde-fous. Shinsegae n'en avait aucun. L'épisode interroge la délégation croissante de la responsabilité éthique aux machines, dans un contexte où les marques opèrent sur des marchés aux mémoires traumatiques multiples.

Les failles organisationnelles révélées par l'enquête

Au-delà de l'IA, l'enquête a mis au jour des problèmes structurels chez Shinsegae. L'absence de comité de validation historique, la culture du « tampon automatique » où les cadres signent sans lire, le court-circuitage systématique du service juridique pour gagner du temps : ces pratiques étaient connues en interne mais jamais remises en question. La campagne « Tank Day » n'est pas un accident, c'est le symptôme d'une organisation où la vitesse prime sur la prudence. Les responsables ont admis que la pression pour lancer la promotion avant la saison estivale avait conduit à des raccourcis.

Des cours d'histoire obligatoires : Starbucks tente de gérer la crise

Gwangju, ville du sud-ouest de la Corée du Sud, épicentre du soulèvement démocratique de 1980

Le 15 juin, la BBC annonce une décision spectaculaire : Starbucks Corée fermera tous ses magasins pendant une demi-journée pour dispenser des cours d'histoire à ses employés. C'est la première fermeture nationale anticipée depuis la crise financière asiatique de 1999. Le président Chung Yong-jin lui-même est contraint de suivre la formation. L'humiliation est totale pour le dirigeant du groupe Shinsegae, qui a dû se prosterner en public, être convoqué par la police, et maintenant s'asseoir sur les bancs d'une salle de classe pour apprendre ce qu'il aurait dû savoir avant de lancer sa campagne.

La décision de fermer 1 800 magasins représente un coût énorme en pertes de chiffre d'affaires et en logistique. Mais c'est aussi une opération de réputation massive : Starbucks tente de montrer qu'il a compris la leçon. Le patron admet un « manque de sensibilité sociale et historique » au sein de l'entreprise. Les cours porteront sur l'histoire du mouvement démocratique coréen, de Gwangju à la révolution de juin 1987.

Une sanction qui sert de leçon aux marques

La portée du geste dépasse le simple rattrapage. En forçant son président à suivre la formation, Shinsegae envoie un signal : personne n'est au-dessus de la mémoire collective. Dans un pays où les chaebols ont longtemps fonctionné comme des États dans l'État, cette humiliation publique est une première. Elle montre que la société civile coréenne, portée par une génération Z connectée et politisée, peut imposer des comptes aux plus grands groupes. La sanction est aussi une leçon pour toutes les multinationales présentes en Corée : l'histoire ne se négocie pas.

Le contenu des formations historiques

Les formations dispensées aux employés de Starbucks Corée couvrent plusieurs modules : l'histoire du soulèvement de Gwangju, le rôle de la torture sous le régime autoritaire, l'importance des symboles dans la mémoire collective, et les bonnes pratiques pour éviter des erreurs similaires à l'avenir. Des historiens et des représentants des associations de victimes ont été invités à animer ces sessions. Le programme prévoit également une visite du cimetière national de Gwangju pour les cadres dirigeants. L'objectif est de créer une « mémoire institutionnelle » qui empêchera la répétition de ce type d'erreur.

Leçons pour les multinationales : l'Histoire ne se vend pas

L'affaire du « Tank Day » offre des enseignements pratiques pour toute entreprise opérant sur un marché étranger. Un comité de vérification historique et culturelle n'est pas un luxe : c'est une nécessité. Déléguer cette responsabilité à une IA sans supervision humaine est une négligence coupable. Les dates, les symboles, les slogans doivent être passés au crible par des spécialistes locaux de la mémoire collective. La fleur de coton, le 18 mai, le « tak » : pour un Coréen, ces trois éléments forment une phrase complète. Pour un cadre marketing à Séoul, ils n'étaient qu'un joli motif, une date dans le calendrier, un bruit amusant. La mémoire collective est une ligne rouge qui ne se négocie pas, même pour la plus grande chaîne de café du monde.

Conclusion : au-delà du boycott, ce que le « Tank Day » révèle de la Corée de 2026

L'affaire du « Tank Day » est bien plus qu'une polémique marketing. Elle démontre que la démocratie coréenne — acquise au prix du sang de Gwangju — reste vigilante et combative. Quarante-six ans après les faits, la société civile est capable de mobiliser l'opinion, de faire plier un conglomérat et d'obtenir la tête de ses dirigeants en moins d'une semaine. La génération Z a prouvé qu'elle maîtrise les armes du consumérisme politique : le boycott numérique, la pression sur les réseaux sociaux, la coordination économique. L'entreprise Shinsegae a payé le prix de son arrogance, de sa négligence et de son mépris pour l'histoire. Le traumatisme de 1980 reste une ligne rouge infranchissable. En 2026, en Corée du Sud, personne — pas même Starbucks — ne peut la franchir impunément.

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Questions fréquentes

Pourquoi le gobelet tank Starbucks a choqué la Corée ?

Le gobelet « tank » a été lancé le 18 mai, date anniversaire du soulèvement de Gwangju écrasé par des chars militaires. La fleur de coton, symbole du deuil des victimes, ornait le gobelet, ce qui a été perçu comme une marchandisation de la mort. Le slogan « Tak sur la table » évoquait aussi la torture d'un étudiant militant, ajoutant à l'offense.

Quelles sont les conséquences financières pour Shinsegae ?

Les ventes par carte dans les Starbucks coréens ont chuté de 26 % en une semaine. Le montant des cartes prépayées non utilisées atteint 400 milliards de wons (260 millions de dollars), menaçant la trésorerie de Shinsegae. Les analystes estiment le coût total de la crise entre 500 et 700 milliards de wons, incluant pertes, remboursements et frais juridiques.

Comment l'IA a-t-elle contribué à la polémique Starbucks ?

L'enquête interne de Shinsegae a révélé que la campagne « Tank Day » a été élaborée après consultation d'une intelligence artificielle générative. Sept cadres ont validé la proposition sans ouvrir la pièce jointe ni la soumettre au service juridique. L'entreprise n'a pas pu déterminer si l'IA avait spécifiquement proposé l'expression « Tank Day ».

Quel rôle a joué la génération Z dans le boycott Starbucks ?

La génération Z sud-coréenne, née après le soulèvement de Gwangju, a lancé et amplifié la vague de boycott sur Instagram, X et KakaoTalk. Ces jeunes ont partagé des tutoriels de remboursement, publié les coordonnées des dirigeants et coordonné le boycott via des groupes de discussion. Leur action a fait plier la multinationale en moins d'une semaine.

Quelles mesures Starbucks Corée a-t-il prises après la crise ?

Starbucks Corée a fermé ses 1 800 magasins pendant une demi-journée pour dispenser des cours d'histoire obligatoires à tous les employés. Le président Chung Yong-jin a dû suivre la formation, après s'être prosterné en public et avoir été convoqué par la police. Les cours portent sur le mouvement démocratique coréen, de Gwangju à la révolution de juin 1987.

Sources

  1. En Corée du Sud, des lycéens au cœur d’une tempête politique autour du massacre de Gwangju · lemonde.fr
  2. bbc.com · bbc.com
  3. Soulèvement de Gwangju — Wikipédia · fr.wikipedia.org
  4. En Corée du Sud, la branche locale de Starbucks déclenche un tollé avec des références au massacre de Gwangju · lemonde.fr
  5. Corée du Sud : un Starbucks qui surplombe la Corée du Nord attire les touristes · lemonde.fr
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Chloé Jabot @buzz-tracker

Je vis sur TikTok comme d'autres vivent sur Terre. À 22 ans, j'ai déjà prédit trois tendances virales avant qu'elles n'explosent – dont un challenge dance que j'ai vu naître dans un live à 3h du matin. Étudiante en communication digitale à Paris, je stage dans une agence qui surveille les réseaux sociaux pour des grandes marques. Mon feed For You est tellement bien calibré que mes amis m'envoient des screenshots pour savoir si c'est « encore tendance » ou « déjà cringe ».

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