Séance de prise en charge : deux participants vus de dos lors d'un entretien thérapeutique.
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Soigner un pédophile avant l’acte : l’enquête qui brise le tabou des psys en France

88 000 plaintes pour violences sexuelles sur mineurs, mais 65 % des appelants à la ligne STOP n'ont jamais agi.

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C’est une phrase qui claque comme un verdict. Elle vient de Tony, un homme condamné pour agressions sexuelles sur mineurs, aujourd’hui suivi par l’association L’Ange Bleu. « Même les psys sont incapables d’admettre notre existence », confie-t-il au Figaro dans une enquête publiée le 5 juillet 2026. Derrière ce cri, un paradoxe français : la société exige une répression toujours plus dure, mais refuse d’écouter ceux qui demandent de l’aide avant de passer à l’acte. Pendant ce temps, 88 000 plaintes pour violences sexuelles sur mineurs s’empilent dans les tribunaux, et la colère gronde après les affaires Barella et la mort de Lyhanna. Mais combien de ces drames auraient pu être évités si la France avait osé soigner avant de punir ?

Séance de prise en charge : deux participants vus de dos lors d'un entretien thérapeutique.
Séance de prise en charge : deux participants vus de dos lors d'un entretien thérapeutique. — (source)

« On ne veut même pas nous soigner » : le cri des invisibles derrière les 88 000 plaintes

La une du Figaro du 5 juillet 2026 ne passe pas inaperçue. Sous la plume de Madeleine Meteyer, l’enquête donne la parole à ceux que personne ne veut entendre : des hommes condamnés pour pédophilie, mais aussi des personnes attirées par des mineurs qui n’ont jamais agi. Leur constat est unanime : la société les rejette, la justice les enferme, et les psys les ignorent. Pendant ce temps, le chiffre des plaintes explose. Gérald Darmanin a demandé le réexamen de 70 000 dossiers, un nombre vite réévalué à 88 000. Derrière chaque plainte, un enfant. Derrière chaque chiffre, une vie brisée.

Le paradoxe est saisissant. D’un côté, une indignation légitime après la mort de Lyhanna et les révélations sur Jérôme Barella. De l’autre, un vide clinique abyssal pour ceux qui voudraient se faire soigner avant de commettre l’irréparable. Les magistrats croulent sous les dossiers – 200 au Puy-en-Velay, 1 200 à Poitiers, 800 à Limoges – mais personne ne s’occupe de la source du problème. « Des dossiers comme celui de Rosa, il y en a plein », confie une avocate au Figaro. Et combien d’autres n’ont jamais été ouverts parce qu’aucune plainte n’a été déposée ?

« Même les psys sont incapables d’admettre notre existence »

Tony et Stéphane ont accepté de témoigner par l’intermédiaire de L’Ange Bleu, l’une des rares associations à tendre la main aux pédophiles en France. Le premier a été déclaré coupable mais dispensé de peine. Le second purge une peine de prison. Leur histoire commune ? Un rejet systématique de la part des psychologues et psychiatres libéraux. « Quand j’ai voulu consulter, on m’a dit de m’adresser à la justice », raconte Tony. « Comme si ma demande de soin n’existait pas. »

Ce rejet n’est pas anecdotique. Il s’inscrit dans un contexte d’indignation populaire et médiatique qui rend tout sujet tabou. Après la mort de Lyhanna, le moindre mot de compassion envers un agresseur potentiel est perçu comme une trahison. Mais les psys eux-mêmes, censés être au-dessus de ces considérations morales, refusent le dialogue. « C’est un tabou dans le tabou », résume le Dr Mathieu Lacambre, psychiatre à l’origine de la ligne STOP, interrogé par Franceinfo. « Il y a beaucoup de culpabilité, y compris chez les soignants. »

Le Figaro rapporte que les profils des agresseurs sont variés : entraîneurs de foot, informaticiens, professeurs de conservatoire, employés dans des entreprises agricoles. S’il est difficile de dresser un portrait type, des traits communs émergent. Ce sont essentiellement des hommes, proches des enfants par leur travail ou par les liens intimes. Selon les derniers chiffres du ministère de l’Intérieur parus en février, 30 % des faits auraient lieu dans le cadre familial. Une petite majorité d’entre eux ont été victimes de violences, sexuelles ou non, quand ils étaient plus jeunes. Et tous ne sont pas forcément attirés par les enfants : certains sont simplement dominateurs ou opportunistes.

Damien*, l’homme qui n’a jamais agi mais que personne n’écoute

Charlie Hebdo avait déjà brisé ce silence en mars 2023. Dans un article choc, le journal donnait la parole à deux hommes se disant non-passés à l’acte. Le plus frappant est le témoignage de Damien*, 41 ans. Victime d’agressions sexuelles à 7 ans, il développe à l’âge adulte une attirance pour les mineurs. Mais contrairement à beaucoup, il n’est jamais passé à l’acte. Sa quête ? Trouver un psychiatre pour se faire soigner.

« J’ai appelé une dizaine de cabinets. Dès que j’expliquais ma situation, on me raccrochait au nez », raconte-t-il. « Un psy m’a même dit : “Je ne peux pas vous recevoir, je ne me sens pas en sécurité.” » Damien* illustre l’échec de la prévention primaire : celle qui intervient avant le passage à l’acte. Aujourd’hui, il suit une thérapie en ligne avec un spécialiste à l’étranger. En France, personne n’a voulu de lui.

Réunion sur la thérapie pour personnes attirées par les enfants : les affiches de prévention sont apposées sur les vitres.
Réunion sur la thérapie pour personnes attirées par les enfants : les affiches de prévention sont apposées sur les vitres. — (source)

Ce cas n’est pas isolé. Les professionnels de santé mentale manquent de formation, de protocoles, et surtout de courage pour affronter ce qu’ils perçoivent comme une menace. Résultat : des hommes comme Damien* errent de refus en refus, parfois pendant des années, avant de craquer ou de renoncer à toute aide.

88 000 plaintes : un iceberg judiciaire qui cache une misère clinique

Le chiffre des 88 000 plaintes donne le vertige. Mais il ne représente que la partie émergée de l’iceberg. Chaque plainte correspond à un passage à l’acte déjà commis, parfois répété pendant des années. La machine judiciaire, engorgée, ne capte que les faits avérés. Elle ne peut rien contre les fantasmes, les pulsions, les pensées obsessionnelles qui précèdent le geste.

Gérald Darmanin a promis un réexamen des 70 000 puis 88 000 dossiers. Une mesure curative, indispensable, mais qui ne règle rien en amont. Pendant ce temps, combien de personnes attirées par des mineurs attendent une écoute qui ne viendra jamais ? L’énorme machinerie judiciaire est conçue pour punir, pas pour prévenir. Et la prévention, justement, est le grand absent du débat public.

Derrière le « monstre », un visage statistique qui dérange : 65 % n’ont jamais passé à l’acte

Le cliché du pédophile exclusif, incurable et dangereux a la vie dure. Il alimente les peurs, justifie les peines maximales et verrouille tout débat sur le soin. Pourtant, les données scientifiques dessinent un portrait bien plus complexe. Loin du « monstre » des unes de presse, la réalité clinique est faite de nuances, de comorbidités et de trajectoires diverses.

93 % des cas : des attirances non exclusives et des comorbidités invisibles

L’article scientifique publié sur Cairn.info est sans appel : seulement 7 % des pédophiles sont exclusifs. Les 93 % restants ont aussi des relations avec des adultes. Autrement dit, l’immense majorité des personnes attirées par des mineurs ne correspondent pas au stéréotype du prédateur qui ne s’intéresse qu’aux enfants. Elles mènent une vie sociale et sexuelle « normale » à côté.

Mieux encore : 50 à 70 % des pédophiles souffrent d’une paraphilie associée – voyeurisme, frotteurisme, sadisme sexuel. Ces comorbidités compliquent le diagnostic et le traitement, mais elles ouvrent aussi des pistes thérapeutiques. Un patient qui consulte pour du voyeurisme peut, au fil des séances, révéler une attirance plus profonde pour les mineurs. Encore faut-il que le clinicien sache poser les bonnes questions.

Ce profil complexe relève de la psychiatrie, pas de la simple perversion. Les traitements existent, mais ils nécessitent une expertise qui fait cruellement défaut en France. Le cliché du « pédophile exclusif et incurable » n’est pas seulement faux : il est dangereux, car il décourage toute tentative de soin.

65 % des appelants du STOP n’ont jamais commis d’infraction

Le Dr Mathieu Lacambre, interrogé par Franceinfo le 29 janvier 2026, livre un chiffre qui bouscule les idées reçues : 65 % des personnes qui appellent la ligne STOP le font pour des fantasmes ou un intérêt non agi. Elles n’ont jamais touché un enfant. Elles cherchent de l’aide avant qu’il ne soit trop tard.

Les données de TF1 Info, publiées le 28 janvier 2026, précisent le profil type : âge moyen de 37,4 ans, 90 % d’hommes, une fourchette allant de 18 à plus de 70 ans. Sur les 4 577 appels reçus en 2025, 447 ont duré plus de cinq minutes. Ce sont ces appels longs qui permettent un véritable échange, une orientation vers des soins. Mais seulement 10 % des appels débouchent sur une prise en charge concrète.

Ce sous-groupe des « non passés à l’acte » est la cible idéale d’une politique de prévention. Ce sont des personnes conscientes de leur attirance, qui en souffrent et qui demandent de l’aide. Les ignorer, c’est prendre le risque qu’elles passent à l’acte faute d’alternative. Les écouter, c’est peut-être éviter des drames.

Le cycle victime-agresseur : un facteur x 3,5 passé sous silence

Le Pr Florence Thibault, cheffe de service à l’hôpital Cochin, alerte dans les colonnes de Jim.fr (30 juin 2026) sur un chiffre trop souvent passé sous silence : « Être victime d’un acte pédophile multiplie par 3,5 le risque d’en commettre à son tour. » Cette donnée, issue d’une étude publiée dans The Lancet en 2017, révèle la mécanique tragique du cycle victime-agresseur.

Chez les mineurs auteurs d’infractions sexuelles, 30 à 40 % sont d’anciennes victimes. Le traumatisme subi dans l’enfance, non traité, peut se transformer en passage à l’acte à l’adolescence ou à l’âge adulte. Ce chiffre ne justifie rien, mais il explique beaucoup. Il montre que la pédophilie n’est pas une essence, un destin. Elle s’inscrit dans une histoire, des blessures, des carences affectives.

Ce constat complexifie le jugement moral. Un agresseur qui a été lui-même victime n’est pas moins responsable de ses actes, mais sa trajectoire révèle l’échec d’une société qui n’a pas su protéger l’enfant qu’il était. Traiter les traumatismes précoces, c’est casser le cycle. C’est aussi une forme de protection de l’enfance.

Dégoût, peur, vide juridique : le triple mur qui bloque les psychiatres français

Pourquoi les professionnels de la santé mentale refusent-ils de prendre en charge les personnes attirées par des mineurs ? La réponse est multiple. Elle mêle des émotions viscérales, un vide dans la formation et un flou juridique qui paralyse. Comprendre ces blocages est essentiel pour les dépasser.

« Un tabou dans le tabou » : le poids du dégoût dans la relation thérapeutique

Le Dr Mathieu Lacambre le dit sans détour : « C’est un tabou dans le tabou. Il y a beaucoup de culpabilité. » Le dégoût moral que suscite la pédophilie n’épargne pas les soignants. Un psychiatre qui reçoit un patient attiré par des mineurs doit faire face à ses propres répulsions, à ses peurs, à ses jugements. La relation thérapeutique, fondée sur l’empathie, devient presque impossible.

Beaucoup de cliniciens préfèrent orienter ces patients ailleurs, voire refuser le suivi. « On tourne le dos à la racine du mal », dénonce le Pr Antoine Pelissolo, psychiatre au CHU Henri-Mondor, dans les colonnes de Jim.fr. Ce déni professionnel a des conséquences directes : les patients se retrouvent sans soin, et le risque de passage à l’acte augmente.

Le dégoût n’est pas une fatalité. Il peut être travaillé, dépassé, par une formation adaptée et un soutien entre pairs. Mais en l’état, il constitue le premier obstacle à toute prise en charge.

Zéro cours, zéro stage : le trou noir des études de psychiatrie

Le collectif mené par le Pr Florence Thibault a lancé un appel le 30 juin 2026 dans Jim.fr. Le constat est accablant : la formation initiale des psychiatres et psychologues français ne comporte aucun module obligatoire sur les paraphilies ou la prise en charge des auteurs de violences sexuelles. Zéro cours. Zéro stage. Rien.

Résultat : les jeunes psychiatres sortent de l’université sans savoir comment aborder un patient attiré par des mineurs. Ils n’ont jamais appris à poser un diagnostic différentiel, à évaluer le risque, à proposer un traitement. Le sentiment d’incompétence est massif. Et face à l’inconnu, la réaction la plus courante est le refus.

La comparaison avec les pays anglo-saxons est cruelle. Au Royaume-Uni, au Canada, en Australie, des programmes spécifiques existent depuis des années. Des psychiatres se spécialisent dans la prise en charge des paraphilies. En France, le sujet reste un angle mort de la formation médicale. Les quelques experts qui existent – le Dr Lacambre, le Pr Thibault – sont des exceptions, pas la règle.

Un patient avoue lors d’une consultation qu’il est attiré par des enfants, mais qu’il n’est jamais passé à l’acte. Que doit faire le psychiatre ? Le secret médical s’applique-t-il, ou l’obligation de signalement prévaut-elle ? Le flou juridique est total, et il paralyse les professionnels.

En l’absence de jurisprudence claire, beaucoup de psys adoptent une position de prudence excessive : ils refusent le suivi pour éviter tout risque de poursuite. Charlie Hebdo, dans son article de mars 2023, rapportait le cas de psychiatres renvoyant leurs patients sans suite, parfois sans même leur donner d’adresse de recours. Une forme d’abandon déguisé.

Pourtant, la loi est claire sur un point : l’obligation de signalement ne concerne que les faits déjà commis ou imminents. Un fantasme, une pensée intrusive, une attirance non agie ne tombent pas sous le coup de cette obligation. Mais la peur du scandale, la crainte d’être accusé de complaisance, poussent les cliniciens à la prudence. Résultat : des patients qui cherchent de l’aide se heurtent à une porte close.

0 806 23 10 63 : la ligne qui a triplé ses appels en cinq ans, seule échappatoire

Face à ce désert clinique, un seul dispositif national existe : la ligne STOP (Service Téléphonique d’Orientation et de Prévention), joignable au 0 806 23 10 63. Déployée en 2021 par la FFCRIAVS, elle est la seule écoute spécialisée pour les personnes sexuellement attirées par les enfants. Ses résultats sont encourageants, mais ses moyens restent dérisoires.

4 577 appels en 2025 : l’explosion silencieuse de la demande de soin

Le bilan du dispositif STOP, dévoilé par TF1 Info le 28 janvier 2026, montre une progression fulgurante : 1 500 appels en 2020, 4 577 en 2025. Depuis le lancement en 2021, plus de 15 000 appels ont été reçus. Derrière ces chiffres, des hommes et des femmes qui souffrent de leur attirance et cherchent une issue.

Mais le bilan est aussi cruel. Seulement 10 % des appels débouchent sur une orientation vers des soins spécialisés. Les 90 % restants ? Ils se heurtent au manque de places, de psychiatres formés, de services dédiés. La ligne STOP fait ce qu’elle peut avec les moyens du bord, mais elle ne peut pas créer ex nihilo une filière de soins qui n’existe pas.

Les 447 appels de plus de cinq minutes enregistrés en 2025 sont ceux qui permettent un vrai travail d’orientation. Mais même pour ces cas, trouver un psychiatre acceptant de prendre le relais relève du parcours du combattant. Beaucoup de patients se retrouvent dans une impasse, après avoir fait le premier pas.

L’Ange Bleu : vingt-six ans d’écoute sans aucun financement public

L’association L’Ange Bleu a été fondée le 10 juin 1998 par Latifa Bennari, elle-même ancienne victime d’agressions sexuelles. Son constat, vingt-six ans plus tard, est toujours le même : « L’accompagnement est strictement judiciaire en France. Cette absence de structure suffisante empêche toute prévention. »

Consultation illustrée par un professionnel tenant un tableau blanc dans une salle de soin.
Consultation illustrée par un professionnel tenant un tableau blanc dans une salle de soin. — (source)

L’Ange Bleu est l’une des seules associations en Europe à agir en amont du passage à l’acte. Elle propose une écoute, une orientation, un réseau de professionnels formés. Mais elle fonctionne sans aucun financement public, uniquement grâce à des bénévoles. Ses moyens sont ridicules face à l’ampleur de la tâche.

Latifa Bennari ne cache pas son amertume : « On nous accuse de défendre les pédophiles. Non, on défend les enfants. Chaque agresseur potentiel que l’on soigne, c’est une victime potentielle épargnée. » Un message que la classe politique refuse d’entendre.

TCC, antidépresseurs, frénateurs de libido : que dit vraiment la science ?

Le Dr Mathieu Lacambre détaille les trois paliers thérapeutiques dans son interview à Franceinfo. Le premier est psychothérapique : les thérapies cognitivo-comportementales (TCC) aident le patient à identifier les schémas de pensée qui mènent au passage à l’acte et à les désamorcer. Le second est pharmacologique : des antidépresseurs peuvent réduire les obsessions et les pensées intrusives. Le troisième, plus lourd, concerne les traitements freinateurs de libido, souvent appelés « castration chimique ».

Comme le rappelle notre article sur le sujet, « Ce n’est pas une baguette magique » : face au fléau des violences sexuelles, la castration chimique est-elle une illusion ?, ces traitements ne sont pas une solution miracle. Ils réduisent les pulsions mais ne suppriment pas l’attirance. Le suivi psychologique reste indispensable.

Inès Gauthier, psychologue clinicienne spécialisée dans la prise en charge des auteurs de violences sexuelles, le résume dans Ouest-France (11 juin 2026) : « Le fait d’en parler, ça diminue déjà les pulsions. » Le simple fait de verbaliser, d’être écouté sans jugement, réduit le risque de passage à l’acte. Les études citées par Cairn.info confirment que le taux de récidive sous traitement varie de 10 à 40 % à dix ans selon les profils. Loin du mythe de l’incurabilité.

« Incurables » ou non soignés ? Le piège politique qui coûte des vies d’enfants

Le débat sur la prise en charge des pédophiles n’est pas seulement clinique. Il est aussi politique, budgétaire et idéologique. Les déclarations du ministre de la Justice, Gérald Darmanin, après le meurtre de Lyhanna, ont verrouillé le débat en affirmant l’incurabilité des agresseurs. Un discours qui a des conséquences concrètes.

« Les pédocriminels sont incurables » : la déclaration qui a figé le débat

Le 11 juin 2026, dans Ouest-France, Gérald Darmanin qualifie les pédocriminels d’« incurables ». La déclaration intervient dans l’émotion du meurtre de Lyhanna, une petite fille de 9 ans violée et tuée par un récidiviste. Compréhensible sur le plan émotionnel, cette sortie a un effet délétère sur le plan sanitaire.

En affirmant l’inutilité du soin, le ministre décourage toute tentative de prise en charge. Pourquoi financer des traitements si les patients sont irrécupérables ? Pourquoi former des psychiatres si leur travail est voué à l’échec ? Le message est clair : la seule réponse possible est la prison, à perpétuité si possible.

Pourtant, les données cliniques contredisent cette position. Le taux de récidive sous traitement chute significativement. Les patients suivis en TCC apprennent à gérer leurs pulsions. Dire que les pédocriminels sont incurables, c’est nier des décennies de recherche et de pratique clinique. C’est aussi fermer la porte à toute politique de prévention.

4 prisons pour 1 hôpital : le déséquilibre budgétaire de la protection de l’enfance

Le prisme économique est implacable. Une place en prison coûte environ 50 000 euros par an. Un suivi psychiatrique ambulatoire, quelques milliers d’euros. Le rapport coût-efficacité penche très largement en faveur du soin. Pourtant, la France continue d’investir massivement dans la répression et de négliger la prévention.

Le plan 2023-2027 du Haut Commissariat à l’Enfance mentionne la ligne STOP, mais sans lui allouer de budget pérenne. Les annonces se succèdent, les crédits ne suivent pas. Pendant ce temps, 160 000 enfants sont victimes d’agressions sexuelles chaque année en France, selon les chiffres du collectif mené par le Pr Thibault. Le coût social et humain de cette non-prévention est colossal.

Où l’argent public est-il le plus efficace ? Dans la construction de nouvelles prisons, ou dans le financement de soins qui réduisent le risque de récidive ? La réponse est évidente pour les cliniciens, mais le débat politique reste bloqué par la peur de paraître complaisant.

Des psychiatres sonnent l’alarme, le gouvernement temporise

Le 30 juin 2026, dans Jim.fr, un collectif de psychiatres mené par le Pr Florence Thibault lance un appel solennel. Ils demandent un dépistage systématique des personnes à risque et une prise en charge gratuite, sans condition. Leur message est clair : la prévention des violences sexuelles est un enjeu de santé publique.

Mais la réponse politique se limite à des annonces sécuritaires. Le réexamen des 70 000 puis 88 000 plaintes est une mesure curative, pas préventive. Elle ne règle rien pour les agresseurs potentiels qui n’ont pas encore été dénoncés. L’écart entre la demande des cliniciens de terrain et la réponse du gouvernement est abyssal.

Le ministre de la Justice promet des moyens supplémentaires pour les tribunaux, des peines plus lourdes, un suivi renforcé des condamnés. Tout cela est nécessaire, mais insuffisant. Tant que la France refusera de soigner avant l’acte, elle continuera de courir après les drames sans jamais les rattraper.

160 000 victimes par an : le vrai tabou est ailleurs

Le déni d’existence dénoncé par les patients du Figaro est le symptôme d’un refus collectif d’affronter le problème en amont. La société préfère punir après coup plutôt que de prévenir. Elle préfère voir des monstres plutôt que des malades. Mais ce choix a un coût : 160 000 enfants violentés chaque année.

Le système actuel est une boucle infernale. Absence de formation des psychiatres → refus de soin → passage à l’acte → prison → pas de prévention → nouvelles victimes → colère sociale → renforcement du tabou → retour au début. Pour en sortir, il faut accepter une vérité dérangeante : soigner un pédophile, c’est protéger un enfant.

Et si la meilleure protection des enfants était de soigner ceux qui les menacent ? Ce n’est pas un acte de mansuétude, c’est un acte de protection de l’enfance. Chaque agresseur potentiel suivi en TCC est une victime potentielle épargnée. Chaque ligne d’écoute financée est un drame évité.

Conclusion : soigner pour protéger, un choix de société

La France doit faire le choix politique de financer une filière de soins spécialisée, de sortir du tabou professionnel et de former ses psychiatres. Les outils existent : la ligne STOP, l’association L’Ange Bleu, les protocoles thérapeutiques validés par la science. Ce qui manque, c’est la volonté collective d’affronter le problème à sa racine.

Le vrai scandale n’est pas de parler de soin. Le vrai scandale, c’est de laisser 160 000 enfants subir des violences chaque année, faute d’avoir osé tendre la main à ceux qui auraient pu basculer. Les témoignages de Tony, Stéphane et Damien* le montrent : des hommes cherchent de l’aide, et on leur ferme la porte au nez. Chaque refus est une victime potentielle de plus.

La prévention des violences sexuelles sur mineurs ne passera pas seulement par plus de prisons et des peines plus lourdes. Elle passera par l’écoute, le soin et la formation. Par la reconnaissance que la pédophilie est une pathologie qui se traite, pas une essence diabolique qui se punit. Par l’acceptation, enfin, que protéger les enfants, c’est aussi soigner ceux qui les menacent.

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Questions fréquentes

Peut-on soigner un pédophile avant l'acte ?

Oui, des soins existent, comme les thérapies cognitivo-comportementales (TCC), les antidépresseurs ou les freinateurs de libido. En France, la ligne STOP (0 806 23 10 63) et l'association L'Ange Bleu offrent une écoute, mais peu de psychiatres sont formés pour prendre en charge ces patients.

Combien de plaintes pour violences sexuelles sur mineurs en France ?

Selon l'article, 88 000 plaintes pour violences sexuelles sur mineurs s'empilent dans les tribunaux français. Ce chiffre représente la partie émergée de l'iceberg, car chaque plainte correspond à un passage à l'acte déjà commis.

Quel est le taux de récidive des pédophiles sous traitement ?

Le taux de récidive sous traitement varie de 10 à 40 % à dix ans selon les profils, ce qui contredit le mythe de l'incurabilité. Les TCC et les traitements pharmacologiques réduisent significativement le risque de passage à l'acte.

Pourquoi les psychiatres refusent-ils de soigner les pédophiles ?

Les psychiatres refusent souvent par dégoût moral, manque de formation (aucun module obligatoire sur les paraphilies dans les études) et flou juridique sur le secret médical face à l'obligation de signalement. Cela crée un tabou professionnel qui bloque toute prise en charge.

Combien d'appels reçoit la ligne STOP chaque année ?

La ligne STOP a reçu 4 577 appels en 2025, soit une forte progression depuis 1 500 appels en 2020. Cependant, seulement 10 % de ces appels débouchent sur une orientation vers des soins spécialisés, faute de places et de psychiatres formés.

Sources

  1. «Même les psys sont incapables d’admettre notre existence» : la société face à la prise en charge urgente des pédophiles · lefigaro.fr
  2. charliehebdo.fr · charliehebdo.fr
  3. ffcriavs.org · ffcriavs.org
  4. fr.wikipedia.org · fr.wikipedia.org
  5. franceinfo.fr · franceinfo.fr
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Chloé Jabot @buzz-tracker

Je vis sur TikTok comme d'autres vivent sur Terre. À 22 ans, j'ai déjà prédit trois tendances virales avant qu'elles n'explosent – dont un challenge dance que j'ai vu naître dans un live à 3h du matin. Étudiante en communication digitale à Paris, je stage dans une agence qui surveille les réseaux sociaux pour des grandes marques. Mon feed For You est tellement bien calibré que mes amis m'envoient des screenshots pour savoir si c'est « encore tendance » ou « déjà cringe ».

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