Raphaël Glucksmann place un service civique obligatoire de dix mois au centre de son programme pour la présidentielle de 2027. Cette mesure, qu'il présente comme un « nouveau contrat patriotique », est civil et distincte du service militaire. Le candidat ne s'est pas encore officiellement déclaré, mais son intention de vote s'établit autour de 11 %.

Un projet flou face aux chiffres connus
Glucksmann propose un service civique de dix mois, obligatoire pour tous les jeunes Français. Les missions seraient civiles : en EHPAD, dans les écoles, pour le service public ou des organisations d'intérêt général. Une dimension militaire existe, mais elle serait facultative.
Ce projet se heurte immédiatement à un obstacle budgétaire massif. France Stratégie, dans une note officielle, a chiffré le coût d'un service national hybride similaire. Pour un service civil obligatoire concernant environ 600 000 jeunes, l'estimation est de 4,95 milliards d'euros par an, hors investissements en infrastructures. Un scénario avec un choix civil ou militaire après un séjour commun coûterait 5,2 milliards d'euros annuels.
Pour mettre ce chiffre en perspective, le service civique actuel en France coûte environ 574 millions d'euros pour accueillir 110 000 à 135 000 jeunes, avec une indemnité de 620 euros par mois. Le service militaire volontaire instauré par Emmanuel Macron, lui, propose 800 euros par mois pour une durée de dix mois, mais reste facultatif et s'adresse à 18-25 ans.

La proposition de Glucksmann apparaît ainsi comme une extension radicale du modèle existant, avec un surcoût estimé à plus de 4 milliards d'euros. BFMTV note d'ailleurs que le candidat ne détaille jamais vraiment les aspects pratiques ou financiers de cette mesure.
L'immigration et l'école : des liens théoriques, des détails absents
Glucksmann connecte ce service civique à deux autres axes de son programme : l'immigration et l'école. Il préconise une « convention citoyenne » sur l'immigration, souhaitant lier intégration et exercice de la citoyenneté. L'idée sous-jacente est que le service civique pourrait être un vecteur d'intégration pour les jeunes issus de l'immigration.
Pour l'école, il propose d'augmenter les salaires des enseignants et de renforcer la mixité sociale dans le secteur privé. Le service civique serait alors une mesure transversale, destinée à forger une cohésion nationale en faisant se côtoyer des jeunes de tous horizons.
Le problème, c'est l'absence de détails concrets. Comment le service civique s'articulerait-il concrètement avec une politique d'immigration plus stricte ? Quel impact réel aurait-il sur les inégalités scolaires ? Le programme « Nous avons encore envie » de Glucksmann, un livre d'une centaine de pages, esquisse la vision sans fournir le mode d'emploi. Cette proposition s'inscrit dans une stratégie plus large de reconquête du « récit national » face au Rassemblement National, selon LCP.
Des freins politiques et pratiques considérables
La mise en œuvre d'un tel service civique obligatoire se heurte à des obstacles politiques et logistiques colossaux. Le budget à trouver, plus de 5 milliards d'euros annuels, est équivalent à près de la moitié du budget annuel de l'Éducation nationale pour l'enseignement supérieur et la recherche.
Le pays ne dispose pas non plus des infrastructures (hébergements, encadrement, lieux d'accueil) pour accueillir d'un coup 600 000 jeunes. Le service civique actuel, bien plus modeste, peine déjà à trouver des places pour tous les volontaires. La logistique d'un service national universel serait un défi sans précédent.
Politiquement, Glucksmann navigue dans un champ concurrentiel dense à gauche, avec Jean-Luc Mélenchon autour de 16 % et d'autres figures comme François Hollande ou Stéphane Séjourné en embuscade. Il refuse la primaire à gauche et tente de se démarquer par une proposition nationale forte. Mais cette ambition se heurte au réalisme budgétaire et à une fatigue de la population envers les annonces de service national, après l'échec relatif du SNU voulue par Macron.

La proposition s'inscrit dans un débat plus large sur la jeunesse, comme en témoigne le plan pour la jeunesse de Bruno Retailleau (Unité nationale, première arme : le plan de Bruno Retailleau pour la jeunesse) ou le virage sur l'immigration calculé par d'autres figures de la droite comme Édouard Philippe (Immigration : le virage calculé d’Édouard Philippe pour 2027). Glucksmann cherche à occuper un terrain régalien tout en restant sur une ligne sociale, mais la facture provisoire rend le projet plus qu'incertain.