Le couple est rentré au Royaume-Uni le 26 août 2026 et la famille s'y est installée à temps plein : les Sussex ne sont plus de passage. Pour le comité chargé de la protection des personnalités publiques, c'est ce changement de statut qui a justifié la réouverture du dossier. Une question reste pourtant sans réponse depuis leur retrait de la famille royale, en 2020 : qui doit financer leur protection policière ?

Le Ravec - l'instance qui décide, sous l'égide de la police londonienne, du niveau de protection financée par l'État pour la famille royale et les personnalités publiques - s'est réuni en septembre 2026 pour réexaminer l'affaire. Le comité a commandé deux évaluations de risque : une nouvelle pour Harry, et une autre, distincte, pour Meghan. Harry avait obtenu un réexamen de son propre dossier en juillet ; à la mi-septembre, aucune décision ne lui était parvenue.
Ce que le comité doit réellement trancher
Le Ravec ne se prononce pas sur le montant d'une facture, mais sur le niveau de protection policière auquel une personne a droit. Trois éléments ont changé depuis la dernière décision.
Premier point : la résidence. C'est la raison invoquée pour rouvrir le dossier : les Sussex ne viennent plus pour quelques jours, ils sont installés au Royaume-Uni. Le comité leur a demandé de communiquer leurs emplois du temps et leur routine quotidienne, y compris les trajets scolaires, pour instruire sa décision.
Deuxième point : le statut. Peu après l'arrivée des Sussex, une lettre officielle a été émise au nom du roi Charles III pour réaffirmer leur statut de membres non actifs de la famille royale. Selon ce texte, le couple s'apparente à des citoyens privés ayant des intérêts commerciaux et caritatifs, et toute question opérationnelle de sécurité doit continuer d'être adressée aux autorités policières compétentes.
Troisième point : l'évaluation de Meghan. Aucune évaluation de risque n'avait été conduite sur elle depuis 2020 ; celle que le comité vient de commander est la première depuis leur retrait des fonctions royales.
Ce que les tribunaux ont tranché, dans l'ordre
Le cadre juridique est connu, et il contraste avec la vivacité du débat public.
La question de l'argent a été plaidée très tôt. En mai 2023, devant la Haute Cour, l'équipe juridique du duc soutenait que le chef de la Metropolitan Police pouvait, à sa discrétion, l'autoriser à financer lui-même sa protection policière. L'argument n'a pas convaincu : le 28 février 2024, le juge Lane a rejeté la demande de contrôle juridictionnel du duc contre le Home Office, le ministère de l'Intérieur.
Un peu plus de six semaines plus tard, le 15 avril 2024, le même juge a rendu une décision en deux temps : il a accordé au duc une réduction de 10 % de ses frais de justice, au motif que le Home Office avait tardé à communiquer des documents clés, mais il lui a refusé l'autorisation de faire appel. Le cabinet Schillings, qui représente le duc, a annoncé dans la foulée qu'il demanderait à la Cour d'appel l'autorisation de contester la décision.
Le 2 mai 2025, la Cour d'appel a rejeté le recours. Sir Geoffrey Vos a reconnu que les arguments du duc étaient puissants et émouvants, avant de conclure que son sentiment d'injustice ne se traduisait pas en argument juridique contre la décision du Ravec. Les deux autres juges ont partagé son avis.

La portée de cet arrêt mérite d'être précisée : la Cour n'a pas tranché la question du financement elle-même. Elle a validé la méthode du Ravec, qui fonde le niveau de protection sur le statut de la personne plutôt que sur sa capacité à payer, et écarté l'argument selon lequel le duc pourrait acheter une protection policière. Un détail du dossier éclaire l'autre versant du litige : la réduction de frais d'avril 2024 sanctionnait un retard de divulgation de documents, non le principe de la décision. La bataille porte donc aussi sur la transparence de l'administration.
L'opinion publique, chiffre en main
Les tribunaux tranchent sur le statut ; l'opinion, elle, se prononce sur la facture. Un sondage YouGov réalisé pour The Times auprès de 2 128 adultes britanniques indique que 71 % d'entre eux estiment que le gouvernement ne doit financer aucune des dépenses de sécurité de la famille Sussex. The Independent a repris le même chiffre, et une pétition réclamant que le contribuable ne paie pas la note circulait en parallèle.
Un second chiffre circule depuis fin août : 2 % seulement des Britanniques soutiendraient l'usage de fonds publics pour cette protection, la majorité voulant que le couple assume tout ou l'essentiel du coût. Il provient d'un message posté le 24 août 2026 par le compte Royal News Network sur X, qui se réfère au sondage The Times/YouGov : à lire comme une donnée rapportée par un compte spécialisé, pas comme un résultat publié par l'institut lui-même.
Reste à savoir quel poids cette opinion exerce sur les décisions. Selon le Telegraph, des responsables redoutent une levée de boucliers si le duc et la duchesse obtenaient une protection financée par le contribuable, et le Home Office a cherché à bloquer une nouvelle protection. Cette crainte est rapportée par le journal, non confirmée par une source officielle ; le lien de cause à effet entre le sondage et la prudence du ministère, lui, relève de l'interprétation.
Des chiffres publics qui manquent
Le débat reste confus faute de chiffres, pour deux raisons distinctes.
Première raison : le périmètre du financement. Le Sovereign Grant, l'enveloppe publique versée à la monarchie, exclut explicitement le coût de la sécurité physique ; le rapport annuel 2024-25 le précise dans son tableau des principaux risques. Autrement dit, la principale ligne de financement public de la Couronne ne dit rien de ce que coûte réellement la protection des souverains et de leurs proches.
Seconde raison : la divulgation. À la suite d'une demande déposée au titre du Freedom of Information, un tribunal a jugé que le coût de la protection des membres de la famille royale ne pouvait pas être révélé au public. Cette décision porte sur ce que le public peut savoir, pas sur ce que l'administration ignore. L'effet pratique, pour le contribuable, est le même : il finance une dépense dont il ne connaît ni le total ni le détail, ce qui laisse le champ ouvert aux estimations et aux indignations.
Le quotidien rattrape le dossier
Les enfants des Sussex ont changé d'école deux jours après y avoir fait leur entrée, à l'issue d'une discussion avec l'équipe de sécurité de la famille, qui jugeait le trajet trop long et la circulation trop dense. Des paparazzis ont retrouvé le lieu de résidence après la publication d'une vidéo de Meghan sur Instagram. Et le vendredi 9 octobre, lors d'un match de rugby à Leicester, le visage du prince Harry est apparu sur l'écran géant du stade : selon le commentateur Nick Mullins, des huées ont alors retenti dans les tribunes.
Ces épisodes ne tranchent pas le fond. Ils montrent pourquoi la question résiste à une réponse binaire : la menace perçue, la sécurité des enfants et le coût pour le contribuable relèvent de trois logiques distinctes, que le Ravec doit concilier dans un même dossier.
Une décision toujours en suspens
Aucune décision finale n'est intervenue : le réexamen est en cours, la lettre royale a fixé le cadre politique, et la pression de l'opinion s'exerce en parallèle. Rien ne permet de considérer l'issue comme acquise dans un sens ou dans l'autre.
Un point est en revanche établi : les tribunaux ont écarté l'argument selon lequel le duc pourrait financer lui-même sa protection policière. Le comité, lui, n'a pas encore dit à quel niveau de protection le couple a droit. Six ans après leur départ, la question reste entière : qui doit payer, et selon quel critère ?