La Commission européenne a ouvert une enquête formelle contre Sanofi le 26 juin 2026. Le laboratoire français est soupçonné d'avoir utilisé une communication trompeuse pour discréditer un vaccin antigrippal concurrent auprès des médecins. Cette pratique, qualifiée de dénigrement, vise un marché spécifique et expose le groupe à des sanctions financières majeures.

Une enquête pour dénigrement ciblant les médecins
L'enquête (affaire AT.40998) porte sur un abus de position dominante sur le marché des vaccins antigrippaux renforcés. Ces produits sont destinés aux personnes de plus de 60 ans. Sanofi y détient une position dominante avec son vaccin Efluelda. Le vaccin concurrent visé est Fluad, commercialisé par CSL Seqirus.
Selon la Commission, Sanofi a mené une campagne de communication pour présenter Fluad comme inférieur à Efluelda. Cette campagne ciblait directement les professionnels de santé en France et en Allemagne. Elle aurait contredit les conclusions de l'ECDC (Centre européen de prévention et de contrôle des maladies) et les recommandations nationales de vaccination. En Allemagne, elle aurait suggéré que des objections médicales pesaient encore sur Fluad alors que ces objections avaient été levées.

Le marché est en jeu. Les deux vaccins, Efluelda et Fluad, sont disponibles en France pour la saison 2025-2026. Sanofi prévoyait de fournir 2,5 millions de doses d'Efluelda. Le dénigrement d'un concurrent vise à orienter les prescriptions des médecins vers son propre produit.
Des sanctions potentielles et des précédents lourds
En cas de condamnation, Sanofi encourt une amende pouvant atteindre 10% de son chiffre d'affaires mondial. Le CA du groupe en 2025 s'élevait à 43,63 milliards €. Le montant maximum de l'amende serait donc d'environ 4,36 milliards €. La Commission a cependant invité Sanofi à proposer des engagements. Si ceux-ci sont jugés suffisants, l'affaire pourrait se clore sans constat d'infraction ni amende.
Le précédent le plus direct concerne Sanofi lui-même. En septembre 2025, la cour d'appel de Paris l'a condamné à verser 150,7 millions € à l'Assurance maladie. La condamnation concernait des pratiques anticoncurrentielles similaires : le dénigrement de génériques du médicament Plavix entre 2009 et 2010. Plavix était alors le premier poste de remboursement de l'Assurance maladie.

La Commission européenne a déjà sanctionné des pratiques de dénigrement pharmaceutique. En octobre 2024, Teva a été condamné à une amende de 462,6 millions € pour abus de position dominante incluant du dénigrement. L'enquête avait montré qu'une fois le concurrent installé sur le marché, les prix avaient chuté de 80%. En juillet 2024, Vifor (du groupe CSL) avait accepté des engagements concernant un possible dénigrement d'un traitement concurrent. C'était la première décision de la Commission sur ce type de pratique.
Une affaire qui éclaire un problème structurel
Sanofi a nié toute malveillance et affirmé agir en conformité avec les lois et règlements, y compris le droit de la concurrence. L'issue de l'enquête reste incertaine.
L'affaire met en lumière un problème récurrent dans le secteur pharmaceutique. Les laboratoires disposent d'arguments de vente puissants auprès des prescripteurs. Le dénigrement d'un concurrent peut orienter les choix thérapeutiques, avec des conséquences directes sur les dépenses de santé publique. L'affaire Teva a montré que la réduction de la concurrence pouvait empêcher la baisse des prix. Celle de Plavix a montré que ces pratiques pouvaient durer des années avant d'être sanctionnées.
L'enquête contre Sanofi s'inscrit dans un mouvement de régulation accrue. La Commission traite désormais le dénigrement pharmaceutique comme une pratique anticoncurrentielle à part entière. Pour les patients et les systèmes de santé, l'enjeu est de s'assurer que les choix médicaux reposent sur des données scientifiques et non sur des stratégies commerciales.