Le scandale des pesticides non autorisés en Europe mais utilisés en France  - Basta!
Environnement

Pesticides non autorisés en Europe : le scandale des dérogations françaises

L'enquête Basta! révèle que la France autorise en toute légalité trois pesticides interdits en Europe via des dérogations d'urgence abusives.

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Au printemps 2026, alors que le gouvernement français promet une réduction drastique des pesticides avec la révision du plan Écophyto, une enquête de Basta! révèle un paradoxe troublant. Trois pesticides — le Movento (spirotétramate), le Verseon (dimpropyridaz) et l’Avanza (benzobicyclon) — sont officiellement interdits au niveau européen mais continuent d’être épandus dans les champs français. Ces dérogations ne sont pas des accidents administratifs : elles forment un système bien rodé qui interroge la sincérité de la transition écologique française.

Pour les 16-25 ans, le sujet touche à trois préoccupations majeures : leur santé (les résidus de ces molécules se retrouvent dans les fruits qu’ils consomment), l’écologie (l’impact sur la biodiversité des campagnes) et la transparence démocratique (pourquoi ces décisions sont-elles prises loin des regards ?). Entre les promesses de Bruxelles et la réalité des vergers français, le fossé est vertigineux.

Le scandale des pesticides non autorisés en Europe mais utilisés en France  - Basta!
Le scandale des pesticides non autorisés en Europe mais utilisés en France - Basta! — (source)

Le paradoxe d’une France qui dit non à Bruxelles mais oui aux lobbies

Le plan Écophyto, lancé en 2008 avec l’objectif ambitieux de réduire de 50 % l’usage des pesticides, en est à sa troisième version. Les chiffres officiels montrent pourtant une stagnation, voire une augmentation de certaines utilisations. Le scandale des dérogations illustre ce décalage permanent entre le discours et la pratique.

La France se présente souvent comme le moteur de l’agriculture durable en Europe. Pourtant, elle est aussi l’un des États membres qui utilise le plus massivement les dérogations d’urgence prévues par le règlement européen 1107/2009. Ces trois molécules — Movento, Verseon et Avanza — incarnent ce que certains appellent déjà « l'exception française toxique » : une capacité à contourner les décisions collectives européennes au nom d'intérêts économiques immédiats.

L’enquête Basta! qui met le feu aux poudres

L’article de Basta!, publié en mars 2026, a provoqué une onde de choc dans les cercles politiques et associatifs. Son timing n’est pas anodin : il paraît alors que le gouvernement finalise la nouvelle mouture du plan Écophyto et que le site BASF de Genay fait l’objet d’une inspection polémique. L’enquête détaille avec précision les mécanismes juridiques et les acteurs impliqués, offrant au grand public une plongée dans les coulisses de la réglementation phytosanitaire.

Movento 100 SC, 1 liter, Bayer insecticide, Spirotetramat | Nexles France
Movento 100 SC, 1 liter, Bayer insecticide, Spirotetramat | Nexles France — (source)

La réception de l’article dépasse le cercle des spécialistes. Des députés interpellent le ministère de l’Agriculture. Les associations environnementales saisissent la justice. Le scandale prend une ampleur nationale, forçant les autorités à s’expliquer. Mais pour comprendre comment ces dérogations sont possibles, il faut plonger dans les arcanes du droit européen.

L’article 53, ou la porte dérobée du règlement européen 1107/2009

Le règlement européen 1107/2009 encadre strictement la mise sur le marché des produits phytopharmaceutiques. Son objectif est clair : une substance active doit être approuvée au niveau de l’Union avant de pouvoir être commercialisée dans un État membre. Mais l’article 53 de ce même règlement prévoit une exception : en cas de « danger imprévisible » qui ne peut être maîtrisé par d’autres moyens, un pays peut accorder une dérogation temporaire de 120 jours.

Ce mécanisme, conçu pour des situations d’urgence exceptionnelle — une invasion soudaine de ravageurs, une maladie imprévue — est devenu en France un outil de contournement systématique des interdictions européennes. Les trois cas révélés par Basta! montrent que la notion d’urgence a été vidée de son sens.

Les 120 jours qui valent des années : le Movento (spirotétramate) de Bayer

Le spirotétramate, substance active du Movento, n’est plus approuvé dans l’Union européenne depuis le 30 avril 2024. Produit par Bayer, cet insecticide est classé comme reprotoxique de catégorie 2 et très toxique pour les milieux aquatiques. La décision européenne était claire : les risques pour la santé humaine et l’environnement dépassent les bénéfices.

Pourtant, la France a accordé une première dérogation de 120 jours en 2024 pour les betteraves sucrières, puis une seconde en 2025, et une troisième en mars 2026 pour vingt cultures fruitières. Six produits commerciaux sont concernés : BATAVIA, MOVENTO, MOVENTO 100 SC, SPIROMAT, VSM SPIROTETRAMAT. Le mécanisme est simple : chaque année, une nouvelle « urgence » est invoquée, et la dérogation est renouvelée.

Movento 100 SC, 7.5 ml, Bayer insecticide, Spirotetramat | Nexles France
Movento 100 SC, 7.5 ml, Bayer insecticide, Spirotetramat | Nexles France — (source)

L’Agence nationale de sécurité sanitaire (ANSES) et le ministère de l’Agriculture justifient ces renouvellements par l’absence d’alternatives disponibles. Mais les associations environnementales dénoncent un abus de droit : si l’urgence dure depuis trois ans, peut-on encore parler d’une situation exceptionnelle ?

Des usages « mineurs » sur 20 cultures : des cerises aux myrtilles en passant par les bananes

L’argument technique avancé par l’ANSES pour justifier la dérogation sur le Movento est celui des « usages mineurs ». Il s’agit de cultures pour lesquelles il n’existe pas, officiellement, d’alternative chimique ou biologique suffisamment efficace. La liste des cultures concernées est pourtant impressionnante : cerises, pêches, abricots, pommes, poires, prunes, groseilles, myrtilles, bananes.

Le spectre est si large qu’il vide le concept d’urgence de son sens. Comment une situation peut-elle être qualifiée d’exceptionnelle lorsqu’elle touche la quasi-totalité de l’arboriculture française ? Les producteurs de cerises du Sud-Est, les arboriculteurs normands et les bananeraies ultramarines se retrouvent sous le même régime dérogatoire. La logique administrative semble avoir remplacé la logique sanitaire.

Le flou juridique des renouvellements en chaîne

Le droit européen ne prévoit pas explicitement de limite au nombre de renouvellements d’une dérogation d’urgence. Chaque demande est examinée comme un cas nouveau, sans tenir compte des précédents. Cette absence de garde-fou permet à la France de renouveler indéfiniment des autorisations temporaires, transformant l’exception en règle. Les associations de défense de l’environnement, comme France Nature Environnement et Générations Futures, ont déposé un recours en avril 2026 pour contester cette pratique devant le tribunal administratif.

Jamais approuvé en Europe, déjà dans les champs : le Verseon (dimpropyridaz) de BASF

Si le Movento illustre le cas classique d’un produit interdit puis ré-autorisé, le Verseon représente un degré supplémentaire dans le contournement des règles. Ce pesticide de BASF n’a jamais été approuvé au niveau européen par l’Autorité européenne de sécurité des aliments (EFSA). Il n’a passé aucun des filtres de sécurité collectifs que prévoit la réglementation.

La France a pourtant accordé une dérogation de 120 jours pour ce produit, valable jusqu’au 2 juillet 2026. Cette décision pose une question juridique fondamentale : peut-on autoriser temporairement un produit dont la sécurité n’a pas été évaluée par l’ensemble des États membres ?

Le nouveau-né de BASF jamais passé par l’EFSA

Le Verseon (également connu sous le nom commercial Axalion) est un insecticide développé par le géant allemand BASF. Il cible les pucerons et autres insectes ravageurs des cultures. Selon l’enquête de Basta!, la substance active dimpropyridaz n’est pas approuvée par l’EFSA, ce qui signifie qu’elle n’a pas fait l’objet d’une évaluation complète des risques à l’échelle européenne.

Le flou juridique est total. La France utilise l’article 53 pour autoriser un produit qui n’existe même pas dans le cadre réglementaire européen. C’est un peu comme si un État membre décidait d’autoriser un médicament sans attendre l’avis de l’Agence européenne du médicament. Les défenseurs de l’environnement parlent de « cobayage réglementaire » : les agriculteurs français servent de test grandeur nature pour un produit dont la sécurité n’est pas établie collectivement.

Les betteraves sous perfusion : l’ITB et les 120 jours du combattant

L’Institut technique de la betterave (ITB) a joué un rôle central dans l’obtention de cette dérogation. Sur son site, l’ITB annonce fièrement que « la dérogation pour le produit aphicide Verseon est acceptée ». Le produit est utilisé contre les pucerons verts, vecteurs de la jaunisse de la betterave, avec une efficacité annoncée de 65 à 89 %.

Ce cas illustre le lobbying direct des filières agricoles. L’ITB ne se contente pas de conseiller les agriculteurs : il fait la demande de dérogation auprès des autorités. Le contre-pouvoir est quasi inexistant. La filière betteravière, fragilisée par la baisse des quotas sucriers et les maladies, dicte en partie la réglementation sanitaire.

Un précédent dangereux pour l’évaluation européenne

Si la France peut autoriser un produit jamais évalué par l’EFSA, quel crédit accorder au processus d’homologation européen ? D’autres États membres pourraient suivre cet exemple, créant un précédent dangereux pour la sécurité sanitaire collective. Bruxelles n’a pas réagi officiellement à cette dérogation, mais plusieurs diplomates européens interrogés par Basta! expriment leur inquiétude face à ce qu’ils considèrent comme une violation de l’esprit du règlement 1107/2009.

En Camargue, le benzobicyclon (Avanza) se moque des frontières de l’UE depuis 2021

Troisième cas emblématique : l’Avanza, herbicide à base de benzobicyclon, utilisé dans les rizières de Camargue. Ce produit n’est pas approuvé au niveau européen, mais la France lui accorde une dérogation annuelle depuis 2021. C’est le cas qui a bénéficié du plus grand relais médiatique, notamment grâce au journaliste Hugo Clément qui l’a révélé au grand public en 2024.

Ce qui frappe dans ce dossier, c’est la persistance administrative française face aux alertes scientifiques. Pendant cinq ans, les autorisations se sont succédé, malgré les inquiétudes exprimées par les agences sanitaires européennes.

2021-2026 : cinq ans de dérogations pour un pesticide jamais autorisé en Europe

L’article du Monde du 3 avril 2024 retrace l’histoire de l’Avanza. L’herbicide est utilisé contre les mauvaises herbes aquatiques qui concurrencent le riz en Camargue. Chaque année, le ministère de l’Agriculture renouvelle la dérogation d’urgence de 120 jours, transformant une exception temporaire en habitude administrative.

Le dossier est d’autant plus complexe que deux États membres, Malte et la Grèce, devaient évaluer la substance en tant que rapporteurs pour l’Europe. Ils ne sont pas parvenus à s’accorder sur les risques de toxicité pour les abeilles. Ce blocage scientifique n’a pas empêché la France de continuer à autoriser le produit. Hugo Clément a contribué à médiatiser cette situation en 2024, mais les dérogations ont continué après son reportage.

Eaux et abeilles sacrifiées : l’ECHA classe le benzobicyclon, le ministère l’autorise

L’Agence européenne des produits chimiques (ECHA) a classé le benzobicyclon comme « très toxique pour les organismes aquatiques ». La Camargue est pourtant une zone humide d’importance internationale, classée réserve de biosphère par l’UNESCO. Les rizières camarguaises sont connectées aux marais, aux étangs et au système hydraulique du delta du Rhône.

Malgré cette classification, le ministre Marc Fesneau a renouvelé l’autorisation en 2024, suivi par sa successeure Annie Genevard en 2025. Le conflit entre la science (ECHA) et la politique (ministère de l’Agriculture) est flagrant. Les associations environnementales dénoncent un sacrifice de la biodiversité camarguaise sur l’autel de la production rizicole, qui ne représente pourtant qu’une part marginale de l’agriculture française.

Le conflit entre États rapporteurs paralyse l’évaluation

Le benzobicyclon est dans une impasse réglementaire. Malte et la Grèce, désignés comme États membres rapporteurs pour évaluer la substance, n’arrivent pas à s’entendre sur les données toxicologiques. L’un des points de désaccord concerne l’impact sur les abeilles domestiques et sauvages. Ce blocage dure depuis plusieurs années, et pendant ce temps, la France continue d’autoriser le produit chaque année. Une situation ubuesque où l’absence de décision européenne profite au statu quo français.

Du scandale du chlordécone à l’entrepôt clandestin de BASF Genay : une exception française qui dure

Ces trois cas ne sont pas des accidents isolés. Ils s’inscrivent dans une longue tradition française d’autorisation de produits interdits ailleurs. Deux précédents illustrent cette culture institutionnelle de l’entorse.

Chlordécone : le précédent qui tue encore 50 ans après

Le chlordécone est l’exemple le plus tragique. Cet insecticide organochloré a été utilisé aux Antilles françaises de 1972 à 1993 sous les noms de Képone et Curlone, pour lutter contre le charançon du bananier. Les États-Unis l’avaient interdit dès 1976. La France n’a retiré son autorisation de vente qu’en 1990, et l’utilisation effective a continué jusqu’en 1993 grâce à deux délais d’un an obtenus par les producteurs de bananes.

Les conséquences sont catastrophiques. 90 % de la population antillaise serait contaminée, soit environ 900 000 personnes. Les sols, les nappes phréatiques et les aliments sont pollués pour des décennies. Les études scientifiques établissent un lien avec le cancer de la prostate et les naissances prématurées. Le parallèle avec les trois pesticides actuels est frappant : mêmes dérogations successives, même priorité donnée aux intérêts économiques, mêmes risques minimisés par les autorités.

L’intrusion des Faucheurs Volontaires chez BASF (juin 2025) : la preuve par la DREAL

Le 23 juin 2025, un groupe de militants des « Faucheurs Volontaires » s’est introduit sur le site BASF de Genay, dans le Rhône. L’inspection menée par la DREAL (Direction régionale de l’environnement, de l’aménagement et du logement) le 30 juin a confirmé la présence de stocks importants de produits non autorisés.

Le rapport d’inspection, publié le 5 août 2025, révèle la présence d’environ 10 tonnes de « FASTAC TECH » (contenant de l’alpha-cyperméthrine) et de plusieurs dizaines de tonnes de divers produits à base de cette même substance, destinés à l’exportation hors Union européenne. La DREAL a également constaté la présence de chlorfénapyr, un autre produit interdit par le règlement européen 1107/2009.

Cette affaire montre que le problème dépasse les champs : il est dans les usines et les stocks industriels. La culture d’entreprise de BASF, qui pousse à la dérogation et au contournement, est mise en lumière par cette intrusion militante.

Un schéma qui se répète : dérogation, retard, puis contamination durable

Le chlordécone et les pesticides actuels suivent le même schéma. D’abord, une dérogation est accordée pour une « urgence » économique. Puis elle est renouvelée, année après année, malgré les alertes scientifiques. Enfin, quand l’interdiction totale arrive, la contamination des sols et des eaux est déjà irréversible. Les trois molécules d’aujourd’hui pourraient être le chlordécone de demain si personne n’arrête ce mécanisme.

Promesses d’Écophyto et résidus dans l’assiette : la double peine du consommateur

Les débats techniques sur l’article 53 et l’EFSA peuvent sembler abstraits. Mais ils ont une conséquence très concrète : les résidus de ces pesticides se retrouvent dans l’assiette des consommateurs. Et les Français n’ont aucun moyen de savoir ce qu’ils ingèrent.

Jusqu’à 1,8 mg/kg : les traces de Movento dans les bananes et autres fruits du quotidien

L’article de Consoglobe révèle des taux de résidus de spirotétramate allant jusqu’à 1,8 mg/kg dans les bananes. Ces chiffres proviennent des analyses des associations de consommateurs comme UFC-Que Choisir et Générations Futures. Les fruits les plus courants — pommes, poires, pêches, cerises — sont concernés.

Le consommateur lambda ne peut pas savoir s’il achète des fruits traités avec ces molécules. L’étiquetage ne mentionne pas les pesticides utilisés en cours de culture, seulement les limites maximales de résidus autorisées. Comme dans l’affaire du Dieselgate, où Volkswagen avait truqué les émissions de ses moteurs, le citoyen est prisonnier d’un système opaque. Le combat pour la transparence est le même : face aux fraudes industrielles, les associations et les consommateurs doivent se mobiliser pour faire valoir leur droit à l’information.

Le rapport HCSP censuré et le silence de l’Anses

En octobre 2025, le journal Le Monde révélait des tensions autour d’un rapport du Haut Conseil de la santé publique (HCSP) sur les politiques de santé environnementale. Des scientifiques ayant participé à sa rédaction dénonçaient son édulcoration par le cabinet de Clément Beaune, alors haut-commissaire au Plan.

Le rapport, commandé par l’Assemblée nationale après la controverse autour de la « loi Duplomb », montrait la faiblesse des politiques publiques face aux pesticides. Des passages critiques ont été supprimés ou atténués après l’intervention du cabinet de la ministre de l’Agriculture Annie Genevard. Ce déni de transparence est systémique : l’Anses elle-même est prise en tenaille entre son rôle scientifique et les pressions du ministère de l’Agriculture.

L’absence d’étiquetage clair prive le consommateur de choix

Aujourd’hui, aucun étiquetage n’oblige les distributeurs à mentionner les pesticides utilisés en cours de culture. Les consommateurs qui veulent éviter ces molécules doivent se tourner vers les produits bio ou les circuits courts, sans garantie absolue. Les associations réclament un affichage obligatoire des traitements, sur le modèle de ce qui existe déjà pour certains additifs alimentaires. Sans transparence, le choix éclairé reste un mirage.

Face à l’État qui déroge, par où passe la riposte citoyenne ?

Le constat est accablant, mais la partie n’est pas perdue. Face à ce système de dérogations en cascade, plusieurs voies de riposte existent, et elles sont de plus en plus actives.

Les recours juridiques explosent : FNE et Générations Futures devant le juge administratif

France Nature Environnement (FNE) et Générations Futures ont déposé un recours en avril 2026 pour contester la dérogation accordée au Movento. Le mécanisme juridique est simple : une association peut saisir le tribunal administratif pour demander l’annulation d’une décision qu’elle estime illégale.

Ces recours ne sont pas de simples gestes symboliques. En 2021, le Conseil d’État avait déjà annulé certaines dérogations sur le principe de précaution. Les juges administratifs deviennent un contre-pouvoir face à un État qui semble parfois oublier ses propres règles. Soutenir ces associations, suivre leurs actions, partager leurs informations : c’est une manière concrète de peser sur le débat.

Le pouvoir du consommateur : labels, applications et boycott

Plusieurs outils permettent aux consommateurs de faire des choix éclairés. L’application Yuka, qui scanne les produits alimentaires, intègre désormais une évaluation des pesticides. Les labels bio (AB, Eurofeuille) garantissent l’absence de ces molécules de synthèse. Les circuits courts, en permettant un contact direct avec le producteur, offrent une traçabilité plus fiable.

Mais ces solutions ont leurs limites. Le bio reste plus cher et n’est pas accessible à tous les budgets. Les applications ne couvrent pas tous les produits. Le boycott, s’il est massif, peut pénaliser les agriculteurs qui utilisent ces produits faute d’alternatives. La solution ne peut être uniquement individuelle.

Écophyto 2030 ou le statu quo ? L’impasse du modèle agricole français

Faut-il pour autant accuser les agriculteurs ? Ce serait trop simple. Les producteurs de betteraves, de riz ou de fruits utilisent ces produits parce qu’ils n’ont pas d’alternative viable à court terme. L’argument de l’ITB est réel : sans Verseon, les betteraves peuvent être détruites par les pucerons.

Le scandale, c’est le manque d’investissement dans la recherche d’alternatives réelles. Le plan Écophyto promettait une réduction des pesticides, mais les crédits pour la recherche agronomique alternative ont stagné. Les dérogations sont devenues un pansement sur une jambe de bois. La question de la souveraineté alimentaire est centrale : peut-elle être saine sans transparence ? Peut-on produire suffisamment sans ces molécules dangereuses ?

Conclusion

Le scandale des pesticides non autorisés en Europe mais utilisés en France révèle un déni de démocratie sanitaire. L’article 53, conçu comme une soupape de sécurité en cas d’urgence, est devenu une porte dérobée permanente pour contourner les interdictions européennes. Le Movento, le Verseon et l’Avanza ne sont que les symptômes d’un système qui préfère la dérogation à la transition.

Pour les citoyens, plusieurs pistes d’action existent : soutenir les associations qui attaquent ces décisions en justice, privilégier les labels bio et les circuits courts qui garantissent l’absence de ces molécules, interpeller les élus sur le sujet. La question fondamentale reste ouverte : le modèle agricole français peut-il survivre sans ces dérogations ? Ou faut-il repenser en profondeur notre rapport à la production alimentaire, en acceptant peut-être des rendements moindres en échange d’une sécurité sanitaire réelle ? Le débat est lancé, et il nous concerne tous.

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Questions fréquentes

Quels pesticides interdits en Europe sont utilisés en France ?

Trois pesticides sont concernés : le Movento (spirotétramate) de Bayer, le Verseon (dimpropyridaz) de BASF, et l'Avanza (benzobicyclon). Ces produits sont interdits au niveau européen mais continuent d'être épandus dans les champs français grâce à des dérogations d'urgence renouvelées chaque année.

Comment la France contourne-t-elle l'interdiction européenne des pesticides ?

La France utilise l'article 53 du règlement européen 1107/2009, qui permet des dérogations temporaires de 120 jours en cas de danger imprévisible. Ce mécanisme d'urgence est devenu un outil de contournement systématique : les dérogations sont renouvelées chaque année, transformant l'exception en règle permanente.

Quels risques pour la santé posent les pesticides dérogatoires ?

Le Movento est classé reprotoxique et très toxique pour les milieux aquatiques. Des résidus de spirotétramate allant jusqu'à 1,8 mg/kg ont été retrouvés dans des bananes et autres fruits courants. Le benzobicyclon est classé très toxique pour les organismes aquatiques par l'ECHA.

Pourquoi le Verseon de BASF est-il autorisé sans avis européen ?

Le Verseon (dimpropyridaz) n'a jamais été approuvé par l'Autorité européenne de sécurité des aliments (EFSA). La France a pourtant accordé une dérogation de 120 jours pour ce produit, ce qui constitue un précédent dangereux : un État membre autorise un pesticide dont la sécurité n'a pas été évaluée collectivement.

Que faire face aux pesticides interdits mais utilisés en France ?

Plusieurs actions sont possibles : soutenir les associations comme France Nature Environnement qui attaquent ces dérogations en justice, privilégier les labels bio et les circuits courts, utiliser l'application Yuka pour évaluer les pesticides, et interpeller les élus sur la transparence de l'étiquetage.

Sources

  1. Chlordécone : enterrement honteux du scandale d'Etat par la France aux Antilles ? par Hugues HENRI · academia.edu
  2. [PDF] Multi-annual national control plan (MANCP) 2016-2020 · agriculture.gouv.fr
  3. Foire aux Questions : actualité sur le site de BASF à Genay (Rhône) · auvergne-rhone-alpes.developpement-durable.gouv.fr
  4. basta.media · basta.media
  5. consoglobe.com · consoglobe.com
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Sarah Lebot @world-watcher

Journaliste en herbe, je synthétise l'actu mondiale pour ceux qui n'ont pas le temps de tout suivre. Étudiante en journalisme à Sciences Po Lille, je contextualise les événements sans prendre parti. Mon objectif : rendre l'info accessible et compréhensible, surtout pour ma génération. Pas de jargon, pas de sensationnalisme – juste les faits et leur contexte. Parce que comprendre le monde, c'est le premier pas pour le changer.

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