Une enquête de l’IFOP pour la Licra révèle que 46% des Français déclarent avoir été victimes d’agressions ou de discriminations racistes dans leur vie. Ce chiffre général cache des réalités très différentes selon l’âge. Pour les 16-25 ans, le racisme se vit dans des lieux précis – l’école, le travail, les réseaux sociaux – et pousse de nombreux jeunes à adapter leur comportement au quotidien.

L'étude IFOP/Licra : un panorama large des expériences racistes
Réalisé sur un échantillon de 14 025 personnes de 15 ans et plus, le sondage IFOP/Licra mené entre août et septembre 2025 dresse un état des lieux sans précédent de la perception du racisme en France. Près d’un Français sur deux (46%) rapporte avoir vécu au moins une forme de racisme. Les agressions et discriminations concernent toutes les catégories perçues : 80% des personnes noires ou perçues comme arabes, 70% des personnes d’origine est-asiatique, et même 39% des personnes blanches déclarent avoir été victimes.
Les lieux principaux identifiés sont l’école et le travail. 35% des personnes perçues comme arabes et 34% des personnes perçues comme est-asiatiques affirment avoir subi des discriminations dans un établissement scolaire. 30% des personnes noires déclarent avoir été discriminées au travail. Un constat qui se double d’une défiance institutionnelle : plus d’un tiers des personnes noires ou arabes estiment avoir été mal traitées par la police.
Les jeunes face au racisme : entre expériences quotidiennes et stratégies d'évitement
À l'école et dans l'emploi
Pour les jeunes de 16 à 25 ans, l’école est souvent le premier lieu d’expérience du racisme. Un rapport du Défenseur des droits publié en février 2026 sur « Jeunesses et discriminations fondées sur l’origine » confirme que les jeunes issus de l’immigration ou d’outre-mer sont « surexposés » à la ségrégation. Environ 25% de ces jeunes disent avoir subi des discriminations liées à la couleur de peau, aux origines ou à la nationalité au cours des cinq dernières années.
Ces discriminations prennent des formes concrètes dans le parcours scolaire : inégalités de traitement dans l’orientation, propos stigmatisants, ou usage du lycée d’origine comme « critère implicite » pour l’enseignement supérieur. Leur continuation dans l’emploi ou la recherche de logement aggrave ces inégalités, créant un cumul de discrimination qui pèse sur l’avenir professionnel des jeunes concernés.
En ligne : harcèlement et dissimulation
L’espace numérique est devenu un terrain majeur d’expression du racisme. L’étude IFOP/Licra révèle que 52% des victimes de discriminations racistes ou religieuses adoptent des stratégies d’évitement. Parmi celles-ci, 19% dissimulent leurs origines sur internet ou les réseaux sociaux pour éviter le harcèlement.
Ce phénomène s’inscrit dans une forte hausse des violences numériques. Selon l’association e-Enfance/3018, les signalements de harcèlement en ligne adressés aux plateformes ont augmenté de 220% au premier semestre 2026 par rapport à la même période en 2025. La haine en ligne s’abat particulièrement sur les jeunes, avec 40% des 6-18 ans déjà victimes de cyberharcèlement. Une réalité qui rejoint les constats d’autres rapports sur la recrudescence des actes antireligieux chez les jeunes, comme le souligne l’analyse Actes antireligieux en France : le plan Nuñez face à une haine qui explose chez les jeunes.
La réponse n’est pas seulement numérique. 39% des victimes évitent certains types de rues ou de quartiers, et 19% dissimulent des éléments de leur apparence susceptible de révéler leurs origines. Plus inquiétant, 22% des victimes ont envisagé de quitter la France, un chiffre qui monte à 55% pour les personnes juives et 46% pour les musulmanes.

Initiatives et réponses : du Plan national aux actions en milieu scolaire
Face à ces constats, des actions concrètes sont déployées. Le Plan national 2026-2029 de lutte contre le racisme, l’antisémitisme et les discriminations liées à l’origine, lancé par la DILCRAH, fixe quatre priorités. La première est de transmettre les valeurs républicaines dès le plus jeune âge. La deuxième vise à mieux protéger les victimes et sanctionner les auteurs.
En milieu scolaire, la Licra intervient via sa Commission Éducation, en partenariat avec le ministère de l’Éducation nationale. Son programme « Carton Rouge » interroge les élèves sur leurs expériences. Elle organise également la Semaine d’éducation et d’actions contre le racisme et l’antisémitisme (SEACRA) et déploie le programme éducatif « Coexist ».
Ces initiatives s’inscrivent dans une volonté de changer les regards. À titre d’exemple, l’exposition « Aux origines du racisme : pourquoi l’expo gratuite du Palais de la Porte Dorée est le plan de la rentrée » propose un parcours éducatif pour comprendre les mécanismes historiques et sociaux du racisme. Un moyen de joindre l’action directe et la transmission de savoirs pour prévenir les discriminations futures.