Un jeune enfant allongé sur un parquet en bois, tenant un smartphone dont l'écran illumine son visage qu'il fixe intensément, illustration de l'exposition précoce à TikTok
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Protection des enfants sur les réseaux sociaux : après la censure, la sécurité dès la conception

Le 14 août 2026, le Conseil constitutionnel a censuré l'interdiction d'accès aux réseaux sociaux pour les moins de 15 ans, jugée disproportionnée. La haute-commissaire à l'enfance Sarah El Haïry défend une sécurité dès la conception, avec des comptes mineurs privés par défaut, une limitation des mécanismes addictifs et un Challenge-score pour comparer les plateformes.

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Le 14 août 2026, le Conseil constitutionnel a censuré l'article 1er de la loi qui prévoyait d'interdire aux mineurs de moins de 15 ans l'accès aux services de réseaux sociaux en ligne. La haute-commissaire à l'enfance, Sarah El Haïry, défend une autre stratégie : obliger les plateformes à protéger les enfants par leur conception même, plutôt que de traiter les contenus après leur diffusion.

Un jeune enfant allongé sur un parquet en bois, tenant un smartphone dont l'écran illumine son visage qu'il fixe intensément, illustration de l'exposition précoce à TikTok
Un jeune enfant allongé sur un parquet en bois, tenant un smartphone dont l'écran illumine son visage qu'il fixe intensément, illustration de l'exposition précoce à TikTok - (source)

Une interdiction large, jugée disproportionnée

Le texte adopté en France avait un champ très large. Il prévoyait d'écarter les plus jeunes des réseaux sociaux comme TikTok, Snapchat, X ou Instagram, mais aussi des fonctions sociales de sites très populaires comme YouTube, avec ses fonctions de partage et ses commentaires, des messageries comme WhatsApp et Messenger, ainsi que de certains jeux vidéo en ligne.

Pour le Conseil constitutionnel, c'est précisément cette portée générale qui pose problème. L'institution a estimé qu'elle privait les mineurs de leur liberté d'accès à de nombreux services de communication en ligne, "sans considération ni de la situation du mineur ni des risques propres à chacun de ces services". L'atteinte à la liberté d'expression a été jugée disproportionnée, et les garanties prévues en matière de vie privée ont été jugées insuffisantes, notamment parce qu'une interdiction par l'âge suppose de vérifier l'âge de tous.

Autrement dit : interdire tout, pour tous les moins de 15 ans, sur tous les services, ne passe pas le contrôle de proportionnalité. La protection des enfants reste un objectif légitime, mais elle doit être ciblée selon les usages réels et les risques réels.

La sécurité dès la conception plutôt que le contrôle après coup

La réponse de Sarah El Haïry tient en une doctrine, "Child Safe by Design". Selon le ministère des Solidarités, elle affirme que "les plateformes doivent intégrer la sécurité des enfants dès leur conception".

Concrètement, cela inverse la logique actuelle. Au lieu de laisser des fils infinis, des recommandations automatiques et des sollicitations permanentes capter l'attention, puis d'essayer de modérer les dégâts, les services devraient prouver en amont que leurs choix de design limitent l'exposition des mineurs aux contenus violents ou pornographiques et aux contacts non désirés. C'est la question de la captivité algorithmique : ce ne sont pas seulement des contenus isolés qui enferment, ce sont des mécanismes qui retiennent, relancent et isolent.

Un groupe d'adolescents assis côte à côte en extérieur sur une allée pavée, chacun penché sur son smartphone pour échanger des messages sur les réseaux sociaux
Un groupe d'adolescents assis côte à côte en extérieur sur une allée pavée, chacun penché sur son smartphone pour échanger des messages sur les réseaux sociaux - (source)

L'approche ne supprime pas la modération, elle la rend moins centrale. Si les paramètres de base sont protecteurs, il y a moins de contenus préjudiciables à rattraper, moins de vérifications intrusives à imposer, et moins de charge reportée sur les enfants et les parents.

Un score visible et des réglages protecteurs par défaut

Pour rendre cette exigence lisible, la haute-commissaire propose un "Challenge-score". L'objectif, précise le ministère, est que "Challenge-score permettrait de rendre cette information simple, visible et comparable, à l'image d'un Nutri-Score" : mesurer l'effet des plateformes sur l'enfance et permettre aux familles, aux éducateurs et aux pouvoirs publics de comparer les services.

À côté de l'affichage, elle défend des garanties qui deviendraient la norme : "Paramètres protecteurs par défaut, limitation des mécanismes addictifs, réduction de l'exposition aux contenus violents ou pornographiques, protection contre les sollicitations d'inconnus : ces garanties doivent devenir la norme et non l'exception."

Cela veut dire, en pratique, un compte mineur qui s'ouvre en mode privé par défaut, sans géolocalisation activée, sans recommandations poussées à l'excès, sans lecture automatique qui ne s'arrête jamais, et sans messages d'inconnus. La protection ne serait plus une option cachée dans les réglages, mais le point de départ.

La suite se joue à l'échelle européenne

Une semaine après l'adoption de la loi française interdisant aux moins de 15 ans l'accès aux réseaux sociaux, Sarah El Haïry s'est rendue à Dublin les 30 et 31 juillet 2026, à l'invitation de la présidence irlandaise du Conseil de l'Union européenne, pour porter cette ambition au niveau européen.

Le choix de Dublin n'est pas anodin sur le fond comme sur la méthode : une règle seulement française se heurte aux usages transfrontaliers et aux sièges européens des grandes plateformes, tandis qu'un standard européen de sécurité dès la conception peut s'appliquer à tous les services accessibles aux mineurs.

Reste l'arbitrage central après la censure du 14 août. Comment protéger efficacement sans priver tous les adolescents d'espaces d'expression et d'information, sans généraliser la vérification d'âge, et sans imposer aux plateformes des obligations impossibles à contrôler ? La piste défendue par la haute-commissaire tente de répondre ensemble à ces trois exigences, par des obligations liées au produit et par une mesure publique de l'impact sur l'enfance plutôt que par une interdiction générale liée à l'âge.

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Questions fréquentes

Pourquoi censurer l'interdiction des réseaux sociaux ?

Le 14 août 2026, le Conseil constitutionnel a censuré l'article 1er qui interdisait l'accès aux réseaux sociaux aux moins de 15 ans, car cette interdiction générale les privait d'accès "sans considération ni de la situation du mineur ni des risques propres à chacun de ces services", avec une atteinte disproportionnée à la liberté d'expression.

C'est quoi la sécurité dès la conception ?

C'est la doctrine "Child Safe by Design" défendue par Sarah El Haïry : les plateformes doivent intégrer la sécurité des enfants dès leur conception et prouver en amont que leur design limite l'exposition aux contenus violents ou pornographiques et aux contacts non désirés.

C'est quoi le Challenge-score pour enfants ?

Proposé par la haute-commissaire, il permettrait de rendre l'effet des plateformes sur l'enfance simple, visible et comparable, "à l'image d'un Nutri-Score", pour les familles, les éducateurs et les pouvoirs publics.

Quels réglages protègent les mineurs en ligne ?

Des paramètres protecteurs par défaut : compte privé, sans géolocalisation, limitation des mécanismes addictifs et de la lecture automatique, réduction de l'exposition aux contenus violents ou pornographiques et protection contre les sollicitations d'inconnus.

Pourquoi viser une règle européenne à Dublin ?

Sarah El Haïry s'est rendue à Dublin les 30 et 31 juillet 2026, à l'invitation de la présidence irlandaise du Conseil de l'UE, car une règle seulement française se heurte aux usages transfrontaliers et aux sièges européens des plateformes.

Sources

  1. 3-6-9-12+ Pour un développement numérique durable · 3-6-9-12.org
  2. Les enfants et les algorithmes - Encyclopédie de l'Agora · agora.qc.ca
  3. Algorithmes : comment les réseaux sociaux ciblent ce qui plaît à nos ... · aidodarons.com
  4. [PDF] Usages des réseaux sociaux numériques et santé des adolescents · anses.fr
  5. Déclaration commune du CCNE et du CCNEN : Les jeunes face aux ... · ccne-ethique.fr
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Maxime Delbot @green-pulse

Ingénieur environnement à Grenoble et militant écolo discret, je suis l'actualité climatique et les transitions au quotidien. Je teste tout : vélo, compost, sobriété numérique. Je préfère les solutions concrètes aux grands discours catastrophistes.

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