Concrètement, réguler les fils addictifs ne consiste pas à supprimer un contenu précis. Il s'agit de casser deux automatismes : un fil qui ne s'arrête jamais et une vidéo suivante qui démarre toute seule. Si ces fonctions étaient désactivées, l'utilisateur devrait choisir de continuer, au lieu d'être relancé en permanence par de nouveaux contenus.

Trois chantiers avancent en parallèle au Royaume-Uni, dans l'Union européenne et en Californie. Ils ne visent pas les mêmes âges et n'imposent pas les mêmes contraintes techniques.
Pourquoi le défilement infini et la lecture automatique sont visés
La Commission européenne décrit un mécanisme de récompense continue : en proposant sans interruption de nouveaux contenus, TikTok ferait basculer l'utilisateur dans une sorte de pilote automatique, propice aux comportements compulsifs et à une perte de contrôle.
C'est ce fonctionnement que les régulateurs veulent modifier, plutôt que de se limiter au retrait de vidéos ou à des limites de temps affichées sans effet. Sont visés le défilement infini, la lecture automatique, les notifications push et les systèmes de recommandation très personnalisés, parce qu'ils prolongent l'usage sans décision explicite de l'utilisateur.
Royaume-Uni : couvre-feu par défaut pour les 16-17 ans et interdiction envisagée sous les 16 ans
Pour les adolescents de 16 à 17 ans, le gouvernement britannique a proposé en juillet 2026 des réglages par défaut : un couvre-feu nocturne bloquant l'usage de minuit à 6 heures, ainsi que la désactivation automatique du défilement infini et de la lecture automatique. Ces protections seraient modifiables : l'adolescent garderait la possibilité de les désactiver.

En parallèle, Londres prévoit d'interdire aux plateformes sociales de proposer leurs services aux moins de 16 ans. Selon le gouvernement britannique, le texte devrait être présenté au Parlement avant Noël 2026, pour une entrée en vigueur au printemps 2027, sur le modèle australien. Le gouvernement affirme que cette démarche est soutenue par 9 parents sur 10.
Le périmètre annoncé comprend Snapchat, TikTok, YouTube, Instagram, Facebook et X. Les messageries comme WhatsApp et Signal ne seraient pas concernées, toujours selon le gouvernement britannique.
Pour préparer ces mesures, un essai d'un mois a été mené auprès de plus de 300 adolescents et parents au Royaume-Uni. Trois interventions ont été testées : limiter l'usage des applications à 15 minutes par jour, imposer un couvre-feu nocturne de 21 heures à 7 heures et supprimer entièrement certaines applications. Le couvre-feu nocturne est présenté comme l'option offrant le meilleur compromis entre les objectifs affichés et les usages sociaux des adolescents.
Union européenne : imposer une refonte du design via le DSA
L'approche européenne passe par le règlement sur les services numériques, le DSA, et par des griefs pour design addictif.
Pour Instagram et Facebook, rappelons que l'enquête européenne vise notamment le défilement infini, la lecture automatique, les notifications et la recommandation personnalisée. La Commission européenne indique que l'enquête porte sur ces fonctions et sur les systèmes de recommandation hautement personnalisés des deux plateformes.
Pour TikTok, la Commission a rendu le 6 février 2026 des conclusions préliminaires selon lesquelles la plateforme enfreint les règles du DSA sur le design addictif. Elle estime que TikTok doit modifier la conception de base de son service, par exemple en désactivant progressivement le défilement infini, en mettant en place des pauses de temps d'écran efficaces, y compris la nuit, et en adaptant son système de recommandation.
Il s'agit à ce stade de constats préliminaires, pas de sanctions définitives. En cas de manquement confirmé, TikTok et Meta s'exposeraient à des amendes pouvant atteindre 6 % du chiffre d'affaires annuel mondial.
TikTok conteste cette lecture. Un porte-parole de l'entreprise, cité par la BBC le 6 février 2026, a qualifié ces conclusions d'une description catégoriquement fausse et sans fondement et a annoncé son intention de les contester.
Californie : bloquer les fonctions, pas l'accès
La Californie a choisi une autre voie en septembre 2026. La loi interdit aux plateformes de proposer aux moins de 16 ans des fonctionnalités définies comme psychologiquement exploitantes, dont le défilement infini, les recommandations algorithmiques et la lecture automatique.
Contrairement au projet britannique pour les moins de 16 ans, il ne s'agit pas d'interdire l'accès aux réseaux sociaux, mais d'interdire la mise à disposition de certaines fonctions pour cette tranche d'âge. Concrètement, un adolescent californien pourrait garder un compte, mais sans fil infini, sans enchaînement automatique des vidéos et sans recommandations algorithmiques.
Ce qui reste incertain
Rien de ces dispositifs n'est encore stabilisé pour l'utilisateur. Au Royaume-Uni, le calendrier dépendra du dépôt du texte avant Noël 2026 et de son adoption, puis des modalités exactes du couvre-feu modifiable pour les 16-17 ans. Dans l'Union européenne, tout dépendra de la confirmation des griefs et de la mise en conformité : désactiver le défilement infini "dans le temps", créer des pauses réellement efficaces et revoir le système de recommandation supposent des changements profonds, que TikTok conteste déjà. En Californie, l'enjeu sera l'application de la définition des fonctions addictives et son contrôle, plateforme par plateforme.