France : Paris inaugure la place Shimon Peres dans le 4ᵉ arrondissement
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Place Shimon Peres a Paris : pourquoi cette inauguration divise

En février 2026, Paris inaugure une place au nom de Shimon Peres, prix Nobel de la paix mais aussi figure controversée. Entre son rôle dans les accords d'Oslo, le programme nucléaire israélien et le massacre de Qana, cette décision divise la classe...

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Une nouvelle plaque vient d'être dévoilée dans le quartier du Marais, à Paris. Depuis février 2026, une petite place porte le nom de l'ancien président et Premier ministre israélien Shimon Peres, disparu en 2016. Si la maire Anne Hidalgo salue une figure de paix, d'autres voix s'élèvent pour dénoncer un hommage controversé. Entre prix Nobel de la paix et zones d'ombre, cette inauguration pose une question essentielle : qui décide des noms qui honorifient nos rues, et au nom de quelle mémoire ? 

France : Paris inaugure la place Shimon Peres dans le 4ᵉ arrondissement
France : Paris inaugure la place Shimon Peres dans le 4ᵉ arrondissement — (source)

Shimon Peres : qui etait vraiment l'homme qu'on honore

Pour comprendre pourquoi cette inauguration suscite autant de réactions contrastées, il faut d'abord revenir sur le parcours complexe de Shimon Peres. Né Szymon Perski le 2 août 1923 à Wiszniew, un petit village de Pologne qui fait partie de la Biélorussie actuelle, il incarne une trajectoire singulière dans l'histoire d'Israël. Fils d'un négociant en bois, il grandit dans un environnement modeste où la tradition juive imprègne le quotidien.

De la Pologne a la Palestine mandataire

C'est à l'âge de 11 ans, en 1934, que le jeune Shimon rejoint la Palestine sous mandat britannique. Il laisse derrière lui un village d'un millier d'habitants, des isbas en bois et l'absence d'électricité. Son grand-père maternel, chef de la communauté locale, incarnait cette culture yiddish qui allait disparaître avec la Shoah. Le futur homme d'État racontera plus tard qu'il respirait les papiers d'emballage des oranges arrivées de Palestine, ces fruits venus d'une terre fantasmée et inconnue. 

Les entreprises de défense seront transférées en Galilée - c'est ce qu'envisage le ministère de la Défense afin de renforcer l'infrastructure économique et sociale dans le nord. Le ministre de la Défense Shimon Peres a visité les colonies du Nord, rencontrant des représentants de Kiryat Shmona et d'autres villages. La photo montre : Vers la fin de sa tournée, le ministre de la Défense a visité la Bonne Clôture près du poste de contrôle de Dovev, où il a parlé avec des villageois libanais venus chercher une aide médicale à la clinique locale.
Les entreprises de défense seront transférées en Galilée - c'est ce qu'envisage le ministère de la Défense afin de renforcer l'infrastructure économique et sociale dans le nord. Le ministre de la Défense Shimon Peres a visité les colonies du Nord, rencontrant des représentants de Kiryat Shmona et d'autres villages. La photo montre : Vers la fin de sa tournée, le ministre de la Défense a visité la Bonne Clôture près du poste de contrôle de Dovev, où il a parlé avec des villageois libanais venus chercher une aide médicale à la clinique locale. — Yosi Elmakis / CC BY 4.0 / (source)

Une fois installé en Galilée, dans un kibboutz, il intègre une école d'agriculture où se forge sa conscience politique. C'est également à cette époque qu'il décide de changer de nom, abandonnant Perski pour Peres, qui signifie aigle en hébreu. Ce choix symbolise sa volonté de s'intégrer pleinement au projet sioniste et de tourner la page de l'Europe.

Un parcours politique hors du commun

Shimon Peres aura eu une carrière politique d'une longévité exceptionnelle. Élu à la Knesset pendant plus de quarante-sept ans, il a siégé au sein de douze gouvernements différents, occupant les fonctions de ministre de la Défense, des Affaires étrangères, des Finances, et bien sûr de Premier ministre à trois reprises. Il devient ensuite président de l'État d'Israël de 2007 à 2014, premier ancien chef du gouvernement à accéder à cette fonction. 

Bertrand Delanoë et Shimon Peres, le 11 mars 2008 à Paris.
Bertrand Delanoë et Shimon Peres, le 11 mars 2008 à Paris. — Nicolas Richoffer / CC BY-SA 4.0 / (source)

Pourtant, son parcours politique est marqué par un paradoxe troublant : il n'a jamais remporté une élection nationale. Longtemps mal-aimé parmi les siens, raillé pour son inaptitude au suffrage universel, il n'en demeure pas moins l'un des personnages les plus influents de l'histoire israélienne. Après la mort d'Ariel Sharon en 2014, il était le dernier survivant de la génération des pères fondateurs de l'État d'Israël.

Les accords d'Oslo : l'heritage Nobel de paix

Si Shimon Peres est aujourd'hui célébré à Paris, c'est d'abord pour son rôle majeur dans les accords d'Oslo, ces négociations secrètes qui ont abouti en 1993 à une reconnaissance mutuelle entre Israël et l'Organisation de libération de la Palestine. Cette initiative lui vaut, avec Yasser Arafat et Yitzhak Rabin, le prix Nobel de la paix en 1994.

L'architecte des negociations secretes

C'est véritablement Peres qui a orchestré ces pourparlers historiques, menés dans la plus grande discrétion en Norvège. Le comité Nobel norvégien a souligné que les trois lauréats avaient contribué de manière importante à un processus historique dans lequel la paix et la coopération ont pu remplacer la guerre et la haine. L'image de la poignée de main entre Rabin et Arafat sur la pelouse de la Maison-Blanche, sous l'égide de Bill Clinton, est restée dans les mémoires comme un moment d'espoir fou.

Peres avait acquis la conviction, pendant la première Intifada de 1987 à 1991, que les Palestiniens ne pouvaient et ne devaient pas être privés de leur droit à l'autodétermination. Comme Yitzhak Rabin, il comprenait que le refus de reconnaître ce droit condamnerait la région à un cycle de tragédies sans fin. Cette vision lui a valu une reconnaissance internationale et le statut d'homme de paix aux yeux du monde occidental. 

Shimon Peres lors des accords d'Oslo, le 13 septembre 1993, devant le leader palestinien Yasser Arafat, le Premier
Shimon Peres lors des accords d'Oslo, le 13 septembre 1993, devant le leader palestinien Yasser Arafat, le Premier — (source)

L'assassinat de Rabin et le bris des reves

Lors de la remise du prix Nobel de la paix en compagnie de Yasser Arafat et Yitzhak Rabin à Oslo, le 10 décembre 2014.
Lors de la remise du prix Nobel de la paix en compagnie de Yasser Arafat et Yitzhak Rabin à Oslo, le 10 décembre 2014. — (source)

Mais l'optimisme de cette époque a été brutalement fracassé le 4 novembre 1995, quand Yitzhak Rabin est assassiné par un extrémiste juif opposé aux accords de paix. Peres lui succède comme Premier ministre, mais il perd les élections de 1996 face à Benjamin Netanyahu. Les espoirs de paix s'effondrent peu à peu, la seconde Intifada éclate en 2000, et les négociations israélo-palestiniennes restent gelées depuis 2014.

Les promesses non tenues pèsent lourd dans la mémoire collective palestinienne. Les accords d'Oslo prévoyaient une feuille de route par étapes avant l'émergence d'un État palestinien. Or, aujourd'hui, on compte environ 400 000 colons en Cisjordanie, et Israël contrôle presque entièrement la zone C, qui représente près des deux tiers de ce territoire. Pour beaucoup, le bilan de Peres en matière de paix reste donc largement incomplet. 

Yasser Arafat, Shimon Peres et Yitzhak Rabin reçoivent le prix Nobel de la paix pour les accords d'Oslo le 11 décembre 1994.
Yasser Arafat, Shimon Peres et Yitzhak Rabin reçoivent le prix Nobel de la paix pour les accords d'Oslo le 11 décembre 1994. — (source)

L'homme de l'ombre : nucléaire et controverses

Derrière l'image du prix Nobel de la paix se cache un autre visage de Shimon Peres, beaucoup moins consensuel. Son parcours dans les coulisses du pouvoir israélien révèle un homme qui a également été un faucon de la politique de défense, jouant un rôle déterminant dans l'acquisition de la puissance nucléaire par Israël.

Le pere du programme nucleaire israelien

Dès 1953, nommé vice-ministre de la Défense par David Ben Gourion, Peres s'attelle à une mission cruciale : doter Israël d'une capacité nucléaire. Il développe pour cela une relation privilégiée avec la France, au point de disposer de son propre bureau au ministère français de la Défense dans les années 1950. La France livre alors un réacteur nucléaire de 24 mégawatts à Dimona, dans le désert du Néguev, et envoie des centaines de techniciens pour accompagner le projet.

Cette coopération franco-israélienne prend fin en 1958 quand le général de Gaulle ordonne l'arrêt de l'aide nucléaire à Israël. Mais le dommage est fait : Israël dispose désormais des infrastructures nécessaires à une capacité nucléaire que le pays n'a jamais officiellement reconnue. Selon les estimations, l'État hébreu posséderait aujourd'hui plusieurs centaines d'ogives nucléaires. 

Le Premier ministre Shimon Peres visite l'exposition « Return to Live » au musée de la Diaspora Beit Hatfutzot.
Le Premier ministre Shimon Peres visite l'exposition « Return to Live » au musée de la Diaspora Beit Hatfutzot. — Yoni Salinger / CC BY 4.0 / (source)

Le massacre de Qana : une tache indelibile

L'épisode le plus sombre de l'héritage de Peres reste sans doute le massacre de Qana. Le 18 avril 1996, pendant l'opération Raisins de la colère menée au Liban, l'armée israélienne bombarde un camp de l'ONU où s'étaient réfugiés des civils fuyant les combats. Bilan : 106 civils libanais et palestiniens tués, plus de 350 blessés, dont de nombreuses femmes et enfants.

Selon un rapport de l'ONU, il était improbable que ce bombardement ait été le résultat d'erreurs techniques. Les forces aériennes israéliennes auraient mené un bombardement massif des villages chiites du Sud-Liban afin de provoquer un exode de civils vers le Nord. L'opération avait été ordonnée par Shimon Peres, alors Premier ministre par intérim.

Pour de nombreux Palestiniens et Libanais, Shimon Peres reste d'abord un criminel de guerre. Diana Battu, ancienne négociatrice palestinienne, a déclaré qu'il croyait à l'épuration ethnique de la Palestine et qu'il s'était assuré que la terre palestinienne occupée soit transformée en colonies juives israéliennes, ce qui constituaient des crimes de guerre selon le droit international.

La decision municipale : comment on nomme les rues de Paris

L'inauguration de la place Shimon Peres n'est pas le fruit du hasard ni d'une décision spontanée. Elle résulte d'un processus administratif précis, encadré par des règles établies de longue date. Mais cette procédure formelle ne suffit pas à éteindre les critiques.

Le parcours bureaucratique d'un hommage public

À Paris, l'attribution des noms de voies, places et espaces verts relève d'une commission dédiée, instituée par un arrêté municipal du 13 mars 1985. Cette Commission de dénomination des voies, places, espaces verts, équipements municipaux et des hommages publics examine les projets qui lui sont soumis.

Pour la place Shimon Peres, cette commission s'est réunie le 5 février 2025 et a donné un avis favorable. Le nom est devenu officiel le 11 avril 2025, suite au vote du Conseil de Paris. Une règle non écrite veut généralement qu'une voie ne puisse porter le nom d'une personne décédée depuis moins de cinq ans. Shimon Peres étant mort en septembre 2016, ce délai était largement respecté au moment de la décision. 

Anne Hidalgo, Ariel Weil et Pierre Aidenbaum
Anne Hidalgo, Ariel Weil et Pierre Aidenbaum — (source)

Le role d'Ariel Weil et la symbolique du Marais

Ariel Weil, maire socialiste de Paris Centre, qui regroupe les 1er, 2e, 3e et 4e arrondissements, est l'un des principaux initiateurs du projet. Il a déclaré que nommer cette place en hommage à Shimon Peres, c'était mettre au cœur de la ville une figure de paix. La place s'inscrit dans un parcours mémoriel reliant plusieurs figures majeures du judaïsme politique et intellectuel, dont Theodor Herzl et Bernard Lazare, déjà honorés dans la capitale.

Le choix du quartier du Marais n'est pas anodin. Ce secteur est emblématique de l'histoire juive parisienne, symbolisant à la fois la mémoire et la vitalité culturelle de cette communauté. La place se situe précisément à l'intersection de la rue Pavée et de la rue Malher, dans le 4e arrondissement.

Une inauguration sous tension : les reactions opposees

L'inauguration officielle, qui a eu lieu en février 2026 en présence d'Anne Hidalgo, de la famille de Peres et de personnalités politiques françaises comme François Hollande et Bernard Cazeneuve, a révélé les fractures profondes de la société française sur la question israélo-palestinienne.

L'eloge d'Anne Hidalgo

La maire de Paris a tenu à inaugurer cette place avant la fin de son mandat. Lors de la cérémonie, elle a déclaré que cette place incarnait les valeurs de la ville : la paix et la fraternité. Elle a souligné la symbolique de l'hommage sans pour autant engager la ville dans une prise de position sur les questions politiques contemporaines.

Anne Hidalgo a également mis en avant le fait que Shimon Peres était très francophile et s'intéressait aux autres cultures. Une relation intime liait effectivement Peres à la France depuis plus de soixante ans. Il fréquentait les cafés du Quartier Latin dans les années 1950 et comptait parmi ses amis personnels plusieurs dirigeants français : Guy Mollet, François Mitterrand, Jacques Chirac et Nicolas Sarkozy. 

Le président israélien Reuven Rivlin, à gauche, l'ancien président israélien Shimon Peres, au centre, et le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu portent des lunettes de réalité virtuelle lors d'une présentation au Centre Peres
Le président israélien Reuven Rivlin, à gauche, l'ancien président israélien Shimon Peres, au centre, et le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu portent des lunettes de réalité virtuelle lors d'une présentation au Centre Peres — (source)

Les critiques de la gauche radicale

Du côté de La France Insoumise, les réactions ont été beaucoup plus vives. Sophia Chikirou, figure du mouvement, a accusé Ariel Weil de soutenir un gouvernement génocidaire, en référence à Benjamin Netanyahu. Le maire de Paris Centre a qualifié ces propos de passionnément antisémites, rappelant les discours des années 1930 contre Léon Blum.

Cette polémique s'inscrit dans un contexte particulièrement tendu. Le siège de LFI a même été évacué le 18 février 2026 après une menace à la bombe, le même jour que l'inauguration de la place Shimon Peres. La gauche française, au sein de l'ancienne alliance NUPES, est profondément divisée sur la question israélo-palestinienne, certains socialistes demandant de rompre l'alliance suite aux positions de LFI face au conflit. Le président américain Donald Trump (D) rencontre le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu (G) à la Maison Blanche le 11 février, à Washington DC, aux États-Unis. [Avi Ohayon - GPO - Agence Anadolu]

Les organisations juives françaises ont pour leur part salué l'initiative, voyant dans cet hommage une reconnaissance de l'importance des relations franco-israéliennes et du rôle historique de Peres dans la recherche de la paix.

L'enjeu de la memoire urbaine pour la jeunesse

Au-delà de la polémique immédiate, cette inauguration pose une question plus vaste : comment les jeunes Français doivent-ils se saisir de ces questions de mémoire urbaine ? Les noms de rues ne sont pas de simples étiquettes administratives, ils constituent un récit sur notre histoire collective.

Les noms de rues, un terrain de combat politique

Comme l'ont montré les débats récents sur les figures coloniales ou les militants LGBT+, les noms de rues sont devenus un véritable champ de bataille mémoriel. Le collectif #NousToutes dénonce ainsi que seules 2 % des rues françaises portent des noms de femmes. Des ouvrages comme le Guide du Paris colonial pointent les hommages rendus à des figures controversées de la colonisation.

La municipalité parisienne a récemment favorisé des noms de militants LGBT+, comme la place Harvey Milk, la rue Pierre Seel ou la place des Émeutes de Stonewall. Ces choix reflètent une volonté de faire évoluer la mémoire urbaine pour qu'elle reflète mieux la diversité des combats et des identités.

Quelle interpellation pour la jeune generation

Pour les jeunes Parisiens, cette inauguration est l'occasion de s'interroger sur les mécanismes de décision qui façonnent leur environnement quotidien. Qui décide quels noms honorifient nos rues ? Quelle place est laissée à la contestation et au débat démocratique ? Comment intégrer une lecture critique de l'histoire sans tomber dans le négationnisme ou l'anachronisme ?

Shimon Peres incarne cette complexité : à la fois artisan de la paix récompensé par un prix Nobel et homme de pouvoir ayant pris des décisions militaires meurtrières. Réduire son héritage à une seule facette reviendrait à appauvrir la compréhension de l'histoire. La jeune génération, particulièrement sensible aux questions de justice internationale et de droits humains, est légitimement interpellée par ces contradictions.

Conclusion

L'inauguration de la place Shimon Peres à Paris ne sera pas restée un simple acte administratif. Elle a ravivé les débats sur la mémoire, l'histoire et les responsabilités des personnages publics que nous choisissons d'honorer. Entre l'image du prix Nobel de la paix négociant avec Yasser Arafat et celle du Premier ministre ordonnant des bombardements meurtriers, Shimon Peres restera une figure clivante.

Pour les jeunes Français, cet événement offre une occasion précieuse de réfléchir à la façon dont l'espace public raconte l'histoire. Les noms de nos rues ne sont jamais innocents : ils portent une vision du monde, des valeurs, des choix politiques. Les contester ou les défendre fait partie de l'exercice démocratique. Que l'on soutienne ou que l'on critique cet hommage, l'important est de ne jamais cesser de questionner, de débattre et de comprendre la complexité des héritages historiques. C'est à ce prix que la mémoire collective peut devenir une ressource pour l'avenir plutôt qu'un fardeau du passé.

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Sarah Lebot @world-watcher

Journaliste en herbe, je synthétise l'actu mondiale pour ceux qui n'ont pas le temps de tout suivre. Étudiante en journalisme à Sciences Po Lille, je contextualise les événements sans prendre parti. Mon objectif : rendre l'info accessible et compréhensible, surtout pour ma génération. Pas de jargon, pas de sensationnalisme – juste les faits et leur contexte. Parce que comprendre le monde, c'est le premier pas pour le changer.

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