Le 8 septembre 2026, quatorze hommes soupçonnés de liens avec des réseaux de passeurs ont comparu devant le tribunal correctionnel de Paris pour le naufrage du 24 novembre 2021 dans la Manche. C'est l'accident le plus meurtrier jamais enregistré pour une traversée de migrants vers les côtes anglaises.

Ce procès, prévu pour durer trois semaines, n'est pas encore terminé au 21 septembre 2026. Il doit répondre à une question centrale : qui a organisé, transporté et fait embarquer les passagers de ce canot, et dans quelles conditions ?
Une nuit, un canot surchargé, 31 victimes
Dans la nuit du 24 novembre 2021, un canot pneumatique a coulé au large. Le bilan est lourd : 27 personnes sont mortes et quatre restent portées disparues, soit 31 victimes âgées de 7 à 46 ans, dont une fillette.
Les victimes étaient majoritairement des Kurdes irakiens, mais le groupe comptait aussi des Afghans, des Éthiopiens, des Égyptiens et des Vietnamiens. Seuls deux hommes, un Somalien et un Irakien, ont survécu.

L'accusation décrit une embarcation de fortune, non homologuée, inapte à la navigation en haute mer, surchargée et sans gilets de sauvetage adaptés.
Qui est jugé, et pour quels faits ?
Les 14 mis en cause sont poursuivis notamment pour homicides involontaires, blessures involontaires, aide au séjour irrégulier en bande organisée et participation à une association de malfaiteurs, a précisé le Parquet national anticriminalité organisée (Pnaco), cité par Le Monde avec AFP.
Concrètement, il ne s'agit pas d'une accusation d'homicides volontaires. Le tribunal doit dire si les prévenus ont, par imprudence, négligence ou organisation d'un transport dangereux, provoqué la mort et les blessures, dans le cadre d'un réseau structuré.
Du côté des passeurs présumés, deux "filières" ont été mises au jour, correspondantes à "deux réseaux communautaires", l'un afghan et l'autre irako-kurde, toujours selon Le Monde avec AFP. Les rôles attribués par le parquet aux 14 mis en cause sont divers : organisateurs de la traversée, chauffeurs, logeurs.
L'accusation retient une chaîne d'événements : transport, hébergement puis mise à l'eau. Le procès doit préciser le rôle de chacun.
L'ampleur du procès se mesure aussi à son format : 114 parties civiles, dont des familles de victimes, se sont constituées. Deux prévenus sous mandat d'arrêt sont jugés par défaut, c'est-à-dire sans être présents.
Ce que ce procès ne tranche pas : les secours en mer
Le procès parisien ne couvre pas l'ensemble du drame. Un second volet, détaché pour des raisons procédurales, concerne au moins sept militaires français : cinq membres du personnel du centre régional opérationnel de surveillance et de sauvetage (Cross) Gris-Nez et deux marins du patrouilleur Le Flamant, selon Le Monde avec AFP. Ils sont mis en examen depuis 2023 pour non-assistance à personne en danger.
Autrement dit, la responsabilité éventuelle des secours français n'est pas jugée dans ce procès des passeurs présumés. Elle fait l'objet d'une instruction encore en cours.
Parallèlement, l'enquête publique britannique, dite enquête Cranston, a conclu que la perte de vies lors de ce naufrage était évitable. Elle pose la question de la surveillance et de la coordination des secours des deux côtés de la Manche, sans se confondre avec le procès pénal français.
C'est précisément ce découpage que critiquent des associations. Raphaëlle, bénévole d'Utopia 56, invite à s'interroger sur "le régime des frontières".
Ce procès pénal peut établir la logistique, les rôles et les paiements liés à cette traversée précise, et dire si les prévenus en sont coupables. Il ne juge ni la politique migratoire ni l'action des États cette nuit-là.