Foule rassemblée sur la Promenade des Anglais pour une commémoration de l'attentat du 14 juillet 2016, vue du ciel.
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« On attend des mises en examen » : dix ans après l'attentat du 14 juillet à Nice, où en est l'enquête sur la sécurisation de la promenade des Anglais ?

Dix ans après l'attentat du 14 juillet 2016 à Nice, l'enquête sur les failles de sécurité de la promenade des Anglais s'emballe : perquisitions inédites à la mairie, requalification en homicides involontaires et suspicion de faux documents.

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Les 15 et 16 juin 2026, des juges d'instruction marseillais débarquent à Nice et perquisitionnent la mairie, la préfecture, les commissariats et le centre de vidéosurveillance. Dix ans après le massacre du 14 juillet 2016, l'enquête sur les failles sécuritaires de la promenade des Anglais connaît une accélération brutale. Pour les parties civiles, le signal est clair : des mises en examen pourraient tomber dans les semaines à venir.

Foule rassemblée sur la Promenade des Anglais pour une commémoration de l'attentat du 14 juillet 2016, vue du ciel.
Foule rassemblée sur la Promenade des Anglais pour une commémoration de l'attentat du 14 juillet 2016, vue du ciel. — (source)

Perquisitions à la mairie de Nice : le signal que l'enquête s'emballe

C'est une descente qui n'a rien d'anodin. Pendant deux jours, trois magistrats du pôle Accident collectif de Marseille – le même pôle qui instruit l'effondrement mortel de la rue d'Aubagne – ont investi les locaux de la mairie de Nice, de la préfecture des Alpes-Maritimes, de la direction départementale de la sécurité publique et du Centre de supervision urbain (CSU). Jamais, depuis le dépaysement de l'enquête à Marseille début 2024, des perquisitions d'une telle ampleur n'avaient été rendues publiques.

Le cadre est posé : les juges cherchent à établir comment 86 personnes ont pu mourir fauchées par un camion sur une promenade ouverte au public, sans barrières physiques, sans forces mobiles, sans qu'aucun plan de sécurité n'ait anticipé le risque véhicule-bélier. La promesse de l'article, formulée par l'avocate des parties civiles Me Virginie Le Roy, prend tout son sens : « On attend des mises en examen. »

Trois juges marseillais au CSU : une descente inédite dans l'appareil sécuritaire niçois

Le choix du Centre de supervision urbain comme cible de perquisition est stratégique. Le CSU, c'est le cerveau de la vidéosurveillance niçoise : des centaines de caméras reliées en temps réel, des écrans qui permettent de suivre chaque mètre de la promenade des Anglais. Ce que les juges voulaient, c'est reconstituer minute par minute la gestion du flux humain sur la promenade, le soir du drame.

Deux policiers sur la Promenade des Anglais après l'attentat du 14 juillet 2016, au milieu des débris.
Deux policiers sur la Promenade des Anglais après l'attentat du 14 juillet 2016, au milieu des débris. — (source)

Ils sont repartis avec des vidéos, des notes de service, des audits de sécurité et des comptes rendus de réunions préparatoires. Selon une source proche du dossier citée par La Provence, l'enquête « s'accélère nettement » sous l'impulsion des magistrats marseillais, qui imposent leur rythme et leur méthode. Contrairement à leurs collègues niçois, ils n'ont aucun lien avec les acteurs politiques locaux. Cette indépendance, les parties civiles l'attendaient depuis des années.

« Nous sommes bien décidés à aller au bout » : la méthode radicale du pôle Accident collectif

Une phrase, rapportée par La Provence, résume l'état d'esprit des enquêteurs : « Nous sommes bien décidés à aller au bout et à traduire devant la justice des responsables, s'ils sont avérés. » Le pôle Accident collectif de Marseille n'en est pas à son premier dossier sensible. Il a déjà traité l'effondrement de la rue d'Aubagne, qui a fait huit morts en 2018, et il sait que les dossiers de responsabilité administrative sont des marathons.

Mais ce pôle a aussi une réputation : celle de ne pas reculer devant les puissants. Pour les familles des victimes, son arrivée sur le dossier niçois a agi comme un électrochoc. Là où l'enquête patinait à Nice, empêtrée dans des considérations politiques et des conflits d'intérêts potentiels, les juges marseillais ont remis les compteurs à zéro. Les perquisitions de juin 2026 en sont la démonstration la plus éclatante.

De la « mise en danger » aux « homicides involontaires » : le tournant juridique de 2023

Pour comprendre pourquoi les perquisitions de 2026 ont lieu maintenant, il faut remonter à juillet 2023. Ce mois-là, le procureur de Nice Xavier Bonhomme annonce un changement de qualification juridique qui va tout bouleverser. Jusqu'alors, l'enquête sur la sécurisation de la promenade des Anglais était instruite sous l'angle de la « mise en danger de la vie d'autrui », un délit. Désormais, les faits sont requalifiés en « homicides et blessures involontaires », un crime.

La différence est immense. La mise en danger vise une situation abstraite – exposer quelqu'un à un risque sans que le dommage ne soit nécessairement réalisé. Les homicides involontaires, eux, permettent de sanctionner des décisions concrètes qui ont directement contribué à la mort de 86 personnes. En clair, la justice peut désormais viser des personnes physiques pour imprudence, négligence ou manquement à une obligation de sécurité.

La requalification de juillet 2023 : une brèche ouverte par les parties civiles

Ce n'est pas le parquet qui a spontanément changé de cap. Ce sont les avocats des victimes qui ont poussé cette requalification, en déposant des demandes d'actes et en multipliant les arguments juridiques. Me Virginie Le Roy, avocate de l'association Promenade des Anges, a été l'une des chevilles ouvrières de ce combat. Dans une déclaration au Figaro, elle expliquait : « Il y a eu des dysfonctionnements mais aussi, disons-le, des fautes lourdes. Elles doivent être réellement analysées pour que des responsabilités soient qualifiées. »

Le procureur Bonhomme a suivi, estimant que « les faits sont susceptibles d'une requalification en homicides et blessures involontaires commis par maladresse, imprudence et négligence ». Cette phrase, lâchée en juillet 2023, a ouvert une brèche dans laquelle les parties civiles se sont engouffrées.

« Imprudence et négligence » : ce que la loi reproche désormais aux décideurs

Concrètement, la justice doit prouver quatre éléments : la maladresse, l'imprudence, l'inattention ou la négligence, ainsi que le manquement à une obligation de sécurité prévue par la loi ou le règlement. Ces quatre critères sont autant de portes d'entrée pour incriminer les décideurs publics.

Carte de l'attentat du 14 juillet 2016 à Nice : trajet du camion sur la promenade des Anglais.
Carte de l'attentat du 14 juillet 2016 à Nice : trajet du camion sur la promenade des Anglais. — Ali Zifan / CC BY-SA 4.0 / (source)

Prenons un exemple : si un préfet ou un maire savait que le risque véhicule-bélier existait (le guide du SGDSN le mentionnait avant l'attentat) et n'a rien fait pour y remédier, cela peut constituer une imprudence. Si une note de service demandant des barrières a été ignorée, c'est une négligence. Si des arrêtés ont été signés après coup pour couvrir les failles, c'est un faux en écriture publique. La requalification de 2023 a donné aux juges les outils juridiques pour aller chercher ces responsabilités.

Estrosi, Colrat, l'État : le match des responsabilités devant la justice

Avec le cadre juridique posé, place aux acteurs. L'enquête met en lumière un ping-pong des responsabilités entre la mairie de Nice, la préfecture et l'État central. Chacun renvoie la balle à l'autre, mais la justice commence à faire le tri.

« In fine, c'est la hiérarchie de l'État qui arbitre » : la défense de Christian Estrosi

Entendu comme témoin assisté en mai 2019, Christian Estrosi n'a pas varié d'un iota. Sa ligne de défense est claire : la ville a fait ce qu'elle devait faire. Elle a demandé « les mêmes conditions de sécurisation que celles du carnaval ou de l'Euro », elle a respecté « à la lettre » les demandes de la préfecture. Le maire de Nice rappelle qu'un dispositif fermé avait été proposé le 28 juin 2016, avant d'être écarté le 7 juillet, lors de réunions auxquelles ni les élus ni le préfet n'ont assisté.

Sa phrase la plus citée résume sa position : « In fine, c'est la hiérarchie de l'État qui arbitre. » En clair, la ville planifie, mais l'État décide. Et si l'État a refusé les renforts de forces mobiles, ce n'est pas la faute de la mairie. Le paradoxe, c'est que la ville met en œuvre le dispositif mais n'en maîtrise pas les paramètres. Estrosi joue la carte de la bonne foi administrative.

Le préfet Colrat et le « choix clair du dispositif ouvert »

Face à lui, l'ancien préfet des Alpes-Maritimes Adolphe Colrat, également témoin assisté, assume. Dans une déclaration à BFMTV, il affirme : « Le dispositif ouvert a bien fait l'objet d'un choix clair, partagé par l'État et la ville. » Il justifie ce choix par un calcul pragmatique : « Le dispositif fermé, à supposer qu'on ait pu matériellement le mettre en œuvre, ne nous promettait que la pagaille et d'éventuels risques de mouvements de foule. »

Ce trade-off est au cœur du dossier. D'un côté, la sécurité physique : des barrières, des blocs de béton, une déviation de la circulation. De l'autre, la fluidité d'un rassemblement populaire : 30 000 personnes venues voir un feu d'artifice, une promenade ouverte sur la mer, une tradition estivale. Colrat a fait le choix du moindre coût politique et logistique. Ce choix a coûté la vie à 86 personnes.

Les quatre témoins assistés : des profils politiques et préfectoraux sous pression

Quatre personnes sont aujourd'hui placées sous le statut de témoin assisté : l'ancien préfet Adolphe Colrat, son directeur de cabinet, et deux autres responsables dont les noms n'ont pas été rendus publics. Le statut de témoin assisté, pour un jeune public qui n'est pas familier du jargon judiciaire, c'est un entre-deux : on n'est pas encore mis en examen, mais on n'est plus un simple témoin. On est une cible potentielle.

Les juges marseillais ont la possibilité de transformer ce statut en mise en examen à tout moment. Les perquisitions de juin 2026 suggèrent qu'ils se rapprochent de ce seuil. Les parties civiles, elles, n'ont aucun doute : les mises en examen sont une question de semaines, pas de mois.

Zéro CRS, 64 policiers : les chiffres qui accusent dans le rapport IGPN

Si les acteurs se renvoient la balle, les chiffres, eux, sont implacables. Le rapport de l'Inspection générale de la police nationale (IGPN), rendu le 27 juillet 2016, est la pièce maîtresse du dossier d'accusation. Il faut le lire comme un document à charge, même si ses conclusions officielles tentent de minimiser les failles.

Le camion fou utilisé lors de l'attentat du 14 juillet 2016, avec le pare-brise détruit, sous scellés sur la Promenade des Anglais.
Le camion fou utilisé lors de l'attentat du 14 juillet 2016, avec le pare-brise détruit, sous scellés sur la Promenade des Anglais. — (source)

La demande de renfort du 27 juin 2016, restée sans réponse

Le 27 juin 2016, la préfecture des Alpes-Maritimes envoie une demande de renfort de forces mobiles (CRS ou gendarmes) pour sécuriser le feu d'artifice du 14 juillet. La réponse est négative. Motif invoqué : « en l'absence de risque particulier signalé par le renseignement territorial ». Et surtout, l'estimation du nombre de spectateurs – 30 000 – ne justifie pas, selon l'échelon national, un déploiement exceptionnel.

Ce refus est le premier maillon d'une chaîne de négligences. Sans forces mobiles, la direction départementale de la sécurité publique (DDSP) doit puiser dans ses propres effectifs. Elle mobilise des formateurs, des chargés de prévention, et même des cadets – ces jeunes non diplômés qui préparent le concours de gardien de la paix. Des policiers en formation, postés sur l'un des événements les plus fréquentés de l'été.

89 forces mobiles en 2014, 60 en 2015, 0 en 2016 : le décompte qui tue

Le rapport IGPN livre une comparaison édifiante. En 2014, 37 CRS étaient déployés pour le feu d'artifice du 14 juillet à Nice. En 2015, 60 gendarmes. En 2016, zéro force mobile. Aucun CRS, aucun gendarme. Le contraste est saisissant, d'autant que la menace terroriste n'a fait qu'augmenter entre 2014 et 2016.

Les effectifs présents sur place le soir du drame se résument à 64 policiers nationaux et 42 policiers municipaux. Pour 30 000 personnes massées sur la promenade, cela représente un agent pour environ 280 spectateurs. Le rapport IGPN conclut pourtant que le service d'ordre n'était « pas sous-dimensionné » pour un événement « non exceptionnel ». Une conclusion que les parties civiles jugent scandaleuse.

L'audit des parties civiles : « le risque de véhicule percutant n'a pas été pris en compte »

Pour contrer le rapport officiel, les avocats des victimes ont commandé leur propre audit, un document de 60 pages remis en 2023-2024. Ses conclusions sont accablantes : « Le risque qu'un nombre important de piétons soient percutés par un véhicule ne semble pas avoir été suffisamment pris en compte, quelle que soit la menace à l'origine de ce risque (accidentel, criminel, terroriste…). »

L'audit note que le guide du Secrétariat général de la Défense et de la Sécurité nationale (SGDSN), un document officiel, évoquait déjà le risque véhicule-bélier avant l'attentat. Pourtant, personne ne l'a pris en compte dans le plan de sécurité du 14 juillet. Le gap entre la doctrine nationale et la réalité du terrain est béant. Les juges marseillais ont désormais cet audit entre les mains.

L'enquête dans l'enquête : la piste des arrêtés municipaux antidatés

Alors que le dossier semblait reposer uniquement sur des négligences, un rebondissement a tout changé en octobre 2025. Une information judiciaire distincte a été ouverte par le pôle Accident collectif de Marseille pour « faux en écriture publique » et « usage de faux ». La justice suspecte une tentative de maquillage administratif.

Octobre 2025 : une information judiciaire ouverte pour « faux en écriture publique »

Intervention des secours sur la Promenade des Anglais après l'attentat du 14 juillet 2016, avec un camion de pompiers et des forces de l'ordre.
Intervention des secours sur la Promenade des Anglais après l'attentat du 14 juillet 2016, avec un camion de pompiers et des forces de l'ordre. — (source)

Le déclencheur, c'est un enregistrement. Lors d'un déjeuner, Benoît Kandel, ancien premier adjoint au maire de Nice passé au Rassemblement national, évoque des arrêtés municipaux « antidatés », « pas signés », « signés a posteriori ». La conversation est captée et transmise à la justice. Les juges marseillais ouvrent une information judiciaire distincte pour faux en écriture publique.

Ce qu'ils cherchent à établir, c'est si des documents officiels ont été créés ou modifiés après l'attentat pour justifier a posteriori l'absence de barrières, de véhicules ou de forces mobiles. Si la thèse se confirme, l'affaire change de nature : on ne parle plus de simple négligence, mais de mensonge institutionnel.

Des documents qui auraient « verrouillé » le dispositif après coup

L'hypothèse des enquêteurs est simple : pour couvrir les failles du dispositif de sécurité, des fonctionnaires auraient produit des arrêtés antidatés, des notes de service postdatées, des comptes rendus de réunions qui n'ont jamais eu lieu. L'objectif : donner l'impression que tout était en ordre, que les procédures avaient été respectées, que le choix du dispositif ouvert avait été formalisé dans les règles.

Si cette piste aboutit, les conséquences pénales sont lourdes. Le faux en écriture publique est un délit passible de plusieurs années d'emprisonnement. Et il pourrait entraîner la mise en examen de personnes qui, jusqu'ici, n'étaient que des témoins. Les perquisitions de juin 2026 au CSU et à la mairie visaient aussi à récupérer des documents originaux pour les comparer aux versions officielles.

Pourquoi la justice a mis dix ans à enquêter sur la Promenade des Anglais

C'est la question que tout le monde se pose : pourquoi a-t-il fallu attendre dix ans pour que l'enquête sur la sécurisation de la promenade des Anglais connaisse une telle accélération ? La réponse tient en un mot : le dépaysement.

Dépaysement à Marseille : le « coup de fouet » du pôle Accident collectif

Jusqu'en 2024, l'enquête était instruite à Nice. Problème : le parquet niçois était sous le feu des critiques. Les parties civiles dénonçaient des conflits d'intérêts potentiels avec les élus locaux, une proximité malsaine entre les magistrats et les décideurs politiques. Les demandes d'actes s'empilaient sans réponse. L'enquête patinait.

Le dépaysement à Marseille, demandé par les victimes et accordé par la cour d'appel d'Aix-en-Provence, a changé la donne. Le pôle Accident collectif marseillais, habitué aux dossiers complexes et sensibles, a imposé sa méthode. Les juges ont repris le dossier de zéro, auditionné de nouveaux témoins, lancé des expertises. En deux ans, ils ont fait plus que leurs collègues niçois en huit ans.

Secret-défense, expertises à l'arrêt : les causes du marathon judiciaire

Mais le dépaysement n'explique pas tout. L'enquête a été freinée par plusieurs obstacles concrets. Le secret-défense a été invoqué par l'administration pour ne pas livrer certaines notes de service. Les changements de juges d'instruction ont provoqué des interruptions. Les expertises techniques, notamment sur le parcours du camion et les temps de réaction des forces de l'ordre, ont pris des mois.

Et puis, il y a la crainte permanente de la prescription. Les faits datent de 2016. En droit pénal français, les homicides involontaires se prescrivent par six ans à compter du dernier acte d'enquête. Chaque année qui passe rapproche le dossier de l'extinction des poursuites. La relance de 2023-2026 est une course contre la montre.

2 952 indemnisés, 329 blessés physiques… et les « victimes fantômes » oubliées

Derrière les chiffres et les procédures, il y a des vies brisées. Le Fonds de garantie des victimes des actes de terrorisme (FGTI) a indemnisé 2 952 personnes au total : 547 proches de personnes décédées, 329 blessés physiques et 2 076 blessés psychiques. Mais ces chiffres cachent une réalité plus cruelle : des victimes « fantômes » qui n'ont jamais été reconnues.

Marc Phalip, pompier volontaire : l'histoire d'une « non-victime »

Vue nocturne de la Promenade des Anglais à Nice, illuminée par les lampadaires et les phares des voitures.
Vue nocturne de la Promenade des Anglais à Nice, illuminée par les lampadaires et les phares des voitures. — W. M. Connolley / CC BY-SA 3.0 / (source)

Marc Phalip était pompier volontaire le soir du 14 juillet 2016. Il a porté secours, aidé des blessés, transporté des corps. Mais quand il a demandé le statut de victime, on lui a répondu non. Motif : il n'a pas eu « conscience du danger terroriste » au moment des faits. Il croyait à un accident, pas à un attentat. La justice a estimé qu'il n'avait pas subi le choc psychique direct de l'acte terroriste.

Son cas est emblématique d'un vide juridique. La Cour de cassation a rendu un arrêt qui complique encore la reconnaissance des victimes indirectes. Des centaines de personnes – témoins, sauveteurs, riverains – restent dans l'angle mort de l'indemnisation. L'association Promenade des Anges se bat pour que leur statut soit reconnu.

L'association Promenade des Anges : dix ans de combat judiciaire

Créée le 11 août 2016, soit moins d'un mois après l'attentat, l'association Promenade des Anges est la colonne vertébrale morale de ce dossier. Reconnue d'intérêt général en 2018, elle est partie civile dans les deux volets de l'enquête : le volet antiterroriste instruit à Paris et le volet sécurité instruit à Nice puis à Marseille.

Me Virginie Le Roy, son avocate, résume le combat dans une phrase au Figaro en janvier 2026 : « C'est un signal fort, cela montre qu'il n'est pas trop tard. » L'association a multiplié les actions en justice, les demandes d'actes, les recours. Sans elle, l'enquête sur la sécurisation de la promenade des Anglais serait probablement encore au point mort. Sa ténacité force le respect, même de la part des magistrats.

Promenade des Anglais : les leçons de sécurité pour les fêtes, les festivals et les feux d'artifice

La promenade des Anglais, célèbre avenue bordant la mer à Nice, où l'attentat du 14 juillet 2016 a eu lieu

Dix ans après, l'attentat de Nice a profondément changé la manière dont les collectivités organisent les grands rassemblements. Le public jeune, qui fréquente les festivals, les matchs et les feux d'artifice, est le premier concerné par ces évolutions.

Blocs anti-voitures, drones et caméras : l'héritage concret du 14 juillet 2016

Aujourd'hui, un grand rassemblement à Nice ne ressemble plus à celui de 2016. Des plots en béton barrent les accès. Des caméras intelligentes scannent les foules. Des drones survolent les événements pour détecter les mouvements suspects. Le feu d'artifice du 14 juillet a même été décalé au 13 pour des raisons de sécurité, comme le rappelle notre article sur le feu parisien avancé au 13 pour honorer les 86 victimes.

Le changement de paradigme est radical : la barrière physique est devenue la norme. Plus question de laisser un boulevard ouvert à la circulation pendant un rassemblement. Chaque entrée est filtrée, chaque véhicule contrôlé. Le coût est élevé, mais le précédent de 2016 a rendu tout autre choix politiquement impossible.

Du Carnaval de Nice aux matchs : les nouvelles normes de protection des foules

L'attentat a agi comme un électrochoc pour toutes les collectivités, pas seulement Nice. Le Carnaval, les matchs de football, les concerts en plein air : partout, les normes de sécurité ont été revues à la hausse. Les audits de sécurité indépendants sont devenus obligatoires pour les événements de plus de 10 000 personnes.

Mais la question reste ouverte : est-ce suffisant ? Les jeunes qui se rassemblent pour un festival ou un match de foot sont-ils vraiment protégés ? La menace a évolué, les dispositifs aussi, mais le risque zéro n'existe pas. Ce que l'affaire de Nice a montré, c'est que la négligence administrative peut être aussi meurtrière que l'acte terroriste lui-même. La mémoire de cet attentat reste vive chez les jeunes Niçois, dix ans après.

Conclusion : 14 juillet 2026, l'heure de vérité judiciaire pour les familles

Ce 14 juillet 2026, les familles des victimes ne célèbrent pas. Elles attendent. Les perquisitions de juin 2026 leur ont redonné espoir. Les mises en examen promises par Me Le Roy pourraient tomber dans les prochaines semaines. Un procès, enfin, semble possible.

Mais la lucidité reste de mise. La prescription guette. Les faits datent de 2016, et chaque mois qui passe rapproche le dossier de l'extinction des poursuites. Les juges marseillais travaillent contre la montre. Leur détermination, saluée par les parties civiles, est peut-être la dernière chance de voir des responsables traduits en justice.

Le 10ᵉ anniversaire de l'attentat est aussi un moment de mémoire. Emmanuel Macron s'est rendu à Nice en juin 2025 pour annoncer le programme des commémorations, comme nous le relations dans notre article sur sa visite. Une minute de silence a été observée, des lectures ont été annulées à la demande des victimes, comme celle que nous avions couverte. La douleur est toujours là, intacte.

Le devoir de mémoire, c'est aussi le devoir de justice. Les 86 morts de la promenade des Anglais méritent qu'on sache pourquoi ils sont morts. Les juges marseillais sont en train d'écrire cette vérité. Reste à savoir si elle sera complète, et si elle arrivera avant la prescription.

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Questions fréquentes

Pourquoi l'enquête sur la Promenade des Anglais s'accélère-t-elle ?

L'enquête s'accélère depuis son dépaysement à Marseille en 2024, où le pôle Accident collectif a repris le dossier. En juin 2026, les juges ont mené des perquisitions massives à la mairie et à la préfecture pour chercher des failles sécuritaires. Les parties civiles attendent des mises en examen dans les semaines à venir.

Qui sont les témoins assistés dans l'attentat de Nice ?

Quatre personnes sont placées sous le statut de témoin assisté, dont l'ancien préfet Adolphe Colrat et son directeur de cabinet. Christian Estrosi a également été entendu comme témoin assisté en mai 2019. Ce statut signifie qu'ils sont des cibles potentielles pour une future mise en examen.

Qu'est-ce que la piste des arrêtés antidatés à Nice ?

Depuis octobre 2025, une information judiciaire est ouverte pour faux en écriture publique. Les juges soupçonnent que des arrêtés municipaux ont été antidatés ou signés après l'attentat pour justifier l'absence de barrières de sécurité. Des enregistrements d'un ancien adjoint au maire ont déclenché cette enquête.

Combien de victimes ont été indemnisées après l'attentat ?

Le Fonds de garantie des victimes a indemnisé 2 952 personnes : 547 proches de personnes décédées, 329 blessés physiques et 2 076 blessés psychiques. Mais des victimes « fantômes », comme des pompiers volontaires, n'ont pas obtenu le statut de victime reconnue.

Quel changement juridique a eu lieu en juillet 2023 ?

La qualification pénale est passée de « mise en danger de la vie d'autrui » à « homicides et blessures involontaires ». Ce changement permet de sanctionner des décisions concrètes ayant contribué à la mort de 86 personnes, comme l'imprudence ou la négligence des décideurs publics.

Sources

  1. bfmtv.com · bfmtv.com
  2. bfmtv.com · bfmtv.com
  3. bfmtv.com · bfmtv.com
  4. bfmtv.com · bfmtv.com
  5. laprovence.com · laprovence.com
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Inès Colbot @campus-echo

Étudiante en sociologie à Toulouse, je m'intéresse à tout ce qui agite ma génération : précarité étudiante, santé mentale, engagement, façons de vivre. J'anime un petit podcast sur la vie de campus le week-end.

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